‹ Le Traitement chirurgical du Mal de Pott par l'opération d'AlbeeChapitre 28 sur 37 · II. COMPARAISON ENTRE LA MÉTHODE CLASSIQUE ÉT LA MÉTHODE D'ÂLBEE · texte numérisé non relu

II. COMPARAISON ENTRE LA MÉTHODE CLASSIQUE ÉT LA MÉTHODE D'ÂLBEE

DANS LE TRAITEMENT DU MAL DE Porr

Si Albee voit dans son procédé une « panacée » applicable à tous les cas de mal de Pott, Calot par contre, adoptant l'opinion exactement inverse; le condamne absolument. De sorte qu’il y a lieu de se demander, s’il n’y a pas une part d’exagération dans des opinions aussi contradictoires.

Presque tous les chirurgiens qui ont appliqué la méthode d’Albee, trouvent l’opération très bénigne, et la mortalité opératoire d’Albee, 1,3 %, est trop faible pour qu’elle su ffise à elle seule à faire condamner l’opération.

Ce qui surprend au premier abord, et peut rendre sceptique sur la valeur de la méthode, c’est d'entendre parler de guérisons obtenues après 6 mois ou un an au plus de traitement post-opératoire. Il faut bien s’entendre, il s’agit là de guérisons cliniques et non pas de guérisons anatomiques de la lésion vertébrale. La tuberculose osseuse a une trop longue évolution, pour qu’elle puisse guérir anatomiquement en quelques semaines, quel que soit le traitement employé. La méthode chirurgicale, pas plus que la méthode classique, n’a d'action immédiate sur le foyer tuberculeux, elle le laisse persister.

Dans l'extension du mal de Pott et l'accroissement de la gibbosité, il entre deux éléments : ulcération tuberculeuse et ulcération compressive. Contre l’ulcération tuberculeuse le traitement local ne peut rien; contre l’ulcération compressive la méthode classique et la méthode chirurgicale tendent toutes deux au même but : la supprimer. Elles y arrivent en mettant le foyer vertébral au repos par lemême moyen: l'immobilisation. Seulement le traitement classique ne parvient pas à assurer une immobilisation absolue, il ne supprime pas tous les mouvements: et notamment les mouvements respiratoires, qui retentissent jusqu’au foyer tuberculeux. Le trai-

Die tement chirurgical assure une immobilisation absolue en rendant solidaires les vertèbres malades et lee vertèbres saines sus et sous-jacentes par une solide ankylose osseuse.

On peut objecter contre le traitement chirurgical, que l'opération n’a pas dans tous les cas empêché la gibbosité d'augmenter; c’est vrai, mais le traitement classique non plus; et l’on ne doit voir dans ce fait que la nécessité de reconnaître des indications et des contre-indicalions opératoires.

Dans ces conditions, le traitement chirurgical, apparaît non pas comme s’opposant au traitement orthopédique, mais seulement, comme le dit Tuffier, comme un traitement orthopédique opératoire. Si l’on envisage les choses de ce point de vue, le principal avantage de l’opération d’Albee, est de raccourcir la durée de l’immobilisation. L'opération permet au malade, de reprendre après quelques mois une vie normale; elle permet de réaliser d’une façon plus complète le traitement général de la tuberculose et favorise ainsi le relèvement de l’état général du malade. Si l’on ajoute à cela la disparition rapide des douleurs, on voit que la méthode d’Albee mérite d’être prise en considération.

Calot et Nutt, font presque un reproche à l'opération de supprimer les douleurs, «car le malade ne souffrant plus, a un sentiment de fausse sécurité qui lui fait négliger les autres moyens de traitement. » C’est surtout le médecin, qui ne doit pas s'illusionner, et qui devra avoir assez d’ascendant sur son malade pour continuer à le surveiller, de la même façon qu'il surveillerait un malade porteur d’un corset plâtré.

* Nous conclurons donc que l’enthousiasme d’Albee, comme l’ostracisme de Calot, sont tous deux exagérés ; que la méthode chirurgicale a des avantages réels mais qu’elle ne s'oppose pas au traitement classique. Il y a des cas pour lesquels l’opéralion n’est pas indiquée, c’est dans ces cas que la méthode classique garde tous ses droits.

A. — Observations favorables.

Observation I.

édite, recueillie dans le service de M. le professeur agrégé Duvergey) Mal de Pott des 3° el 4e Lombaires.

Mme Marie L..., 21 ans, ménagère. | ,

Cette malade vint, le 23 mai 1921, à la consultation de M. le professeur agrégé Duvergey, parce qu'elle souffrait de douleurs très vives, dans la région lombaire et les membres inférieurs. M. Duvergey diagnostiqua un mal de Pott et la fit entrer dans son service de l'hôpital

St-André. EE Antécédenis personnels — A eu la rougeole dans son enfance ; en 1917, à 17 ans, elle a eu un abcès froid du pied gauche qui a parfaitement guéri, après intervention.

