‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 14 sur 99 · Lettre dn poète Joachim du Bellay^ en date da 5 octobre · texte numérisé non relu

Lettre dn poète Joachim du Bellay^ en date da 5 octobre

tait de France un vif ressentiment contre le maréchal et se flattait d'avoir raison de son zèle. U arriva en Italie au conmiencement de décembre. Brissac, d'un côté, les représentants du prince en Piémont, de Tautre, bataillaient avec aigreur sur une contestation que le maréchal avait vainement essayé de prévenir quelques mois auparavant. Le traité de Gateau-Gambrésis stipulait que la France garderait les places de Turin, Ghiesi, Villeneuve d'Âsti, Ghivasso et Pignerol, mais le traité ne réservait à chaque ville qu'une enceinte de demi-lieue de large, insuffisante pour nourrir les habitants et la garnison. Les dangers de cette délimitation se firent bientôt sentir. À peine les frontières étaient-elles tracées que le duc établit des douanes et des péages qui doublaient le prix des denrées. La conséquence prochaine de ces mesures était le dépeuplement des terres qui demeuraient à la France. La récolle en 1559 avait été mauvaise dans le nord de l'Italie et les habitants des provinces, découragés par les restrictions fiscales du duc, n'apportaient aucune denrée sur les marchés des cinq villes. En attendant le règlement du litige, Brissac obtint dix mille sacs de blé de Provence ou de Lyon-

1559, publiée dans les Nouveaux lundU de Sainte-BeoTe, t. XIII, p. 35^

nais, provision dérisoire qui fut consommée en peu de semaines.

Aussitôt après l'arrivée de Philibert Emmanuel en Italie, le 10 décembre, Brissac lui envoya à Nice le s. de Hontbazin pour le saluer et lui demander la suppression des douanes. Le duc accueillit le messager avec bienveillance et, sans entrer dans le détail des faits, promit de satisfaire le lieutenant du roi. Mais le lendemain, informé par ses officiers du succès de son administration intérieure, il retira toutes ses promesses^ et envoya au roi de nouvelles plaintes contre le maréchal. La Savoie était représentée à la cour par deux personnages importants, Jérôme de la Rovere, évêque de Toulon, qui avait eu l'honneur de prononcer l'oraison funèbre de Henri II, et le s. de Goconas, dont le fils devait jouer un grand rôle dans les annales galantes de la cour. Tous deux soutinrent les récriminations de leur maître et les présentèrent en forme de menaces. Aussitôt le roi adressa de nouveaux reproches à son lieutenant. La lettre allait être expédiée par courrier quand arriva une dépèche du maréchal qui faisait valoir les promesses du duc de Savoie. Le secrétaire du Thier arrêta la lettre du roi ; mais l'évèque insista tellement et trouva tant de crédit au conseil que les reproches

1. Mémoires deBoyvin du VUlars, édU. du Panthéon Uli&airef p. S93.

furent envoyés à leur adresse * . A cette nouvelle injustice, Brissac, exaspéré par la faiblesse et la partialité du roi, demanda pour la seconde fois sa retraite immédiate. Les secrétaires d'état conseillaient de rappeler un gouverneur que le duc de Savoie visait comme son ennemi personnel. Lui-même se disposait à partir, quand une lettre du duc de Guise le détermina à rester en Piémont jusqu'à l'arrivée de son successeur*.

Enfin, au mois d'avril 1 560, Brissac obtint son remplacement et reprit le chemin de la cour. Il était accompagné des juifs et des marchands qui lui avaient prêté les 80,000 livres. En arrivant à Montléry , il reçut du roi l'ordre de le rejoindre à Dampierre, chez le cardinal de Lorraine, mais de laisser son cortège en route. Il refusa d'abandonner ses créanciers et les conduisit tous au roi. Â la première demande de remboursement, le conseil objecta la pauvreté du trésor royal. Brissac ne put obtenir qu'une assignation sur de futures coupes de bois. Indigné, il fit honneur lui-même à sa signature. Il commanda à la maréchale d'apporter à Fontainebleau les S0,000 écus qu'il avait économisés pour marier sa fîUe atnée, emprunta le reste aux usuriers de

1. Lettre de da Thier à Brissac, déc. 1559 (F. fr., vol. 20527, f. 95).

2. Lettres du grand écayer Boissy, du 21 décembre 1559 (F. fr., Tol. 20451, f. 131), et de Sypierre, do 10 janvier 1560 (Ibid., Toi. 20528, f. 24).

Paris et distribua la somme entière. Cet acte de générosité, inattendu à la cour, excita Fadmiration générale. Le roi, à défaut de récompense, lui envoya ses félicitations. La fille du maréchal, Diane de Gossé-Brissac, dépouillée de sa dot, n'y perdit rien ; elle épousa le comte de Mansfeld^. La reine nomma Brissac gouverneur de la Picardie*. Telle était la faveur du roi pour son ancien lieutenant en Piémont qu'il paraissait disposé, d'après Boy vin du Yillars, à lui confier c le maniement de Testât^. >

Le successeur du maréchal de Brissac, Imbert de la Platière, seigneur de Bordillon, plus tard maréchal de France, entra en fonction vers le l*' mai 1560. Le duc de Savoie entama immédiatement avec lui une lutte de tarifs, de requêtes, de plaintes, de représentations, qui prouve toute la fertilité d'esprit de ce prince italien, décidé à expulser par tous les moyens pacifiques le roi de France de la péninsule. Il avait inventé d'interdire à tout propriétaire de terres situées dans ses propres domaines de séjourner dans les villes du roi sous peine de

1. Ce mariage ent une issue fuaeste; le comte de Mansfeld, ayant surpris sa femme en adultère avec le comte de Maure, les tua tons deux.

2. Ce gouTemement lui arait été offert quelques mois auparavant (Lettre de Chantonay du 2 février 1560; orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n« 38).

Page 1