‹ Le Trafic des StupéfiantsChapitre 22 sur 40 · RER · texte numérisé non relu

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la circonstance le titre de pharmacie (Procès-verbaux Commission consultative, p. 68).

Ainsi le deuxième Convention de Genève n’apporte pas d'institutions bien efficaces pour lutter contre les stupéfiants. Et d’ailleurs quand pourra-t-on bénéficier de ses dispositions ? la date de sa mise en vigueur apparaît comme bien lointaine, seule la Grande . Bretagne et ses dominions l’ont ratifiée, la France par l’organe de son délégué a fait savoir au Conseil de la Société des Nations, en mars 1927, qu’elle allait incessamment le faire. Comme il faut que la Convention soit ratifiée par sept des membres faisant partie du Conseil et qu'aucun de ceux-ci n’a fait entrevoir son intention de ratifier prochainement elle peut attendre de longues années avant d’être mise en application.

Si malgré les efforts accomplis on n’est pas arrivé à de meilleurs résultats la faute en incombe aux gouvernements qui semblent ne pas avoir compris que toute Convention exige de la part des intéressés un certain nombre de sacrifices. Les puissances réunies avaient la volonté de lutter contre les stupéfiants, mais ne voulaient admettre aucune gêne. Les commissions avaient beau se multiplier pour donner aux conventions la forme qui fut la plus facilement acceptable ou qui donna le maximum de résultats avec le minimum de sacrifices, elles voyaient ordinairement, devant l’intransigeance de certains Etats, échouer leurs efforts. Ainsi on ne comprend pas très bien l’opposition farouche que fit la France à la création d’un Comité permanent ayant des pouvoirs propres et pouvant contrôler et modifier les évaluations des quantités de stupéfiants à importer,

À notre avis on n’arrivera à supprimer l’usage des stupéfiants pour des fins autres que les fins médicales ou scientifiques que si les efforts portent sur la limitation directe de la fabrication des drogues. Il parait difficile de supprimer ou de limiter la production des matières premières ; en effet les pays qui cultivent le pavot ou la feuille de coca sont des territoires immenses, à civilisation attardée, et sur lesquels l’autorité du gouvernement central se fait assez peu sentir ; d’autre part nous avons vu les grands problèmes économiques que soulève cette limitation. Les classes influentes de ces pays ont trop d'intérêt à maintenir les cultures, les moyens d’action sont trop

restreints pour qu’on puisse espérer, au stade actuel de civilisation, une limitation vraiment efficace de la culture des matières premières.

On doit se tourner alors du côté de la fabrication des drogues, c’est l’avis des personnes les plus versées en la matière. Le délégué de l’Inde, à la Commission consultative, à déclaré: « Le seul remède semble résider dans un contrôle bien plus strict de la part des gouvernements sur la fabrication » ; le délégué de la Chine à delson côté fait la déclaration suivante : « C’est dépenser son temps et son énergie inutilement que d’essayer de porter remède à la situation lorsque la fabrication des stupéfiants dépasse les besoins légitimes ; c’est à la source qu'il faut agir ».

Du côté de la fabrication aucune difficulté très grave n'apparaît. Les pays fabricants d’opiacés et de cocaïne sont à un degré avancé de civilisation et peuvent exercer un contrôle absolu sur des manufactures peu nombreuses exigeant un énorme outillage. Ces manufactures ne représentent qu’une part très faible

de l’activité industrielle du pays et leur disparition, même complète, ne porterait pas un coup bien grave à la prospérité nationale. Les pays fabricants ont intérêt malgré la perte pécuniaire à accepter une limitation de production qui leur reconnaît un monopole. D'ailleurs s’ils n’acceptent pas franchement une réduction directe de la fabrication, comment espérer qu’ils feront appliquer rigoureusement le système des certificats d'importation qui à justement pour but d'arriver indirectement à cette limitation de production. D’après les propositions soumises à la Commission consultative, le projet qui aurait le plus de chances d’être adopté serait Le projet suivant: On déterminera la quantité de drogues nécessaires aux besoins médicaux et scientifiques du monde ; cette quantité peut être évaluée d’une manière approximative. Le président de la Commission consultative de 1926 à déclaré : « Après les discussions prolongées ‘on connaît maintenant les besoins médicaux du monde, et la Commission sait qu’ils se chiffrent à environ 100 tonnes d’opium médicinal, 130 tonnes de morphine, 34 tonnes de codéïne et 15 tonnes d’héroïne ». La fabrication mondiale ne devra pas dépasser les chiffres de la consommation légitime. Elle sera répartie entre les pays fabricants au prorata de leurs fabrications actuelles : si par exemple l’Allemagne produit 8.000 kilos de cocaïne et que la production soit réduite des 7/8, sa fabrication sera ramenée à 1.000 kilos ; des mesures seront prévues pour permettre la constitution de stocks en vue d’épidémies ou de récoltes déficitaires. Chaque Etat achètera directement aux fabriques les quantités nécessaires aux besoins du pays

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et.les répartira ensuite entre pharmaciens ‘et médecins. Il pourra accumuler des ‘réserves ‘suffisantes pour le cas d’une guerre qui l'empêcherait momentanément de se fournir chez son vendeur habituel.

Que peut-on objecter à un pareil projet ? Qu'ilempeéchera un pays nouvellement né à la vie industrielle de créer chez lui des manufactures de stupéfiants ; mais cette branche d'industrie est trop peu importante pour que cette interdiction puisse entraver en:quoi que ce soit l'essor économique d’un: pays. Qu'il réduira dans une certaine mesure la liberté des Etats ? Maïs il est de l’essencde mêmle de toute convention aussi bien entre les hommes qu'entre les nations ‘de rrestreindre la liberté de ceux qui y sont parties. S'il est vrai que la répartition de la fabrication et la distributions des drogues par l’intermédiaire de l'Etat entraîneront une élévation des prix celle-ci sera bien faible à côté dela majoration que font subir les pharmaiciens aux prix des produits qu’ils vendent au public.

C’est là qu'est la solution du problème, ce sont: des mesures dans ce sens que devront adopter les Etats le jour où ils seront vraiment décidés à vaincre le fléau des stupéfiants.

Un projet du docteur Anselmino, représentant de l'Allemagne, sur la formation d’un trust des ‘fabricants de stupéfiants sous l'égide de la Société :des Nations sera discuté par la Commission consultative à sa session de 1927.

Malgré les efforts internationaux la consommation des stupéfiants dans le monde entier bien loin de diminuer semble chaque jour gagner du terrain. En Extrême-Orient après une période de recul de 1906

à 1917 le fléau de l’opiomanie prend une nouvelle extension et à côté de l’opium apparaissent la morphine, la cocaïne, l'héroïne. En Europe la situation n’est pas très grave pour le moment mais elle peut le devenir un jour prochain ; en tous cas la présence des stupéfiants semble entraver tout effort pour combattre l’alcoolisme. Aux Etats-Unis l’usage des drogues fait chaque jour de nouveaux ravages et le gouvernement ne voit le salut que dans une plus étroite collaboration internationale. |

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