‹ Le Traité de Washington [microforme]Chapitre 25 sur 77 · WE5T MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WE5T MAIN STREET WEBSTER, N.Y

e F4 <e 7 Eh PS

C'est alors, le 26 août, que le Tribunal décida qu’il délibérerait en séances secrètes, en dépit de l’opposition de Sir Alexander Cockburn.

À partir de cette date, et jusqu’à la Conférence finale, du 14 septembre, le Tribunal siéga sans l'assistance des Agent» et des Conseils.

Jusqu'à cette époque, l’ Agent, le Conseil, le Procureur et les Secrétaires des Etats-Unis avaient été assidûment occupés à préparer, à copier, à traduire et à imprimer des Plaidoyers et d’autres documents, pour l'usage du Tribunal. Même après la fin des discussions régulières, nous eûmes encore à remplir la tâche laborieuse de préparer les états des réclamations des Etats-Unis, en réponse aux évaluations contradictoires présentées par le Gouvernement Britannique.

Jugement final du Tribunal.

Le 9 septembre, les Arbitres adoptèrent définitivement l’ Acte de la Décision quiavait été discuté à la Conférence précédente et dont l'impression avait été ordonnée. Ils arrêtèrent également que la Décision serait

signée à la Conférence prochaine, en séance publique, et ils s’ajournèrent au 14.

Annonce de la Décision.

Le samedi 14 septembre, le Tribunal s’assembla à l'heure désignée, —midi et demie.

La Salle des Conférences étuit comble par suite de la présence des Arbitres, des messieurs attachés à l’Arbitrage, des dames de leurs familles, des membresdu Gouvernement Cantonal, des représentants de la Presse de la Suisse, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, et de messieurs et de dames appartenant aux familles les plus honorables de Genève. La journée était belle, la scène imposante, Mais l’Arbitre Britannique, Sir Alexander Cockburn, restait inexplicablement absent, et la curiosité se changeait en impatience, et l’impatience en appréhension, lorsqu’enfin,longtemps après l'heure indiquée, l'Arbitre Britannique parut.

L'action officielle de la Conférence commença avec les formalités d'usage.

Puis, le Président présenta l’Acte de la Décision du Tribunal et ordonna au Secrétaire de le lire en Anglais, ce qui fut fait.

Après quoi, des originaux de l’Acte, en plusieursexpéditions,furent signés par M.Adams, le Comte Frédéric Sclopis, M. Stæmpfi et le Vicomte d’Itajubä, et un exemplaire en fut remis à chaque Agent des deux Gouvernements.

Un autre original fut signé de la même manière pour être déposé, avec les archives du Tribunal, dans les archives du Conseil d'Etat du Canton de Genève.

Sir Alexander Cockburn, refusant, comme Arbitre, de consentir à la Décision, présenta un exposé de ses “ Raisons,” dont le Tribunal, sans en donner lecture, ordonna la réception et l'enregistrement.

Alors, dans un discours approprié à la circonstance, le Comte Sclopis déclara les tra:

vaux des Arbitres terminés et le Tribunal dissous. |

L’allocution du Comte Sclopis fut immédiatement suivie de salves d'artillerie, tirées du site voisin de La Treille par ordre du Gouvernement Cantonal, et les pavillons de Genève et de la Suisse furent déployés entre ceux des Etats-Unis et de la Grande Bretagne.

Il est impossible qu’un témoin de cet évé-

- à. nement puisse jamais perdre l’impression de grandeur morale de la scène dans laquelle le e prononcé du jugement arbitral sur les réclat | mations des Etats-Unis contre la Grande - Bretagne attesta la magnanimité généreuse

montrée par deux des plus grandes nations

e du monde, en recourant à la pacifique raison A 3 comme à l’arbitre des graves différends na- 01 l tionaux, au lieu de se complaire dans un ;

ressentiment funeste, ou dans la vulgaire am-

> bition de la guerre. Cette émotion fut visià ble sur tous les visages et se manifesta par ù l'échange de salutations amicales motivées par 1 la séparation de tant de personnes qui, pendant des mois, avaient été assises côte à côte - É comme membres du Tribunal, ou comme k . ! Agents et Conseils des deux Gouvernements. AU 1 Car, même les Agents et les Conseils opposés A

avaient combattu à armes courtoises et, d’un côté ou de l’autre, ne s'étaient jamais départis intentionnellement du respect qu’ils devaient à leurs adversaires, à leurs Gouver- | nements et à eux-mêmes.

