IH. LES MAEIAGES DR LOUIS XUI BT DE LOUIS XIV
La grande affaire du règne de Louis XIY a été la succession de la couronne d'Espagne. Ce ne fut pas seulement une affaire de famille, ce fut encore une question nationale pour les deux pays : pour la France une question de sécurité, je dirai presque d'existence politique ; pour l'Espagne une question d'indépendance et de liberté. L'Espagne avait peut-être pris en aversion la maison de Hapsbourg, qui l'avait ruinée; mais les intérêts de sa liberté politique et de son indépendance souveraine étaient surtout engagés. Ils étaieat menacés
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par les prét^tions diverses des puissances. Les droits de la maison de France sur la succession d'Espagne provenaient de deux sources, le roariag^ de Louis XIU et le mariage de Louis XIV.
A la mort de Henri lY, la Régente maria Louis XIU à la jeune Infante Anne d'Autriche, pour consolider la paix de Yervins et prévenir la guerre qui allait éclater entre la France et T Espagne; mais on fit renoncer rinfiEinte à son droit éventuel de succession , par le contrat de mariage passé le 12 août 1612. La maison de Hapsbourg , qui avait été écartée du trône de France par la loi salique, ne voulut pas que la maison de France pût trouver, dans une alliance avec elle, un avantage de succession que la loi française avait refusé à la dynastie espagnole. Indépendamment de la raison secondaire de réciprocité qui inspirait Tidée d'une modific^ition de la loi fondamentale , en cette occasion , une autre raison plus grave y poussait la maison d'Autriche ; elle tirait son origine des grandes considérations de balance politique qui dès lors dominaient dans les esprits , et dont les guerres dvf seizième si^le avaient fait sentir la nécessité. La clause du mariage est très-remarquable en ce qu'elle énonce avec précision les motifs de la renonciation imposée et acceptée. Nous devons la reproduire avec d'autant plus de soin qu'elle a été supprimée , dans la relation du contrat insérée au manifeste publié par la maison d'Autriche, en i 701 , après la mort de Charles U (<).
« Leurs Majestés très-chrétienne et catholique ont désiré faire les- » dits mariages, afin de tant plus perpétuer et assurer, par ce double » lien, la paix publique de la chrétienté, et, entre leurs Majestés,
(1) Voy. ce manifeste dans Dumont, VIII, part. 1 , pag. 10 et suiv., etin/ro, $4.
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» Tamour et la fraternité qui est souhaitée d*ua chacun ; et en con- » sidération des justes raisons qui montrent la convenance de ces » mariages , par le moyen desquels et avec la faveur et grâce de » Dieu Ton peut espérer de très-heureux tuccès pour le grand bien » et augmeptation de la loi et religion chrétiennes, au bénéfice com- » mun des royaumes^ sujets et vassaux des deux couronnes; comme » aussi qu'il importe au bien de la chose publique et conservation » d*icelle, ei ^ut empêcher quê lêiéUts royaumes ne ê'unisserU et pré^ » venir k$ oocasiom par k$queHe8 ili se pourraimt unir^ comme pour » y garder Végalité qui se prétend, a été accordé et convenu par le » présent contrat que leurs Majestés veulent tenir lieu, force et vi- » gueur de loi ferme et stable à tout jamais en faveur de leurs royau- > jsm et de toute la cho^e publique diceux, que la séréftiesime In- » (ante dona Anna et ses enfants, mâles ou femelles, ou leurs descen- » dants, en quelque degré qu'ils se trouvent , ne puissent succéder » aux royaumes, états'et seigneuries qui appartiennent à la Majesté » Catholique (4)» etc.
