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déterminée est faite. La fraude et le mensonge dans une circonstance pareille flétrissent tout ce qu’ils touchent. L'’indifférence même se change en négligence volontaire et entraînel'obligation de présenter de nombreux témoignages à décharge pour éviter la responsabilité .”
M. Adams, on le remarquera, insiste sur la question de l'intention, à ce sujet, comme il le fait du reste dans toutes ses opinions, contrairement à la manière de raisonner adoptée par l’Aibitre Britannique.
Enfin, en donnant son assentiment à la décision, le Vicomte d’Itajubà a observé que “ pour ce qui est de l’approvisionnement de
charbon, il est d'avis que tout Gouvernement
est libre de fournir cet article aux Belligérants en quantité quelconque.”
Ainsi les termes de la Décision et les commentaires des Arbitres s'accordent pour démontrer que la seconde Règle ne peut avoir l'effet signalé par le Comte de Beust.
En outre, ce dernier se trompe grandement en supposant que les nombreuses stations navales possédées par l’Angleterre, en différents points du globe, lui donnent un avantage notable sur les autres Puissances maritimes. Elle paie cher le profit qu’elle tire de ces établissements, quand on songe à ce qu’ils coûtent à maintenir en
temps de paix comme en temps de guerre ; et si, pendant qu’elle est neutre elle-même, elle refuse l'hospitalité aux autres, (elle doit le faire pour tous, si elle le fait pour un), elle oblige les Puissances à acquérir des établissements semblables destinés à être administrés avec le même exclusivisme, ou elle s’expose à encourir l'accusation de partialité entre les Belligérants. Il n’est donc pas de l'intérêt des Puissances d’exagérer les devoirs de la Grande Bretagne à ce sujet; et il est de l'intérêt de celle-ci d'agir avec justice et impartialité envers les autres Puissances.
La Grande Bretagne n’a pas été condamnée par le Tribunal en raison des approvisionnements de charbon fournis dans ses ports coloniaux aux croiseurs Confédérés, ni parce que ces croiseurs ont été autorisés à pervertir le privilège de l'hospitalité, en faisant de Nassau et de Melbourne une base d’opérations. La faute reconnue, dans le cas du S'henandoah, a été surtout l’augmentation de son équipage à Melbourne et l’addition d’armement qui l’a mis en état d'opérer, comme croiseur, dans le Pacifique du Nord. Dans le
cas de l’ Alabama et spécialement dans celui R
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du Florida, la faute a été de permettre à ces navires d'aller et de venir librement et même avec des privilèges dans les ports coloniaux, à une époque où le Gouvernement Britannique ne pouvait pas prétendre plus longtemps ignorer le caractère illégal de leur origine, où il étuit même complètement informé de ce que M. Adams appelle “ le mensonge et le parjure continus, persistants, volontaires et flagrants ”, et ‘“ la fraude malveillante ”, qui caractérisèrent l’armement des croiseurs confédérés en Angleterre.
Ce sont des faits de cet ordre, et non des considérations secondaires comme les approvisionnements de charbon, qui ont fait pencher la balance du côté des Etats-Unis dans l'opinion des Arbitres.
Non : ni le Traité de Washington avec ses Règles, ni la Décision du Tribunal de Genève n’ont inauguré une nouvelle politique de neutralité aux Etats-Unis, ni créé pour eux des droits ou des devoirs qui n’appartenaïent pas antérieurement au Gouvernement.
Ce que les Etats-Unis ont gagné au jugement.
Mais alors, pourra-t-on dire, qu'ont gagné les Etats-Unis au Traité de Washington et à l’Arbitrage ?
Nous avons gagné la reconnaissance de nos droits comme Gouvernement, la réparation du mal fait à nos citoyens, le prestige politique, en Europe eten Amérique, d’avoir fait prévaloir nos droits contre l'Etat le plus puissant de la chrétienté, les maximes du droit et de la justice placées plus haut dans le jugement du monde, l’admission de notre théorie et de notre politique de neutralité par la Grande Bretagne, la conclusion honorable d’une contestation de vieille date, l'extinction d’une cause de guerre entre l'Angleterre et les Etats-Unis, et l’autorité morale d’avoir obtenu ces grands résultats sans hostilités, par des moyens pacifiques, des appels à la conscience et à la raison, par l’Arbitrage d’un haut tribunal international.
Que la guerre, ce fléau et ce châtiment de l’humanité, doive à jamais disparaître par suite du succès du présent arbitrage, c’est ce que personne ne prétend. Les
questions d’ambition ou de haine nationales, —les conflits d'intérêts dynastiques,—les projets d’agrandissement territorial, — et même des causes plus profondes, telles que les excédants de population, ou d’autres raisons internes de malaise, de misère et de mécontentement, —continueront à occasionner des guerres de temps en temps.
Non, sans doute,” dit M. de Mazade, en parlant des actes du Tribunal, ‘ la guerre n’est point bannie de <e monde, elle n’est pas remplacée par un tribunal de conciliation faisant rentrer au fourreau les épées imputientes d’en :ortir: ce n’est pas moins un évènement caractéristique et heureux que le succès de ce tribunal d’équité, de cette sorte de justice ‘ ternationale.”. ,
Nous, Grande Bretagne et Etats-Unis, nous avons montré ici qu'une question intéressant l'honneur national même peut être réglée par arbitrage, et si nous n’avons pas absolument substitué le tribunal intr-national à la guerre, nous avons travaillé à prouver par notre exemple que les plus graves contestations entre Gouvernements sont susceptibles d’être terminées par un arrangement pacifique. Comme Lord Ripon
le dit avec raison, en agissant ainsi, nous avons fait un grand pas vers le bonheur le plus précieux qu'on puisse obtenir en ce monde, celui de la paix.
Espérons que les autres peuples suivront nos traces. Il faut dire à l'honneur de la Grande Bretagne qu’elle a été fidèle, à cet égard, aux engagements qu’elle avait pris à la Conférence de Paris. Nous qui constituons la race Anglaise, si nous sommes plus aptes que les autres à raisonner au milieu de la passion, alors que cette gloire soit nôtre. Dans tout ceci, les sacrifices d'amour propre ont été du côté de la Grande Bretagne ; nous devons le reconnaître en toute sincérité. Côte à côte aujourd’hui, toute ombre d’ofiense écartée, peuples, comme a dit heureusement M. Gladstone, marqués au sceau de la fraternité par la main du Tout Puissant,—nous pouvons montrer avec orgueil l'hommage que nous avons rendu tous les deux à la cause de la paix et de l'humanité dans la salle de l'arbitrage à Genève.