CHAPITRE HI
Traitement post-opératoire.
La nécessité du traitement post-opératoire est absolue, et les résultats éloignés de l’opération d’Albee dépendent, peuton dire, de la façon dont il sera établi et suivi.
L'opération d’Albee n’intervenant qu’au niveau des’ arcs vertébraux postérieurs, le foyer tuberculeux persiste entièrement; il faut donc se souvenir que le malade est un tuberculeux el établir d’une façon rigoureuse le traitement général de la tuberculose. Albee dit en effet, (et cela n’a rien qui doive surprendre), « qu’il n’y à pas de comparaison possible entre les résultats obtenus chez des sujets nécessiteux, traités en ville, et ceux d’une classe aisée qui peuvent aller à la campagne ou à la mer. »
Nous n’envisagerons pas ici le traitement général, pour nous occuper seulement du traitement local post-opératoire. Il a lui aussi une importance capitale et a pour but d'assurer l’immobilisation absolue du rachis, qu’on ne peut obtenir qu’en placent le malade en décubitus horizontal. De cette facon, on permettra au greffon de se souder en bonne position aux apophyses épineuses et on favorisera en même temps l'arrêt du processus tuberculeux.
Tous les auteurs sont d’accord sur la nécessité du repos couché post-opératoire, mais ils diftèrent dans la façon dont
ils l’assurent. et le temps pendant lequel ils le maintiennent. D'autre part, certains chirurgiens, dont Albee, estiment qu'une fois la fixation du greffon assurée, il suffit seul à maintenir la statique vertébrale; ils font donc lever leurs malades sans aucun appareil orthopédique; d’autres, et ils sont les plus nombreux, pensent au contraire que le port d’un corset plâtré est absolument indispensable pendant un temps plus ou moins long, le greffon tibial n’ayant pas encore acquis la résistance suffisante pour empêcher l'incurvation ultérieure de la colonne vertébrale.
Nous allons examiner rapidement, comment les différents chirurgiens ont réalisé le traitement post-opératoire.
Albee, après l'opération, place ses opérés en décubitus dorsal sur un lit dur, les adultes pendant 5 semaines, les enfants pendant 6 semaines. Pour assurer cette position, il se contente, chez les enfants, de placer un bandage de corps auquel sont fixées quatre larges bandes (: toile; deux partent du bord supérieur du bandage de corps, passent en avant des épaules et viennent s'attacher à la tête du lit; les deux autres bandes partent du bord inférieur du bandage de corps et se fixent également aux pieds du lit. Ces bandes de toile suffisent à empêcher l’enfant, d'essayer de s'asseoir ou de se retourner dans son lit.Chez l’adulte, Albee n’emploie aucun moyen de contention. Lorsque la cyphose pottique est très marquée, pour éviter l’apparition d’une escarre au niveau de la zone greffée, Albee emploie les mêmes moyens, mais place son opéré dans le décubitus latéral.
Albee considère que les moyens de contention qu’il emploie sont suffisants, les faibles mouvements que pourraient faire le malade, loin de nuire à la « prise du greffon » et à sa solidité, favoriseraient au contraire, d’après lui, la prolifération osseuse et la soudure rapide.
Il est permis de se demander, s’il n’y aura vraiment à se produire que des mouvements de faible amplitude, tels que les mouvements respiratoires, et si le malade, même un adulte, pourra rester ainsi 5 semaines dans le repos absolu, s’il n°y
ad
est pas maintenu par un moyen quelconque. Si l’on peut encore admettre qu’à l’état de veille, il se surveillera <uffisamment pour éviter tout mouvement, il paraît difficile de croire qu'il en sera de même pendant le sommeil. |
Après cette période de décubitus dorsal, Albee estime que le greffon est assez solide pour maintenir en position les vertèbres malades et empêcher la gibbosité d'augmenter; il fait donc lever ses malades, mais il les surveille encore pendant une période de convalescence, car ce sont des tuberculeux. La durée de cette période de convalescence sera pour les enfants d’au moins un an, pendant ce temps l'enfant sera ménagé, et tous les jours pendant quelques heures, il sera couché. Chez les adultes, Albee fixe la période de convalescence à six mois au moins, pendant lesquels le malade fera une cure de repos relatif et s’entrainera peu à peu pour reprendre au bout de ce temps ses occupations. Albee cite cependant des cas, où des malades, par suite des nécessités sociales, ont dû reprendre leur travail, souvent pénible, (il cite notamment le cas d’un charpentier), dès qué la douleur eut disparu, soit six à huit semaines après l’opération.
Comme règle absolue, Albee proscrit les corsets plâtrés pendant la période de convalescence, il les accuse de provoquer des escarres d’où résulte parfois la nécrose du greffon. L’appareil plâtré, d’après lui, ne doit être employé que dans des cas exceptionnels : lorsque le malade est conduit à quitter l'hôpital avant que la période de cinq à six semaines de décubitus dorsal post-opératoire ne soit écoulée; ou bien encore lorsque la gibbosité est très marquée, car dans ce cas il a été nécessaire de faire des encoches au greffon, pour pouvoir le courber, on a affaibli sa solidité et il risquerait de se rompre. Dans ces cas l’appareil plâtré est très utile, c’est un soutien qui permettra au greffon d'arriver à un degré de résistance suffisante et on le maintiendra quelques mois.
Barbarin (de Paris) établit le traitement post-opératoire comme Albee, mais il pense que si dès la quatrième semaine le greffon est soudé, il n’est pas prudent de compter sur sa
solidité à cette époque. Il estime que si « dans un mal de Pott au début, il suffit d’une immobilisation en décubitus dorsal de deux ou trois mois, il faudra en général savoir prolonger cette immobilisation et permettre ensuite au malade, une reprise graduelle de Ja station assise d’abord, puis de la mar-. che. » [l n’emploie pas de corsets plâtrés.
Radulesco (de Bucarest), maintient ses opérés couchés pendant un mois. les huit ou dix premiers jours en décubitus ventral, ensuite en décubitus dorsal. Après un mois, illesestime guéris. Il juge que le corset plâtré est en général inutile; dans quatre cas, cependant, où le nombre des vertèbres malades était grand, il a placé un corset plâtré pendant un mois tout au plus.
Jagerink (de Rotterdam), pour deux enfants de 4 et de 7 ans qu’il opéra, ne maintint le repos couché, sans aucun appareil, que quelques semaines. Un mois après l’opération, les enfants cireulaient librement, il est juste d'ajouter que le deuxième opéré avait déjà été immobilisé trois ans par la méthode orthopédique.
Blanc y Fortassin, considère qu'après deux mois de repos couché le greffon est assez solide pour que le malade circule sans corse.
Bérard (de Lyon), laissa deux de ses opérés en décubitus dorsal pendant respectivement trois et quatre mois et n’employa pas de corsets plâtrés. Ses résultats furent bons.
Tuffier (de Paris) place ses opérés dans une gouttière de Bonnet pendant sept semaines ou deux mois, puis les malades sont abandonnés dans leur lit sans aucun appareil et reprennent peu à peu leur vie habituelle. Sur onze cas opérés, Tuffieu, n’a employé qu’une seule fois un corset plâtré pendant deux mois.
Ombredanne (de Paris) a employé chez trois de ses opérés des corsets plâtrés, mais ayant observé des escarres chez ces malades, il a placé ses deux autres opérés en décubitus dorsal simple. Dans tous les cas, l’immobilisation a duré trois mois. Les résultats éloignés de ces opérations ne furent pas bons, ainsi que le dit Ombredanne lui-même,