LB TOUR DU MONDE
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l'éclairage est fait généraleinent à l'électricité et chacun dispose pour soi seul d'une lampe très commodément placée pour la lecture : c'eist peutêtre ce qu'il y a de plus enviable dans tous ces perfectionnements.
Comme il n'y a point d'uniformité dans les types de train, il est rare que tous ces avantages soient réunis : en général il en manque bien un ou deux.
On trouve dans chaque train des jcompartiments réservés pour une seule personne et où Ton est très à son aise; comme on le conçoit, il ne peut y en avoir qif un petit nombre, et ils sont très coûteux.
La vitesse, grande au moins dans l'est des États-Unis, ne dépasse jamais ce qu'elle atteint chez nous dans un express; elle est souvent inférieure. Dans l'ouest, j'ai parcouru, de Seattle à Minnéapolis, 1,823 milles en 66 heures ; cela fait environ 43 kilomètres à l'heure, c'est-à-dire moins qu'eii Russie.
Il y a donc, dans les trains des États-Unis, de très bonnes choses et de moins bonnes.
- C'est vraiment une noble contrée que celle de l'extrême-ouest américain, depuis la côte du Pacifique jusqu'au versant oriental des montagnes Rocheuses. A mesure qu'on s'éloigne et que le
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terrain s'élève, la vue de la montagne console de la ruer qu'on vient de perdre. Des bois, des rivières, des cascades, des lacs, des ravins, des cirques, voilà ce que Ton trouve constamment emmêlé en un inextricable enchevêtrement dé beauté. Une nappe d'eau étale son sourire bleu entre les monts chevelus ; elle passe ! Un autre compartiment s'ouvre; il est d'une forme différente ; un pic le ferme à l'horizon de sa dent pointue ; de son flanc s'échappe un ruisseau qui serpente à travers le gazon; il passe à son tour, et j'entre dans une clairière qu'anime une petite cascade argentée. Et les spectacles défilent touffus, complexes, difficilement discernables et descriptibles, et pourtant tous divers, reliés par une harmonie de verdure, de fraîcheur et de paix. Ce n'est ni la douceur .de l'Oural, ni la grâce mousseuse du Japon, ni la tragique grandeur de la Suisse, mais c'est quelque jchose d'altier qui a son originalité .
. J'ai regretté la poésie de ces montagnes le lendemain, 19 juillet, en traversant les prairies, les interminables prairies semblables aux steppes sibériens mais plus dénudées encore; pas un arbre, pas même l'ombre maladive du bouleau ; point de villages, point d'habitations, si loin que la vue peut s'étendre ; et cela pendant des heures et des heures ; çà et là, quelque chose qui ressemble à une ferme ; puis des troupeaux de bœufs ou- de moutons qui arrachent pénible-
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ment, brin k brin, une herbe jaunâtre. Quand le train s'arrête, on aperçoit quelques cabanes groupées autour d'une autre cabane peinte en rouge brun, qui est la gare. Quelquefois, la station est remplacée par un écriteau qui porte le nom de Tendroit, et celafait penser à ce qu'étaient les décors de l'ancien théâtre. De temps en temps, on aperçoit dans l'espace un cavalier abrité d'un chapeau à larges bords qui passe, tout petit, dévoré par l'immensité sous la lumière du soleil. Tout est silence, aridité. La mort triomphe de la vie.
Puis, peu à peu, le pays change. Les villages se rapprochent. Leurs constructions deviennent coquettes. Les habitants sont moins rares. La terre est cultivée. On sent le voisinage du grand fleuve de l'Amérique, du Mississipi, que l'on rencontre, pas encore très épanoui, à Minneapolis. Là, où je dus m'arrêter quelques heures, des difficultés que j'eus pour un billet de chemin de fer ne me permirent guère de voir que des hommes enfermés dans des cages à douze étages, des « offices », comme ils disent, où l'on vit à des comptoirs, derrière des guichets. C'est très haut, très uniforme, très laid. Les ascenseurs y sont d'une rapidité extraordinaire : on est happé, aspiré à cinquante mètres au-dessus du sol et redescendu en un clin d'œil. La vitesse de la montée abolit la différence des niveaux : il semble que tout
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soit de plain-pied. En Europe, on ne sait pas ce que c'est qu'un ascenseur : nous n'avons que des torlues grimpantes. Quant aux gratteurs de papier qui sont là^ embusqués à tous les tournants, ils m'ont paru aussi formalistes que chez nous et s'entendent à merveille pour renvoyer les gens de bureau en bureau* Je crois avoir parcouru tous les offices de la ville.
Une nuit de chemin de fer me conduisit de Minneapolis à Chicago, où j'arrivai un dimanche. Cette circonstance m'empêcha de voir l'attrayante curiosité de la ville, de connaître ce qui en fait le charme et l'illustration, je veux dire l'abattoir. Partout les condamnés à mort jouissent du répit dominical. Les porcs et les bœufs avaient, eux aussi, un prolongement d'existence avant leur transformation instantanée en salaison. Je ne pus donc parcourir l'usine où ces animaux entrent vivants dans les yards, ^^our sortir l'instant d'après à l'état de boites de conserves, spectacle éminemment prompt qui est le grand miracle de la ville.
La chaleur était accablante ; il soufflait un vent chaud presque aussi brûlant que le khamsin d'Egypte. On ne pouvait supporter la réverbération du lac Michigan, dont les rives s'estompaient vaguement au loin dans un ciel décoloré. J'errai à travers les rues, qui sont régulières, convenables, et aussi pourvues de fantaisie qu'une table de logarithmes. Il n'y a, pour en varier la mono-
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tonie, que des chemins de fer, hurlants et hideux, placés au beau milieu, à. la hauteur du premier étage.
Quant aux parcs, qui ce jour-là étaient pleins d'une foule gaie très appliquée à jouer au ballon et à canoter sur les pièces d'eau, on y voit les pelouses vertes, les allées ratissées et les petits treillages protecteurs inhérents à ce genre d établissements, sans oublier le pavillon où moisissent des animaux empaillés. C'est aux parcs que commence le quartier où les commerçants reviennent vivre, lorsqu'ils quittent le soir leurs offices. Les maisons, construites en bois, comme le sont toutes les maisons de ce genre dans les villes d'Amérique, n'ont guère qu'un étage et sont faites pour une famille. Un petit perron et une véranda ornent la façade, et, vers le soir, les femmes y viennent broder à la fraîche, tandis que les hommes lisent ce que nos, confrères de là-bas — imaginations fécondes — ont brodé dans leurs journaux. C'est un peu la ville, un peu la campagne, sans être cependant ni l'une ni l'autre.