CHAPITRE VI
Salt-Lake-City. — L'Utah. — Les Morinons. — Le Ccntral-raci le.
Nous voici arrivés à Salt-Lake-City (ville du lac salé), la ville des Mormons. C'est le moment de les voir de près, de les étudier, et de s'en former une idée, la plus exacte possible. Il y a vingt ans, il n'y avait ici qu'un désert; maintenant, on peut voir une petite ville de vingt-cinq mille âmes tracée sur un vaste plan pour recevoir une population de plusieurs centaines de mille habitants. Selon la méthode américaine, les rues ont quarante mètres de large et sont
bordées d'un ruisseau; elles sont plantées d'arbres et coupées à angle droit. Les maisons sont, en général, des petites cabanes d'un étage, en briques séchées au soleil. Quelques belles constructions s'élèvent par ci par-là : c'est d'abord le grand magasin corporatif mormon, la Banque, le Théâtre et quelques jolies maisons de bois, appartenant, soit à de riches marchands mormons, soit à des mineurs qui ont fait de bonnes affaires. Les deux tiers de la population de Salt-Lake-City, sont Mormons; ils ont, en outre, dans la vallée, cent cinquante settlements (établissements), avec environ cent mille habitants.
Le mormonisme a été créé par Joseph Smith. Fils d'un fermier, il vint au monde le 23 décembre 1805, dans la ville de Sharon, comté de Windsor, Etat de Vermont. A l'âge de dix ans, il suivit ses parents à Palmira, Etat de New-York, puis à Manchester (New-York). A quatorze ans, il remarqua la confusion dans les croyances et se crut appelé à établir une foi nouvelle. Le 21 septembre 1823, il dit avoir eu une vision d'un ange qui lui déclara qu'il était choisi pour rétablir l'Evangile. Le 22 septembre 1827, il dit avoir reçu de Tange le livre des Mormons gravé sur des plaques métalliques ; il était écrit en langue égyptienne et il le traduisit pour servir à son Eglise qu'il appela l'Eglise des Saints des derniers jours. Le 6 avril 1830, il organisa cette Eglise dans la ville de la Fayette, comté de Séneca, Etat de New- York.
Là, il commença à prêcher et à ordonner. Ses pontifes fondèrent des Eglises en Pensylvanie, dans
l'Ohio, dans l'Indiana, en Illinois et en Missouri. Dans ce dernier Etat, un grand seulement fut formé dans le comté de Jakson; mais en 1838, on les en chassa, après avoir brûlé leurs maisons. Dans tous les autres Etats, la vie des Mormons excitait le mépris et la haine; l'hypocrisie de leur chef était trop visible. De tout côté, on les chassait; c'est pourquoi, ils pensèrent à se transporter plus loin, au centre du désert. Au printemps de 1844, de Nanwoo (Illinois), J. Smith envoya des explorateurs dans les Montagnes Rocheuses, et, peu après, le 27 juin de la même année, il fut massacré avec son frère Hiram, dans la prison. Cent cinquante hommes masqués avaient ainsi résolu d'en finir avec le Mormoaisme.
Après la mort de Smith, les Mormons élurent pour leur chef Brigham-Young, fils d'un voleur de chevaux. Cet homme, habile et intelligent, sut conduire les Mormons dans le désert de l'Utah. En 1847, accompagné de cent quarante-quatre pionniers et de trois femmes, il fit une reconnaissance sur les lieux, et en 1848, il y conduisit ses ^^lormons au nombre de quatre h cinq mille. Plusieurs moururent en route de faim et de fatigue. Ceux qui arrivèrent construisirent la ville de Salt-Lake et envoyèrent des émissaires dans toutes les directions pour recruter des adhérents. Partout ils furent repoussés avec dégoût. Alors, ils se sont organisés en société secrète, et au moyen de fallacieuses promesses, ils amènent tous les ans à Salt-Eake environ trois ou quatre mille victimes de toutes les parties de l'Europe. Au reste, ce n'est que
la classe la plus abandonnée et la plus ignorante qui fournit leurs recrues.