Conduite de l' Arbitre Britanr que.

À cette expression universelle de courtoisie et de bienveillance, il n’y eut qu’une

exception, mais elle fut trop frappante pour être passée sous silence.

Au moment où le Comte Sclopis se tut, et avant que le son de ses dernières paroles eut cessé de retentir à nos oreilles, Sir Alexander Cockburn prit brusquement son chapeau, et sans prendre part aux échanges d’adieux autour de lui, sans un mot, sans un geste courtois à l’adresse de ses collègues, il se précipita vers la porte et disparut, plutôt comme un criminel qui s'échappe que comme un juge qui se sépare pour toujours des magistrats qui

ont été associés à ses travaux. Abüt, excesait, evasit, erupit. À ne voir que la surface, ce fut un de ces actes d’impolitesse tellement choquants qu’on éprouve un sentiment de

soulagement à la disparition de celui qui s’en est rendu coupable. Au fond, ce fut l’indice irréfléchi, mais manifeste, qu’il avait conscience d’avoir commis un acte bas, un acte personnellement dégradant et dont la honte rejaillissait sur son Gouvernement.

Les raisons du dissentiment de Sir Alexander Cockburn.

L’Arbitre Britannique, qui si souvent dans le cours des Conférences s'était conduit

r comme un avocat chicaneur, plutôt que hé comme un juge, avait employé son temps à

11 préparer un long Plaidoyer pour la Grande

Fr Bretagne, dans lequel il jetait le masque et ie L- parlait ouvertement comme le représentant du | xd l, Gouvernement Britannique. Il s’abstint Hi x de communiquer ce Plaidoyer au Tribunal nul ë en temps opportun pour pouvoir le présenter il | a | comme les “ Raisons ” de l’Arbitre. Au der- ll a nier moment,—sans l'avoir lu au Tribunal, hi e | ou fait imprimer pour l'information des Ïl i Agents et des Conseils, ainsi qu’une résolu-

h Ë tion votée sur sa propre motion le deman-

> dait,—il produit ce Plaidoyer comme ses

t : ‘“ Raisons pour ne pas concourir à la Déci-

À sion du Tribunai d’Arbitrage.”” Le titre du Ù document est une fausseté, ainsi que nous | le démontrerons d’une manière concluante ; cet acte à été une imposture déshonnète à l'adresse des deux Gouvernements, la Grande : AE Bretagne aussi bien que les Etats-Unis. Hot:

Quant à la question de fait, le document présenté par Sir Alexander était en grande partie d’une telle nature, que s’il avait été produit en temps convenable et si Les per- (a sonnes intéressées avaient eu la chance de fe prendre connaissance de son contenu, il eut

cnrnrnremenmenmmnnnens

incombé à l’Agent Américuin, (ainsi que l’a déclaré le Secrétaire d'Etat des Etats-Unis dans sa dépêche à M. Davis, du 22 octobre 1872), de s’opposer à sa réception, et, au Tribunal de le refuser, comme calculé dans le but prémédité d’affaiblir la juste autorité des Arbitres, comme insultant pour les Etats- Unis, dans la rédaction d’un grand nombre de ses considérants, et comme nuisible à la Grande Bretagne, par sa tendance à apporter des obstacles à l’acceptation du jugement et à causer de la froideur entre les deux Gouvernements.

