‹ Le Traitement Arsénical de Quelques Protozooses Intestinales (Entamoeba Dysenteriae, Lamblia Intestinalis, Trichomonas Intestinalis)Chapitre 6 sur 15 · NÉE · texte numérisé non relu

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Les lavements. — Il est un mode d’administration de l’arsenic, dont nous n’avons pas encore parlé, ce sont les lavements. |

Nous avons vu que Ravaut, en 1915, à l'hôpital de Steenworde, dans l'intervalle de chaque injection intraveineuse de novarsénobenzol, prescrivit un lavement contenant 200 grammes d’eau physiologique, 15 gouttes de laudanum et 0 gr. 45 à 0 gr. 60 de novarsénobenzol. II en nota la parfaite tolérance, surtout lorsque les selles étaient peu nombreuses. Mais, combinés aux injections, il devenait difficile d’apprécier les résultats directs des lavements.

Ce fut Heim qui, en 1918, montra les effets qu’on pouvait en attendre. Et il est intéressant de remarquer que cet auteur, au moment de ses expériences (1916) ne connaissait pas les travaux antérieurs de Ravaut et Kronuflitzky. Il eut l’idée de porter directement le novarsénobenzol sur les lésions intestinales et voici les faits qu’il rapporta :

Dans une première observation, il s'agissait d’un dysentérique ancien, F1... 36 ans, déjà soigné plusieurs fois par l’émétine qui, en 1916, présenta une crise grave, avec diarrhée abondante, sang, glaires et amibes vivantes dans les selles. Il fut traité par l’émétine à la dose de 0 gr. 03 par jour pendant dix jours; puis arrêt de cinq jours et lavements quotidiens au nitrate d'argent à 1/1000. Pendant un mois, l’auteur constata une légère amélioration — deux à trois selles par jour — mais pas de guérison (présence de sang et d’amibes vivantes), et malgré des doses plus élevées : 0 gr. 04, 0 gr. 06 et 0 gr. 08, les symptômes persistèrent,

LRBETE

À O0 gr. 08, il nota des phénomènes d’intolérance et suspendit le traitement. Le 7 octobre, l’état général était grave, la mort paraissait imminente. On prescrivit alors un lavement avec 0 gr. 90 de novarsénobenzol pour 100 gr. d’eau, qui fut administré après un premier lavement évacuateur ; deux jours après, nouveau lavement dans les mêmes conditions, suivi de deux jours de repos ; et enfin troisième lavement. Après le premier lavement, le nombre des selles tombait de dix à deux: après le troisième, le malade n'avait plus qu’une selle par jour, moulée, indolore, non sanglante (pas d'analyse). C'était une véritable résurrection. L’appétit revint ; l’état général s’améliora. Une semaine après, Heim prescrivit une nouvelle série de trois lavements en six jours. L'amélioration se poursuivit et trois semaines après le début du traitement la crise était jugulée. Le malade avait engraissé de 7 kilos et la rectoscopie révélait la disparition des ulcérations rectales constatées pendant la crise. Six mois après, le malade fit une rechute qu’un seul lavement de novarsénobenzol arrêta aussitôt. En 1918, le sujet était en bonne santé.

Une deuxième observation rapporte l’histoire clinique d’un malade qui a contracté la dysenterie amibienne en Indo-Chine, en 1890, et qui, fait prisonnier à Maubeuge, est évacué en Suisse (1916), pour tuberculose et diarrhée. On découvre des amibes dans ses selles, Une première cure d’émétine l’améliore; une deuxième jugule la crise. Mais, quatre mois plus tard, rechute. On prescrit trois lavements de novarsénobenzol à 0 gr. 60 dans 100 gr. d’eau, en trois jours ;

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les selles restent cependant douloureuses, diarrhéiques, sanguinolentes et renferment des amibes. L’auteur se sert alors d’une sonde gastrique pénétrant plus profondément dans le rectum et donne un lavement avec 0 gr. 75 de novarsénobenzol. Une amélioration nette survient : deux à trois selles, peu de sang, quelques amibes enkystées. Néanmoins, de temps en temps, le malade fait de petites poussées aiguës. On arrête les lavements ; on reprend l’émétine, 0 gr. 03 par jour pendant douze jours. Les symptômes s’aggravent. Mais une cure émétino-arsénicale par injections les arrête. À ce moment, le malade est rapatrié en France, non entièrement guéri, et il n’est plus possible de le suivre. .

Cette observation, pour être mé@ins concluante que la précédente, apporte cependant une preuve de l’efficacité du lavement au novarsénobenzol. Il était d’ailleurs logique d’en présumer la valeur, même sans observation à l’appui, car si le novarsénobenzol injecté dans la veine, va atteindre l’amibe au niveau de l'intestin, il paraît assez évident que l'application di- .recte de ce produit sur la lésion et le parasite agisse favorablement. Et l’auteur suisse accorde sa préférence au lavement, sauf toutefois, dit-il, lorsque l’amibe a dépassé le gros intestin ; dans ce cas, la sonde rectale ne pénétrant pas assez loin, il faut recourir à l'injection intraveineuse.

Cette méthode a été modifiée plus tard par Taillandier, qui utilise non plus le lavement, mais le pansement rectal, dont il a obtenu, dans quelques cas

aigus et chroniques, des résultats satisfaisants. Voici sa technique :

« On délaye dix grammes (deux cuillerées à soupe) de coréine,, substance mucilagineuse, qui sert d’excipient, dans un demi-litre d’eau à 40°. On agite bien le mélange et on lui incorpore dix grammes de novarsénobenzol dissous préalablement dans quelques centimètres cubes d’eau. On introduit cette pâte dans l’anus, à l’aide d’une sonde rectale large, percée au bout de deux ouvertures, une latérale, l’autre centrale. Le malade est couché sur le côté gauche ; on pousse la sonde de six à huit centimètres et on laisse couler l’émulsion. Un index en verre interposé sur le trajet du tube permet d’en surveiller le débit. Quand le malade présente quelques coliques, on arrête l'écoulement. En général, on arrive à introduire datis le rectum 500 centimètres cubes, sans provoquer de douleur. Ensuite, le malade doit prendre diverses positions: décubitus dorsal, ventral, latéral, afin que toute la muqueuse rectale soit bien imprégnée par le mélange. Le pansement ainsi appliqué peut rester en place de quelques heures à vingt-quatre heures. Le plus souvent, il est bien supporté et dans les cas chroniques, il permet au malade de vaquer À ses occupations. Cependant, s’il s’agit d’une dysenterie grave, il est préférable de garder le/lit. On peut fare deux à trois pansements par semaine. La dose de novarsénobenzol peut atteindre un gramme ; sa toxicité est atténuée par ce fait que la coréine empêche l’absorption du médicament et prévient ainsi les accidents que cette dose élevée pourrait faire craindre. »

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