INDICATIONS OPÉRATOIRES D'APRÈS L’AGE DU MALADE
Nous avons déjà dit plus haut, qu’Albee ne voit dans l’âge de ses malades aucune contre-indication, et la statistique personnelle qu’il a publiée, montre que l’âge de ses opérés varie entre 20 mois et 65 ans. Il n'indique pas d’ailleurs d’une façon spéciale, les résultats qu'il a obtenus chez ses jeunes opérés. Dans cette statistique, qui porte sur 198 cas, 1l mentionne seulement « qu’un malade de 6 ans, dont l’état général élait mauvais, mourut le lendemain de EEE ,probablement de shock ».
Barbarin (de Paris) se montre très partisan de l’opération chez l’enfant. Il rapporte 7 opérations chez des enfants, avec de très bons résultats; dans l’un la guérison datant de 6 ans a été obtenue chez une enfant de 6 ans,
Jagerink (de Rotterdam) a opéré et guéri deux enfants de 4 et de 7 ans. Schmidt a guéri une enfant de 7 ans atteinte de mal de Pott et d’une coxalgie.
Elmer rapporte 2 cas de guérisons, chez un jeune garçon atteint de mal de Pott lombaire supérieur et chez une fillette avec mal de Pott dorsal {l'âge n’est pas indiqué.)
Sherman et Mac Chesney ont pratiqué l’opération d’Albee chez 27 enfants (ils ne donnent pas d'indications sur l’âge) .avec 60 % de guérisons.
Jacobs qui a opéré 9 malades, âgés de 5 à 32 ans, dont 4 enfants âgés respectivement de 5, 6, 7 et 8 ans, note pour deux d’entre eux l’aggravation de la gibbosité, pour un autre la nécessité de le remettre sur un lit plâtré,le malade étant incapable de marcher quatre mois après l’opération. $es résultats chez l’enfant ne sont donc pas favorables ; tandis que ceux obtenus chez les adolescents et les adultes sont bons.
Ryerson rapporte 60 opérations d’Albee chez des sujets de 2 à 47 ans. Ses conclusions sont les suivantes : « Les enfants les plus âgés ont donné de meilleurs résultats que les enfants jeunes ; tandis que les adultes ont remarquablement bien guéri ».
Nutt sur 11 opérés, âgés de 2 ans et demi à 6 ans, n’a de résultats favorables que dans 3 cas; chez les 6 autres opérés la gibbosité a augmenté, chez les 2 derniers des abcès froids sont apparus. Aussi Nutt condamne-t-il la méthode, non seulement chez l’enfant, mais aussi chez l'adulte, parce que dit-il «elle crée une fausse sécurité qui en faisant croire à la guérison, fait négliger les autres moyens thérapeutiques ».
Ombredanne a opéré 5 malades, âgés de 3 à 14 ans et demi. Ses conclusions sont les suivantes : «les résultats immédiats sont bons, les résultats éloignés mauvais. Toutes les gibbosités ont augmenté et dans 3 cas elles ont beaucoup augmenté. Deux malades ont eu des abcès froids. Un autre est mort de méningite tuberculeuse ».
Ombredanne ajoute, il est vrai, qu’il a eu l’impression de n’opérer que des cas graves, et que de plus il opérait à Paris
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tandis qu’Albee Me dans de meilleures conditions au Ho de la mer.
Bérard, a opéré 2 malades âgés de 16 et 17 ans qui ont guéri. Un troisièmé de 26 ans, qui mourut six mois après l’opé-. ration, de tuberculose pulmonaire, alors que le rachis était soudé.
Lyle a guéri un Br e de 48 ans.
- Davidson a obtenu un bon résultat, chez une femme de 30 ans paraplégique. |
Tuffier, dans la statistique qu'il a publiée relate 11 cas d'opérations chez des adultes de 17 à 59 ans. :
17 -ans11cas 24 ans ? cas 20'ans V2 cas 25 ans 1 cas Al ans 1 cas 58 ans 1 cas 22rans :21cas 59 ‘ans :1cas
Les résultats sont excellents, puisque tous ont guéri : 6 à la fn de la première année, 4 qui furent revus de un à trois ans après l’opération, étaient dans un état général et local parfaits: la dernière malade guérit d’un mal de Pott lombaire, mais lit un deuxième foyer tuberculeux avec un abcès froid ‘au niveau de la colonne dorsale.
Tuïffier pense que l’opération d’Albee doit être réservée à l'adulte.
Nové Josserand est du même avis que Tuffier.
Calvé et Galland, se basant sur l’évolution différente du mal de Pott chez l’enfant et chez l'adulte, condamnent absolument l’ostéo-synthèse chez l’enfant parce qu'ils la trouvent inutile et même nuisible, et la préconisent au contraire chez l'adulte.
