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difficulté est de trouver ces plantations qui prendront la place des champs de pavots, qui seront suffisamment rémunératrices pour compenser la suppression de l’opium. C’est là que se pose la question si délicate des cultures de remplacement. L’opium a plusieurs avantages qui font que sa culture est préférable à toute autre dans certains pays ; d’abord grande valeur sous un faible volume, irrigation ne durant que quelques mois, demande constante à un prix élevé, possibilité de faire une seconde récolte après l’arrachage des pavots. Aucune des cultures possibles, soit en Chine, soit aux Indes, soit en Perse, ne présente les mêmes avantages. Dans les provinces intérieures de la Chine par exemple, les produits alimentaires qui pourraient être récoltés ne pourraient faire l’objet de commerce que du jour où les voies de communication seraient améliorées. Avant toute suppression du pavot il faudra, donc établir un vaste plan de travaux publics.
En Perse, une commission est allée enquêter justement au sujet des cultures pouvant remplacer île pavot. Il sera nécessaire de fournir à ce pays de l’eau en plus grande quantité kt à un prix moins élevé, de créer des moyens de transport économiques qui remplaceront les caravanes de mulets et de chameaux en usage et d’avoir recours aux conseillers techniques afin de donner à l’agriculture un développement beaucoup plus grand que ne le permettent les méthodes et instruments agricoles employés actuellement.
Les produits que l’on peut envisager de substituer à l’opium sont le blé, la soie, le tabac, la betterave, le chanvre, le lin et les fruits secs.
Ce n’est pas exclusivement dans les régions de culture du pavot qu’il y aura lieu de développer ces nou-
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velles productions. C’est évidemment de ces régions que l’on devra s'occuper en premier lieu en vue de protéger les intérêts des négociants, toutefois le développement des nouvelles productions et l’extension de la culture dans ces régions ne pourront fournir à l'Etat des recettes assez élevées pour compenser celles que lui fera perdre la réduction de la production de l’opium. Il sera donc nécessaire d'améliorer les conditions agricoles générales afin de créer de nouvelles sources de revenus pour l’Etat ou d’accroître le rendement des anciennes.
Il sera impossible de donner plus d'extension à la culture du blé ou des autres céréales avant d’avoir amélioré les moyens de communication, car les frais de transport sont tels que le blé est exposé à pourri dans une province alors qu'à cent kilomètres de là les gens souffrent et même meurent du manque de pain. Le blé du Seistan trouve un débouché dans les Indes et temporairement en Russie. Celui de l’Azerbidjan et des provinces Caspiennes peut provisoirement être écoulé en Russie. Maïs dans les autres provinces, le blé pour atteindre le golfe Persique revient à un prix plus élevé que celui pratiqué sur les marchés internationaux.
L'industrie de la soie qui semble la plus indiquée pour remplacer l’opium exige des capitaux, des techniciens et surtout du temps. Il faut compter six à dix ans au moins, selon les conditions climatériques, pour que les plantations de muriers se développent et un délai encore plus long pour amener l’industrie à un état véritablement productif.
Le tabac peut se cultiver avantageusement en Perse, mais les débouchés sont déjà limités pour la produc-
tion actuelle. Il sera nécessaire de former les paysans aux nouvelles méthodes et de trouver de nouveaux débouchés. Là encore il faudra du temps et des capitaux.
Dans de vastes régions de la Perse le coton peut être cultivé dans des conditions rémunératrices, mais le pays manque d'experts, de semences et de capitaux pour les travaux d'irrigation et de transport. En (ce qui concerne la culture du thé des expériences sont actuellement poursuivies et donnent des résultats encourageants. La culture de la betterave à bien réussi ; si des capitaux suffisants peuvent être obtenus, les quantités de sucre nécessaires à la consommation de la Perse pourront être produites dans le pays et un excédent pourra être même disponible pour l’exporta.tion. Si les techniciens et le capital nécessaires à la, substitution d’autres cultures sont fournis ainsi qu’ils devraient l'être par ceux qui ont intérêt à restreindre la production de l’opium en Perse, il faudra cependant des années pour que les cultivateurs tirent d’autres récoltes un revenu suffisant pour compenser les pertes entraînées par la suppression de l’opium.
D'autre part, pour développer ces nouvelles productions, il faut également prévoir des travaux d’irrigation ainsi que des moyens de transport et de vente des produits. L’Etat ne tirera aucune ressource des cultures de remplacement pendant plusieurs années et cependant il faudra que non seulement il fasse face aux dépenses courantes mais encore à celles entraînées par d'immenses travaux. Avec des recettes sans cesse décroissantes par suite de la réduction de la production de l’opium, l'Etat Perse aura des dépenses augmentant d'année en année pour assurer l’établissement des cultures de remplacement.
