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de maintenir tout le pays occupé par elle dans l’état d’un simple terrain de chasse, complètement inhabité, si ce n’est par des vassaux Indiens, tandis que les Canadiens désiraient qu’il fût ouvert à la colonisation, afin d'accroître la richesse matérielle et l’importance politique de leurs provinces, Une enquête parlementaire sur les droits de la Compagnie fut ouverte; Sir Edward Bulwer Lytton ( depuis Lord Lytton), Ministre des Colonies (dont les dépêches montrent qu’il ne fut pas moins éminent comme homme d'état que comme poëte et comme romancier), envoya à la Compagnie l’instruction impérative de se désister de toute prétention de propriétaire fondée sur la licence de commerce; cette licence fut révoquée ; la Compagnie fut forcée de céder l'Orégon aux Etats-Unis et, moitié par persuasion, moitié par contrainte, elle vendit les droits de sa charte au Gouvernement Canadien, et elle devint relativement insignifiante en Amérique.
Quand le Gouvernement des Etats-Unis entama des négociations avec la Grande Bretagne, en vue de mettre un terme à l'occupation mixte de l’Orégon, les machina-
tions de la Compagnie de la Baie d'Hudson furent, pendant longtemps, le grand obstacle à la conclusion d’un traité «et à sa mise à exécution.
Cependant, après des efforts extraordinaires, les deux Gouvernements arrivèrent enfin à régler une autre question de frontière qui était restée ouverte depuis le Traité d’Indépendance, celle des limites du nord-est entre les possessions Britanniques et les Etats-Unis (Traité du 20 novembre 1842).
La durée du Traité de 1818 devait être de dix ans. Comme ce temps était près d’expirer, le Gouvernement Américain offrit de régler la question de l’Orégon en prolongeant la ligne du 49° jusqu’à l'Océan Pacifique, et il annonça cette proposition comme “notre ultimatum.” Le Gouvernement Britannique objecta que cette ligne couperait la partie sud de l’île de Vancouver. Nous répondîmes en offrant de céder cette partie de l’île pour un équivalent. Mais c'était l'intérêt de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui était en possession réelle de tout le pays, de faire échouer cette tentative d’arrangement, et elle échoua en effet, et les Etats-Unis consentirent à contre-cœur à la prolongation de . l'occupation nominalement commune.
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Mais les discussions du Congrès, mentionnées plus haut, et la tendance des Américains à s'établir dans l’Orégon avaient, en 1842, rendu l'occupation commune intolérable au peuple des Etats-Unis et la négociation pour un arrangement fut renouvelée sur la base du parallèle de 49 degrés. La funeste influence de la Compagnie de la Baie d'Hudson fit traîner les pourparlers pendant quatre ans; et le Traité de 1846 fut enfin signé, cédant à la Grande Bretagne l’extrémité sud de l’île de Vancouver.
C’est, la question de l’ile de Vancouver qui a occupé le plus les négociateurs successifs. Conduire la ligne le long du 49° jusqu’à la côte et “de là, par le Canal de Haro et les passes de Fuca jusqu’à l’océan,” avait été la proposition de Lord Aberdeen à M. McLane.
La même manière de comprendre la question —cCest-à-dire abandonner à la Grande Bretagne l’île de Vancouver et rien de plus au sud du 49°% degré de latitude—remplit les dépêches et les débats de part et d'autre.
Malgré une vive opposition dans le Congrès et dans le public, les Etats-Unis consentirent à ces termes, comme à une mesure de paix et de conciliation envers la Grande Bretagne.
Mais deux ans après, la discussion fut inopinément renouvelée par Lord Palmerston ou par Lord John Russell, qui avait succédé comme Premier à Sir Robert Peel, et leur action a entretenu la dispute à ce sujet entre les deux Gouvernements pendant plus de vingt ans, uniquement à cause de prétentions qui n'auraient pas dû être élevées, et dont l’injustice vient d’être enfin démontrée par le Jugement de l’ Empereur d'Allemagne.
Si ce Jugement est désagréable au peuple de la Grande Bretagne, il ne doit être l’occasion d'aucun sentiment de froideur envers les Etats-Unis. Les négociateurs du Traité de 1846 ont indubitablement entendu faire du Canal de Haro la frontière marine dans ces parages ; cette intention concorde avec la signification évidente et la seule interprétation raisonnable des termes de ce document.
Le jugement.
La conclusion qui précède est établie d’une manière claire et irréfutable dans le Mémoire présenté au nom du Gouvernement Américain à l'Empereur d'Allemagne par le Plénipotentiaire et l’Agent Américain, M.
George Bancroft, ainsi que dans sa réponse à l'Exposé de la Grande Bretagne.
Mieux que tout autre M. Bancroft était propre à cette tâche. Doué de qualités intellectuelles d’un ordre élevé et jouissant de l'estime particulière et personnelle de la Cour de Berlin, il avait l'avantage d’avoir été membre du Cabinet sous les auspices duquel le Traité de 1846 avait été négocié ; — il avait représenté ensuite son Gouvernement à la Cour de St. James, à l’époque où la contestation dont nous nous occupons avait commencé,—et il était parfaitement au courant de tous les plus anciens incidents diplomatiques de la question, grâce à ses études comme historien des Etats-Unis. Toutes ces aptitudes réunies furent précieuses à son Gouvernement; nous en avons la preuve dans les deux argumentations très-complètes et très-concluantes qu’il a adressées à l’Empereur d'Allemagne.
L’Agent de la Grande Bretagne était l'Amiral James C. Prevost, qui avait été Commissaire de son Gouvernement avec M.