«Chez l'enfant, par la méthode orthopédique on supprime l’ulcération compressive tuberculeuse, on pourra obtenir des lordoses de compensation immédiatement sus etsous-jacentes à la lésion, il se produira un tassement des arcs postérieurs, un moulage des surfaces osseuses et après trois ou quatre ans la guérison anatomique et fonctionnelle par la soudure osseuse.
Chez l’adulte, la tuberculose vertébrale est moins envahis-
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sante, moins destructive que chez l'enfant, mais l'adulte ne possède pas la faculté de guérison totale de l'enfant par une soudure osseuse; la réparation vertébrale se fait par du tissu fibreux au sein duquel on retrouve toujours un noyau caséeux ou des fongosités. Donc rechute toujours possible. Ïl en résulte que chez l’adulte, il faut une immobilisation d’un an et demi à deux ans, puis port d’un corset amovible toute la vie » Examinant le traitement chirugical, Calvé et Galland disent : « Chez L enfant deux cas peuvent se présenter, il y a gibbosité ou il n° yena pas.
Dans le premier cas si on redresse, on n’obtiendra pas de cal osseux (la tuberculose ne fait pas de cal à distance). Le greffon sera-t-il assez fort pour supporter le poids du corps? Non car il est placé en arrière du point d'action des forces. S'il est faible il se brisera, s’il est fort il s’inflechira peu à peu
La pratique confirme ces faits presque tous les’ auteurs signalent une augmentation de la cyphose. Ici déjà se manifeste une infériorité de l’ostéo-synthèse vis-à-vis de la méthode orthopédique, qui, elle, nous l’avons vu, obtient graduellement et progressivement la correction totale ou presque totale de la difformité. Néanmoins, il n’est pas douteux que si l’ostéo- -synthèse réalisait une énorme économie de temps elle devrait être acceptée. |
Est-ce la réalité? Non. Dans le mal de Pott il y a deux éléments : ulcération compressive et ulcération tuberculeuse, les parties de l'os infiltrées par la tuberculose sont destinées à disparaître. Cette désintégration se produira pendant toute la période d'évolution de l'affection, c’est-à-dire pendant les deux ou trois premières années; ce n’est qu’à la fin de la troisième année que le processus de cicatrisation commence à se manifester chez l'enfant. À supposer que le greffon ait été placé sans qu’on ait écarté les fragments, de par l’évolution même, ceux-ci perdent le contact. Les deux fragments tendent à se réunir, il s'ensuit une inflexion ; d’où fracture du greffon (rare) ou inflexion qui est la règle.
L'ostéo-synthèse est de plus nuisible: elle maintient la
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difformité, ne l’empêche pas d'augmenter, elle s'oppose aux processus de guérison et de correction qu’obtient la méthode orthopédique. Elle ankylose une longue portion des parties postérieures du rachis; lames, pédicules, apophyses épineuses, aux dépens desquelles se fait la correction. Si le greffon s'étend à plusieurs vertèbres au-dessus et au dessous il s'oppose à la création de lordoses thérapeutiques.
=Nous rejetons donc formellement la méthode sanglante, dans le traitement précoce du mal de Pott chez l'enfant.
A la fin de la troisième année, si des radiographies successives montrent que toute usure osseuse est arrêtée, si les phénomènes de compensation sont au maximum, surtout si on se trouve en présence d’adolescents, on peut placer un greffon qui agit alors comme un véritable verrou de sûreté ».
Chez l’adulte au contraire en raison de l’impossibilité d’ob- : tenir la guérison anatomique totale, du peu de tendance à la destruction, de la limitation des phénomènes de compensation, Calvé se déclare un « partisan résolu » de la greffe osseuse.
La statistique publiée par Lance, qui réunit 119 observations corrobore les conclusions de Calvé. La voici :
19° Au-dessous de 5 ans (32 cas), 59,4 % d’amélioratidns ou guérisons, 18,8 % d'échecs, 28 % de morts.
29 De 5 à 12 ans (49 cas), 63 % d'améliorations ou guérisons, 18,4% d'échecs, 18,4 % de morts. |
39 De 13 à 20 ans (9 cas), 66,6 % d’améliorations ou guérisons, 11;:1 % d'échecs, 22,2 % de morts.
49 Adultes (29 cas), 86,2 % d'améliorations ou guérisons, 3,4 % d'échecs, 10,4 % de morts.
49 Adultes (29 cas), 86,2 % d'améliorations ou guérisons, 3,4 % d'échecs, 10,4 % de morts.
De tous les faits précédents, nous croyons done pouvoir conclure que l’opération d’Albee doit être abandonnée chez l'enfant, qu’on peut la pratiquer chez l'adolescent, mais qu’elle trouve sa véritable indication chez l'adulte.