L'Infwte AuGe était mineare , à Tépoque où fat oon*du le mariage. Elle reoouvela fidèlement sa renondatioB après avoir atteint Tâge légal, et le Roi son époQX la confirma de son côté. Quant au Roi d'Ëspa:gne aoa p^e^ il transforma, sur la proposition des oortès , U renoneiaUon dont il s'agit en loi de TÊtat, le 3 juin 1 61 0. Cette loi fut insérée, en 1 640, dans la Nueva fioo** pUadm iie las kyts de CastUla, et depuis lors elle a été textuellement reproduite dans la Niwitima reatpUa^ dan de i 806;
La renondation d'Anne d'Autridie n'avait pas d'autre motif que celui d'empêcher la réunion des deux oonronnes sur la tète d'un seul et môme prince , le Roi de France. Ce n'était donc pas comme sang de France que les en&nts et descendants d'Anne d'Autriche étaient écartés de la couronne d'Espagne, c'é^ tait comme héritiers directs ; d'où il suit que cette qualité d'héritier direct disparaissant, l'exclusion n'a*
(1) Voy. Ielext«9 aux pièces JusiifleatiTM , n* 3.
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vaîtplusde motif et tombait; et, ce qui le prouve, c'est l'interprétaliou que lui donna un Roi d'Espagne (Charles II), dans son testament de Tan 1700, dont nous parlerons plus tard; c'est, encore, qu'en 1713 on a demandé une nouvelle renonciation au duc d'Orléans, petit-fils d'Anne d'Autriche, tandis qu'on aurait pu se contenter de celle de son aïeule, dont la validité primitive n'avait jamais été contestée par la maison de France.
Dès cette époque de 1612 commence donc un système d'amitié projetée entre les deux pays, amitié cimentée par les mariages , mais avec la condition déclarée que l'union ne pourrait point aller jusqu'à porter les deux couronnes sur la tête d'un seul prince. La nécessité sentie de rapprocher le lien des deux États est proclamée ; mais elle s'arrête devant la réunion possible des royautés. La maison de France doit être alliée du trône espagnol , mais le Roi de France ne doit pas s'y asseoir. Dans la réalité finale , rien n'est donc exclu , que le Roi de France , de la couronne espagnole; tel est le sens évident du traité de mariage, telle est la limite de sa portée. Le reste n'est que clause de style , cautèle de procureur ,* et toute la suite de cette grande affaire en est la démonstration claire et nette.
On dira peut-être que, dans ce système , l'exclusion des filles de l'Infante n'avait pas de motif. Il est facile de répondre à l'objection, car, d'un côté, la maison d'Espagne ne reconnaissait pas la loi salique , puisqu'elle avait voulu récemment, sous la Ligue, succéder au trône de France, du chef d'une femme ; d'un autre côté , la maison d'Autriche voulait se placer, vis-
à'Vis de la maison de France , dans une exacte condition de réciprocité, par rapport aux avantages de successibilité. Donc, tous les autres cas, autres que ceux de succession directe du chef de la Reine Anne, demeuraient dans le droit commun ; et les princes de la maison de Bourbon descendants d'Anne d'Autriche restaient, par rapport à une Infante d'Espagne, dans la condition où se trouvaient les autres princes étrangers qui pouvaient prétendre à la main de l'héritière de la couronne espagnole. Ils n'étaient poiot exclus par une raison de race ; ils étaient exclus , s'il y avait lieu , par une raison d'état, limitée dans sa sphère, à cause de leur rapport avec la couronne de France , et lorsqu'ils trouvaient, dans leur origine même, un droit simultané à cette dernière couronne et à la couronne d'Espagne; mais ils n'étaient pas exclus lorsqu'ils étaient appelés à un titre autre que celui d'enfant et d'héritier de France.
Il y a de l'importance à fixer, dès à présent, le sens de la renonciation d'Anne d'Autriche, car dès longtemps les ambitions rivales ont voulu donner à cet acte un caractère qu'il n'a pas, celui d'une exclusion de famille et d'une incapacité naissant du sang et du nom de l^rance. Cest le sang de France tout entier, disait la maison de Hapsbourg , dans un manifeste de 1 701 , cest le sang de Frcmoe qui est eoochi du trône d'Espagne. Ce manifeste devint celui de la coalition ellemême, à une certaine époque de la guerre de la succession; mais, dix ans plus tard, le traité d'Utrecht proclamait Philippe V, petit-fils d'Anne d'Autriche, Roi légitime des Espagnes.
