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ce serait contraire à la liberté économique. Ce qui ne le serait pas moins ce serait que chaque pays consommateur se verrait devenir, pour éviter les fuites, le client forcé d’un autre état producteur. Chaque état tient à avoir une autonomie économique complète, en perspective d’une guerre ; il n’accepterait pas d’être sous la dépendance d’un autre pays surtout pour les stupéfiants dont le rôle déjà considérable se trouverait encore accru en cas d'expédition militaire. D'ailleurs comme pour la production des matières premières, il faudrait que la limitation de fabrication laisse une marge suffisante pour les déplacements de marchés, pour les épidémies et pour les constitutions de stocks et alors elle deviendrait inefficace.
Enfin cette forte limitation qui équivaut presque à une suppression à des conséquences économiques et fiscales graves, surtout pour les pays producteurs et consommateurs d’opium. Nous allons les étudier au sujet de l’opium ; puis nous dirons en quelques mots les conséquences matérielles de la suppression de la production des feuilles de coca et du chanvre indien et de la fabrication des drogues manufacturées. La suppression de l’opium priverait de leurs revenus toutes les personnes qui vivent de la culture et du commerce de l’opium, à moins que ne soit résolue heureusement la délicate question des cultures de remplacement.
Ensuite elle diminuerait dans de fortes proportions les ressources des pays où est cultivé l’opium ou dans lesquels est autorisée la vente de l’opium à fumer, elle entraînerait le déséquilibre budgétaire et bientôt la détresse financière. Enfin elle entraverait le recrutement de la main-d'œuvre chinoise si indispensable
aux territoires d'Extrême-Orient et, par cela même porterait un coup à leur prospérité économique. Nous allons étudier successivement ces difficultés et nous verrons par la suite qu'aucune d'elles n’est absolument insurmontable.
En Chine la culture du pavot s’étend sur de nombreuses provinces qui y sont entièrement adonnées ; elle recouvre une superficie de 1.500.000 hectares. Dans la province du Yunnam 90% des champs sont plantés en pavots. Ce sont surtout les provinces de l’intérieur bordées par des chaînes de montagnes qui se sont spécialisées dans cette culture. En effet, l’opium constitue pour elles la seule récolte qui puisse être amenée à un marché sans quelle perde trop de sa valeur, les voies de communication sont, dans ce pays à peu près inexistantes et tout le transport se fait sur dos d'hommes. Ainsi un coolie parcourt des centaines de kilomètres pour porter au marché une soixantaine de kilos de la drogue sans en augmenter énormément: le prix. Aucun produit alimentaire ne vaudrait la peine d’être transporté à de pareilles distances par ces moyens primitifs, son prix se trouverait décuplé en arrivant au lieu de consommation. Aussi l’opium constitue pour toutes les provinces de l’ouest la seule chance de faire du commerce. Dans ces provinces, baux, prêts, rémunérations tout est évalué en opium, qu’on appelle l’or noir.
En Perse l’opium est produit dans dix-huit provinces sur vingt-six. Les cultures s'étendent sur une superficie de 30.000 hectares et la production s’élève à 1.500.000 tomans qui, d’une façon générale, est répartie de la manière suivante : deux tiers pour le cultivateur et un tiers pour le propriétaire. En tenant compte
du trafic illicite on peut estimer que les quantités d’opium exportées représentent 25 % du chiffre total des exportations de la Perse. Dans tous les centres une population importante vit de ce commerce. À Ispahan un quart de la population de la ville tire ses ressources du commerce de l’opium: négociants des bazars, manipulateurs, colporteurs, commissionnaires, courtiers. Au moment de la récolte, des milliers de vendeurs de bibelots parcourent la campagne troquant leurs marchandises contre un peu du précieux suc, des derviches, des conteurs ambulants, des musiciens, des montreurs d’animaux vont d’un champ à l’autre et peuvent compter sur la générosité des heureux récoltants qui leur payent en nature l’aumône demandée. Des ouvriers temporaires viennent coopérer à la récolte ; ils suivent dans leur déplacement la maturité du pavot dans les diverses régions comme faisaient autrefois les ouvriers moissonneurs de notre pays qui remontaient, par étapes, de la Provence jusqu'aux Alpes où le blé murit tardivement. Ainsi toute une population vit de cette culture qui, pour une superficie donnée, rapporte le plus.
Dans l’Inde la culture du pavot s’étend sur 54.000 hectares. Elle est dans certaines régions la seule possible. En tous cas sa suppression immédiate entraine rait de graves bouleversements.
En Yougo-Slavie la culture du pavot est de date récente, elle apparaît pour la première fois dans la deuxième moitié du XIXe siècle, apportée d'Asie Mineure. Elle s’y est développée rapidement et s’y implante chaque jour davantage grâce à l’augmentation du prix de l’opium qui s’est manifestée durant ces dernières années. Cependant cette culture est assez aléa-
toire à cause du climat et des maladies de la plante ; la règle est que seul un cinquième des champs donne pleine récolte. Malgré cet inconvénient, les plantations de pavot recouvrent environ 4.000 hectares et donnent 80.000 kilogrammes d’opium. Chaque hectare produit 20 kilos d’opium brut, 600 kilos de graines de pavot et 1.000 kilos de matière combustible, car ice qu’il y à de particulier en Yougoslavie c’est que tout est utilisé dans le pavot ; de ses graines on retire une huile très estimée employée en cuisine ; trente petites et deux grandes raffineries ont été construites pour produire cette huile ; la plante sèche est utilisée comme combustible à défaut du bois qui est rare dans le pays.
Par ce rapide examen nous avons montré le
nombre incalculable de personnes qui vivent de la
culture du pavot. On peut se rendre compte des pertubations économiques et sociales qu’entrainerait sa suppression, d'autant plus que ce sont souvent les classes prépondérantes du pays : clergé en Perse, grands propriétaires en Chine, qui seraient le plus lésées, et elles mettront en œuvre leur influence pour empêcher cette suppression si préjudiciable à leurs intérêts pécuniaires.
Il est vrai que les terrains qui ne seraient plus consacrés à la culture du pavot ne resteraient pas pour cela incultes. D’autres plantations pourraient être faites, plantations qui occuperaient la main d'œuvre rendue disponible, qui alimenteraient le commerce et permettraient de payer le fermage aux propriétaires. Ce serait donc une simple question de réadaptation et au bout de quelques années ouvriers et capitaux auraient trouvé un nouvel emploi. Mais justement la