Brigham-Young est mort, il y a quelques années, laissant dix-huit femmes et une cinquantaine d'enfants; il a eu pour successeur John Taylor, que j'ai voulu visiter. C'est un vieillard de soixante-cinq ans.
Brigbam Young sut conduire les Mormons dans le désert de VUtah (page 93)
à figure intelligente, regard vif et scrutateur, un peu de barbe blanche sous le menton, à l'américaine, vêtement bourgeois. Il était dans son bureau, assis sur son fauteuil, avec une jambe sur le bras du fauteuil; autour de ]ui étaient cinq ou six individus qui l'appelaient Père et qui devaient être de ses évêques;
j'étais accompagné de ce jeune Français que j'avais rencontré dans le train. Nous passons nos cartes, Taylor ne bouge pas : malgré notre présence, il reste dans son inconvenante posture. Après quelques moments, il congédie ses évêques et s'approche de nous. Il parle si peu le français que la conversation dut se faire en anglais.
— Vous avez établi, lui dis-je, une religion, créé une ville, et j'ai tenu à visiter le chef de ces choses nouvelles et à le saluer.
— Je vous remercie, soyez le bienvenu.
— Combien de Mormons avez-vous dans la ville et combien dans le territoire?
— Nous sommes dix-huit mille dans la ville et cent vingt-cinq mille dans le «Territoire.» Nous avons droit à être un Etat, mais on ne nous accorde pas ce qui nous revient et on nous laisse Territoire. Pourtant, nous sommes d'honnêtes citoyens et de bons patriotes.
Nous eûmes ainsi une assez longue conversation ; mais, le chef mormon trouva apparemment notre curiosité déplacée, car il prétexta des occupations nombreuses et nous congédia.
Nous avons marqué nos noms sur son grand livre des étrangers. Il nous a fait rédiger, par son secrétaire, une permission pour visiter le tabernacle et le temple, et nous avons pris congé pour passer au bloc voisin, visiter les établissements religieux. Le Tabernacle est une vaste construction ovale dont la toiture en bois ressemble à la moitié d'un œuf. La salle peut contenir douze mille personnes, La réflexion du pla-
fond est si parfaite qu'une épingle jetée parterre laisse entendre le petit bruit dans tous les points de la salle. Un grand et bel orgue est à l'une des extrémités, et les Mormons le touchent avec habileté durant leurs offices. J'ai assisté, le. dimanche, à un de cesoflices. Pendant qu'un prédicateur débitait les arguments de la foi, un évêque bénissait le pain et l'eau qui étaient passés aux fidèles : du vin, on fait économie. L'office a lieu pendant l'été dans le grand Tabernacle ovale, et l'hiver dans un petit temple à côté, parfaitement chauffé à la vapeur. Le grand temple est en construction à côté des deux premiers; ses murs, en gros blocs de granit, ont un mètre et demi d'épaisseur, comme dans une forteresse. Ces murs s'élèvent déjà à soixante pieds de hauteur et doivent atteindre cent pieds ; le sommet des deux tours aura une hauteur de deux cents pieds. De nombreux ouvriers y travaillaient; ils sont payés en nature au magasin corporatif. Ce jour là, le travail chômait : tous les ouvriers avec leurs femmes et leurs enfants étaient en partie de plaisirs au lac salé.
Les Mormons administrent les sacrements : ils n'ont pas l'extrême-onction, mais j'ai vu dans Lurs magasins une quantité de bouteilles d'huile de Grasse. Ils m'ont expliqué qu'elle est destinée à l'huile consacrée qui doit guérir les malades.
