ETUDE DES STATISTIQUES
Une dernière question nous reste à résoudre, qui a trait à la conservation, c’est celle qui consiste à savoir ce que deviennent les organes douteux laissés en place. Vont-ils s’infecter mutuellement et causer des récidives, vont-ils s’atrophier et perdre leur fonction, ou
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se
vont-ils faire de la malade une femme perpétuellement souffrante qui regrette de s'être livrée aux mains du chirurgien ?
Nous avous trouvé un certain nombre de statistiques concernant des opérations partielles superposables à celles de nos malades ;: nous allons en examiner les résultats éloignés.
1° Conservation d’une annexe totale ou partielle, mais pouvant permettre la fécondation
En 1890, Bouilly apporte au congrès de Berlin le resultat de 3 malades opérées d’un seul côté, grandes invalides avant l'opération, et ne présentant plus de dysmenorrhée, mais peu suivies.
L'année suivante, Jacobs, de Bruxelles, fait part de ses résultats au congrès français de chirurgie: il a opéré 9 malades d’un seul côté : une ayant subi l’ablation d’un pyosalpinx est devenue enceinte ; ilne parle pas des résultats locaux et les confond avec ceux d’autres opérations.
En 1891, Delbet, publie 40 cas d’ablation unilalérale dont 16 de date récente, sans valeur. Sur les 24 malades qui restent, 7 deviennent enceintes et donnent 10 grossesses ; ces 10 grossesses se répartissent en 2 fausses-couches, 4 enfants nés à terme, et 4 autres non encore arrivées à terme. Sur les 24 malades, 4 femmes ont succombé au bout d’un temps plus ou moins long, sans doute à cause des annexes laissées, supposées saines et en réalité malades ; mais elles ont donné
robes
le jour à 4 enfants à terme, et quatre autres étaient
sur le point de naître. Sur ces 24 cas, 15 secondes
laparotomies auraient été nécessaires, au dire des par-
tisans de l’ablation bilatérale ; 5 fois seulement elle a été faite et 5 fois avec succès. Pour les quatre morts,
la deuxième opération aurait été nécessaire. Donc sur
24 cas, il y a 9 faits absolument contraires à l’opération, dont 4 morts et 5 mauvais résultats opératoires ;, 7 faits sont favorables à l’ablation unilatérale (7 femmes ayant donné 10 grossesses). Entre les deux,enregistrons 3 femmes en parlaite santé mais sans grossesse et 6 femmes qui ont été malades dans la suite,
mais n’ont pas été opérées et ont peut-être guéri. La mortalité totale a été de 3,7 °j, dont 7,2 °, pour les cas
suppurés et 1,2 °[, pour les cas non suppurés.
En 1895 paraît la thèse de Chavin qui apporte 9 nouveaux cas de castration unilatérale pratiqués par Delbet, 6 malades ont été revues et ont fourni 4 résultats parfaits et 2 échecs. En 1900 Cerné publie 21 cas de conservation des trompes, 9 fois peu altérées et 12 lois très altérées, 4 lois la trompe conservée renfermait du pus ; ces opérées sont dans un excellent état local et général dit-il, une seule a dû rentrer à l'hôpital pour douleurs locales. Il n’y a pas eu de grossesse, mais la date des opérations est trop rapprochée pour que nous puissions tenir compte de ce résultat.
Py (thèse de Montpellier 1909) étudie 21 ablations partielles ayant donné lieu à 4 opérations itératives suivies de bons résultats. Les 17 autres malades ont complètement œuéri. Le résultat a été durable, contrôlé plus tard, et l’auteur mentionne À grossesse.
Pas
Enfin de Rouville en 1910 fait part de ses résultats : sur 32 opérations unilatérales, il a eu 32 guérissons et 3 grossesses. En résumé sur 92 malades opérées dans des conditions comparables nous relevons 15 grossesses, soit 10 °y,. Sur 78 malades dont nous connaissons les résultats, nous notons 15 échecs absolus, et 63 bons résultats, soit 84,7 °T,.
