‹ Le Traité de Washington [microforme]Chapitre 22 sur 77 · EU · texte numérisé non relu

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de la Grande Bretagne. Je pense que les reproches internationaux sont des lieuxcommuns plus exploités par les Anglais que par nous. Le courant continu de l’émigration de l’Angleterre, de l’Ecosse, et de l'Irlande, vers les Etats-Unis, et principalement de l’Angleterre à l’époque actuelle, n'est pas un fait dont la Grande Bretagne ait à se féliciter. L’'Angleterre s'aperçoit, sans grande satisfaction, que la race Anglaise en Amérique promet d’excéder bientôt en nombre et en pouvoir la race Anglaise en Europe. Par dessus tout, les factions ou les partis de plus en plus importants qui, dans la Grande Bretagne, réclament l'élargissement progressif de la base du suffrage, la répartition égale de la représentation, le scrutin de ballottage, la sépaation de Eglise et de l'Etat, la subdivision de la grande propriété foncière, la suppression de l’hérédité dans l’ordre judiciaire et dans le pouvoir politique, l'élévation intellectuelle et sociale des classes déshéritées, — ces partis et ces factions, dis-je, en citant les institutions des Etats-Unis comme modèles, provoquent la critique de ces mêmes institutions de la part des dépositaires actuels de la

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propriété et du pouvoir politique. Pour ces raisons et pour d’autres causes qu’on pourrait indiquer, il me semble que les Etats- Unis sont plus critiqués en Angleterre que l'Angleterre ne l’est aux Etats-Unis.

En outre, il ne faut pas oublier qu'un grand nombre des accusations contre la Grande Bretagne, aux Etats-Unis, sont proférées par des immigrants Britanniques, — Irlandais, pour la plupart, —mais quelques uns sont Ecossais et Anglais, —qui, ainsi que les autres Européens, ne sont que trop enclins à venir ici avec toutes leurs préventions politiques natives ; qui souvent haissent !& gouvernement de leur pays natal, et naturellement ont besoin de temps pour cesser d'être Européens et pour devenir simplement Américains. Il ne serait pas sans intérêt à ce sujet de voir combien de ces personnes, dans la presse ou ailleurs, parlent ou agissent de manière à faire supposer que l'opinion, aux Etats-Unis, est hostile à la Grande Bretagne.

Il y a une autre classe de faits qu’il est à propos, particulièrement pour moi, de mentionner ici.

L'heureuse révolution des treize Colonies

fut un événement naturellement très-désagréable à l'Angleterre. Nous, les vainqueurs, nous ne devons pas trouver mauvais que le souvenir douloureux en soit resté quelque temps dans le sein du parti vaincu.

Je pense, toutefois, que ces sentiments ont cessé de se manifester en Angleterre. Dans mon opinion, c’est à de tout autres causes qu'on doit attribuer les différends successifs des deux pays, différends dans lesquels, il me semble, le plus grand tort a toujours été du côté de l’Angleterre. Je pense que nous ne lui avions pas donné des causes de imécontentement suffisantes pour qu’elle prolongeât pendant tant d'années après la paix son occupation hostile du territoire du Nord- Ouest. Je pense qu’elle eut tort dans la publication de ses célèbres Orders in Councul, dans la visite de nos bâtiments et dans l’enrôlement forcé de nos matelots, questions qui, après épuisement de toutes les voies de droit, nous’ contraignirent moralement à avoir recours à la guerre. Je pense qu’elle eut tort en prétendant que la guerre anéantissait les droits de pêcherie sur les côtes, qui nous étaient assurés par le Traité d’'Indépendance. Je pense qu’elle eut tort au

sujet du commerce celonial, dans cette discussion qui prit une telle importance sous la Présidence de John Quincy Adams. Je pense qu’elle eut tort en essayant d'établir le pseudo-royaume de Mosquito dans l’Amérique Centrale. Je pense qu’elle eut tort dans ce qu'on a appelé la question de San Juan, ainsi que dans les autres différends qui se sont élevés entre les deux Gouvernements.

Dans le cours de ma longue carrière politique, il m'est arrivé d’avoir à traiter officiellement, soit au Congrès, soit dans le Cabinet, soit devant les Tribunaux, plusieurs de ces questions entre les deux gouvernements. Il ise suffira d’en mentionner trois comme exemples, savoir : 1° La question des enrôlements Britanniques, 2° celle de la Compagnie de la Baie d'Hudson, et 3° celle de l’Alabama.

