PROTECTION DES INDIGÈNES, OEUVRES ANTI ESCLAVAGISTES
sécurité des esclaves libérés, les mutilations, les tortures et Ton fixe les règlements de la juridiction.
Conformément à l'article 19, § 2, de l'Acte général de Bruxelles, tout individu condamné dans l'État ou hors de l'État pour un délit prévu dans l'Acte général, sera soumis à l'obligation de fournir une caution avant de pouvoir entreprendre une opération commerciale dans les régions où se pratique la traite.
Quant h l'esclavage domestique, qui n'est pas à confondre avec la traite et qui fut du reste considéré d'une façon bien distincte dans les traités de Berlin et de Bruxelles, la nécessité de procéder graduellement et sans un trop brusque changement des conditions économiques du pays, empêcha l'État de le combattre avec la même sévérité.
Il a dans le pays une forme assez douce, mais il est enraciné depuis un temps immémorial dans les usages indigènes. L'État se borne à ne pas reconnaître la propriété d'homme à homme, ce qui assure en tout temps à l'esclave l'appui de l'autorité s'il veut revendiquer sa propre indépendance. Nous avons vu quelles garanties dans les contrats de travail empêchent la création d'une nouvelle servitude personnelle. A ce but contribue aussi la diminution des luttes entre tribus indigènes, luttes qui engendrèrent toujours l'esclavage; peu à peu et sans choc le travail libre et justement rétribué, fera disparaître entièrement jusqu'au souvenir du travail servile.
L'œuvre antiesclavagiste de l'État ne se borna pas aux mesures législatives, aux répressions lentes et individuelles. L'État entreprit par la force des armes une véritable et glorieuse campagne contre les marchands d'esclaves arabes, qui menaçaient les territoires du Haut-Congo ; et c'est seulement après d'énormes sacrifices d'hommes et d'argent, après des actes de valeur qu'on ne peut oublier, tant de
la part des officiers belges que des soldats sous leurs ordres, qu'il réussit récemmentà établir sa domination sur ces terres contestées, à vaincre ces terribles ennemis, où à les réduire dans leurs derniers retranchements. Depuis le début de leur intervention, les agents du gouvernement furent souvent arrêtés dans leur marche civilisatrice par la résistance acharnée de ces marchands négriers. En 1893 les deux adversaires se trouvaient face à face et la rencontre était inévitable et décisive. Le nombre, la haine qui les animait, l'organisation des bandes, leur séjour de longue date dans le pays qu'ils avaient terrorisé, les abondantes provisions d'armes et de munitions, l'appui servile même des indigènes, tout rendait ces ennemis de l'État très redoutables. La civilisation était venue forcer la traite dans son foyer même ; la vie et la liberté de millions d'hommes dépendaient du succès de cette lutte. Une enquête faite pour le compte du gouvernement avait fait connaître les forces et les coutumes des Arabes et décrit leurs procédés barbares, dont Livingstone déjà et d'autre voyageurs dans ces contrées lointaines avaient fourni des témoignages non douteux. La lecture du document officiel donne une idée précise de ce qu'étaient ces marchands d'esclaves. On y a décrit les villages attaqués par surprise, la nuit, et incendiés, le massacre des hommes, l'emprisonnement des femmes et des enfants, le voyage des esclaves vers les marchés du centre, les tortures avec les plus incroyables raffinements de cruauté. Souvent par crainte de ces horreurs, érigées en système, les indigènes se rendaient spontanément où étaient contraints de le faire par la faim et la soif ; car les plantations et les bois autour de leurs villages étaient dévastés et incendiés et les sources où ils puisaient l'eau étaient desséchées ou empoisonnées. Lorsque pour des raisons spéciales ces négriers épargnaient quelques tribus, le résultat de leur alliance était