‹ Le Traité de Washington [microforme]Chapitre 26 sur 77 · PE · texte numérisé non relu

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cat d’un gentleman,” —loin de là, comme on l'a vu par sa manière d'agir à Genève, et comme il l’a prouvé authentiquement de sa propre main par ces “ Raisons.”

On ne peut échapper à ce dilemme : Il fut honorable pour M. Adams de se conduire en “juge ” à Genève, et, naturellemsnt, il fut honteux pour Sir Alexander Cockburn de se comporter comme un simple “ avocat.”

Et ainsi nous comprenons immédiatement ce qui semble si étonnant au Telegraph du 26 septembre :—-lorsqu’on passe c'es opinions imprimées des trois Arbitres neutres, dont l'équité” n’est mise en doute par personne, et de celles de M. Charles Francis Adams, ce “légiste ” impartial et ce “ gentleman ” honorable, aux ‘ Raisons” de Sir Alexander Cockburn, “ on croit enter sous un autre climat....On trouve des principes différents, des tendances différentes, une logique différente, et l’on pourrait presque dire des faits différents.” Cela est vraietl’explication en est facile. Le “climat” du Comte Sclopis, du Baron d’Itajubà, deM. Stæmpfli et de M. Adamsétait celui de l’équité, de la dignité judiciaire, de l’impartialité, de l'honneur, des qualités enfin qui convenaient à leur mission d’Ar-

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bitres ; le “ climat” de Sir Alexander Cockburn était celui d’un “avocat ” qui s'est nommé lui-même, sans prétentions à “ l’équité” ou à “l’impartialité,” mais ayant les “ principes,” les “ tendances,” la “ logique ” et les “ faits” de sa profession, et composant un plaidoyer passionné et emphatique, comme ‘le représentant” officieux ‘de la Grande Bretagne.”

En cette qualité de “ représentant de la Grande Bretagne,” s’il n’est promptement désavoué par le Gouvernement Britannique, on découvrira que ses “ Raïsons ” créent bien des situations qui peuvent embarrasser quelque peu les Ministres présents et à venir.

Le News fait ressortir de nombreuses opinions ou conclusions contradictoires, dans les Raisons.” En un passage, Sir Ale:ander se plaint de ce quele Traité ait posé des Règles; et ailleurs il exprime la conviction qu’il est bien de terminer ces affaires conformément aux Règles du Traité. “Il se plaint....de ce que les Arbitres n’ont pas été libres d'appliquer les principes de droit international admis jusqu’à ce moment, et de ce qu’ils l'ont été; de ce que des règles ont été posées, et de ce qu’elles n’ont pas été

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posées ; de ce que des définitions ont été formulées, et de ce qu’elles n’ont pas été formulées.” C’est la plus rare confusion d'idées. C’est absolument la même méthode extraordinaire et caractéristique de penser et d'écrire, que M. Finlason avait longuement exposée et que M. Gathorne Hardÿ avait signalée dans l’affaire de la Reine contre Norton :—les “déclarations incendiaires, les ‘“ dénonciations extra-judiciaires,” la ‘“ déclamation,” la vacillation d’un côté à l’autre,” les affirmations ‘* cela est”? et “ cela n’est pas,” sur chaque point de droit. La parfaite similitude de ces particularités repoussantes du Réquisitoire ” et des “ Raisons” ne peut pas être fortuite : elle doit avoir sa source dans l’idiosyncrasie de cette constitution mentale.

L'indécision et les contradictions, qui ont si vivement frappé le News, remplissent les ‘ Raisons.”

Ainsi, Sir Alexander admet le défaut de diligence dans le cas de l’Alabama, et cependant il nie obstinément que les Etats-Unis aient lieu de se plaindre de la Grande Bretagne. Il avance que les Ministres devaient procéder dans les limites de la loi munici-

pale, et cependant il admet que cette loi n’est pas le droit des gens, dont il reconnait aussi la force. Il nie que les Ministres puissent exercer des pouvoirs extraordinaires dans ces affaires, et en même temps il justifie et il approuve l’emploi (trop tardif) de ces pouvoirs, dans le cas du Shenandoah.

Le News appelle aussi l’attention sur ‘ le mécontentement de Sir Alexander relativement aux conditions dans lesquelles il accomplissait sa tâche, une tâche acceptée volontairement et en pleine connaissance de cause.’ —"* I] censure le Traité de Washington :....ces attaques nous paraissent extra vires. Une autorité dérivée devrait sûrement respecter sa source. ...D’autres considérations que celles qu’on lui avait proposées occupaient certainement l'esprit de Sir Alexander Cockburn....” etc.

