F. £r., Tol. 6617, f. 98. Pièce da temps
3. Arch. nal., K. 1492, n* 47. Lettre originale de Aay Gomei de SUTa et du duc dAlbe à Philippe U.
trouva insuffisante de 17,000 écus. L'ambassadeur réclame le surplus dans ses dépêches des 20 et 27 juillet, 4 et 5 août. L' Aubespîne était d'autant plus confus que le roi d'Espagne attendait le paiement intégral pour licencier les lansquenets^. Enfin les fonds arrivèrent. La quittance est datée du 6 août 1559^.
Cette afl&ire terminée, L'Aubespine fut diargé d'en conduire une autre qui ne tenait pas moins au coeur de Philippe. La nomination du confesseur de la reine fut mise en délibération comme une affaire d'État. Un moine espagnol, confesseur du roi, proposa un religieux français, chef de son ordre dans le diocèse de Lyon, nommé Jean Conseil^ • Ruy Gomez soumit ce choix au roi de France et à Catherine. Il ne parait pas qu'on ait consulté la princesse, principale intéressée. Philippe II en avait agi de même avec la défunte reine, Marie d'Angleterre, et s'était bien trouvé de lui avoir donné < ung père spirituel qui feust
1. Lettre de Sébastien de l'Aubespiae au connétable, da 19 mai 1559 (Orig., f. fr., Tol. 6614, f. 34).
2. Louis Paris, Négociations sous François JI, p. 22, 33, 40, 73, 76, 79, 80. — Dépêches de Sébastien de TAubespine et quittances de Philippe n. Il est à remarquer que, dans ces documents diplomatiques, les mots de florins, écus et livres sont pris comme de la même yaleur.
3. Il signe Jehan ConsUium dans une lettre adressée à la reine mère (F. fir., vol. 15874, non paginé). Il est appelé Consilii dans un état publié dans les Négociations sous le règne de François II, p. 353. Sans doute il se nommait simplement Conseil.
homme de bien, sçavant et aceompaigné de quelque prudence, pour, par luy et en ung besoing, remonstrer et advertir lad. dame des choses qui luy seroient agréables^. » Jehan Conseil ne put rendre de longs services. Il fut attaqué de la fièvre quarte et devint hydropique moins d'un an après son arrivée en Espagne.
A sa mort, le roi élut un de ses sujets, attendu que la princesse était également accoutumée aux deux langues^.
Depuis le jour de son mariage, Elisabeth fut traitée en reine à la cour de France. Le roi constitua à sa fille une maison digne de sa grandeur. Il lui donna Anne de Bourbon, fille du duc de Montpensier, Louise de Bretagne, dame de Glermont, Claude de Valpergue, dame de Yineuil, Catherine Gazet, demoiselle de la Motte -au- Groin. Il lui donna, en outre, une gouvernante des filles. Mademoiselle de Ramefort de la Cour, treize demoiselles de compagnie, neuf femmes de chambre, deux aumôniers, un confesseur provisoire en attendant les instructions de Philippe U, deux chapelains, quatre secrétaires, un contrôleur général, deux médecins et de nombreux serviteurs de chapelle, de
1. Paris, Négociations »ou$ Ftançois //, p. 69. — Lettre de L'Aubespine aa cardinal de Lorraine, du 4 août 1559.
2. Vc de Golbert, ?ol. 27, f. 243. — Lettre de L'Aobespine à la reine mère, datée de Tolède, da 9 décembre 1560.
chambre, de garde-robe, de cuisine, d'écurie, dont les gages montaient à la somme, énorme pour le temps, de 34,300 livres tournois^.
Chaque prince du sang, chaque princesse, quel que fût son âge, était entouré d'un domestique presque aussi nombreux. La cour était peuplée conmie une ville. Quel devait être le désordre matériel et moral de telles agglomérations?
Quand le roi avait passé plusieurs semaines dans la même résidence, la foule de valets < remplissait tellement de puanteur et d'infection, au temps d'été, » qu'il était nécessaire c de sortir quelque part pour faire nettoyer partout*, t
La mort de Henri II ne changea rien aux dispositions de Philippe II. A la première nouvelle de la blessure du roi, il avait chargé Ruy Gomez de Silva de demander à la cour de France l'exécution de son mariage, quelle que fût l'issue du fatal tournoi. Catherine de Médicis, de son côté, redoutait le désistement de son gendre. Les lois canoniques autorisaient facilement la rupture d'un mariage qui n'avait pas été consommé. Pendant que le roi agonisait, Ruy Gomez et le duc d'Âlbe attendirent, sans se prononcer, les ouvertures de la reine ; ils épar-