Des conditions à peu près pareilles à celles du ma-
riage de Louis XIII furent écrites dans le contrat de mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, du 7 novembre 1659. On y lit ce qui suit :
a Art. t. Que Sa Majesté catholique promet et demeure obligée » de donner et donnera à là sérénidsime Infonte dame Marie-Thérèse, » en dot et en faveur de son mariage avec le Roi très-chrétien de » France... la somme de 500 mille écusd'or sol, ou leur juste valeur, » en la ville de Paris.
» Art. I. Que, moyetmant 1$ payement effectif fait à Sa Majesté » trè9^rétienhe d$ce9 MO miUe éoua d'or $ol..,y ladite $4rénis$ime 9 Infante se tiendra pour contente du susdit do(, sans que par ci-après » elle puisse alléguer aucun droit.., pour cause des héritages et plus » grandes successions de Leurs Mfljestés catholiques^ ses père et mère... » attendu... qu'elle en doit demeurer excluse ; et , avant reffectaa- » lion des é(k)usaiUes, elle en fera la renonciation en bonne et due » forme..-.
Ti Art. 5. Que d'autant cfue Leurs Majestés très-chrétiètine et ca- » tbolique sont venues et viennent à faire le mariage , a6n de tant » plus perpétuer, par ce nœud et lien , la paix publique de la chré- » lienté, et, entre Leurs Majestés, l'amour et fraternité que chacun » espère en elles; et en contemplation aussi des justes et légitimes » causes qui montrent et persuadent l'égalité et convenanoe dudit » mariage. .. o^mme aussi pour ce qu'il touche et importe au biw de la » chose publique et conservation desdites couronnes, qu'étant si granut des et si puissantes^ elles ne puissent être réduites en une seule^ et » que dès à présent on prévienne les occasions d'une pareille jonction. ê Dodoqoes... Leurs lii^eâtés accordent et arrêtent par contrat et » pacte conventionnel entre elles... que la sérénissime Infante d'Espa- » gne , dame Marie-Thérèse , et les enfants procréés d'elle , soit mâ- » les ou femelles, et leurs descendants... en quelque degré qu'ils se •» puissent trouver » voire à tout jamais, ne puissent succéder aux » royaumes, états, seigneuries, dominations, qui appartiennent et » appartiendront à Sa Majesté catholique (1). »
Il y avait dans ce contrat, comme dans celui de 1612, non-seulement une prévoyance relative à l'intérêt des États de T Europe, mais encore Texpression d'un sentimenl de dignité espagnole. Cependant, il faut reconnaître que si l'on a pu reprocher à Louis XIV
(0 Voy. l'acte tout entier aux pièces justificatives, n« 4.
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rambitioii de réunir les deux monarchies, ses désire ont été singulièrement provoqués par la négociation même du mariage et par les circonstances qui Tentourèrent.
Marie-Thérèse était fille aînée du roi d'Espagne et ses deux frères avaient une frêle santé. Les documents curieux laissés par M. de Lionne sur la paix des Pyrénées, dont il fut l'un des négociateurs, nous montrent que la renonciation à la couronne d'Espagne fut vivement débattue entre les plénipotentiaires espagnols et ceux de France. Ceux-ci n'en voulaient pas, et ils ne l'acceptèrent qu'avec des restrictions. Ce fut d'abord la corrélation exprimée entre le payement des 500,000 écus et la renonciation ; ensuite , la convention tacite de ne pas payer la dot, pour ménager au royal époux le droit de réclamer la résolution de la clause ; enfin, l'assurance donnée par D. Louis de Haro que si la couronne d'Espagne venait à perdre les deux jeunes princes qui vivaient alors , il ny aurait aucun sujet de leur monarchie qui; nonobstant toutes les renonciations qu'on pourrait exiger de V Infante, ne la regardât après cela comme leur véritable Reine,., parce que, disait-il, un simple article de traité ne peut pas détruire les Tnaadmes fondamentales d'une monarchie, etc. . . et qu' encore qu'il reconnût mieux que personne toutes ces vérités, il n'était pas néanmoins assez hardi pour oser proposer dans les conseils d'Espagne le désistement de cette renonciation... après V exemple si formel du dernier mariage d'une Infante avec un Roi de France (1).
