‹ Le tour du monde en 63 joursChapitre 17 sur 35 · LE TOUR DU HOXDB · texte numérisé non relu

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devenus soldats modernes. C'était une nécessité pour eux d'apprendre les nouveaux procédés de la guerre, afin de se défendre, et, lorsqu'ils les ont connus, ils en ont même abusé en attaquant leurs voisins. Leur flotte cuirassée est nombreuse. Ils ont élevé des fortifications partout où elles étaient utiles et ils les ont garnies de canons perfectionnés. Le reste de leur éducation s'est fait en même temps. Ils se sont rapidement improvisés ingénieurs civils et manufacturiers. Leurs chemins de fer fonctionnent bien, leurs usines sont nombreuses, et, comme j'ai pu le constater, l'usage de l'électricité est beaucoup plus répandu chez eux que chez nous. Enfin on connaît la compétence que beaucoup de leurs praticiens ont acquise en médecine.

Avec tant de changements , le Japon ancien reste cependant lui-même. Sauf dans certaines villes où se sont installés les Européens, grand est le souci des Japonais de conserver leurs vieilles mœurs, leur manière de se loger, de se vêtir, de se parer, de se nourrir, en un mot, toutes les habitudes de leur vie à la fois si simple et si perfectionnée. Je ne parle point de leur religion, ils n'y tiennent plus. S'ils dédaignent l'idée chrétienne, ce n'est pas pour conserver le bouddhisme ou le shintoïsme ; c'est parce que, dénués de tendances mystiques, ils prétendent n'avoir recours désormais qu'à la science, à la philoso-'

phie, à la morale. Les Japonais ne cherchent pas^ comme on dit en mauvaise part, à singer l'Europe ; seulement on remarque en eux un mélange singulier de conservatisme et d'esprit novateur, yoici pourquoi : en adoptant le système des armées permanentes, en se faisant à notre image soldat , marin , ingénieur, industriel, le Japon travaillait à conserver son indépendance et sacrifiait une part de ses mœurs pour sauver Tautre. C'est là sans doute le secret de cette curieuse juxtaposition du passé et du présent.

Mais ce pays, qui n'est pas riche, a dû faire, pour sa protection, des dépenses considérables qui le surchargent péniblement. Tandis que rhabitant, content de peu comme autrefois, continue à s'alimenter de façon frugale, l'Etat vit en prodigue et s'endette sans qu'on puisse trop le blâmer. C'est là un danger prochain. Et puis tout change. Quoi qu'il veuille conserver, le Japon est, lui aussi, suivant l'expression du philosophe ancien, dans un perpétuel devenir.

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