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L'Esthétique des formes

puissance de deux, l'esthétique est satisfaite.

Mais cela encore ne suffit pas. Les lignes en effet ne valent pas seulement par leur propre direction, mais surtout à cause de l'ensemble linéaire dont elles font partie et par la réciprocité de leurs mouvements. Or nous voici en face de données difficiles à calculer, en dépit des instruments imaginés par Ch. Henry. Du moins Tinfluence de la mathématique s'y révèle-t-elle indubitablement. C'est tout ce qui m'intéresse ; car je sais d'avance que partout où elle se manifeste, elle agit à coup sûr et se comporte avec exactitude.

En outre, Ch. Henry attire notre attention sur la valeur contrastante des directions:

cet élément de contraste suffit à assurer à un ensemble de lignes la possibilité harmonieuse, car les contrastes se mesurent encore et se peuvent sensiblement réduire à dos égalités ^ Dans la pratique, les sculpteurs en usent ici à la façon des architectes, en veillant à la pondération de l'ensemble. Le

1. « La composition offre à peu près la disposition d'une croix de saint André... » (Delacroix.)

mot indique un pesage mental, une mise en balance du total des éléments inclus dans l'œuvre. C'est à nous renseigner sur ce total équilibre que la science peut le moins, tant il s'y mêle de données complexes. C&pmr dant rien n'importe plus à l'existence de l'œuvre que cette composition générale, qui reste décidément une affaire soumise à notre jugement, une fonction du goût.

Sur les couleurs, on en connaît un pe^ moins. L'harmonie en est difficile à établir à cause de l'incertitude des attributions. On sait assez bien comment se chiffrent un ut et un sol, mais le jaune jonquille? Et puis, les couleurs nous sont souvent agréables par leur violence, par une certaine qualité aiguë qui ne semble guère harmonique. Quelques* unes surexcitent vivement le système ner^ veux : elles sont hyperesthésiantes. « Autrefois, chez M. Lumière, à Lyon, les ateliers où l'on prépare les plaques photographiques étaient éclairés uniquement en rouge : les ouvriers chantaient, gesticulaient, courtisaient les femmes à outrance et riaient tout le jour. Les salles sont maintenant éclairées

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de flammes vertes et tout ce monde s'est assagi. On pourrait donc considérer le vert, le violet, le bleu, comme sédatifs, le rouge comme exhilarant*. » Une composition qui leur assigne leur plus haute importance désorganise spécialement les lignes. Elles semblent jouer à contre-harmonie. Comme une révolte les suscite et les exaspère. Leur qualité harmonieuse semble leur moindre qualité. Ceux qui arrangent harmonieusement les couleurs, on ne les appelle point des coloristes, car il faut plus de teintes à Ingres qu'à Rembrandt pour faire un tableau.

La couleur demande plutôt à être exaltée. »

Aussi des théories qui assimilent le spectre à la gamme des sons m'en apprennent-elles sur la beauté picturale beaucoup moins que celles qui en constatent les oppositions et les répartissent en familles. Il est fort tentant de chercher une gamme dans le spectre, car on a fait depuis longtemps courir le bruit qu'il y avait sept couleurs principales, ce qui est inexact, attendu qu'il n'y en a bien que

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