Sur quoi M. de Lionne nous apprend que ces considérations ayant été représentées au Roi, Sa Majesté vou-
(I) Voy. M. Mignet, Négociations relatives à la stêeeession d'Espagne sous louis XIV, tom. I , pag. 43 et stiiv.
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lant d'un côté donner la paico à la chrétienté, et voyant d'autre part les nullités de cette renonciation , avancées même par le principal ministre d'Espagne, on passa sur ce point, comme les Espagnols le désiraient, et Foq souscrivit à la renonciation, en ne croyant satisfaire qu'à une susceptibilité de la part de l'Espagne. Voilà ce qui résulte de la relation de M. de Lionne , postérieure de quelques mois seulement au traité de mariage.
Quoi qu'il eu soit, la Reine Marie-Thérèse souscrivit, en exécution du contrat, un acte de renonciation formelle à la couronne d'Espagne, le 2 juin 1660, avant de sortir d'Espagne. Dans cet acte, rédigé avec un luxe si prodigieux de protestations et de clauses prohibitives, qu'on peut croire que l'art des notaires y a épuisé toutes les ressources du style usité en pareilles . rencontres, on trouve reproduit le motif déterminant de la renonciation : pour le bénéfice commun des royavr mes, sujets et vassaux des deux couronnes, eu égard à ce qu'il importe à l'état public et à leur conservation, qu'étant si grandes elles ne viennent pas à se joindre, et que l'on prévienne les occasions qu'il y pourrait avoir de les joindre (1).
L'acte de mariage de Louis XIV, et par conséquent la renonciation, ainsi que le motif politique qui en est donné, font partie intégrante du traité des Pyrénées (2), du 7 novembre 1 659. Mais le mariage ne fut célébré, à Bayonne, que le 9 juin 1660.
Une circonstance est ici particulièrement digne d'attention , à savoir que la dot de 500,000 écus d or
(i) Voy. cette pièce, in extenso, aux pièces justificatives, ii*> 5. (2) Voy. Dumont, Corps diplomat., tom. VI, part. 2 , pag. 28*, et toni. Vin, part, f , pag. 16.
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devait être payée , un tiers le jour de la célébration du mariage, Tantre tiers un an après, et le dernier tiers dans les srx mois suivants; or, comme si l'Espagne eât votflu donner autorité aux insinuations faites par D. Louis de Haro, dans l'île des Faisans, elle ne paya pas une obole de la dot, i^ le jour de la célébration, ni dans Tannée suivante, ni jamais. Aussi, Louis XIV et la Reine , qui devaient expressément, aux termes du contrat, renouveler leur renonciation solennelle après la célébration du mariage^ s'abstinrent-ils de le faire ; et, dès l'an 1 661 , Louis XIV dépêcha un ambassadeur extraordinaire à Madrid pour obtenir du Roi Philippe IV, son beau-père , la révocation formelle de l'acte de renonciation, ne s'y regardant pas comme engagé lui-même, à cause de l'inexécution des conditions y apposées (1). Un ministre espagnol répondit à l'envoyé du Roi, que la renonciation était plutôt un $tyk de contrat qu'une obligation qui portât aucun effet.
La négociation traîna en longueur à raison des ménagements auxquels Louis XIV se crut obligé envers la cour de Madrid; elle finît par avorter, après la naissance d'un fils sur lequel Philippe IV concentra ses affections et ses espérances ; mais Louis XIV ne se tint jamais comme obligé par nne renonciation à laquelle, selon lui, avait manqué le complément d'exécution et de solennité qui était nécessaire pour la formation d'un lien politique et obligatoire.
Sur ces entrefaites, Philippe IV mourut, le 17 septembre 1 665, laissant pour héritier un enfant de quatre ans, dont la santé débile ne promettait pas une longue existence. A l'exemple de Charles-Quint et de Phi-
(1) Yoy. Touvrage dté de M. Mignet, toin. I, pag. 71 et fiuif .
