‹ Le Trachome à LugdunumChapitre 15 sur 18 · ES PP UT · texte numérisé non relu

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Cet exposé des différentes lroupes qui tinrent garmison à Lyon nous fait toucher du doigt une des portes d'entrée du trachome dans la capitale des Gaules.

En effet, pour ne nous en tenir qu’à un nombre de faits relativement restreints, eu égard au temps écoulé, si l'hypothèse de Mommsen sur une permutation entre les garnisons de Lyon et de Carthage est exacte, voilà bien une première condition de contagion, puisque Carthage n'est pas très loin de l'Egypte par les galères et qu'il y a tout lieu de croire que l’ophtalmie, loin de rester localisée en Egypte, devait s'étendre, comme de nos jours, sur tout le Nord de l'Afrique.

Nous voulons encore signaler le fait que l’on a trouvé à Anse, dans les environs de Lyon où existait un camp, des statues d'Isis, apportées, sans nul doute, par des soldats égyptiens ou venant d'Egypte.

Si nous passons ensuite au temps des Sévère, lorsque la garnison de Lyon était constituée par des détachements de légions du Rhin, là encore nous lrouvons de quoi expliquer la contagion.

Ces détachements étaient formés en majorité de vétérans qui, comme plus tard les grognards de Napoléon, avaient visité les quatre coins de l'empire.

Nous n'en voulons prendre comme preuves que la VIII Augusta, dont on retrouve des traces en Cyrénaïque, à Alexandrie, en Mésie; et la VI Victrix, dont le passage est signalé en Espagne, sur le Rhin et en Bretagne.

L'armée pouvait done jouer un grand rôle dans l'extension du trachome, et cela nous entraîne à nous

En: pe demander quelle était la situation militaire des oculistes romains.

Le fait que l’on a (trouvé un grand nombre de ces cachets en Germanie, en Lyonnaise, dans le Nord, en Auvergne, a fait penser à certains épigraphistes que les oculistes étaient attachés aux armées romaines.

Tochon, d'Annecy, en particulier, s’appuie pour soutenir cette théorie sur la première pierre de Nimègues, où l’on voit figurer un collyre nommé stratioticum (M.VLPI. HERACLITIS STRATIOTICVM), collyre que Marcellus Empiricus désigne comme étant propre à guérir les caligines et cicatrices ex itinere et pulvere collectas.

On conçoit, en effet, que, les soldats étant plus exposés que toute autre classe de personnes aux maux d’yeux causés par la poussière et les longues marches, on ait donné leur nom au collyre destiné à guérir ces maux; mais cela ne prouve pas qu'eux seuls se servaient de ce collyre, et, à plus forte raison, on n’en peut rien conclure pour les spécifiques mentionnés sur les autres pierres sigillaires. Nous ferons d’ailleurs remarquer que, s1 les oculistes dont les cachets sont parvenus Jusqu'à nous avaient été altachés aux armées, l'organisation militaire de l'empire étant partout la même, on devrait retrouver ces cachets partout, et en plus grand nombre dans les provinces d'Orient, où les ophtalmies ont été de tout temps plus communes qu'en Europe.

Nous ferons remarquer en outre que les travaux de MM. Briau, Aubertin et Simpson, ont bien mis en évidence l'organisation du Service de santé de l'armée

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romaine, et Jamais ces auteurs n'ont signalé un seul nom d’oculiste.

Plus encore, à Lyon on a conservé une épitaphe faisant mention d'un médecin de la cohorte XIII Urbana : Bononius Gordus.

Enfin, on a trouvé des cachets là où jamais les légions romaines n’ont tenu garnison (Narbonnaise, Aquitaine).

Il n’y a, par conséquent, aucune preuve que les oculistes étaient militaires. Ce qu'on peut penser, c'est que c'étaient de pauvres diables, qui devaient graver eux-mêmes leurs cachets, la gravure maladroite de certains de ceux-ci semble le prouver, et le peu de valeur de la matière sur laquelle ils gravaient leurs recettes leur permettait un minimum de frais. Il n’y a rien d'impossible à ce qu'ils aient profité des déplacements de troupes pour voyager, les routes n'étant pas toujours très sûres, et, de plus, ils devaient suivre plus en parasites qu'en médecins.

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