RÉCLAMATIONS DE L’'ALABAMA
Conduite de la Grande Bretagne envers les Etats-Unis pendant la querre civile récente.
À la fin de la guerre civile, un intense sentiment d’indignation contre la Grande Bretagne dominait dans le Gouvernement et le Congrès des Etats-Unis, ainsi que dans le peuple de ces Etats qui s'étaient dévoués à maintenir par les armes l'intégrité de l’Union, contre les efforts hostiles de la Confédération du Sud.
. Nous soutenions et nous croyions que la Grande Bretagne et ses colonies avaient été l’arsenal militaire et maritime, et le trésor des Confédérés.
Nous soutenions et nous croyions que les croiseurs confédérés qui avaient détruit en grande partie notre marine marchande et notre commerce, n'auraient jamais pu prendre et tenir la mer sans la partialité
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et la négligence patente du Gouvernement Britannique.
Nous soutenions et nous croyions que sans la reconnaissance intempestive des droits de belligérants des Confédérés par la Grande Bretagne, et sans l’aide direct et les approvisionnements qui, plus tard, leur avaient été fournis dans les ports Britanniques, l'insurrection des Etats du Sud n'aurait Jamais atteint, ou n’aurait pas pu garder ces proportions gigantesques, qui ont servi à la rendre si meurtrière et si ruineuse pour toute l’Union et si particulièrement désastreuse pour les Etats du Sud eux-mêmes.
Nous soutenions et nous croyions que, dans toutes ces circonstances, la Grande Bretagne,représentée par son Gouvernement, avait négligé de remplir les obligations de neutralité qui lui étaient imposées par le droit des gens, à un degré tel qu’elle avait fourni aux Etats-Unis une ample et juste cause de guerre. k
À travers tous ces événements, les Etats- Unis, par l’entremise de M. William H. Seward, secrétaire d'Etat, et de M. Charles Francis Adams, Ministre à Londres, n'avaient pas manqué d’adresser de continuelles re-
montrances au Gouvernement Britannique, demandant la réparation des dommages passés et l'adoption des mesures nécessaires pour en empêcher le renouvellement. Ces réclamations finirent par inspirer au Gouvernement Britannique une vigilance plus grande dans l’accomplissement de ses devoirs internationaux, mais elles ne purent l’amener à aucune démarche réparatrice, tant que le Comte Russell (alors Lord John Russell), dont la négligence et les erreurs de jugement avaient causé tout le mal, resta chargé des affaires étrangères du Gouvernement, Tout en admettant expressément, en mainte occasion, le tort fait aux Etats-Unis, cet homme d’état persista avec une obstination et une étroitesse d’esprit singulières, à maintenir que l'honneur de l'Angleterre ne lui permettait d'accorder aucune réparation aux Etats-Unis.
Jamais, dans l’histoire des nations, on n'avait vu un peuple puissant, souffrant dans la conscience de l’injure reçue, faire preuve d’une magnanimité plus grande que celle qui fut déployée dans cette circonstance par les Etats-Unis.
Nous avions sur mer des centaines de
navires de guerre ou de transport; nous avions des centaines de milliers de soldats vétérans sous les armes ; nous avions des officiers de terre et de mer, combattants de cent batailles : toute cette immense force de guerre était prête à être lancée comme un coup de foudre sur n'importe quel ennemi; et, dans le cas présent, les possessions continentales ou insulaires de l'ennemi étaient à notre porte, dans une faiblesse tentante.
Mais ni le Gouvernement, ni le peuple des Etats-Unis, ni ses généraux et ses amiraux couronnés de laurier, ne désiraient la guerre ; ils ne l’auraient acceptée que comme une nécessité; ils prirent le parti de continuer les négociations avec la Grande
Bretagne et de faire ce que nul grand Etat Européen n’a jamais fait dans des circonstances semblables, —c’est-à-dire, désarmer absolument et faire l’expérience complète et généreuse de la patience avant d’avoir recours à la terrible extrémité des hostilités vengeresses contre la Grande Bretagne.
Négociations de M. Srward.
L'événement justifia notre conduite. A Lord Russell, qui était prévenu et intrai-
table, succédèrent dans le département des affaires étrangères du Gouvernement Britannique, d’abord Lord Stanley (maintenant le Comte de Derby,) et puis le Comte de Clarendon, qui, plus sages et plus justes que leur prédécesseur, entrèrent successivement en négociations avec les Etats-Unis sur cette base même de l’arbitrage que Lord Russell avait rejetée si péremptoirement, mais que M. Seward persistait à maintenir comme sage et honorable pour les deux gouvernements.
Ces négociations échouèrent. Mais si le rejet par le Sénat du Traité Clarendon- Johnson et le commentaire qu'y joignit M.
Sumner semblèrent d’abord élargir la rupture entre les deux pays, par l’irritation produite en Angleterre, cependant, en somme, ces faits eurent un résultat opposé, en faisant entrer dans l'esprit public de ce dernier pays une idée plus générale et plus claire du dommage qui avait été causé aux Etats-Unis.
Politique du Président Grant.
En cet état de choses, le Président Grant entra en fonctions. Ses conseillers et lui semblent avoir judicieusement compris, qu’il lui suffisait, après avoir exprimé compléte-
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