Il y a une justice manifeste dans cette critique. Ce n’était pas à Sir Alexander de se complaire à incriminer constamment le Traité de Washington, tandis qu’il était Arbitre et qu’il tenait tout son pouvoir de ce 1ème Traité. Une telle conduite était inconvenante et ne pouvait qu'embarrasser le Gouvernemont Britannique. Avec son inconsis-

tance habituelle dans les idées, toutefois, il conseille la soumission au jugement des Arbitres, tout en s’épuisant en efforts pour ébranler leur force morale. Le Times, du 28 septembre, voit clairement que “l'opposition tirera bon parti des “ Raisons” de Sir Alexander. Et peut-être était-ce là un des objets de Sir Alexander, en usurpant ainsi la fonction de juger le Traité sous lequel il agissait comme Arbitre pour décider des questions spéciales.

Le Times admet que ‘“ Ja sévérité avec laquelle le Chief Justice critique les £tats- Unis et leurs agents, et même ses collègues, peut, au point de vue diplomatique, paraître regrettable ;”...que ‘“ peut-être fut-il trop porté àse considérer comme le représentant de l'Angleterre ;” que “ peut-être prend-il plus qu’un plaisir judiciaire” dans une insinuation ; et que “ peut-être s’étend-il avec trop de complaisance, comme un avocat” sur quelque autre point. Dans chacune de ces confessions, tout adoucies qu’elles soient, nous trouvons l’aveu de ce fait que, dans ses “ Raiïsons,” Sir Alexander ne parle pas comme un Aritre international et ne montre pas les qualités qui devraient caractériser un Chief Justice.

Le News indique d’autres traits singuliers d’ “ inconvenance ” et de confusion d’esprit dans les “ Raïsons.”

On tire des conclusions encore plus défavorables de la substance de cette œuvre.

Tandis que le Chief Justice s'épuise à trouver des fautes dans la conduite du Conseil des Etats-Unis, on peut observer que, presque jamais, il ne s'attaque aux arguments ; il se lance simplement dans des épithètes de blâme. En vérité,si cela en valait la peine, il serait aisé de montrer qu'il n’a réellement pas lu ce qu’il censure avec si peu de modération. Et quand il entreprend de s'engager dans un texte, c’est toujours sans sincérité; il prend n'importe où un paragraphe ou une phrase détachés et il les commente, sans s’occuper du contexte ou du sens général du document.

Néanmoins, quand il lui arrive de différer d'opinion avec le Conseil des Etats-Unis, tel est l’état de perversion, de passion et de prévention dans lequel il pense et il écrit, qu'il nous attribue l'intention d'exploiter ‘“ la crédulité et l'ignorance supposées” du Tribunal.

Nous n’étions en aucune façon sous les N

ordres de l’Arbitre Britannique; mais si nous avions été avocats à son propre tribunal, et s’il en avait parlé en des termes pareils, il nous eut fallu, pour trouver un exemple analogue d’indécence judiciaire, remonter aux jours de Jeffreys et de Scroggs, les juges infàmes.

Apprécions Sir Alexander d’après sa propre règle. Ænfoncé, comme il l'était à Genève, dans la composition de ses ‘“ Raisons,” son examen de la question fut superficiel, et sa rédaction précipitée. En conséquence, il copia dans les Plaidoyers du Gouvernement Britannique des erreurs évidentes, qui avaient été relevées et corrigées dans les Plaidoyers des Etats-Unis. Aïnsi, il tombe dans la méprise d'avancer une fausse interprétation d’un Acte du Congrès, en prenant dans un texte tronqué un lambeau de phrase qui laisse le sens dans le doute, et en supprimant le contexte et les mots suivants de la même phrase, qui contredisent clairement son assertion. Si l’on agissait d’après son système de prévention aveugle, on serait amené à déclarer que, dans cette occasion, il commet, de propos délibéré, un acte de mauvaise foi, avec l’in-

tention d'exploiter “ la crédulité et l’‘gnorance supposées” du peuple de la Grande Bretagne.

Pourquoi l’Arbitre Britannique a-t-il réuni tout cet amas de déclamations irritées, étrangères àlaquestion, confuses et contradictoires, contre le Gouvernement Américain, dont il dénonce l’Agent et Le Conseil ?—Pour revendiquer l'honneur des hommes d'état Britanniques, (a dit Sir Alexander dans un discours prononcé, le 4 novembre, à un banquet à Londres,) ccatre les accusations injustes proférées par le Gouvernement Américain. Mais cela aurait dû être fait, dans un discours ou autrement, par Sir Alexander Cockburn en sa qualité personnelle, et en Angleterre, et non sous le déguisement de l’Arbitre, à Genève. Et puis; une dénonciation violente de notre Exposé et de nos Plaidoyers ne constitue pas une réponse à nos accusations. Dans le blâme qu’il adresse ainsi à l’Agent et au Conseil Américains, Sir Alexander abandonne toute prétention au caractère de juge ; il prend le ton d’un simple avocat, et il joue ce -‘'e d’une manière à laquelle le Conseil Britannique même n'aurait pas voulu s’abaisser. Le fait est que les “ Raiïsons,” depuis