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A l’heure actuelle les recettes de l’Etat sont à peine suffisantes pour couvrir les dépenses courantes, et l’exécution de projets importants et de première nécessité a du être ajournée par suite du manque de ressources. Toutes les recettes supplémentaires qu’il sera possible de réaliser par l’application des projets créant de nouveaux impôts devront être consacrées à des travaux publics productifs, autres que ceux prévus pour réduire la culture du pavot à opium.
Etant donné l’état du budget il sera difficile d’assurer le service d’un emprunt destiné à permettre au gouvernement de remplacer la culture du pavot par d’autres productions. Ces difficultés existeront jusqu’au moment où les nouvelles cultures donneront un plein rendement. Ce résuitat ne sera pas atteint avant cinq ans.
Afin de permettre par conséquent la réduction de la culture du pavot à opium aux quantités nécessaires pour les besoins médicaux et scientifiques, dans des conditions pouvant donner rapidement un résultat, il sera nécessaire d'envisager les mesures suivantes :
1o Un emprunt étranger pour une période de vingt ans, à un (taux d'intérêt ne dépassant pas 5 %.
20 Exonération de toute charge d'intérêts au cours des cinq premières années.
30 Amortissement de l’emprunt par tranches de 1/102 du montant nominal, à partir de la dixième année. à
Il serait en outre nécessaire que la Perse obtienne pour la période de transition un moratoire des Gouvernements étrangers qui ont des créances sur la
J. GASTINEL, — Le Trafic des Stupéfiants, a)
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Perse, notamment de l’Angleterre qui lui à consenti un fort emprunt garanti par les recettes tirées de l’opium.
La Perse nous offre d’une manière typique le tableau des difficultés que rencontre l’introduction des cultures de remplacement. Elles peuvent se ramener à deux: rapport beaucoup moins élevé des nouvelles cultures ; dépenses énormes à engager pour rendre possibles ces nouvelles cultures au moment même où les revenus de l'Etat baissent par suite de la disparition graduelle de l’opium.
Si la suppression de l’opium appauvrit les habitants et diminue la prospérité générale du pays où on le cultive, elle à par cela même une répercussion indirecte sur les finances de ce pays : Dans un pays pauvre le rendement des impôts, surtout des impôts indirects est beaucoup moins élevé que dans un pays prospère.
Dans les pays producteurs et dans les pays consommateurs d’opium, des impôts sont directement établis sur ce produit : impôts sur les terres plantées de pavots, impôts sur la circulation de province à province (likins), droits de douane, taxe sur les fumeries, impôts sur la vente, monopole de la vente dans un intérêt fiscal. Toutes ces ressources disparaitraient ou seraient considérablement diminuées du jour où la production de l’opium serait limitée pour les seuls usages médicaux et scientifiques. Pour le moment, elles constituent une part très importante des budgets des pays producteurs ebt consommateurs d’opium.
En Chine nous ne connaissons que les chiffres pour certaines provinces fournis par l'Association internationale contre l’opium. Le Bureau de l’Armée d’Ichang
a recueilli en moins d’un mois, 500.000 (dollars en taxes sur l’opium. Le monopole de Touangsi recueille chaque année plus de cinq millions de dollars en taxes sur l’opium. À Nanning, dans le Kouangsi, on perçoit près d’un million de dollars sur l’opium en‘transit ; à Shensi l'impôt sur l’opium fournit 15 millions de dollars ; Le monopole d’état d’Amoy perçoit 500.000 dollars par mois en taxes et en licences.
Dans l’Inde les revenus tirés de l’opium ont fortement baissés à cause de la réduction des cultures. On peut les évaluer cependant à 7 % de l’ensemble du budget.
Pour la Perse ils s'élèvent à 2.047.000 tomans, c’està-dire environ 10 % des recettes totales.
A Macao on peut évaluer les revenus de l’opium l’égard des recettes totales à 25 % ; .en Indochine 14 % ; à Hong Kong à 22 %:; à Johor à 34 %,; à Trengannu à 38 % ; en Malaisie à 45 % ; à Singapour à 48 %.
On voit surtout d’après les derniers chiffres, la part considérable que représentent pour certains pays les impôts sur l’opium dans l’ensemble des recettes, Si ces revenus venaient à manquer, les états auraient de la peine à (trouver dans d’autres impôts la compensation nécessaire.