Mon compagnon avait demandé à Taylor s'il avait beaucoup d'enfants; il éluda la question; probablement il ne les a jamais comptés. Le conducteur qui nous faisait visiter le Temple, nous dit que son chef
avait six femmes. Les Mormons ont honte de paraître tels aux yeux de l'étranger; ils nient volontiers leur qualité. Ils veulent faire croire que le petit nombre esl polygame ; mais, la réalité est que les chefs poussent a la polygamie; car, lorsqu'un Mormon n'a qu'une femme, il lui est facile de se retirer et de rentrer dans la voie des peuples civilisés; mais s'il a plusieurs femmes, cela lui est presque impossible. L'individu qui veut prendre une seconde femme demande le consentement de son évêque (les évêques sont environ trois cents). Celui-ci requiert le témoignage de trois personnes déclarant que la mariée est d'un bon caractère ; puis, il fait sa demande au père de la future, et ensuite à la future. Il doit aussi avoir le consentement des premières femmes ; mais, quand il est refusé, on passe outre. Le même individu peut épouser plusieurs sœurs aussi bien que la mère et la fille. Chez le Mormon comme chez le Turc, la femme est si bien la chose de l'homme que si elle s'oublie et se permet un peu de cette liberté que son mari prend en abondance, (( shall be destroyed : qu'elle soit détruite», dit Smith dans sa prétendue révélation. Si elle n'est pas soumise et obéissante à son mari, a shall be destroyed », dit encore le prétendu prophète.
Ceux qui vivent à Salt-Lake-City depuis longtemps et qui ont pu voir de près ce qui se passe dans les familles, sont daccord pour dire que ces familles, — .s; famille il y a, — sont profondément malheureuses. La nature de la femme reste la même; la jalousie empoisonne son cœur. Les querelles parmi les enfants,
allument les querelles parmi les mères. Une photograpliie qu'on vend en cacbelte à Sail-Lake, représente un groupe de femmes se battant et se déchirant des ongles, en présence d'une masse de marmots qui pleurent : et le mari contemple ce spectacle du haut de son lit, la pipe à la bouche; c'est la réalité, et si ces scènes se passent dans les maisons et en dehors du j)ublic, c'est que la honte pousse les adeptes à cacher ces misères. J'ai acheté et parcouru le livre des Mormons : c'est une espèce de contre-façon de la Bible, un galimatias impossible à inventer.
Sous le rapport matériel, le mormonisme n'est qu'une vaste entreprise commerciale qui rapporte à ceux qui l'ont montée, de remarquables profits (1). Ils perçoivent la dîme de tous les produits indistinctement, et de toutes sortes de revenus; et, pour une population de plus de cent mille travailleurs, cela doit donner aux trois cents évèques de beaux millions de bénéfices! Aussi, ils font des efforts pour maintenir et augmenter la secte, et ils sont quelques mil-
(l)Avec beaucoup d'habileté et d'intelligence, les chefs mormons ont su utiliser au profit de leurs adeptes toutes les inventions modernes des machines perfectionnées, et toutes les ressources de l'association; et c"est là une des causes de leur succès. Tout pouvoir dirigeant bien entendu comprendra que Thomme a une âme et un corps et qu'il faut s'occuper de l'un aussi bien que de l'autre. Une des causes de leur succès est le système de patronage à divers degrés. L'administration récrée souvent les ouvriers qu'elle emploie, par des promenades en famille, à la campagne; les évêques ont juridiction sur un petit groupe de population et veillant à ce que tout le monde soit content; les dders et autres dignitaires veillent sur des groupes plus petits et s'efforcent de faire régner le bon ordre.
liers d'elders (les anciens) qu'ils appellent minutemen (hommes qui doivent obéir sur l'heure, et se rendre partout où on les enverra, pour faire des recrues).
C'est une honte pour les Etats-Unis de tolérer un semblable nid de tripoteurs. Tout le monde le sent, et on dit que la plus belle part du profit, tous les ans, s'en va dans les mains des hommes publics, chargés de mettre bon ordre à cet état de choses. On parle d'une nouvelle loi qui va être proposée et qui sera la fin du mormonisme. En attendant, on est obligé de surveiller ce petit peuple. A quelques milles de Salt- Lake-City, un camp de troupes américaines siège en permanence. S'ils le pouvaient impunément, les Mormons se jetteraient volontiers sur ce qu'ils appellent les païens ([qs chrétiens non polygames). Ils l'ont fait autrefois à plusieurs reprises, et un de leurs évoques a été pendu, il y a quelque temps, pour avoir dirigé le massacre et le vol de plusieurs caravanes.