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lippe III , Philippe IV r^la le droit de saccession à la couronne par son testament, oh on lit la disposition suivante:
« Dans tous les temps et âges passés, on s'est servi d'une parti- » culière circonspection en faisant les mariages des Infantes d'Ëspa- )» gne avec les Rois de France , à cause des inconvénients qui résulte- » raient de la conjonction et de Tunion de ces deux couronnes... ce » que pour éviter, et pour facilUer les mariages entre les deux cou- » ronne$y pour rutiliié des vassaux réciproques et des États en gé- » néralt on a empêché leur union par une convention.,. A cet effets
» V Infante^ ma sœitr^dut renoncer pour elle et ses descendants y
» à succéder à mes royaumes. .
» Suivant cet exemple... on a ajouté les chapitres 5 et 6 (ci-dessus » rapportés) aux traités contractés par moi et par le Roy trës-chré- » tien Louis XIV... touchant la paix et le mariage contractés entre » l'Infante Marie-Thérèse, ma très-chère fille, et ledit Roi...
» Comme père et maître naturel de mes royaumes... afin d^éviter » les dommages qui pourraient résulter de la conjonction des deux » couronnes.., je déclare que ladite Infante Marie-Thérèse, ma fille, » et tous ses descendants de ce mariage... seront, resteront et sont
» exclus de succéder en mes royaumes... à perpétuité, tout de
» m4me que s*il$ n'étaient point nés (4). »
Le seul héritier mâle de la branche espagnole de Hapsbourg ayant une santé si précaire, et la vacance de la succession étant probablement prochaine, Louis XIV pensa justement que la validité de sa i^nonciation n'était point seulement une question de droit privé , entre TEspagne et lui , mais encore une haute question d'équilibre politique^ qu'il devait traiter avec r Europe plutôt qu'avec un enfant Roi , et il ouvrit aussitôt des négociations avec l'Autriche, l'Angleterre, la Hollande» la Bavière et la Savoie. Désespérant de recueillir la monarchie espagnole tout entière, il voulut du moins être admis au partage de ses possessions ; agrandir le territoire de la France , à défaut d'obtenir une seconde couronne pour lui-même.
(1) Voy. cet acte dans Damoni, /oc. ci^,fom. Vlir, pâH. i, pag. -25-26.
L'Autriche avait des droits éventuels à la couronne d'Espagne, du chef de Marie-Anne d'Autriche, fille de Philippe III et mère de l'Empereur Léopold. Mais ces droits étaient primés par ceux de la Bavière , qui provenaient du chef de Marguerite , sœur cadette deltfarîe-Thérèse, épouse de l'Empereur Léopold et mère de Marie - Antoinette , mariée à l'Électeur de Bavière. L'Espagne et l'Europe étaient portées pour la maison de Bavière , qui n'excitait aucun ombrage. Les ducs de Savoie avaient des droits plus éloignés , qu'ils tiraient du chef de l'Infante Catherine, sœur de Philippe m. Duchesse de Savoie, et d'une substitution ouverte en leur faveur par le testament de Philippe IV.
La Hollande et l'Angleterre n'avaient dans la question que des intérêts politiques et commerciaux. Mais ces deux intérêts étaient d'une singulière importance , et Louis XIV avait à cœur de les satisfaire. Au point de vue politique, c'était l'intérêt de l'équilibre européen qui J)réoccupait les cabinets et surtout les puissances maritimes. Cet intérêt était compromis, si l'Autriche ou la France recueillaient les vastes domaines de la monarchie espagnole, et le fruit de la guerre de trente ans était perdu ; la balance , si péniblement établie par le ^ traité de Westphalie , était détruite.