Histoire de la maladie. — En 1919, à une époque qu’elle ne peut préciser, Mme L... commença à souffrir de douleurs dans la région lombaire. Ces douleurs étaient plus vives dans la station debout ou assise, diminuaient par le repos couché; survenaient surtout le soir après la fatigue de la journée. En outre la malade « avait les reins un peu raides »; et l’état général s’affaiblissait, elle avait maigri, mais ne sait pas exactement de combien.

Son médecin, pensa qu’il s’agissait d’un mal de Pott et lui conseilla de venir à l'hôpital se faire faire un appareil plâtré. Elle refusa.

En 1920, les douleurs augmentèrent. Elles n'étaient plus localisées à la région lombaire seule, mais s’irradiaient vers l'abdomen et en ceinture et dans les membres inférieurs surtout le droit. La marche

em 17 10 les

était gênée, la malade avait la sensation que sa jambe droite se dérobait sous elle.

C’est dans ces conditions, que le 23 mai 1921 elle vint consulter M. le professeur agrégé Duvergey.

A l'entrée à l'hôpital on constatait les troubles suivants :

Signes fonclionnels. — Douleurs spontanées de la région lombaire, S’irradiant vers l’abdomen, en ceinture surtout à droite,et dans le membre inférieur droit. Gêne légère de la marche. Il y avait de la contracture musculaire, la malade ne pouvait ramasser un objet à terre qu’en fléchissant les genoux et en s’accroupissant tout d’une pièce.

Signes physiques. — À l'inspection pas de gibbosité. A la palpation on sentait l’apophyse épineuse de la 3 lombaire un peu saillante. La pression et la percussion déterminaient de la douleur, au niveau des 3 et 4€ lombaires. Les mains étant placées sur les épaules de la malade, si on imprimait une secousse brusque, on déterminait de la douleur au niveau de la région lombaire.

Pas de modifications des réflexes tendineux, pas de clonus, pas de Babinski, pas de troubles de la sensibilité objective, pas de troubles Sphinctériens.

La radiographie montra un écrasement du disque intermédiaire aux 3€ et 4 lombaires, et une décalcification des vertèbres.

La radiographie ni l'examen clinique ne montrèrent d’abcès.

Opéraïion le 3 juin 1921. — MM. les professeurs agrégés Rocher et Duvergey pratiquent une opération d’Albee.

Anesthésie générale. Incision courbe à convexité gauche, d’une hauteur de 15 cm. environ, dont le milieu correspond à la 3e lombaire. Décollement du lambeau cutané. Fente du surtout ligamenteux sur et entre les apophyses épineuses. Fente à la scie d’Albee des apophyses épineuses lombaires. Fracture des apophyses par un ciseau introduit dans la section. | $

Prélèvement d’un greffon à la scie circulaire, sur le tibia gauche. Mise en place de ce greffon. Suture au catgut chromé des ligaments inter et surépineux. pour enfouir le greffon. Suture cutanée au crin.

Suiles opératoires. — Apyrétiques. La plaie cutanée se cicatrise par première intention.

Aussitôt après l’opération, la malade est mise dans un corset plâtré

EAN 5 V2

muni d’une large fenêtre permettant la surveillance et le pansement de la plaie opératoire. La malade est placée dans son lit en décubitus ventral. :

Le 5 juin les douleurs ont disparu.

Le 8 juin, cinq jours après l'opération, la présence d’escarres au niveau du sacrum et des épines iliaques, nécessita l'enlèvement de l’appareil plâtré. La malade est laissée couchée en décubitus ventral jusqu'au 10 juillet ensuite en décubitus dorsal.

Le 3 août 1921, les escarres étant guéries, la malade est remise dans un appareil plâtré et quitte l'hôpital le 15 pour la campagne.

Le 15 novembre, elle revient à l'hôpital faire enlever son corset.

Le 16 on constate un très bon résultat local, la cicatrice est souple, mobile. A la palpation on sent au niveau de la région lombaire la présence d’une masse osseuse; on sent évalement une petite saillie au niveau de la 3° lombaire. La pression profonde au niveau de la 3e lombaire, un peu à droite de la ligne médiane, provoque un peu de douleur.

Les douleurs spontanées ne sont pas réapparues. L'état général est très amélioré. L’appétit est bon. La malade a augmenté de 4 kilogrammes depuis le mois d’août.

Plusieurs radiographies ont été prises, mais en raison de la défectuosité des plaques, elles ont toutes été peu nettes, et il ne nous à pas été possible de les reproduire ici.

Dans les premiers jours de décembre, un corset orthopédique en cuir est confectionné, que la malade devra porter durant environ trois

mois encore.

Observation II.

(Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Rocher, publiée in Journal de Médecine de Bordeaux 1921, ne 2, 53)

Mal de Pott dorso-lombaire.

Simone M..., âgée de douze ans et demi, atteinte d'une volumineuse gibbosité pottique de la région dorso-lombaire, sans phénomènes de compression radiculo-médullaires, sans abcès par congestion. M. le

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