DÉPART POUR KOBÉ
officiers français. M. Saïgo a visité l’ Europe. Outre les employés de la Légation, 1l y a encore, parmi les convives, M. Nayagawa, ancien ministre du Japon à Rome; on peut donc causer des choses du Japon et des choses d'Europe. La conversation dura, en effet, bien avant dans la nuit. Monsieur Tokouno avait apporté gracieusement le groupe de nos photographies qu’il avait fait prendre quelques jours auparavant.
17 Septembre.
Le lendemain, de grand matin, je fais mes malles, et nous partons pour Yokohama, où le Consul de France, M. Jouslain nous reçoit à déjeuner. Il avait invité M. Carcano, Consul d’Italie, et M. Beretta, commerçant milanais. Après le déjeuner, il nous montre le portrait de sa jeune femme, décédée à 25 ans, et de divers parents qu’il a dans le clergé. M. Jouslain, quoique républicain, a toujours protégé les missionnaires qui sont une gloire nationale.
Après quelques visites et quelques achats, mon ami Lanciares avec M. Motono me conduisent sur le steamer Togasawa Muru; c’est un bateau de 1250 tonnes, portant 500 voyageurs et appartenant à la compagnie japonaise la Mitsu-Bishi. Dans 2
jours, il doit me déposer à Kobé. À 6 h., la cloche sonne, Lanciares me quitte; je le salue encore une fois avec le mouchoir, .et nous voilà en route.
Le soleil se couche derrière le Fusijhama et forme un de ces tabieaux comme nous les voyons à Nice, du quai des Ponchettes, lorsque le soleil passe derrière l'Estérel. Le tableau est si beau que, si un peintre le copiait, on re voudrait jamais croire qu’il est d’après nature.
Pendant que je reste en contemplation, la plage s’éloigne, les mâts des navires en rade disparaissent, les belles collines qui dominent Yokohama se perdent dans la brume. La nuit arrive, et avec elle la phosphorescence qui brille sur l’eau ; on dirait que notre navire vogue sur une mer d’étoiles; mais, un peu plus tard, il s’arrête tout à coup: il n’avait pas vu une grande jonque qu’il allait couler ; il parvient à l’éviter, mais nos embarcations emportent sa voile, les pauvres mariniers en ont été quittes pour la peur.
Le lendemain, 18 Septembre, le temps était beau et la mer tranquille. Les rives verdoyantes du Japon étaient toujours devant nos yeux. Un clergyman américain, sa femme et son bébé se trouvaient parmi les passagers; nous pouvons causer sur les choses du Japon; il a sa résidence à Osaka, et se plaint de ce que le climat le rend
ARRIVÉE A KOPÉ. 279
paresseux. La nuit arrive encore et le lendemain, 19 Septembre, à 5 heures du matin, nous sommes en rade de Kobé. Toujours même pittoresque dans le paysage. À 6 heures, je suis à la douane et je demande à un dijnrikisha de me conduire à l’hôtel des Colonies; il me conduit au club allemand. Le gardien se lève, se frotte les yeux pleins de sommeil, gronde mon homme et lui montre mon hôtel, où une jeune et jolie Française vient me recevoir.