Au point de vue de leur intérêt privé, l'Angleterre et la Hollande étaient également menacées. L'Angleterre, vieille alliée de la maison d'Autriche, avait pris pied par elle en Espagne. Elle craignait de perdre un marché pour les produits de ses fabriques , par l'établissement d'un prince français en ce pays. D'ailleurs, la France possédait une marine imposante: unie à l'Espagne, elle pouvait alors fermer la Méditerranée
et annaler le commerce des autres peuples de l'Europe, dans les deux Indes ; et puis, Toccupation des Pays- Bas espagnols, par la France, coupait aux Anglais le chemin de TEurope centrale. Or, Tintér^^t continental de l'Angleterre semblait, depuis plus d'un siècle, concentré dans les Pays-Bas. Elisabeth les avait soutenus dans leur insurrection contre Philippe II; Cromwell avait voulu posséder les côtes de ces contrées, et Guillaume de Nassau y avait affermi l'influence anglaise.
Pour la Hollande, la barrière des Pays-Bas était un boulevard contre la France , et à son tour la France convoitait depuis longtemps les Pays-Bas , qui semblaient être un complément naturel de son territoire, en un siècle où chaque État recherchait des barrières naturelles. Si elle devait subir la menace des Pyrénées, elle voulait au moins avoir la protection du Rhin. C'était par les Pays-Bas que l'Espagne pesait directement et lourdement sur la France , découverte de ce côté de ses frontières. Ainsi, la question des Pays-Bas était celle qui offrait le plus de difficultés, dans cette affaire, parce que les intérêts directs de trois puissances s'y trouvaient impliqués.
L'impatience de Louis XIV faillit tout compromettre. Il prétendit d'abord que les provinces belgiques, où le droit de dévolution civile était admis par les coutumes, devaient appartenir à la Reine Marie-Thérèse, comme fille du premier lit de Philippe IV ; transportant ainsi, dans l'ordre politique, une loi de succession qui n'avait jusqu'alors régi que le patrimoine domestique. La guerre s'ensuivit. Elle fut terminée après une courte durée, en 1668, par la paix d'Aix-la- Chapelle ; mais elle laissa subsister des préventions
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et de? ombrages, car elle décelait un empressement trop marqué de la part de la France, et un vif désir d'agrandissement. Cependant, à cette époque, eut lieu un traité secret relatif au partage futur des États espagnols; dans ce traité, T Autriche consentait à la réunion des Pays-Bas à la France. Il ne paraît pas que la Hollande et l'Angleterre aient jamais adhéré à cette concession, dont TofiFre ne fut plus renouvelée, ni la demande acceptée. L'Empereur Léopold semblait reconnaître alors lui-même l'invalidité des renonciations de Marie-Thérèse.
Le traité d'Aix-la-Chapelle, de 1 668, avait laissé au pouvoir de Louis XIV douze fortes villes des Pays-Bas espagnols. Il rendit la Franche-Comté, mais pour la reprendre, peu de temps après, pendant la guerre de Hollande : elle lui resta', par le traité de Nimègue de i678; c'était le démembrement anticipé d'une monarchie en décadence. La guerre de Hollande avait été glorieuse pour nos armes, mais elle alarma l'Allemagne, comme la guerre de dévolution avait alarmé la Hollande ; elle ruina le parti français dans les Provinces-Unies et suscita des ressentiments implacables dont Louis XIV éprouva plus tard les fâcheux effets.
Après la paix de Nimègue, advint l'affaire des chambres de réunion; audacieuse entreprise qui avait encore pour objet l'agrandissement territorial de la France . I^uis XIV avait déjà perdu Tamitié de la Hollande et de l'Allemagne ; il vit alors dissoudre, par la ligue d'Augsbourg, des alliances françaises qui dataient du temps d'Henri IV, et bientôt la grande ligue de 1689 joignit l'Angleterre à la coalition. L'Angleterre venait de faire la révolution de 1688, et Guillaume III, ennemi per-
— JO — sonad de Loais XIY, dirigeait sa politique et ses forces.