Archibald Campbell, Commissaire des Etats- Unis, à l'effet de déterminer et de tracer la frontière prescrite par le Traité, et qui, na-
turellement, possédait les connaissances spéciales voulues pour préparer tous les arguments possibles à l’appui des prétentions de la Grande Bretagne.
L'Empereur référa les mémoires des deux contestants à trois experts, les Docteurs Grimm, Kiepert et Goldschmidt, personnages des plus considérables parmi ses sujets comme juristes et comme savants; sur leur rapport il décida, le 21 octobre 1872, que la demande des Etats-Unis d’avoir la frontière tracée au milieu du Canal de Haro était la plus conforme à la vraie interprétation du traité conclu, le 15 juin 1846, entre la Grande Bretagne et les Etats-Unis.
“ Ce Jugement,” dit le Message du Président du 2 décembre 1872, ‘“ donne raison aux Etats-Unis dans leur réclamation de l'archipel important qui se trouve entre le continent et l’île de Vancouver, et dont pendant plus de vingt-six ans (depuis la ratification du traité) la Grande Bretagne nous avait contesté la possession. Il nous laisse, pour la première fois dans l'histoire des Etats-
Unis comme nation, sans une contestation à * propos de frontières entre notre territoire et celuide la Grande Bretagne sur ce continent.”
Dans des débats récents, à la Chambre des Lords, le Comte de Lauderdale a critiqué sévèrement le Traité de Washington, en se fondant en partie sur la supposition que les Etats-Unis avaient en réserve d’autres réclamations relatives à la frontière du Nord- Ouest. Il s’est trompé. Il ne reste plus que des questions d’hydrographie que des commissaires n’auront aucune difficulté à résoudre ; des mesures ont déjà été prises par les deux Gouvernements pour la nomination et l’organisation de la Commission requise.
Qu'il me soit permis de dire en terminant que la Grande Bretagne n'a pas lieu de regretter que la décision lui ait été contraire. Dans les conditions du Traité de 1846, les Etats-Unisavaïient fait une concession positive, sinon quant à la question générale, du moins en abandonnant toute l'ile de Vancouver sans aucune compensation. Nous n'avions certes pas entendu renoncer en même temps à l’île de San Juan et aux diverses autres îles situées entre cette dernière et la terre ferme, conséquence qu’aurait entraînée l’acceptation des passes de Rosario comme frontière maritime. Nous savions qu'avant et pendant les négociations, le
Canal de Haro avait été mentionné expressément et toujours entendu comme le vrai chenal désiré par le Gouvernement Britannique pour s'assurer l’îiie de Vancouver.
Au surplus peu importe à la Grande Bretagne qu’on établisse telle ou telle frontière. Les possessions qui lui restent sur la côte nord-ouest d'Amérique, —lîle de Vancouver et la Colombie Anglaise—ne peuvent lui être d'aucune utilité pratique, soit comme postes militaires, soit comme colonies. Elles ne sauraient être non plus un avantage militaire pour le Canada, et elles pourraient, au contraire, l’induire à des dépenses inutiles en fortifications que l'éloignement de ces régions par terre et leur accès difficile par mer rendraient intenables devant les puissants Etats Américains du littoral du Pacifique.
D'un autre côté, pour les Etats-Unis il est important que la question ait été décidée en leur faveur. Nous avons aujourd’hui sur le Pacifique une puissance réelle que la Grande Bretagne n’a ni ne peut avoir. Occupant le Territoire d’Alaska, au nord des possessions Britanniques, le Territoire de Washington, l'Etat de l’Orégon et la grande et riche Californie, qui nous a été cédée par la république
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Mexicaine, avec les Etats et les Territoires qui grandissent par derrière, il nous aurait été insupportable d’être exclus du chenal qui sépare l’île de Vancouver de la terre ferme, ou de ne le traverser que sous les canons des forteresses Anglaises. Une telle solution aurait contenu des germes de guerre; l’arrangement présent nous assure une paix durable.
Heureusement les Etats-Unis et la Grande Bretagne sont maintenant débarrassés des complications qu'avait occasionnées le pou- | voir exorbitant de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Par d’autres clauses du même Traité de 1846, les Etats-Unis avaient fait à la Grande Bretagne la concession d'admettre certaines prétentions de cette Compagnie, dans l’Orégon et le Washington, fondées purement et simplement sur des usurpations, et avaient réglé ces réclamations par le paiement d’une petite somme, environ le dixième de ce que le Gouvernement Britannique réclamait,.
Lord Milton exprime l'opinion que : “ D’une solution juste et équitable de la question de frontière de San Juan dépend l'avenir, non seulement de la Colombie Britannique,
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mais de toutes les possessions Anglaises de | | l'Amérique du Nord.” Par une ‘“ solution juste et équitable,” il entend naturellement | une décision favorable à la Grande Bretagne. nil Si ce raisonnement est exact, les conclusions 1
qu’il implique sont un fait accompli. Mais |
Lord Milton exagère la valeur de l’archipel de San Juan pour la Grande Bretagne. Il suppose ce qui est impossible : la Colombie Anglaise acquérant une grande puissance, et un chemin de fer la rattachant aux Provinces d’Ontario et de Québec. Mais à quoi servirait, au point de vue militaire, un chemin de fer traversant les milliers de milles d’un pays relativement inhabité et ou- À vert sur tous les points aux armées des Etats- 1] Unis? Je pense que l'avenir des possessions ‘1 Britanniques de l'Amérique du Nord repose sur un ordre de faits différents. J’en dirai quelques mots dans le chapitre où je parlerai des relations commerciales des Etats-Unis ‘40 et du Canada. |