‹ Le Traitement d'épreuve dans le diagnostic de la syphilisChapitre 12 sur 22 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

Il s’agit d'un malade âgé de 46 ans. que l’un de nous - (M. Milian) suit depuis cinq ans. C’est le 19 mai 1925 qu’il entre pour la première fois dans le service pour une éruption généralisée prurigineuse qui remonte à 3 ans environ. A cette époque l'affection aurait débuté par des éléments prurigineux disséminés çà et là. Petit à petit l’éruption s’est généralisée. Les lésions éruptives sont d’emblée représentées par des petites bulles ou des vésicules par où s'écoule un liquide séreux lorsque le malade les détruit en se grattant. D'autres fois les éléments sont secs et desquament sans avoir passé par un stade exsudatif visible à l’œil nu ; la poussée actuelle date de 3 mois.

A l'examen on constate que la surface des téguments, à l’exception du visage et du cuir chevelu, est couverte de vésicules de la dimension d’une tête d’épingle à un grain de milletet davantage. Presque tous les éléments sontexcoriés, les uns suintent encore, lesautres sont en voie de desquamation furfuracée. Ce n’est qu’à

la plante des pieds et’aux paumes que l’on aperçoit de véritables

E. Combes | 3

bulbes. Le fond.des lésions éruptives est pigmenté. Par endroits:

la peau, est épaissie sèche et rugueuse. au toucher, el aux, membres supérieurs on note une. véritable lichénification.

Presque partout on voit des stries de grattage, le prurit étant,

très intense, diurne et nocturne.

Aux deux aînes on sent quelques ganglions (deux à trois) du volume d’une noisette à une noix, aux aisselles deux à six et quelques petits ganglions au cou. Par ailleurs examen neurologique et viscéral tout à fait normal. Le Wassermann du sang est négatif.

. Le 27 mai il reçoit une injection intraveineuse de 914 de 30 centigrammes et le 4e' juin une injection de 45 centigrammes. Les lésions s’améliorent nettement et on ne note que quelques pustules et bulles purulentes à la jambe droite. Le 6 juin nouvelle

piqûre de. 45 centigrammes qui n’est suivie que d’une petite bulle

commissurale gauche. et de petites vésicules aux oreilles. Le.

14 juin injection de. 45 centigrammes de 914; dans l'après-midi vers 4 heures la température du malade monte à 40% et de. 4 heures à 8 heures il évacue cinq selles aqueuses. On lui donne 90 gouttes d’adrénaline par jour. Les jours suivants les lésions disparaissent de plus en plus. Le 17 juin après une injection de 30 centigrammes de 914 il présente un frisson violent et des douleurs lombaires. Le lendemain il.se plaint de pru-. rit et de douleurs :vésiculaires sans ictère. Quant à sa dermatite polymorphe elle à complètement disparu. Le 11 juillet le malade sort de l'hôpital complètement guéri.

ici donc nous avons un cas de guérison par le novar dans une affection non syphilitique. Sans doute

le diagnostic n'avait à aucun moment penché vers

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la syphilis mais cette observation prouve d’une facon péremptoire la non spécificité d’un traitement antisyphilitique. Rien que cette notion entame fortement la valeur du traitement d’épreuve.

Voici une autre observation dans le même sens. Il s’agit cette fois d’un érythème polymorphe.

OBSERVATION IV (G. Milian).

Erythème polymorphe bulleux traité et quéri par le 914.

Alphonse P..., âgé de 19 ans, maçon, entre dans mon service de Phôpital Saint-Louis le 20 juin 1927 pour une éruption datant de quatre jours, ayant commencé par les membres supérieurs et atteint ensuite les lèvres le lendemain. Une dizaine de jours auparavant il s'était senti fatigué pendant 24 heures, avec un peu de fièvre et de mal de tête... L'éruption siège, à l’entrée du malade, sur la face d’extension des avant-bras ainsi qu’aux coudes et à la face antérieure des genoux. Elle est constituée de taches érythémateuses, arrondies, de la largeur d'une pièce de 20 centimes, lisses avec un centre légèrement excorié sous une forme régulièrement ronde. Ces éléments disparaissent bien entendu à la pression; quelques éléments présentent au centre une vésicule de la dimension d’une grosse tête d’épingle peu saillante: La plupart de ces vésicules sont excoriées donnant au centre une érosion ronde, véritable cocarde.

On trouve quelques éléments analogues à la nuque. Sur les lèvres existent de nombreuses érosions très confluentes qui ressemblent à des plaques muqueuses syphilitiques. A la voûte palatine il existe des rougeurs à contours arrondis surtout à la partie postérieure.Les éléments des lèvres sont un peu jaunâtres

Depuis cette époque nous avons continué le traitement général et le traitement local.

Ce dernier fut antiseptique. Les auteurs disent : « Il évite certaines complications et favorise la guérison. Mais nous sommes certains qu’employé seul il aurait été insuflisant. »

Quel fut le traitement général ? Ce fut d’abord le 914, mais la malade devint de plus en plus intolérante à cette médication malgré les palliatifs utilisés et on dut l’abandonner. On le remplaça par l’acétylarsan.

Du 26 juillet au 12 septembre 1932 elle reçoit 15 injections sous-cutanées d’une ampoule d’acétylarsan à raison de 2 par semaine. Ces injections sont parfaitement tolérées. Dès le milieu du mois d'août l’état général s’améliore, le poids remonte à 46 kgr. (de 42) et les végétations commencent à s’affaisser. La pression artérielle est de 8,5 — 6.

Une nouvelle série d’injections d’acétylarsan est faite du 18 octobre au 12 décembre 1932. L'amélioration s’accentue rapidement. Le poids qui était de 47 kgr. 500 au début de cette série atteint 49 kgr. 500 à la fin. Les végétations s’affaissent, se flétrissent et disparaissent. Il ne persiste dans les plis que quelques papillomes gros comme des cerises et des pois et qui vraisemblablement disparaîtront sans intervention.

Une troisième série d’acétylarsan est en cours.

Tout comme la courbe du poids, celle de la température est instructive. En janvier 1931 la fièvre était aux environs de 380, Pendant les injections de faibles doses progressives de 914 elle dépassait ce chiffre. Puis pendant la période des injections de 15 cgr. elle se maintintentre 3702 et 3708 puisentre 3704 et 3802, Pendant la première série d’acétylarsan elle varie entre 3703 et 380 puis pendant la deuxième entre 370 et 3706. Depuis octobre la

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température oscille entre 370 et 3705, ellé est dônc sensiblémént normale.

Commentant cette observation lès auteurs ajoutent : « l'excellent résultat thérapeutique obtenu paraît incontestablément dû à l’arsenic. L'action des arséno-benzènes est bien connue sur certain pemphigus et surtout sur la maladie de Duhring. »

L'arsenic a été employé avec succès dans une longue série d’affections dermatologiques.

M. Gougerot a décrit en 1922 le cas detrois lépreux guéris ou tout au moins blanchis par l’aminoarsénophénol (Eparséno). Nous citerons le premier des trois cas, les deux autres ayant donné des résultats sensiblement analogues.

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