La suppression de l'usage de l’opium à fumer aurait encore pour conséquence d’entraver le recrutement de la main-d'œuvre chinoise. Dans certaines colonies cette main-d'œuvre présente au point de vue économique une grande importance ; les travaux agricoles et les travaux industriels sont faits parldes coolies chinois, qui très endurants\et se contentant d’un maigre salaire pourraient difficilement être
remplacés. Comme tous ces ouvriers chinois sont des fumeurs invétérés, ils ne viendront pas s'installer dans des pays où il leur serait impossible de satisfaire leur vice. Même s’il n’y a pas impossibilité absolue, le prix trop élevé du chandoo, ou de très grandes difficultés pour s’en procurer peuvent les détourner de. certaines régions pour les conduire vers d’autres où les salaires seront moins élevés mais où ils pourront se procurer facilement et à bon marché de l’opium.
Ainsi le Conseil d'Administration de la « British North Bornéo company » dans un mémoire publié en 1923, avait déclaré au sujet de l’adoption éventuelle d’un système de licence et d’enregistrement :
« L’immigration libre des ouvriers et colons chinois constitue l’une des conditions essentielles des progrès du développement du Nord Bornéo. Aussi le gouvernement hésiterait-il à adopter des mesures, qui étant donné l’état d'esprit qui règne actuellement en Chine, auraient pour effet inévitable de restreindre l’immigration et d’inquiéter la population Chinoise qui réside dans la colonie ».
Il ne faut cependant pas exagérer les difficultés que soulève la suppression de l’opium bien que les gouvernements soient trop facilement portés à les déclarer insurmontables. La meilleure preuve qu’elles peuvent être vaincues ‘est donnée par l’exemple de la Chine qui de 1906 à 1917 malgré son immense territoire, malgré ses faibles moyens d'action a fait disparaître de ses provinces les champs de pavots et les fumeries. Certes, cette suppression entraînera des ruines, lèsera des intérêts mais cette question matérielle doit peser bien peu devant la question humanitaire et sociale, devant les ravages accom-
plis chaque jour sur des milliers d'êtres humains par la funeste drogue. La suppression de l’esclavage devait aussi entraîner la détresse économique de nombreux pays, rendre impossible la culture et la mise en valeur des colonies ; sous la pression puissante de l’opinion publique les gouvernements se sont décidés à abolir l’esclavage ; les pays qui devaient être les plus profondément atteints par cette abolition, après quelques années de réadaptation ont retrouvé leur prospérité qui n’a (cessé depuis lors de s’accroître.
La culture du coca à une importance éconemique beaucoup moins grande que celle de l’opium; sa suppression entraînerait cependant une perte pour les pays de l’Amérique du sud et pour l’île de Java ; le buisson qui pousse au flanc des Andes, presque sans soins, constitue pour toutes ces régions pauvres une notable source de revenus. D'ailleurs cette suppression serait en grande partie injustifiée ; les quantités de feuilles de coca transformées en cocaïne sont infimes par rapport à la production totale. La plus grande partie est consommée par les Indiens qui ne subissent de ce fait aucune dégradation physique ou morale.
Le chanvre indien là une grande importance pour l'Asie et pour l'Afrique. Son usage comme stupéfiant est secondaire, il est surtout recherché pour ses fibres dont on se sert pour faire des nattes, des toiles des cordages. L'Inde exporte chaque année pour 200.000 tonnes de chanvre indien dont seulement une faible partie est utilisée comme excitant. C’est l'importance de cette plante comme textile qui rend
à peu près impossible la suppression de sa culture. l
Les conséquences économiques ‘de la suppression ou d’une grande limitation de la fabrication des drogues manufacturées, ne sont pas si graves que celles entraînées par la suppression des cultures. Cette branche d'industrie a une importance relativement faible. Cependant des capitaux sont engagés dans cette fabrication, elle occupe de nombreux travailleurs et rapporte de beaux revenus aux industriels et aux commerçants. La disparition de cette industrie rendrait disponible une quantité énorme de capitaux et de main-d'œuvre productifs, elle priverait la nation d’une partie de ses richesses. Des pays grands producteurs comme l’Allemagne, le Japon ou la Suisse se résoudraient difficilement à voir fermer leurs usines.
Evaluation incertaine des besoins légitimes, contingentement arbitraire de la production, conséquences économiques et fiscales désastreuses, voilà les difficultés auxquelles se heurtent la limitation de production des stupéfiants aux besoins médicaux et scientifiques. Nous verrons qu'aucune de ces difficultés n’est insurmontable.
Il faut cependant bien les connaître, en faire un examen approfondi non pour reculer mais pour mieux les vaincre.
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