le commencement jusqu’à la fin, sont dictées par l'hypothèse que l’Agent et le Conseil Britanniques n’ont pas fait leur devoir ; que ni l'Exposé, ni le Contre-Exposé, ni le Plaidoyer du Gouvernement Britannique, (quels qu’en soient les auteurs), ni lesdivers Plaidoyers supplémentaires, présentés par Sir Roundell Palmer en son propre nom, ne contenaient une défense convenable du Gouvernement de la Grande Bretagne, et, plus spécialement encore, que l’Agent et le Conseil avaient trahi l’honneur de leur pays, en ne le défendant pas contre les accusations des Américains. Devant cet abandon de leur devoir par ses compatriotes, Sir Alexander se charge volontairement de suppléer le Conseil more suo, et de répondre à l’Agent et au Conseil Américains. ;

À propos de quelles accusations ? L’existence d’un sentiment peu bienveillant envers le Gouvernement Américain dans le Parlement ou dans quelques unes des Colonies Anglaises à l’époque en question ? Sir Alexander admet le fait en termes plus positifs que les nôtres.—Le manquement à la diligence voulue en n’arrêtant pas l’équipement des croiseurs Con-

fédérés destinés à piller notre commerce ?

Sir Alexander l’admet et le prouve dans trois chapitres, pour ce qui est de l’Alabama, et n'échappe à la même conclusion à propos du Florida que par des arguties aussi peu satisfaisantes en Angleterre qu'en Amérique pour les esprits impartiaux.—Comme le Zeleyraph de Londres le dit dans un autre article, tout en dénoncant avec indignation notre accusation portée contre les fonctionnaires Britanniques, Sir Alexander admet qu'ils ont échoué dans l’accomplissement de leur devoir, ce qui est le fond même de l’accusation. Malgré la merveilleuse contusion d’idées, qui distingue Sir Alexander. il doit avoir vuqu’en avouant et en prouvant le crime de son Gouvernement, il s’interdisait le droit de nier la justice de l’accusation proférée par les Etats-Unis.

D'ailleurs on avait eu égard à la question d'honneur, quand le Traité fut signé. N’estil pas étrange que Sir Alexander oublie comment cette objection surgit dans la correspondance de Lord Russell avec M. Adams?

S'il y eut une question d'honneur dans cette affaire, ce fut au sujet du traité d'arbitrage que Lord Russell déclara constamment impos-

sible. Mais trois Ministres des affaires étrangères, Lord Stanley, Lord Clarendon, et Lord Granville, décidèrent successivement ensuite avec raison que la question ne touchait pas l'honneur du Gouvernement Britannique.

Sir Alexander dépense sa prose en pure perte sur un sujet enterré par les stipulations du Traité de Washington.

M. John Lemoinne exprime le jugement de l’Europe et anticipe celui de l’histoire en condamnant chez Sir Alexander “une véhémence de polémique et une aigreur de discussion, si extraordinaires dans un document officiel.”

Chose étrange, le Saturday Review, qui prétend voir de la “ scurrilité” dans l’Exposé et dans le Plaidoyer Américains, où 1l n’y en a pas, est aveugle pour celle qui se trouve dans les “ Raisons,” où elle est un fait flagrant.

Au surplus, il n’y a pas d'accusation de la Grande Bretagne däns l’Exposé Américain, il n’y a pas d’inculpation énergique du Gouvernement Britannique dans le Plaidoyer des Etats-Unis, —qui ne soient grandement dépassées par les accusations et les inculpations extra-judiciaires de l’Union, dans les ‘ Raisons” de Sir Alexander.

Il est amusant de lire les imputations de “ confusion,” de style “ vague et déclamatoire,” d’ “ignorance de la loi et de l’histoire,” qu’il adresse au Conseil Américain, quand on voit ce que ses compatriotes ont dit de sa propre méthode d’argumentation. En vérité, il semblerait que les dures paroles de MM.

Finlason et autres, sur son compte, se sont si bien logées dans son cerveau que, lorsqu'il écrit, elles se précipitent au hasard sous sa plume, pour être appliquées sans raison et sans distinction à propos de n’importe quelle discussion.

Si, de même que M. Charles Francis Adams, Sir Alexander avait simplement préparé des notes concises et mesurées, favorables ou non aux Etats-Unis, sur toutes les questions, les deux Gouvernements fussent restés dans des dispositions amicales réciproques.

Dans l’état des choses, en rejetant ce qui seul lui appartenait de droit, —le caractère de juge de certains griefs spéciaux, allégués par les Etats-Unis contre la Grande Bretagne, et à lui soumis en vertu du Traité de Washington, —et en entreprenant de devenir un simple accusateur de l’Union,—il insulte le Gouvernement Américain, tout en

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