‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 89 sur 98 · Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint · texte numérisé non relu

Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint

de fièvre, qui c dura depuis les neuf heures du soir jusques aux neuf heures du matin, avec ung froid beaucoup plus rigoureux et long qu'il n'avoit senty • » Au mois de juillet, il était toujours c fort travaillé de sa fièvre quarte. » Au mois d*août, Fétatde la santé de Tinfant obligeait le roi d'Espagne à difiSérer indéfiniment l'assemblée des Gortès où il devait figurer. L'année suivante, le roi renonça à le traîner à sa suite et le laissa à Tolède aux mains de ses nombreux médecins. Elisabeth écrit à sa mère : c Le prince a encores sa fiebvre quarte et ne luy diminue point^. »

Un accident aggrava l'état du prince. Pendant un séjour à Âlcala, il avait pris en affection la fille du concierge de son palais et lui donnait, à Tinsu de son gouverneur, des rendez-vous secrets dans un jardin. Le dimanche, 49 avril 1562, en courant au-devant d'elle par un passage dérobé, il manqua les dernières marches d'un escalier et tomba la tète en avant. Â ses cris les officiers accoururent et le relevèrent. Le prince avait une blessure à la tète que les soins des médecins aggravèrent. Après onze jours de pansement, il était en proie à une

1. Nigoc, sous François II, p. 271, 291, 809, 813. — Lettre de L'Aubespine ao cardinal de Lorraine et an dac de Gaise, da 3 juillet 1560 (Orig., f. fr., Tol. 15874, f. 69). — Antre, da 13 août (Ibid., f. 136).

fièvre ardente , mêlée de délire. Les médecins déclarèrent que le cerveau était atteint et mirent à nu le crâne du blessé. Le 5 mai, l'infant était presque paralysé ; le 9 il fut trépané, horrible supplice que la médecine empirique du moyen âge infligeait quelquefois à ses victimes. Le 1 0, l'ambassadeur de France écrit à la reine mère que le prince touche à sa dernière heure.

Après plusieurs jours passés entre la vie et la mort, les médecins l'abandonnèrent. Dès lors il entra en convalescence. Le 14 juin, il était rétabli. Sa constitution l'avait emporté; mais son intelligence était encore affaiblie ^ .

Dans le trouble où les mauvaises nouvelles de l'infant jetaient la cour d'Espagne, la reine Elisabeth montrait les sentiments d'une mère. Il ne manquait pas à la cour de conseillers capables de lui faire entrevoir qu'elle n'avait pas à regretter un prince dont ses propres enfants devaient hériter^. Chaque jour elle s'informait de sa santé, plaignait ses maux, et, quand elle recevait sa visite, s'efforçait de le consoler. Tantôt, pour le distraire, elle lui donnait c quelque plaisir de bal et autres honnestes passe-temps ; »

1. Gachard, Don Carlos et Philippe II, chap. nr. — Négoc. I01M François II, p. 888 et 889.

2. Négoc, sous François II, p. 291 . — Lettre de L'Anbespine au card. de Lorraine et aa dac de Goifte, do 3 jaillet 1560 (Orig., f. fr., Toi. 15874, f. 69).

tantôt elle le C€M[iviait aux diasses et aux voyages de plaisance. Sa correspondance est pleine de témoignages de compassion pour Tinfant. Elle en adresse même à sa mère, devant laquelle il n'était pas nécessaire de jouer une comédie larmoyante ^ Le prince était reconnaissant de cet intérêt, c II parolt en ses actions, écrit le secrétaire Duran, grande humilité et révérence à la Roy ne. > Lorsque Elisabeth eut la petite vérole, il s'inquiétait avec anxiété des progrès de la maladie. Les lettres des dames caractérisent cette affection enfantine qui était de la gratitude. En août 1560, la dame de Yineuil écrit a Catherine de Médicis : t Le prince ayme la royne singulièrement, de façon qu'il ne se peult soler de an dire du bien^. » Dans une autre lettre (28 novembre 1561), la dame de Yineuil donne à la reine mère des explications qui complètent ses précédents rapports. Don Carlos se trouvait alors en convalescence.

Le prince est guéri de sa Qèvre carte. L'œr d'Alcala li a esté si propisse que, tant arrivé là, il n'eust que un excès de fièvre despuis. Don Carie ' le fût veoir de la part de la roine quatre jours après qui fût là. Il dict qu'il en monstra une réjoissance bien fort grande et que, après avoir leu sa ietre, il lui dict qu'il croict que sa

t. Négoc, $oui François II, p. 291, 460, 889 et pauim.

2. Lettre de Daran à NoalUes (Orig., f. fir., vol. 6911, f. 290). — Négoc. soui FrançoU II, p. 460, 809.

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