Mais plusieurs sont indulgents en disant que, en fin de compte, ce petit peuple a colonisé et fécondé un désert. Là encore, on ne considère pas que, sans leur présence, l'Utah aurait maintenant quatre fois plus de population; les terres y sont bonnes, et en partie arrosables; les mines abondent, et si l'émigrant s'est éloigné d'ici, c'est par la crainte de> traitements que les Mormons ont fait subir aux premiers qui les ont approchés. Mais les chemins de fer arrivent, et avec eux le monde civilisé. Bientôt ces pauvres Mormons ne tiendront pas devant le mépris public, et déjà, ils parlent d'un nouvel exode. Ils vien-
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nent d'acheter quatre cent mille acres dans le Mexique; et là, en dehors des frontières des Etats-Unis, ils comptent faire leur nouvel établissement, le jour ovjL leur demeure actuelle sera devenue impossible; reste à savoir si les populations du Mexique les supporteront mieux; quant aux desperados (brigands), ks Mormons paraissent peu les craindre, étant euxm^mes desperados, au besoin, h un plus haut degré.
L'archevêque de San-Francisco, qui a dans son diocèse l'Utah, n'a pas manqua de faire sentir dans la Vallée des Mormons l'action catholique. Les sœurs d3 Sainte-Croix, au nombre de douze, tiennent une école à Ogden. Elles sont douze h diriger Thôpital à Sall-Lake-City, et dans cette dernière ville elles possèdent un pensionnat qui compte soixante élèves, et un externat qui en reçoit cent cinquante. Ces saau's sont parties originairement de la maison-mère du M:ins, en France; maintenant, elles ont une branche américaine avec une maison-mère dans l'Indiana; elles se dévouent à toutes les œuvres de charité.
Il y a peu de catholiques dans Salt-Lake-City; ce sont donc les juifs, les protestants, les Mormons, qui envoient leurs enfants aux sœurs. La religion mormone fait sévère défense à ses adeptes de communiquer avec les païens, comme ils nous appellent, et de se servir de leurs écoles, mais les Moi'mons riches, qui peuvent se passer de leurs évêques, se moquent de leur prohibition et tiennent à bien faire élever leurs enfants. Au commencement, les Mormons n'avaient pas d'écoles; ils ne tiennent pas à
rinstruclion ; ils les ont créées lorsque les protestants et les catholiques ont introduit les leurs. Il en a été de même pour le théâtre ; Brigham-Young en a construit un pour prévenir la construction d'un théâtre par les protestants. Les Mormons n'ont pas d'hôpital; leurs malades pauvres sont obligés d'aller à l'hôpital i*alholique, où ils sont bien soignés. J'ai visité cet établissement, installé dans une petite maison de location : les femmes n'y ont qu'une baraque de bois; mais un hôpital convenable et vaste est maintenant en construction. J'ai trouvé, dans l'hôpital actuel, bon nombre de mineurs; l'un d'eux, Piémontais, a été heureux d'entendre parler sa langue ; dans une mine de plomb argentifère, il avait attrapé la maladie du plomb, qui durcit le ventre et fait mourir si on ne cesse à temps. Il gagnait quinze francs par jour; mais, comme presque tous ses compagnons, il faisait souvent la noce, et se trouvait sans argent. Un autre ouvrier était des environs de Sisteron et désirait ardemment revenir en France ; il avait fait deux ans l'horloger à Nice, et faisait dernièrement le boulanger à Ogden .