Pour ce qui est de la première, les Etats- Unis et les personnes qui étaient alors au Gouvernement ont été si clairement dans le droit,—bien que le Gouvernement Britannique, dans son Exposé, ait inconsidérément discuté, en munière de contre-aceusation, la conduite générale des Etats-Unis pendant la

guerre entre la Grande Bretagne et la Russie, à quoi nous avons répondu en établissant que la seule violation de la neutralité survenue aux Etats-Unis pendant cette guerre avait été commise par la Grande Bretagne ellemême,—nous étions, dis-je, si clairement dans le droit que, dans les discussions postérieures, le Gouvernement Britannique n’avança pas un mot de justification sur ce point.

Au sujet de la seconde de ces questions, un membre du Parlement, (M. Hughes), ignorant les faits, à ce qu'on doit supposer, entreprit d’inculper la conduite du Conseil des Etats-Unis et d’en tirer des conclusions préjudiciables aux Etats-Unis par devant l’Arbitrage de Genève. En réponse à cette accusation, il suffit de dire qu’à l’occasion du règlement par une commission mixte, en vertu du traité de juillet 1863, des réclamations de la Compagnie de Ta Baie d’Hudson et de sa congénère la Compagnie Agricole du Puget Sound, je fus chargé par les Etats- Unis d'affirmer et de prouver à la satisfaction de la Commission que les prétentions de la Compagnie de la Baie d'Hudson étaient scandaleusement injustes et basées sur des arguments aussi préjudiciables à la Grande

Bretagne et au Canada qu'aux Etats-Unis.

Je n’ai lieu de rien regretter ou de rien modifier de ce que J'ai dit ou fait dans cette circonstance.

Quant à la troisième de ces questions, celle de l’Alabama, il semble difficile d'admettre qu'un Anglais de bonne foi puisse se plaindre de la demande persistante de réparation faite par les Etats-Unis, maintenant que la décision du Tribunal d’Arbitrage a établi le long déni de justice commis à ce sujet par la Grande Bretagne, fait admis par Sir Alexander Cockburn lui-même, homme prévenu et parlant (“dans un certain sens,” au moins) comme “le représentant de la Grande Bretagne.”

En conséquence, je maintiens positivement que ni le Gouvernement ni le peuple Anglais n’ont-eu, dans le courant de ces transactions, juste cause de se plaindre de l’esprit, des dispositions ou du langage du Gouvernement, de l’Agent, ou du Conseil des Etats- Unis. Il me semble au contraire que c’est de notre côté seulement qu’il y a de bonnes raisons de n'être pas satisfait à cet égard,

Attitude du Gouvernement Américain.

En ce qui concerne la manière d'agir des deux Gouvernements daris cette crise, il est certain que la conduite de celui de la Grande Bretagne, sommeillant pendant près de sept semaines sur l’Exposé Américain et éclatant tout d’un coup en objections dans le discours du Trône et dans les débats du Parlement, sans communication diplomatique préalable, était discourtoise envers les Etats-Unis.

La discussion diplomatique qui suivit, commençant par la note de Lord Granville, du 3 février 1872, et se terminant par la dépêche de M. Fish du 16 avril 1872, peut être lue aujourd'hui, non seulement avec alme, mais avec une suprême satisfaction par tout citoyen des Etats-Unis. : Le Secrétaire d'Etat, (M. Fish), démontre jusqu’à l'évidence qu'il était absolument injustifiable, de la part du Gouvernement Britannique, de prétendre que les soi-disant réclamations indirectes n'étaient pas dans la lettre ou dans l'esprit du Traité de Washington. Il rejette complétement, péremptoirement, mais sans passion, la demande du Gouvernement Britannique aux Etats-Unis

de retirer cette catégorie de réclamations des délibérations du Tribunal. En somme, la position des Etats-Unis est nettement définie comme il suit dans différents passages des

dépêches de M. Fish :

“ Ils (les Etats-Unis) désirent maintenir la juridiction du Tribunal d’Arbitrage sur toutes les affaires pendantes, afin que toutes les questions relatives aux réclamations de l'Alabama ou résuitant des actes des croiseurs, soient, par la force de la chose jugée, pour toujours écartées et ne puissent plus troubler la parfaite harmonie des relations entre les deux pays. J

« Ce que les droits, les devoirs et les vrais intérêts des deux nations contestantes et de toutes les nations requièrent, quant à l’étendue de la responsabilité et à l'évaluation des dommages, aux termes du Traité, c’est une question laissée à l'appréciation suprême du Tribunal institué par ce même Traité.

“Si ce haut Tribunal décide qu’un Etat n’est pas responsable des résultats indirects, ou déduits, découlant d’une violation accidentelle ou inintentionnelle des obligations de ueutralité, les Etats-Unis accepteront la décision sans hésiter,

‘6 Si, d’un autre côté, il décide que la Grande Bretagne est responsable envers ce Gouvernement des résultats amenés par les faits allégués, les Etats-Unis ont pleine confiance dans la bonne foi Britannique et comptent sur une soumission complète à l’arrêt du Tribunal qu’un Traité solennel entre les deux Puissances a établi en vue d’écarter toutes les plaintes et d’ajuster toutes les réclamations Américaines.”

