‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 8 sur 99 · Traité de paix fait à ChoiteaurCambrésU, p · texte numérisé non relu

Traité de paix fait à ChoiteaurCambrésU, p

ambassadeurs d'Elisabeth. Il rencontra Tévéque d'Ëly et le docteur Wootton, qui le saluèrent sans lui parler. Un peu plus loin, milord Howard l'accosta. Mais les deux interlocuteurs ne purent rien obtenir Tun de l'autre. Dans la journée, les plénipotentiaires français et espagnols se réunirent dans la chambre de la duchesse douairière de Lorraine. Chacun cherchait un moyen terme et n'en trouvait point. Le cardinal proposa un parti qui prouve la fertilité de son imagination. Calais resterait pour le moment au roi de France ; la fille aînée du dauphin épouserait un jour le fils aîné d'Elisabeth et lui porterait la ville de Calais en dot ; de cette façon Calais rentrerait à l'Angleterre sans déshonneur pour la France.

On tranchait de la même façon certaines difficultés d'argent qui divisaient les deux couronnes : la fille aînée d'Elisabeth épouserait le fils du dauphin et lui porterait ces sommes en dot. Or, le dauphin et Marie Stuart n'avaient ni fils ni fille et Elisabeth n'était pas mariée. Les députés espagnols se chargèrent de transmettre la proposition aux Anglaise

La séance du 1 3 février n'amena aucun changement. Les ambassadeurs anglais n'y assistaient pas; ils attendaient les ordres de la reine. Les négociations se trouvèrent suspendues offi-

1. Granyelle, t. V, p. 468. — Traité de paix fait à Chasteau- CambrésUy p. 90.

ciellement, mais elles se continuèrent secrètement dans les conversations, dans le cabinet de la duchesse, au milieu des intrigues de chaque pÎBurti. Le connétable, homme de lutte ouverte, embarrassé dans ces c toiles d'araignée, » prit la poste et se rendit auprès du roi. Son départ fut un soulagement pour tout le monde. Depuis la réunion des députés au Gâteau, il avait été informé des sourdes accusations répandues contre lui à la cour par le parti des Guises, et, malgré l'approbation du roi, il en éprouvait un amer dépit. Son humeur se faisait jour à chaque séance. Il soulevait des difficultés inattendues, menaçait ses contradicteurs de les jeter à la porte et prononçait même le mot de rupture.

Les ambassadeurs étrangers, mal informés des bruits de la cour de France, se demandaient avec étonnement la cause de ce changement d'attitude. Le cardinal de Lorraine, qui en était bien instruit, poussa habilement son rival dans cette évolution, et, quand il Feut amené à se compromettre, il écrivit au duc de Guise que le connétable troublait la négociation par des exigences de parti pris. Ainsi l'infortuné Montmorency, qui la veille avait été accusé de trop de faiblesse, fut représenté au roi comme un plénipotentiaire imprudent, capable de faire échouer le fragile bâtiment de la paix. Le roi ne se laissa pas persuader ; il révéla au connétable

que le duc de Guise lui avait montré la lettre du cardinal de Lorraine : c II se plainct que

c'est vous qui mestés oposition à la pays

Ne prenés pas garde à tout cecy, mais faytes la pays sy vous pouvés, et lesé-les discourir à leur fantesie^. >

Le 3 mars 1 559, les négociateurs se réunirent de nouveau dans la chambre de Christine de Danemarck. Les Anglais parlèrent les premiers et repoussèrent dédaigneusement le compromis du cardinal de Lorraine. Après* un débat plein d'aigreur, où les parties ne s'épargnèrent aucune des récriminations qui couvaient sourdement au fond de l'âme des deux peuples depuis la guerre de Cent ans, les Français se levèrent avec vivacité et se retirèrent dans le jardin du château. Un page apporta la nouvelle qu'ils avaient donné l'ordre de préparer leurs équipages pour retourner en France. Aussitôt la duchesse alla les retrouver et s'efiorça de les ramener.

Quelques jours se passèrent encore. On touchait à la ûù de la trêve. Il fallait s'accorder ou recommencer la guerre. Les propositions se croisaient entre les ambassadeurs des trois

1. F. fr., Tol. 3139, f. 11. Lettre autographe au connétable, sans date. Une lettre originale de Henri n au duc de Nevers, en date du 26 mars 1559, à la Teille de la clôture des négociations, témoigne de son désir ardent d'obtenir la paix (F. fr., Tol. 3130, f. 104).

rois. Dès les premiers jours de la négociation , au mois de septembre, le connétable et le maréchal de Saint-André avaient proposé au cardinal Granvelle un mariage entre la princesse Elisabeth, fille de Henri II, et Tinfant don Carlos. Cette proposition avait été bien accueillie. La mort de Marie Tudor et le refus de la nouvelle reine d'Angleterre donnèrent une autre direction aux projets de Philippe II; il songea pour lui-même à Elisabeth de France. Montmorency lui épargna les premiers pas :

« Le connétable, écrit Granvelle, a dit, à part moy et le comte de Melito, qu'il seroit bien que Vostre Majesté se mariast avec leur fille aynée et que Monseigneur nostre prince print la troisième^. » Comme les enfants à naître d'Elisabeth de Valois devaient souffirir des droits de progéniture de don Carlos, fils aîné de Philippe II, celui même à qui le connétable offrait la main de la princesse Marguerite, il demandait pour eux la propriété du duché de Milan, mais les ministres espagnols objectèrent que la couronne du roi catholique ne pouvait être divisée. Le mariage de PhiUppe II fut fixé au printemps suivant. Les projets relatifs à don Carlos et à Marguerite, troisième fille de Henri II, plusieurs fois abandonnés et repris pendant le règne de

1. Papiers d'Estai de GranveUe^ t. V, p. 429. La fy'oisième était Marguerite de Valois, plu» tard femme de Henri IV.

François II et de Charles IX, n'eurent aucune suite.

Les conséquences de cette alliance de famille se firent sentir au Gâteau. On remarqua que le cardinal Granvelle soutenait plus mollement les prétentions de l'Angleterre, que le duc d'Albe cessait de glorifier les exploits des deux armées réunies, que le prince d'Orange se souvenait de la rivalité commerciale des Flamands et des Anglais. A Londres, le duc de Feria, ambassadeur de Philippe II, laissa pressentir à la reine Elisabeth que l'appui du roi d'Espagne ne s'étendrait pas au delà de certaines limites ^ C'était un présage d'abandon. Au Gâteau, le cardinal de Lorraine redoublait d'empressement auprès du cardinal Granvelle. Le connétable et milord Howard avaient des entrevues secrètes et chassaient quelquefois ensemble. Un agent italien, Guido Gavalcanti, à la grande jalousie des Espagnols, allait d'un camp à l'autre^. Le 8 mars, la duchesse de Lorraine convoqua les Espagnols et les Français et leur soumit, comme venant d'elle, la proposition suivante : le roi de France s'obligerait absolument à rendre Calais dans quatre, six ou sept ans ou autre délai, en donnant des sûretés pour l'exécution

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