1. La liste de ces nombreux serriteurs est conserrée dans la coll. Clairambault, roi. 836, f. 2^95.
2. Lettre de Cbantonay ao cardinal Granvelle (Recueil couserré aux Arch. de Bruxelles, f. 92).
gnèrent aiosi à Torgueil de leur maître Tennui de faire des avances ^ La solennelle étiquette qui entourait la reine d'Espagne ne fut pas modifiée. Au sacre de François II, elle fut reçue aux portes de Reims sous un poêle de damas bleu par quatre notables, conduite à Téglise Notre- Dame, traitée avec autant d'honneur que Marie Stuart^
Divers motifs empêchèrent, pendant plusieurs mois, la réunion du roi et de la reine catholiques. Premièrement, les convenances défendaient aux ambassadeurs d'aborder ce sujet pendant le deuil de quarante jours qui suivit la mort de Henri II. Secondement, Philippe II se préparait à passer par mer de Bruxelles en Espagne et consentait à épargner à sa jeune épouse les dangers de la traversée. Ce dernier motif perdit bientôt sa raison d'être. Après avoir tranché mainte affaire dans les Pays-Bas, qu'il ne devait jamais revoir, Philippe II s'embarqua à Flessingue le S5 août 1559. Le roi de France avait donné l'ordre aux gouverneurs de la côte de surveiller le passage de la flotte et d'honorer le roi, suivant son rang, si un accident
1. Leltre de Ruy Ck>mez de SUva et du dac d'Albe à Philippe II, eo date da 8 juillet 1559 (Orig. espagnol; Arch. nat, K. 1492,
1. Lettre de Chantonay à Margaerite de Panne, du 15 septembre 1559 (Recueil conserré aux Archifes de Bruxelles, f. 7.)
Tobligeait à prendre terre ^. Charles de Goucy de Burie avait posté des vedettes sur les falaises les plus élevées de Gascogne^. Uû soir, au souper de la reine, Elisabeth demanda si les vents étaient contraires ou favorables au voyage de son époux. On lui répondit que, si le roi avait déjà franchi la Manche, les vents le ramèneraient sur lescôtes de France. La jeune princesse poussa naïvement un cri de joie : c Que ce vent seroit heureux! > dit-elle^. Le cardinal de Lorraine redit le mot à Fambassadeur Chantonay, qui se hâta de le rapporter à son maître.
Le vendredi, 8 septembre, Philippe II aborda à Laredo, en Gastilie^. Â peine était-il débarqué qu'une violente tempête s'éleva sur la côte. La flotte fut dispersée. Plusieurs bâtiments furent jetés contre les récifs et sombrèrent en vue du port. Un millier de soldats ou de matelots de la suite du roi furent engloutis. Le vaisseau royal, chargé de tableaux, de tapisseries et des plus
1. Lettre orig. de d'Estissac, goayerneur de la Rochelle, aa dac de Gaise, en date du 31 jaillet 1559 (F. fr., toI. 15872, f. 133).
2. Lettre de Burie aa roi, da 22 août 1559 (F. fr., vol. 15871, f. 282).
3. Lettre de Chantonay à Philippe U, da 16 août 1559 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1494, n* 65).
i. Lettre de d'Aspremont, Ticorate d'Ortes, goavemear de Bayonne, aa cardinal de Lorraine, datée de Bayonne et du 12 septembre 1559 (F. £r., toI. 15872^ f. 159). Tous iee historiens de TEspagne, Leti, Ferreras, Prescott, se trompent en fixant aa 29 août l'arri? ée du roi à Laredo.
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riches trésors des Flandres, s'abîma avec son opulente cargaison. Un autre navire, commandé par le capitaine François Bolivar de Santander, fut démâté et entraîné en pleine mer. Il portait les bagages des secrétaires Gonzalo Ferez, Diego de Yargas, Juan Sagasta et Gurteville, et les papiers du cabinet du roi^ Philippe II, témoin muet du désastre, s'agenouilla au bord de la mer et remercia la Providence d'avoir sauvé sa vie, c à ceste seule fin d'exterminer les Luthériens ; et dit que, s'il n'eust eu ceste résolution et entière fermeté. Dieu l'eust fait périr avec ses bardes. » Les réformés, au contraire, publièrent que la menace divine était c un advertissement pour se convertir à Dieu^. » La tempête étendit ses ravages sur la côte de Guyenne. A Rayonne, elle enleva les toitures de la ville ^. Le lendemain, au retour du calme, la plupart des navires espagnols rentrèrent au port. Mais celui de Bolivar de Santander, malgré toutes les recherches des agents espagnols, ne put être retrouvé^.
1. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Panne, da 13 octobre 1559 (Recaeil conservé aux Arch. de Bruxelles, f. 13).
2. La Planche, Estât de France tout François II, édit. Techener, 1836, in-fol., p. 29.