CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES ET DROIT INTERNATIONAL
vait faire valoir comme suite de pourparlers antérieurs. Le conflit qui en dériva, entre le gouvernement français et la société internationale africaine, ne prit pas le caractère aigu. Devant la résolution de la France, Stanley dut adopter le parti d'occuper le plus de territoires qu'il trouva libres, et cela d'une façon positive, c'est-à-dire en y fondant des stations protégées par le drapeau de la Société, qui porte une étoile d'or sur champ d'azur. Une année avant le traité de Berlin ces stations étaient déjà au nombre de 43, mises en communication au moyen de 13 bateaux à vapeur; et plus de 2.000 employés à poste fixe, dont 172 européens, dépendent de la Société.
Stanley occupa également le Quillée, qui a sa source près de Slanley-Pool, et son embouchure près de la Pointe- Noire ; ce qui aurait permis un débouché vers la mer,*si celui du Congo venait à manquer, menacé par les prétentions du Portugal. Mais la France protesta, soutenant que la découverte du Quillée faite par Brazza équivalait à une prise de possession. Ainsi, après tant de fatigues, les possessions de la Société africaine couraient le risque de perdre tout débouché sur la mer.
La plus vive opposition tant aux droits de la société africaine, qu'à ceux récemment acquis par la France, venait du Portugal, qui ne cessait d'envoyer dépèches et notes diplomatiques aux puissances européennes pour démontrer cette violation de ses droits séculaires. Les diplomates et les journalistes portugais tournaient en ridicule les traités conclus avec les chefs indigènes et en suspectaient injustement morne la bonne foi. Au point de vue juridique, on refusait de reconnaître à une société privée le droit d'acquérir la souveraineté sur aucun territoire ; on citait l'opinion de ceux qui niaient la validité des traités conclus, soit par un État avec des rois africains ou
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des chefs de tribus, dont les pouvoirs et les frontières sont toujours fort douteux (1).
Le Portugal joignait à ses protestations celles de certains chefs indigènes, comme par exemple, celle que Don Alvaro dAgua Rozada, secrétaire du gouvernement à S. Salvador, avait fait signer d'une croix au roi du Congo, Don Pedro V. 11 y déclarait la nullité des traités conclus avec l'Association par les chefs des Pala-Pala, parce qu'ils manquaient de son approbation et de celle du roi de Portugal, dont à son tour il se reconnaissait le vassal. Mais ce roi indigène du Congo possédait seulement un petit territoire autour de S. Salvador, et son autorité sur le vaste royaume dont parlent les anciens, si jamais elle a existé, est oubliée depuis des siècles.
"L'Association africaine, si fortement combattue par le Portugal qui niait ses droits, trouva un appui solide dans les États-Unis, que le général Sanford, ancien ministre de ces États à Bruxelles, et membre du Comité de l'Association africaine, avait réussi à intéresser à la question. L'œuvre de l'Association africaine avait été fondée et conduite par un citoyen américain, et les explorations dues à son concours avec des capitaux américains l'avaient rendue possible ; cela suffisait pt)ur intéresser l'opinion publique et le gouvernement américain en sa faveur. La pensée de futures relations commerciales avec l'Ouest africain y contribuait aussi fortement.
Le 10 avril 1884, le Sénat des États-Unis vota une résolution invitant le président de la République à reconnaître l'Association internationale africaine comme « pouvoir gouvernant le Congo ». Pour la première fois, au lieu de l'idée de propriété de l'Association sur les terres du
(I) De Martens : La conférence du Congo à Berlin, page 147. Revue du droit international, année XVIII.
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Congo, celle de la souveraineté est clairement énoncée, et est destinée peu à peu à prévaloir malgré diverses oppositions, jusqu'à la consécration définitive de l'État libre du Congo à la Conférence de Berlin (1), et à son union purement personnelle avec la Belgique.
Cependant, le 26 février 1884, le gouvernement anglais, auquel donnaient peut-être ombrage les succès de 1 Association Africaine et des nations établies sur les cotes de l'Afrique occidentale, où principalement les factoreries hollandaises privées et celles de quelques maisons de commerce de Hambourg et de Brème étaient très florissantes, stipulait avec le Portugal un traité qui reconnaissait à ce dernier des droits historiques sur la côte sudouest africaine entre les 5 a et 12- et les 5" et 18 e degrés de latitude Sud, dans lesquels se trouve compris le bassin du Congo. Ce traité aurait été nuisible au commerce des autres nations européennes en Afrique et à l'Association ; mais l'opinion publique anglaise, blessée de voir reconnaître
(1) Le 8 novembre 1884, le comte de Brandebourg, ministre allemand à Bruxelles, et le colonel Strauch signèrent entre Y Allemagne et l'Association une convention, ratifiée à Berlin le 27 du même mois, par laquelle l'Empire reconnaissait (Art. 5) le drapeau de l'Association comme celui d'un Etat ami et stipulait à son propre avantage sur les territoires de l'Association les droits de la nation la plus favorisée.
Le 7 décembre 1884, pendant la Conférence de Berlin, l'exemple des Etats-Unis fut suivi par l'Angleterre, le i9 par l'Italie, le 24 par l'Autriche, le 27 parla Hollande, le 7 janvier 1885 par l'Espagne, puis par le Danemarck, la Suède, la Norw^e et la Russie.
L'Association africaine, le 5 février 1885, signa à Paris une convention avec la France, dans laquelle celle-ci reconnaissait le nouvel État, en obtenant le bassin du Quillu et une partie du littoral. Enfin à Berlin, grâce à de nouveaux sacrifices, elle fut reconnue par le plus tenace de ses adversaires, le Portugal, dans le traité du 14 février 4883. à la conclusion duquel aida fortement la pression des puissances intervenues à la conférence.
au Portugal des droits que pendant si longtemps l'Angleterre lui avait contestés, protesta à la Chambre des Communes et par l'entremise des Chambres de Commerce de Manchester, Liverpool, Glasgow et d'autres villes industrielles. La France protestait également en démontrant que les droits historiques du Portugal étaient désormais prescrits ; et le prince de Bismarck retenait comme non avenu pour l'Allemagne ce traité, qui lésait des intérêts et des droits bien plus récents et plus réels que ceux auxquels prétendait le Portugal.
A la suite de ces diverses oppositions on renvoya à une époque indéterminée la ratification du traité par l'Angleterre, qui à la fin la refusa.
Les choses étant arrivées à ce point, la nécessité d'amener à un commun accord les nombreux États directement et indirectement intéressés à la politique et au commerce de l'Afrique, apparut immédiat et se présenta à l'esprit du prince de Bismarck et d'autres hommes éminents.
Durant l'été de 1884, lorsqu'il résidait à Varzin, le prince de Bismarck eut à ce sujet diverses conférences avec le baron de Courcelles, ambassadeur de France. Les gouvernements allemand et français reconnurent l'opportunité de convoquer une conférence diplomatique, dont le programme serait de pourvoir à la liberté du commerce et de la navigation sur le Congo et le Niger, en appliquant des principes semblables à ceux du traité de Vienne de 1815; d'éviter tout conflit, et d'établir les règlements auxquels devraient se conformer les futures occupations de territoires.
Dans la seconde partie de ce livre, nous étudierons l'acte final de la conférence et nous verrons que son œuvre a acquis une importance plus grande qu'on ne le pensait alors. Ici cependant je devrai rappeler que le mérite de la