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II. — Constituants chimiques de la Belladone

ALES A LCALOIDES.

La belladone fraîche contient essentiellement de l’hyoscyamine, alcaloïde lévogyre qui se racémise en majeure partie au cours de la dessiccation et des manipulations extractives pour donner l’atropine.

Le rapport entre les quantités d’hyoscyamine et d’atropine est extrêmement variable suivant les auteurs. En réalité, les conditions de culture doivent intervenir pour modifier ce rapport et, d'autre part, le temps, la dessiccation, l’extraction des alcaloïdes, leur mise en contact avec l’eau et le chloroforme, puis enfin l’action de la chaleur entraînent petit à

petit la racémisation de l’hyoseyamine, etla quantité d’atro-

pine augmente d'autant. | Le rapport de l’atropine à l’hyoscyamine est plus élevé

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dans les feuilles que dans les racines peut-être parce que la constitution ligneuse et moins humide de ces dernières limiterait la racémisation de l’hyoscyamine pendant la période de dessiccation.

Voici un tableau comparatif représentant en milligrammes la quantité d’alcaloïdes totaux, exprimés en atropine, pour 100 grammes de plante sèche (plantes cultivées).

Alcaloïdes feuilles racines fruits grainés totaux. 320 400 589 830

Cette teneur en alcaloïdes totaux varie avec les conditions de culture et se trouve être passablement plus élevée dans les plantes cultivées que dans les variétés sauvages. Les engrais azotés, la silice, la magnésie et surtout la lumière solaire favorisent la synthèse et par conséquent la concentration ultime des alcaloïdes.

«) Structure des alcaloïdes tropéiniques.

Les alcaloïdes atropine et hyoseyamine, de formule brute C'HSNO® et dont on trouvera ci-dessous la formule développée résultent de la combinaison de l’acide tropique et d’une base, la tropine. Il s’agit là, pour la Belladone, de la répétition d’un fait qui se reproduit pour les autres Solanées mydriatiques dont les alcaloïdes sont également les sels de l’acide tropique.

La formule développée de cet acide se trouve sur notre tableau récapitulatif des alcaloïdes des Solanées.

On voit qu’il possède un carbone asymétrique et qu’il peut donner lieu à des isomères optiques. C’est à lui, en effet, que l’hyoscyamine doit son pouvoir lévogyre sur la lumière polarisée.

La base qui lui est combinée pour former l’atropine ou l’hyoscyamine est la tropine, qui comporte un atome d’azote trivalent au centre d’une chaîne eyclique complexe.

On peut interpréter cette chaîne, soit comme une molécule de méthyl-pyridine sur laquelle aurait été fixée un cycle latéral à deux atomes de carbone, soit comme une molécule de méthylpyrrolidine sur laquelle aurait été fixée un cyclelatéral à trois atomes de carbone. On peut enfin imaginer cette tro-

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pine comme résultant de la fusion de deux molécules, pyridine et pyrrolidine, avec perte de deux carbones et d’un azote. À ce propos, il est intéressant de comparer ceite formule à ceile de la nicotine, alcaloïde d’une Solanée voisine, et dont la molécule est précisément faite de la juxtaposition des deux noyaux pyridine et pyrrolidine (voir tableau).

B) Alcaloïdes voisins de l’atropine. Leurs rapports avec elle.

On a encore signalé dans la belladone d’autres alcaloïdes : l’atropamine ou apoatropine C* H* NO, résultant de la déshydratation de l’atropine C'H®NO® et retirée par Hesse des racines de belladone. Enfin, d’une façon homologue, la belladonine, isomère lévogyre de l’atropamine et résultant de la déshydratation de l’hyoscyamine.

La duboisine, ou pseudo-hyoscyamine, à laquelle on avait cru pouvoir attribuer une identité propre a été reconnue comme étant de l’hyoscyamine et a perdu de ce fait tout intérêt.

Signalons en passant quelques alcaloïdes demi-synthétiques, qui sont des variantes des alcaloïdes de la Belladone.

La nor-hyoscyamine et la nor-atropine sont des produits résultant de la déméthylation de l’hyoscyamine et de l’atropine, déméthylation effectuée sur l’atome d’azote de la tropine. On trouverait de la nor-hyoscyamine dans le scopolia Japonica.

La génatropine résulte, comme tous les génalcaloïdes, de l’action de l’eau oxygénée sur l’alcaloïde naturel. Sous l’influence de l’oxydation ainsi produite, la fonction amine tertiaire du noyau tropine est bloquée, l’atome d’azote devient pentavalent et il y a formation d’une fonction amino-oxyde R = N = O. Tous les génalcaloïdes sont donc des aminooxydes d’alcaloïdes.

La scopolamine ou hyoscine seraient également présentes dans la belladone (Durkopr). En tout cas, on en trouve dans les eaux-mères où s’est cristallisée l’atropine de la belladone.

