Négaciationt soi» Fi^nçoU II, p. 438, 442, 701 et
3. Lettres de Gtiantonay A Ptiilippe If, da 23 et da 25 no- ▼erobre 1559 (Orig. espag.; Arcli. nat., K. 1492, d*" 78 et 79).
4. Palma Oayet, Chrwiologie navennUre, coll. da Panth. UU., p. 176.
tombe la tradition poétique qui la représente frappée de sinistres pressentiments, mais marchant avec résignation vers sa triste destinée.
Antoine de Bourbon avait pris les devants avec Jeanne d'AIbret, afin de préparer l'entrée de la princesse dans les villes de son gouvernement de Guyenne. Arrivé à Bordeaux, il avait expédié dans les Landes, en Béarn et en Navarre des ofiBciers de service, chaînés de présider aux dernières mesures. Informé des exigences pointilleuses de Philippe II, il réussit à étonner les agents espagnols eux-mêmes, habitués aux cérémonies flamandes, par la splendeur et l'éclat de sa réception*.
Le 31 décembre 1 559, le cortège de la reine d'Espagne, conduit par le roi de Navarre, arriva à Saint-Jean-Pied-de-Port, la dernière ville de Béarn. La température s'était encore abaissée aux approches des Pyrénées. Les montagnes étaient couvertes de neige et les chemins défoncés. La reine trouva à Saint-Jean un convoi de 350 mulets de charrois, des litières et deshaquenées pour les dames, conduits par le s. de Lazunilera, major du roi, par Lope de Guzman, maître des cérémonies, et par le grefiBer de la couronne, porteur d'une sonune de douze mille ducats.
1. Nous ayons raconté le paaaage d'Elisabeth en Guyenne dans Antoine de Bowrbon et Jeanne d'AUrret, t. II, p. 79 et suif.
Le roi d'Espagne avait envoyé au-devant de sa femme don Inigo Lopez de Ifendoza, duc de rinfantado, et le cardinal Francisco de Mendoza, archevêque de Burgos. Ils attendaient à Pampelune, Tun depuis le 6, Fautre depuis le 1 1 décembre, et étaient venus camper dans un village de Textrème frontière, nommé FÉpinal, avec une suite de seigneurs qui rivalisaient de magnificence. Le duc amenait trente gentilshommes des plus nobles maisons d'Espagne, quarante pages vêtus c de toile d'or, bandée de velours cramoisi et doublée de satin blanc, » dix autres pages parés de chaînes d'or et vingt-cinq serviteurs. Sa dépense s'élevait à mille écus par jour. La suite du cardinal de Mendoza se composait de prélats, de prêtres, de moines de tous ordres, de clercs de chapelle, montés sur des mules superbement caparaçonnées. Beaucoup de seigneurs, en costume de cour, s'étaient joints aux deux représentants de Philippe IL On comptait quatre mille chevaux, non compris les bêtes de somme et de charrois. Cette foule fastueuse paradait avec ostentation dans un petit hameau au milieu des montagnes, par un froid glacial, tandis que la neige, chaque jour plus abondante, s'élevait presque à la hauteur des chaumières qui lui servaient de palais ^ .
1. Négociationi mous François //, p. 166 et 168. — Récit coatena dans les Vo de Colbert, toI. 140, f. 519. -^Chronique anonyiiM du ToL 4815 du f. (t., f. 11 et suIt.
Le S janvier 1560, après un repos d'un jour à Saint-Jean-Pied-de-Port, Elisabeth se mit en route pour Roncevaux^. Le matin elle avait quitté le deuil de Henri II, qu'elle n'avait cessé de porter en France et en Navarre, et s'était habillée, ainsi que ses dames, à l'espagnole, de velours noir garni de jais; la coiffure était c de voilant à la lorraine. > Le temps devenait chaque jour plus rude ; les routes et les ponts s'effondraient sous la neige. Â mesure qu'on avançait dans la montagne, les chemins se transformaient en sentiers plus étroits et plus ardus. Elisabeth fut obligée de quitter sa litière. Â une lieue du monastère, une violente tempête assaillit le cortège. Le vent détachait des avalanches qui menaçaient les charrois. Les équipages des filles d'honneur roulèrent dans un précipice^. Aveuglée par la neige qui fouettait son visage, la reine avait peine à conduire sa haquenée. Enfin, après une marche de plusieurs heures, sous un ciel glacé, au prix des plus grands dangers, elle mit pied à terre à la porte du monastère de Roncevaux. Le prieur l'attendait avec les moines et la conduisit à la chapelle. Elle y trouva quelques seigneurs espagnols, pressés
1. Philippe II avait envoyé A RonceTaax un agent, le docteur Darango, pour y amasser des moyens de transport et des vivres (Lettre de Dorango A Philippe 11, du 1 décembre 1559 ; Arch, de la seerét. d'État d'Espagne à Simancas, leg. 357, f. 95).