‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 24 sur 99 · Papiers d^ëiat du cardinal Granvelle, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Papiers d^ëiat du cardinal Granvelle, t. VIII, p

S. Sar rinterreatioD des Espagnols en Corse, yoyex Morati, la Oarte, Corne J^ et Philippe II, p. 40 et sttiy.

Un mémoire inséré dans la correspondance des officiers du roi de France en Provence présente d*émouvants récits de la guerre de Corse. Â Yescovato, sur neuf enseignes de gens de pied, les Génois perdirent 1,800 hommes; à Gaule, près de laBastie, 3,000 hommes ; à Gampilore, le jour du débarquement d*Étienne Doria, 9S,500 hommes. Â la prise de Certaine, à la reprise d'Istrie, de Porteneese, de Leryo, les Génois qui avaient défendu ces villes furent tous passés au fil de l'épée. Ges désastres inspirèrent à Etienne Doria l'idée d'affamer le centre de l'ile. Il ramassa en Italie 3,000 pionniers, les arma de faux, et les lâcha, sous la protection de quelques détachements génois, sur les blés mûrs et les récoltes des vallées. Sampiero laissa engager c le dégast, > fondit sur les soldats épars et les mit en pièces, saisit tous les pionniers et, par un raffinement barbare, les fit décapiter avec les faux mêmes c dont ils avoient travaiUé au dégast ^ »

Pendant plus de deux ans, Sampiero Gorso tint tète aux troupes coalisées de ses ennemis. Vainqueur dans une rencontre, il resserrait les villes, pillait les comptoirs, faisait pendre ou égorgeait de sa propre main les capitaines génois que le sort de la guerre lui avait livrés.

1. Mémoire des affaires de Corse, copie du temps, s. d. (F. fr., ▼oK 15881, f. 66).

A Vescovato, il les fit brûler vifs dans une maison fermée. Vaincu, il disparaissait dans la montagne et reparaissait bientôt avec de nouveaux compagnons fanatisés par son exemple.

La république mit sa tète à prix; elle offrait 3,000 écus d'or à celui qui le livrerait vivant, S,000 à celui qui l'assassinerait. La guerre prit le caractère barbare des guerres civiles. Les deux partis ne faisaient quartier ni aux soldats, ni aux familles qui s'engageaient contre eux. Le capitaine Âltobello de Gentili, blessé à mort de deux coups d'arquebuse, se fît amener tous les prisonniers génois et les poignarda luimême avant de rendre le dernier soupir. Un autre capitaine, Antoine de Saint-Florent, livrait ses captifs à des chiens dressés à les mettre en pièces. Les Génois n'étaient pas moins féroces. Un capitaine corse de grand renom, Paris de Saint-Florent, retenu sur parole, fut pendu aux vei^ues d'une frégate et servit de cible aux arquebusiers. Les femmes se distinguaient par leurs cruautés ; elles égorgeaient les prisonniers, achevaient les blessés avec des raffinements barbares au cri de Libertaf Came! Came^f

On conserve à la Bibliothèque nationale la copie d'une curieuse lettre du terrible Sampiero

1. Filippini, Hisioria (U Corska, réimpression de 1827, passim. — Morati, la Cane y Co$me de MédieU et PhMippe II, passim.

à son fils. II s'y peint tout entier : vainqueur impitoyable, il passe au fil de Tépée tous les vaincus; ennemi des Génois, il parle de se donner au diable avec ses compatriotes plutôt que de subir une domination abhorrée; capitaine inflexible, il demande la tète d'un lieutenant qui a mal défendu une place forte, et, ne pouvant l'atteindre, il égorge le fils de ce malheureux; père de famille et père tendre quand ses passions politiques ne sont pas en jeu, il ouvre son cœur à son fils aîné et lui dévoile tous les trésors de son affection paternelle^.

La trahison apporta aux Génois un secours plus utile que celui du roi d'Espagne. Le 1 7 janvier 1567, Sampiero, conduit par un de ses écuyers, nonmié Vittolo, sortit de Vico avec sa compagnie et s'engagea dans les défilés du Gauro . En route, il envoya Vittolo en reconnaissance devant lui. Tout à coup il se trouve en face des trois frères de la maison d'Ornano, qui avaient juré de venger le meurtre de Vanina.

Attaqués à l'improviste, Sampiero et les siens se défendent en héros. L'issue du combat restait douteuse, quand un détachement de mousquetaires génois, commandé par Raphaël Justiniano, surgit d'une embuscade. Vittolo passe derrière

1. Lettre de Sampiero Cor&o à son fils atné, Alphonse d'Ornano, en date du 9 mars 1565 (Copie du temps; f. £r., toI. 15881, f. 68). La copie est médiocre et sourent foutire.

son mattre et lui tire un coup de pistolet à bout portant. Sampiero tombe de cheval et est achevé par les soldats. Les assassins portèrent sa tête au capitaine François Fornari, gouverneur d'Ajaccio. Le gouverneur ordonna une grande fête et pendant trois jours fit tirer le canon et sonner les cloches. La somme promise en échange de la vie du colonel français fut régulièrement soldée, mais la répartition suscita des querelles entre les frères d*Ornano, qui avaient soutenu le combat, et les soldats génois qui avaient égorgé le blessé. Yittolo fut exclu du partage et chassé. Il laissa une mémoire abhorrée. Son nom est resté dans la langue du pays comme synonyme de traître^. L'assassinat de Sampiero mit en froideur la cour de France et la république de Gênes, c La Seigneurie de Gênes, dit l'ambassadeur vénitien, Jean Corraro, n'est guère dans les bonnes grâces de cette couronne. Quand on apprit la mort de Sampietro Corso, chacun en montra du mécontentement, et on regrettait que la perte d'un tel homme dût mettre fin aux troubles de Corse*. >

La guerre se poursuivit encore pendant deux années, entretenue par les subsides de la cour de France et par le courage d'Alphonse d'Ornano, fils aîné de Sampiero. Mais les secours

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