Le document consistait, en partie, des opinions de Sir Alexander Cockburn sur les différents bâtiments, opinions dont il aurait dû remettre des exemplaires imprimés à l’'Agent et au Conseil des Etats-Unis, conformément à sa propre règle, mais ce qu’il n'avait pas fait, pour priver le Gouvernement Américain des avantages auxquels 1l avait droit et dont le Gouvernemeut Britannique avait joui, grâce à la conduite plus loyale des autres Arbitres.

Il discute les cas de ces navires avec une si grande prolixité qu’il en remplit 180 pages,

tandis que les opinions réunies de tous les

autres Arbitres sur le même sujet ne prennent que 66 pages. La différence provient, en partie, du nombre de lettres et d’autres pièces qui sont mêlées à ses opinions, et en partie, de la diffusion et de la négligence de son style, et de ses habitudes d'esprit comparées avec celles des autres Arbitres. j

Le reste du document de Sir Alexander, consistant en 116 pages, est consacré soit à la discussion de questions spéciales, dans lesquelles il est toujours désordonnément prolixe, soit, à un déversement général de la bile qui s’était accumulée en lui pendant le progrès de l’Arbitrage,

Critique des “ Raisons” de Sir Alexander Cockburn.

Qu'il me soit permis d’en finir une fois pour toutes avec ces “ Raisons” et leur auteur, afin d'arriver à des sujets de plus d'importance et de plus d'intérêt. La matière de l’œuvre et l'attention qu’on lui a accordée en Angleterre demandent à être examinées et jugées à un point de vue Américain.

À part la violence indigne d’un juge et

l’extravagance de ces ‘ Raisons,” il est remarquable à quel point ce factum est inconséquent, contradictoire, dénué de suite logique dans les idées, faux comme raisonnement et étranger à la question.

Les Raisons sont ouvertement, comme la Presse de Londres ne pouvait manquer de le remarquer et de l’admettre, “une réponse élaborée à lExposé Américain,” (c’est-à-dire le plaidoyer d’un avocat), “plutôt qu'un arrêt judiciaire” (Le Telegraph du 25 septembre.)

C’est en effet une simple argumentation nisi prius, qui n’est pas à la hauteur d’une opinion de magistrat, qui est indigne du caractère d’un juge, et qui aurait pu être à sa place à Ge comme plaidoyer pour la cause, en &t ivettant qu'on eût trouvé un Conseil Britannique écrivant avec autant d’acrimonie et raisonnant aussi mal que Sir Alexander.

Pour justifier cette appréciation, il suffit de citer quelques unes des critiques de la Presse de Londres.

Le Telegraph, du 26 septembre, discute et démontre la fausseté palpable du raisonnement par lequel Sir Alexander cher-

che à excuser la violation admise de la loi et le manque de diligence, de la part du Gouvernement Britannique, dans le cas du Florida, spécialement à Nassau.

Le News, de la même date, condamne et regrette la déclaration faite deux fois par Sir Alexander dans ses “ Raisons,” quand il nu parle de lui-même “ comme siégant au Tribu- 1 il nal, dans un certain sens,ainsi que le représentant de la Grande Bretagne,” et fait contraster cette manière de comprendre son devoir avec les vues plus saines exprimées à | ce sujet, dans le Parlement, par Lord Cairns. ji Comparez maintenant cette observation EU du Mews, avec certaines remarques judicieuses du Zelegraph, du 25 septembre. Par- HA! lant de M. Adams, ce dernier journal dit: lt “ Il dépouilla les sentiments de l'avocat, 14 quand il prit place au Tribunal, et il accom- air plit ses devoirs difficiles avec l’impartialité (HE d’un légiste et l'honneur délicat d'un gentleman.” Cet hommage mérité rendu à M.

Adams précède le portrait de Sir Alexander Cockburn, gardant toujours “les allures de l'avocat, après avoir pris son siège au Tribupal,” et ne remplissant pas ses devoirs “avec l’impartialité d’un légiste et l'honneur déli-

ER

Page 1