La grande ligue se proposa le double but d'abaisser la puissance de Louis XIV et d'empêcher qu'un prince de France ne montât sur le trône d'Espagne. Il ne s'agit plus alors d'un simple obstacle à la réunion des couronnes; oe fut la maison de Bourbon tout entière qu'on voulut exclure du trône espagnol , qu'il y eût, ou non , séparation ou réunion. La question avait cessé d'être une question d'équilibre ou d'intérêt politique entre deux peuples ; elle avait pris le caractère d'qne guerre de famille à fomille. La maison de Hapsbourg luttait encore corps à corps contre la maison de Bourbon. La passion de Guillaume III animait la coalition, et l'un des articles du traité assurait la monarchie espagnole à l'Empereur et à sa postérité , à l'exclusion de la maison de France (1). Cette guerre dura neuf ans et se termina par la paix de Ryswick, de 1697. Elle marqua le temps d'arrêt du mouvement ascendant de la prospérité française.
Quoi qu'il en soit, la ligue de 1689 était dissoute, et Louis XIV reprit ses anciens projets de partage de la monarchie espagnole; mais il ne trouva plus des dispositions aussi favorables qu'en 1668. S'entendre avec l'flmpereur était devenu chose impossible ; Louis XIV s'entendit avec la Hollande et l'Angleterre. Le jprince de Bavière devait avoir la royauté de la Pépinsijle , des Pays-Bas et des Indes ; le E^auphin de France, les royaumes de Naples et de Sicile , avec les ports de la Toscane , le marquisat de Final et de Guipuscoa ; on offrait le Milanais à TAr- (1) VoQf. Dofnoiit, he. at, «om. VU, ptLti. 2, pag. |30.
diidac Chartes. Ce traité e§t du ii Qptobre 4698 (1).
Le prince électoral de Bavière étaut mort ea 1 699 , il bllni traita à nouveau du partage. Les mémeç puissance qui avaient fait celui dp 4698 conclurent celui du SIS mar3 1700, qui était plus près de satisfaire à tous les intérêts , puisque les maisons d' Autriche et de France demeuraient désormais seules eq présence, pour disputer les lots principaux de l'héritage. On substitua r Archiduc Charles au prince de Bavière, et la France dut avoir, en sus de son premier lot, la Lorraine et Bar, en échange desquels la maison de Lcurraine aurait eu le duché de Milan.
La maison de Hapsbourg devait ainsi former une seconde branche espagnole, et l'équilibre européen demeurait assis sur les mêmes bases qu'autrefois. La successibilité de la maison de France ^ la couronne espagnole n'était point prohibée, mais il était dit que la souveraineté d'Espagne et (ies Indes ne pourrait jamais aj^rte^ir à un prince qui serait en méfne temps J^mpereur ou Roi des Rop^ams^ R(d de France ou Dauphin {%). Cet article du traité d^ 17^0 est digue de remarque, en ce qu'il explique à merveille le sens des renonciations. Les maisons ne sont pas exclues, niais seulement les souverains, et les héritiers présomptifs d'Autriche et deFrance. Peqdant cette période des mariages i jusqu'à la mort de Charles II, Roi d'Espagne , la question a passé , comme on le voit, par des phases diverses , et d'un extrême à l'autre.
(1) Voy. Damont, he. cit., tom. VII, part, t, et les BfémeirtÊ èê Unberty, tom. 1» pag. 12.
(2) Voy. ce traité, dans Dûment, loc, cit.^ pag. 477; cf. Lamberty» Mémoires t tom. I, pag. 97, et Mably, Droit public de t Europe^ tom. II,
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— S2 — Nonsverronssereproduire ces vicissitudes jasqa'aa moment de là solution définitive. Ce n'est point, en effet, d'un seul coup, qu'on arrive à la juste mesure et à la vérité dans les affaires politiques, comme dans les autres affaires de l'humanité. La vérité n'acquiert sa force dominante que par cette lente et pénible élaboration qui montre, dans le détail, les dangers et les vices de Terreur. Le seul intérêt de la France était de convertir l'Espagne de territoire ennemi en territoire ami; le seul intérêt de l'Europe était d* éviter la réunion des deux couronnes; mais une opération si simple, en apparence, se compliquait de toutes les grandes passions qui agitent les empires.