Alors que l’atropine est un tropate de tropine, la scopolamine est un tropate de scopine optiquement inactif. Comme on peut le voir dans notre tableau, scopine et tropine ont

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une architecture moléculaire identique. Elles ne diffèrent entre elles que par un atome d'oxygène qui remplace dans la scopolamine deux atomes d'hydrogène de l’atropine. Il en va de même pour l’hyoscyamine, avec cette différence qu’elle possède un pouvoir lévogyre dû à ce qu’elle contient la variété optiquement active de l’acide tropique.

ALCALOIDES DES SOLANÉES

O ve — C — OfH: CHR ESC 6 ons bn | Hol-0n cæ N ere | en Monroe) | CHOH CH? == CH CH

ac. tropique trepine

Atropine et Hyoscyamine ou Duboisine (lévogyre)

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ac. tropique scopine

Scopolamine et Hyoscine (lévogyre)

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pyridine

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On peut dire que les Solanées mydriatiques contiennent tous les alcaloïdes naturels que nous venons d’étudier. Elles ne diffèrent les unes des autres que par la prédominance de l’un ou l’autre d’entre eux.

7) Répartition des alcaloïdes chez les diverses Solanées.

Rappelons brièvement les principes immédiats auxquels les Solanées médicinales doivent leur activité.

La Belladone, nous l’avons vu, contient essentiellement de l’atropine et de l’hyoscyamine, l’une étant le racémique de l’autre. L’hyoscyamine est encore parfois appelé Duboisine. La scopolamine y existe en petites quantités.

La Jusquiame contient surtout de l’hyoscyamine, un peu d’atropine et de la scopolamine ou hyoscine.

La Siramoine ou Datura, contient hyoscyamine et atropine et une quantité supérieure de scopolamine, surtout dans certaines espèces (Datura Metel). La daturine n’est qu’un mélange d’atropine et de scopolamine.

Le Scopolia carniolica ou belladone de Hongrie, est très riche à la fois en hyoscyamine et en scopolamine.

Le Scopolia japonica ou belladone du Japon, l’une des solanées les plus riches en alcaloïdes mydriatiques, joue un rôle important dans leur préparation industrielle.

Le Tabac, de composition très complexe, contient dela nicotine, dont la constitution n’est pas sans rapport avec les alcaloïdes mydriatiques (voir notre tableau).

La Mandragore, dont la racine, prenant parfois une forme vaguement humaine, a donné lieu à des superstitions étranges, contient de l’hyoscyamine et de l’atropine, dont le mélange impur avait reçu le nom de mandragorine.

D’autres Solanées, la douce-amère, la morelle notre, et dans une moindre proportion, la tomate et le Solanum tuberosum (pomme de terre) contiennent des solanines, gluco-alcaloïdes à noyau phénanthrénique, comme la bulbocapnine, la morphine, etc. Ces Solanines ont été utilisées en thérapeutique comme sédatifs nerveux ou analgésiques dans le tabes et le Parkinson. Elles seraient présentes également dans la belladone, la jusquiame et le datura.

Nous avons voulu montrer par cette énumération la va-

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riété des composants alcaloïdiques des Solanées en même temps que leurs étroits rapports chimiques et pharmacodynamiques. N

B) ComposANTS ACTIFS DE LA BELLADONE, AUTRES QUE LES ALCALOIDES.

Extrémement nombreux, comme on peut s’y attendre, ils comprennent d’abord des produits présentant des analogies ou des similitudes avec la molécule d’atropine et que l’on est en droit de considérer, soit comme des corps élaborés par la plante pour servir à la synthèse de l’alcaloïde, soit au contraire, des produits de désintégration des alcaloïdes survenus au cours de la dessiccation et des manipulations extractives. Les deux hypothèses peuvent d’ailleurs être justes en même temps, et rien n'empêche de considérer ces produits, tels que nous les trouvons à l’analyse, pour une part, comme des matériaux de construction et, pour une autre part comme dérivant de la destruction partielle des alcaloïdes, accompagnant la mort cellulaire, ou résultant ultérieurement de l'intervention des ferments.

Nous donnons un tableau de la formule développée des principaux de ces éléments.

Nous y trouvons l’acide succinique, l’asparagine, la dia- : mine 1.4, la N- méthylpyrrolidine, la N- méthylpyrroline, la pyridine. On pourra constater qu’il n’est pas difficile de passer de l’un à l’autre de ces corps, non seulement par les procédés bien connus de phytosynthèse, mais aussi par les techniques classiques du laboratoire : décarboxylation, réduction, déshydration, méthylation, etc., et l’on peut ainsi imaginer le processus que suivent les synthèses organiques à l’intérieur de la plante, pour arriver à la molécule d’atropine.

On trouve encore dans la racine de belladone, de la choline dont la formule (ci-contre) mène à la N-di-Méthylpyrrolidine par élimination d’eau.

La pyridine est également présente.

Enfin, l’acide tropique et aussi son dérivé, l’acide

chrysatropique ou 8 méthylesculétine, ont été caractérisés dans les extraits de belladone.

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