‹ Le Traitement Belladonné à Hautes Doses des Rigidités Extra-PyramidalesChapitre 8 sur 44 · HD · texte numérisé non relu

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Grecs qui décoraient le « Struchnos » (devenu plus tard la noix vomique et qui était alors la belladone) du nom de « Manicos anthos melan » la fleur noire qui rend fou.

Les Latins s’engagèrent dans la même voie et la belladone fut nommée par eux le « Solanum furiosum » ou « Solanum læthale » avant de devenir plus galamment Bella donna, belle dame, lorsque les femmes italiennes utilisèrent les baies de notre solanée pour la préparation de leurs cosmétiques.

Droscoripe connaissait bien cette action excitante de la belladone sur le système nerveux central. Il décrit aussi les phénomènes d'intoxication déterminés par un vin préparé avec la racine de belladone : les hallucinations visuelles, la folie atropique, la mort et... l’antidote.

« Radix drachmae unius pondere pota ex vino, facit species sanas imaginesque sicut in jucundos observart. Sed duplicatus hic modus, ad tres usque dies alienationem affert, quadruplicatus interimit. Remedio est aqua mulsa copiosus pota et vomiiione rejecta. »

IL. — Les applications de la belladone à divers syndromes neurologiques

La conception de la médication belladonée comme excitant nerveux se conservera longtemps, et en 4852, DEBREYNE en parlera encore, comme d’une médication destinée aux affeetions neurologiques d’origine centrale, dans son ouvrage : & Des Vertus Thérapeutiques de la Belladone ». Il écrit :

€ On sait que la belladone exerce sa puissance thérapeu- « tique presque exclusivement sur les maladies nerveuses et particulièrement sur les affections convulsives et spasmo- « diques.…. »

« Dans le cours de ce travail, nous verrons surtout traités & avec succès une foule de mouvements spasmodiques, con- & vulsifs simples ou épileptiformes et hystériformes, des « tremblements partiels ou généraux, des mouvements inso- « lites des bras, des mains et des doigts ; en un mot, de nom- « breux accidents d’épilepsie, d’hystérie, de chorée, ete. « Or, tous ces accidents sont souvent, comme on sait, déter-

« minés par l’action toxique de la belladone ; et par le grand « principe homéopathique de la loi des semblables, similia € similibus, on les modifie très favorablement par notre « héroïque solanée. »

Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire en entier l'observation savoureuse citée par ce même auteur de l’affec-. tion d’un malade atteint d’une sorte de chorée, de « tremblement » mal défini. On pourra constater, non sans mélancolie: peut-être, que pour un parkinsonien étranger, les choses se passeraientpres que de la même façon dans un hôpital en 1938: recherche d’une syphilis possible, traitement d’épreuve, iodure de potassium, puis racine de belladone, atropine à haute dose. et même refus d’hospitalisation pour cause de nationalité étrangère !

« Un homme de trente-cinq ans, en proie à toutes sortes . d’affections vénériennes depuis l’âge de vingt ans, a fini par être atteint d’une chorée chronique qui avait commencé par un léger mouvement involontaire aux deux mains et « qui peu à peu est arrivé à être une danse involontaire et continue. C'était avec difficulté qu’il portait la main à la « bouche ou qu’il marchait. Ce malade a été traité en van « par l’iodure de potassium à haute dose, continué pendant « trois ou quatre mois, par les bains sulfureux répétés tous « les deux jours durant plusieurs mois, par les bains de va- « peur, la noix vomique, les révulsifs, les anti-spasmodiques, « etc. Enfin, M. Rosrax, qui affirme que la chorée chronique « ne guérit que bien rarement, quoi qu’on fasse, fit adminis- « trer à ce malade de la poudre de racine de belladone, depuis & la dose de cing centigrammes jusqu'à celle d’un gramme. « Cette dermère dose diminua notablement les mouvements « convulsifs du malade, sans les faire cesser toutefois, mais « elle produisit des symptômes cérébraux et gastriques qui « nécessitèrent la réduction de la dose à soixante centi- « grammes. Bientôt après, la maladie reprit son intensité « prenuère et on laissa le malade quelque temps sans aucun « traitement. On le sounut plus tard à l’action des arseni- « eaux, mais sans avantage appréciable. On chercha, en « 1847, à faire entrer cet homme à Bicêtre comme imeurable : « mais la décision du Conseil des Hôpitaux ne lui ayant pas

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« été favorable, à cause de sa qualité d’étranger, son sort « était sans espoir, lorsqu'on essaya sur lui l'effet de l’atro- « pine. Son économie étant habituée depuis longtemps à « l'usage du poison, on commença chez lui à la dose de trois « milligrammes, qui fut portée, au bout de deux jours, à un « centigramme, et, le cinquième jour, on porta la dose à « 0 gr. 015. L’atropine était appliquée sur le derme, dénudé « au moyen d'un vésicatoire. Développement de phénomènes « toxiques cérébraux, mais en même temps diminution con- « sidérable des mouvements choréiques. Toutefois, comme «les phénomènes toxiques étaient inquiétants, on ramena « la dose d’atropine à un centigramme, et on la fit prendre «en potion, afin d'éviter la douleur locale. Le malade a pu « s’habituer à cette dose, et tous les mouvements involon- « taires ont peu à peu complètement disparu. Aussi fait-il, « depuis plusieurs mois, office d’infirmier à l’Hôtel-Dieu. Il « peut même tenir une plume et écrire une lettre, ce qu’il « n'avait pu faire depuis quatre ans. »

« On peut se demander pourquoi on n’a point employé 1c1 « l'extrait de belladone, au lieu de la poudre de la racine et « de l’atropine ? On peut croire qu’on aurait obtenu par « l'extrait aqueux par simple décoction des effets et plus « prompts et meilleurs, sans phénomènes toxiques. Quant à « la racine de belladone, puisqu’on l’a employée sans que « nous sachions pourquoi, nous dirons à cette occasion que « nous préférons généralement la racine aux autres prépa- « rations faites avec la plante de la belladone... »

Nous ne pensons pas que DEBREYNE, dont ces lignes parurent en 1852 et qui pourtant prescrivait si savamment des quinze milligrammes d’atropine et des extraits de racine de Belladone ait jamais été cité par RômEer ou par les partisans de la cure Bulgare.

Depuis cette époque d’ailleurs, les chimistes ont dérivé l'attention des thérapeutes sur l’atropine, et les préparations galéniques de belladone ont été reléguées au second plan. De leur côté, les physiologistes, par leurs travaux sur les propriétés parasympathicolytiques de l’atropine, ont démontré les qualités incomparables de la belladone comme anti-spasmodique, mais l’action thérapeutique des hautes

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doses des alcaloïdes ou des extraits « totaux » sur le système nerveux central était reléguée au second plan.

Ce n’est qu’en 1921 que l’attention fut de nouveau attirée sur l'intérêt de l’atropine employée massivement pour le traitement de certains syndromes neurologiques.

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