PROTECTION DES INDIGÈNES, OEUVRES ANTIESCLAVAGISTES
épouvantable. Ils favorisaient l'anthropophagie et faisaient manger aux indigènes la chair de ceux qui avaient été tués, donnaient l'exemple du violet d'horribles sévices sur le corps des femmes et prêchaient partout la haine des blancs. Les représailles qu'ils exercèrent parfois contre les tribus en relations avec des Européens, sont incroyables.
Je regrette de ne pouvoir rapporter ici en détail les faits d'armes de la campagne antiesclavagiste qui fut sanglante et vaillamment soutenue des deux parts; fortes, l'une de la conscience de sa cause sainte, l'autre de la férocité de la bète fauve qui se voit attaquée dans sa tanière. Le signal de la rencontre fut donné par la sommation faite par SefuetMoharra, chefs arabes duKassongo et du Nyangué, aux agents de l'État d'avoir à évacuer dans un bref délai tout territoire entre le fleuve Lomami et le Sankuru. Le commandant Dhanis répondit à cette sommation par une attaque vigoureuse avant même de recevoir l'ordre de le faire. Ce fut une marche victorieuse pendant laquelle Sefu, sur la rive gauche du Lomami ; puis Munie Pemba, (ils de Moharra, et enfin Moharra lui-même, à N'Goi Kapoka, furent successivement vaincus.
A. la fin de janvier 1893 Dhanis était devant Nyangué, qui tombait le 4 mars dans ses mains, etle 22 avril il s'em-' parait de Kassongo, où Sefu s'était vengé de la défaite subie en assassinant les valeureux agents de la Compagnie, De Lippens et De Bruyne.
Pendant ce temps une autre colonne commandée par le capitaine Chaltin débouchait devant Ikamba où était mort le lieutenant Hodister et, à Iomé, fortement appuyée par l'artillerie, battait un gros corps arabe.
Le 28 juin, le capitaine Ponthier fut chargé de débarrasser les rives du Congo des ennemis, de Falls jusqu'à Nyangué, et après diverses rencontres, il opérait le 25 septembre sa jonction avec Dhanis à Kassongo.
Un nouvel ennemi surgissait menaçant, c'était Rumaliza, chef des Udjiji, qui après avoir traversé le lac Tanganika avait rejoint les forces arabes et s'était barricadé à Kabambarré, d'où il se livrait à des incursions vers le Luama. Une des premières rencontres coûta la vie au vaillant capitaine Ponthier. Les lieutenants Lothaire et Wouters, profitant de certains succès partiels arrivèrent à marches forcées sous Kabambarré et réussirent à s'en emparer (25 janvier 1894). Quinze jours après, ces deux officiers purent rejoindre et protéger les agents de la Société antiesclavagiste sur les rives du lac Tanganika. Cette société a la gloire d'avoir maintenu des postes avancés, seuls représentants de la civilisation, dans le centre de l'Afrique, tandis que toute la région était en proie au fléau des marchands négriers.
Ses agents dans divers faits d'armes heureux, tinrent tète aux forces imposantes qui vinrent les assaillir de la rive gauche du lac, jusqu'au moment où ils furent secourus par l'Etat indépendant qui opérait d'accord avec la société antiesclavagiste, suivant les prescriptions de l'Acte général de Bruxelles. Les renforts fournis sur le lac par les troupes de l'État donnèrent une nouvelle vigueur aux opérations contre la traite et une série de postes renforcés assura les communications entre Kabambarré et Albertville.
Cependant l'on obtenait des résultats non moins avantageux au Nord- Est des possessions de l'État; le cours de TUellé était rendu libre et les ennemis repoussés au delà de rAruwimi, après de nombreux combats. On doit rappeler entre autres combats celui de Bomokandi, au confluent de ce fleuve et du Mokongo, qui dura longtemps avec un acharnement incroyable et où Ponthier donna la preuve d'un grand courage.
Les chefs tués ou mis en fuite, les bandes de chasseurs