Il y a peu de temps, une compagnie française a acheté ici une mine de plomb argentifère, dans les environs, au prix de dix-sept millions et quatre cent mille dollars. Tout le monde s'est moqué de ces bonnes gens et de leur marché. Les propriétaires avaient salé la mine. C'est une expression qui indique la tromperie, pratiquée de la manière suivante : on réduit en poudre des pièces d'argent, et on la sème
dans les divers endroits que l'expert doit parcourir; celui-ci, trouvant une forte dose du précieux métal, croit la mine riche, la Compagnie, sur son rapport, la paie bien, et le tour est joué. J'ai trouvé à Salt-Lake un nommé Marion, fils dun paysan de TOrne, venu ici, il y a vingt ans. Il débuta par conduire le Freight, transport des marchandises, par char à bœufs, à travers la vaste prairie. Ses voyages duraient des mois et des années, mais il était bien payé, et il a pu amasser de l'argent, parce qu'il avait de l'ordre et du bon sens. Il nous a entretenus longtemps sur les aventures fort émouvantes de ses voyages sur les frontières du Mexique. Dans une de ces circonstances, il fut pris par un desperado (brigand), qui allait le tuer, lorsque d'autres desperados lui persuadèrent de le laisser vivre : un d'entre eux, dans une station de la grande-prairie, avait eu autrefois la vie sauvée par Marion, à l'occasion d'un vol suivi d'assassinat. Marion, étant chef du jury, s'était mis du côté de la non culpabilité, et avait donné la vie à ce brigand qui, dans cette occasion, la lui rendit. Ce nid de brigands, posté sur la route, comptait huit assassins et une femme. Dans trois mois, ils avaient tué et dévalisé cinq cents voyageurs, et accaparé quatre mille têtes de bétail. Un comité de vigilance se forma enfin; soixante hommes vinrent cerner le repaire, et tuèrent les brigands qu'on laissa pourrir au soleil. Marion a maintenant de belles propriétés à Denver (Colorado), et vient de se faire mineur ; il a acheté à Salt-Lake une mine qu'il est en train d'exploiter, et il espère la
vendre un million de piastres (5 millions de francs). Avant de quitter Salt-Lake, j'ai voulu aller prendre un bain à une source salée sulfureuse, située aux environs, et une autre dans le lac Salé. L'eau de celui-ci est transparente et bleue comme celle de la Méditerranée; le fond est sablonneux, mais l'eau est si saturée de sel, qu'on surnage facilement; la tête et les épaules restent hors de l'eau, comme à la Mer morte. Toutefois ici l'eau n'a le goût que du sel, tandis qu'à la Mer morte, elle est amère, d'un goût fétide et insupportable.
Le 17 au soir, je quitte Salt-Lake, et à Ogden, je retrouve le train du Central-Pacific qui, dans deux jours, doit me conduire à San-Francisco. La route traverse une plaine d'un sable si fin, que le vent en remplit les wagons, les yeux, le nez et les oreilles. Il faut donc se résoudre à marcher, les vitres fermées, par une température de 45 degrés centigrades. On voit parfois, dans la plaine désolée, quelques plantations qui réjouissent, comme une oasis. Ce sont des pionniers qui ont élevé là leurs cabanes et utilisé quelques cours d'eau. Comme dans le Sahara, le désert devient ici fertile, aussitôt qu'on peut l'arroser.
Le soir du second jour, nous arrivons à Reno, au pied de la Sierra-Nevada. Là, je comptais passer la nuit pour voir le lendemain le tracé du chemin de fer à travers les montagnes ; mais le train du jour a été supprimé, et je continuai ma route. La seule partie du chemin qui passe dans les montagnes se fait donc de nuit, et le voyageur, qui croit enfin jouir des scènes
alpestres, ne voit tout le temps que des plaines interminables. A Reno, un embranchement conduit à Virginia-City, où un grand nombre de mines sont en exploitation. C'est aussi de Reno ou de Truckee qu'on part pour visiter le lac Tahoe, qu'on dit un des plus beaux du monde; mais, les Américains sont si habitués à exagérer les beautés de leur pays, que je commence à devenir incrédule, et j'ai suivi ma route. Le matin, je me suis réveillé au milieu de magnifiques champs de blé. L'air nous apportait la brise de mer; nous étions dans un pays nouveau et dans une meilleure atmosphère. C'est la Californie, pays de l'or. Les vignes, les figues, les oliviers, les poiriers, les pêchers, les abricotiers font croire que nous sommes dans le midi de la France. Bientôt apparaît le vaste dôme de Sacramento. Cette ville de 40,000 habitants, située sur le Sacramento, est la capitale de l'Etat de Californie. Le train continue sa route et, àBenicia, il entre dans un bateau pour être transporté à l'autre bord; puis à onze heures, nous atteignons Oakland, sur la baie de San-Francisco. Là, on quitte le train pour entrer dans un ferry qui, dans vingt minutes, nous dépose sur le quai de San-Francisco.
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San-Francisco est pour l'ouest, ce que New-York est pour l'est (page 105)