Le Gouvernement des Etats-Unis ne put éviter de sentir que la discussion publique que les Ministres Anglais avaient jugé à propos d’exciter ou, au moins, d’aggraver, et

“le ton discourtois et les intimations comminatoires du Ministère,” traçaient aux Etats-Unis une ligne de conduite différente de celle qu’ils auraient adoptée en réponse à une communication calme du Gouvernement Britannique, relativement à sa manière d’interprèter le Traité.

À ce sujet, il y a une autre classe de faits qui, il me semble, mérite une mention.

Sur les cinq Commissaires Américains engagés dans la négociation du Traité de Washington, deux, le Secrétaire d’Etat, M. Fish, et notre Ministre à Londres, le général Schenck, étaient officiellement occupés à discuter la question soulevée par ‘le Gouvernement Britannique à propos de l’'Exposé Américain. Les dépêches publiées montrent avec quelle habileté consommée ils s’acquittèrent de ce devoir délicat. En même temps, les trois autres Commissaires, M. le Juge Nelson, M. Hoar et M. Williams, bien qu’accusés tacitement en Grande Bretagne de profiter de l’innocence et de la simplicité candide des Commissaires Anglais, ne se départirent pas d’une modération parfaite, ne parlant que lorsque leur avis était officiellement demandé et laissant, quant au reste, la

question à qui elle appartenait, —au Gouvernement.

La conduite de quelques-uns des Commissaires Britanniques fut moins réservée. Le Professeur Bernard sortit complétement des bornes de la raison et des convenances dans la conférence qu’il fit à Oxford. Sir Stafford Northcote se laissa aller à un discours trèsinconsidéré à Exeter. Sir Edward Thornton en prononça un à New-York, qui n’était pas très-prudent. Mais le Comte de Grey et de Ripon, aujourd’hui Marquis de Ripon, se comporta avec une dignité admirable. M.

Lowe a dit spirituellement, du moins on le rapporte, que Lord Ripon errait avec un violent mal de cœur causé par un marquisat qu’il voudrait bien rendre; mais la raillerie est tout-à-fait imméritée. Lord Ripon a gardé un silence digne, tant que la parole a été intempestive; quand l’heure est venue de parler, il l’a fait avec une discrétion et un jugement qu’on ne retrouve pas dans les discours des autres membres du Gouvernement.

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Fonctions de l Agent et du Conseil Américains.

Tandis que ces discussions étaient poursuivies en Angleterre et aux Etats-Unis, nous, —l’Agent et le Conseil des Etats-Unis, —nous étions activement occupés, d’abord à Washington, ensuite et surtout à Paris, à l'étude de l'Exposé Britannique et à la préparation du Contre-Exposé Américain. Nous avions établi à Paris notre quartier général comme dans une ville neutre, grand centre de jurisprudence et de diplomatie internationale, et point d’où il était facile de communiquer avec Londres et avec Washington.

Grâce à cet avantage de position, nous pouvions observer et apprécier exactement les progrès de la discussion en Amérique, dans la Grande Bretagne et sur le continent Européen. |

Qu'il me soit permis de remarquer en mon nom personnel que ce qui fut dit en Angleterre, soit dans le Parlement, soit dans la Presse, me parut en grande partie injuste ou imprudent, factieux à l'égard du Gouvernement Britannique lui-même et irrespectueux envers le Gouvernement Américain. Mais

tout cela ne pouvait avoir finalement aucune influence sur un Gouvernement ou sur l’autre, pour les raisons suivantes :

1° Les deux Gouvernements désiraient sincèrement la paix. La Grande Bretagne n'aurait jamais pu se retirer de Arbitrage en violant le Traité, quoique la Presse eût pu dire et quelque changement qu’il fût survenu dans le Ministère.

2 La liberté de discussion est essentielle aux institutions libres. Il est vraique la Presse de la Grande Bretagne et, dans une mesure moindre, celle des Etats-Unis, penchent aux allures exagérées et parlent des affaires publiques d’un ton tranchant, comme si elles étaient le Gouvernement ; maïs personne, pas même la Presse, n’en est dupe. Nousautres, nations de langue Anglaise, nous avons, grâce au ciel, la faculté de vivre dans l’atmosphère de la discussion verbale et écrite.

Quelle que fût, pour M. Gladstone et pour Lord Granville, l’importunité du tapage fait autour d'eux, on pouvait prédire à coup sûr qu’elle ne les pousserait pas à manquer de parole aux Etats-Unis.

3° Ce n'était pas la voix de la Presse Anglaise qui pouvait avoir une influence

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