2° Conservation de l’utérus et d’un ou de deux ovaires
En 1900 Cerné publie sa statistique dans la « Normandie médicale ». Sur 28 laparotomies il a enlevé les trompes 7 fois. Toutes ses opérées ont conservé dans la suite un bon état local et général. Elles n’ont d’ailleurs pas été assez longtemps suivies.
En 1904 Devouassoux dans sa thèse apporte sa contribution à l’étude de la question et conclut en disant que les douleurs disparaissent 13 fois sur 16, que les règles deviennent généralement indolores et irrégulières, et qu'en ce qui concerne l’insuflisance ovarienne, les 3/4 des malades ont été guéries des troubles qu’elles présentaient ou ne les ont pas vu apparaitre.
Il faut arriver jusqu’en 1905 pour avoir des chiffres plus précis : Legueu a pratiqué cette opération 17 fois en 11 ans. Il a des renseignements précis sur 10 malades : la menstruation est plus ou moins régulière mais constante ; la. santé générale est bonne, aucun trouble de ménopause anticipée. Les troubles locaux
donnent des résultats moins favorables; chez 7 malades les douleurs locales et les sécrétions persistent.
Les malades opérées pour des lésions suppurées, dont une très ancienne, souffrent encore du côté conservé, 1 souffre du côté où a eu lieu l’ablation. Une autre a dù subir une opération itérative pour métrorrhagies. Enfin une dernière est à réopérer à cause de ses douleurs. Par contre 2 malades sont dans un état excellent. Et Legueu conclut que « c’est faire preuve « de sagesse que de penser toujours à la conservation «et à propos de chaque cas, ce sera faire preuve de « prudence que de ne pas en abuser et de la restrein- « dre à des cas relativement rares. » Ë
Tuffier, la même année apporte 32 observations de conservation des ovaires et de l'utérus ; il avoue 1 mort par septicémie tardive dùe à un épanchement de sang dans le Douglas. Sur ce nombre, 15 opérées ont été revues : 2 ont du être réopérées, l’une d’hystérectomie (lésions tuberculeuses), l’autre de curettage (métrite fongueuse). Toutes se portent bien et sont règlées régulièrement, chez 3 malades seulement, il persiste quelques douleurs qui ne les empêchent pas de vaquer à leurs occupations.
Ces chiffres soulèvent des discussions à la Société de Chirurgie de Paris, et Faure conclut qu’il y a moins d'inconvénient à enlever un ovaire sain qu'à garder un ovaire pathologique. Quant à Routier, sans pouvoir préciser par des chiffres, il n'a jamais été séduit par ses résultats, et il lui semble maintenant plus sage d'enlever tout.
Dernièrement (1911), Jacobson de St-Pétersbourg,
donnait le résultat de ses opérations et accusait 2 récidives, sur 51 opérations.
En somme il résulte de ceci que la sécrétion interne de l'ovaire n'est pas troublée, par la conservation utéro-ovarienne, et est parfois améliorée par la libération de l'ovaire, que la menstruation devient plus régulière et moins douloureuse, mais que les douleurs et sécrétions restent souvent persistantes, dans 34°), des cas ; disons environ dans 1/3 des cas, car il est impossible de donner un chiffre exact, étant donné la divergence des résultats de chaque statistique.
La vérité est que le diagnostic entre un ovaire sain et un ovaire pathologique est souvent très difficile et que très souvent on a laissé en place des ovaires très altérés alors qu'on les croyait parfaitement sains.
3° Conservation d’un ovaire seul
Ici, nous n'avons pas trouvé de statistique. Enregistrons seulement en passant l'opinion de trois adversaires de la conservation, Terrier, Routier et Segond, qui ne considérant que le résultat local, ont peur, à raison peut-être, des accidents ultérieurs, mais, parais- sent méconnaître les bienfaits de la conservation ovarienne.
L'étude des statistiques précédentes nous conduit donc à admettre, en dehors des avantages patents de Ja conservation, que celle-ci cause des récidives, et la persistance de douleurs et sécrétions locales.