Ibid,, t. V, p
de France le même esprit de concîliatioii, mais qu'ils ne pouvaient abandonner Calais. La question paraissait insoluble ; les uns et les autres invoquaient le même droit, le droit de la force : les Anglais, la conquête d'Edouard III de 1 347, les Français, la conquête du duc de Guise du 8 janvier 1558.
La première réunion générale eut lieu le 1 1 février, dans la chambre de la duchesse de Lorraine, à une heure. Les Anglais s'assirent au haut bout de la table, les Espagnols sur les côtés, « comme spectateurs de la farce qui se devoit jouer. » Milord Howard prit la parole en français et déclara que la reine Elisabeth ne voulait point séparer ses intérêts de ceux du roi d'Espagne, qu'elle faisait des vœux pour la paix c de tous les princes chrétiens, » mais que son premier devoir de reine d'Angleterre était de rendre Calais à son peuple. Cette déclaration, dit un témoin, fut lancée d'un ton sec et absolu qui ne comportait pas de tempérament. Les Français répliquèrent à l'instant d'une voix unanime que le roi ne rendrait jamais la ville. Le cardinal de Lorraine se montrait le plus ardent et rappelait que le duc de Guise avait juré qu'il € luy cousteroit la vie de cent mille hommes et la sienne avec > plutôt que d'évacuer sa nouvelle conquête. Après cette double déclaration, la séance fut suspendue. Les Anglais se mirent
en conférence dans un coin de la salle avec les députés espagnols. Lie docteur Wootton s'étonnait de Topiniàtreté des Français. Granvelle lui rappela qu'il l'en avait averti. Les Anglais reprirent leur place en face des Français et les deux partis entamèrent une longue discussion où les droits des deux couronnes sur Calais furent soutenus par des arguments juridiques et canoniques. Assurément la casuistique n'avait rien à voir dans la querelle. Le conné* table proposa de laisser Calais aux mains du roi et d'en réserver la propriété nominale jusqu'à des conférences ultérieures. Plusieurs députés prirent la parole. Le cardinal de Lorraine témoigna encore une fois de la volonté du roi de conserver Calais. Les Anglais demandèrent au connétable des éclaircissements sur sa proposition , mais il ne fit que se répéter. Personne ne concevait clairement, et le connétable moins que tout autre, conmient la propriété d'une ville pouvait être séparée de la souveraineté et enfin quelle sanction assurerait l'exécution de ce partage singulier. Cependant les Anglais en référèrent à leur maîtresse^.
Le lendemain matin, \% février, le connétable, sous prétexte d'entendre la messe, descendit du château dans la ville, où logeaient les