OBSERVATION VI
Le malade est un sud-américain âgé de 37 ans, atteint depuis 42 ans de lèpre « tuberculeuse » classique, bosselant la figure, déformant les oreilles, tachetant le corps ; les névrites cubitales sont légères et l’atrophie musculaire des mains est peu prononcée. Il a essayé tous les traitements et notamment les nouveaux éthers Chaulmoogriques d'Holman-Dean sans succès évident. Nous lui proposons des injections d’éparséno. Elles sont faites en juillet et août deux fois par semaine aux doses de 1 cmc., puis 4 cmc. 5, puis 2 cmc., soit 4 cmc. par semaine jusqu’à totaliser 30 cmc., en un mot, suivant le schéma des syphilitiques. 7 trois premières injections réveillent des douleurs violentes dans les cubitaux, malgré la faible intensité de la névrite, et les
lépromes s’animent, devenant rouges, ædématiés et douloureux. Ces réactions locales s’accompagnèrent de fièvre à 3% le soir et
la nuit suivant la piqûre et de malaises, d'états nauséeux... Dès
la première série les lépromes sont transformés, presque entiè-
rement résorbés.. Après. un repos de 15 jours seulement une
deuxième cure est recommencée par le malade lui-même, et il
-revientnous voir en octobre, tous les lépromes ont complètement
disparu ne laissant que des macules pigmentées, souples, à peine:
hypoesthésiques, mais les sourcils n’ont pas repoussé.
Parmi les autres dermatoses où larsenic a été utilisé nous pouvons citer encore le psoriasis, les tuberculides, le lichen-plan, les ulcères de jambes. les eczématides, l’herpès récidivant. « On a vanté
encore cette médication dans l'érysipèle(Rosenthal)
l’anthrax (Ujmanoff, Goldin), les plaies infectées (Bréchot et Bréville) ».
Dans la fièvre de Malte le succès de l’arsénothé -
rapie atteint un pourcentage élevé.
J. Vidal en compte 80 % (8 cas sur 10), ne |
dans sa thèse 72 % (8 cas sur 11), Raimbaud et A. Martin 73 %.
Dans la mélitococcie le novar ne semble pas agir en tant que médication de choc ou par phénomène
d'allassothérapie, mais bien par une action prolon- :
gée et spécifique. Comme dans la syphilis il faut arriver à une dose assez élevée, 2 gr. 50 à 3 gr. 0, c'est-à-dire à une série prolongée d’injections, pour obtenir un résultat.
L'arsenic a servi encore dans les cas de grippe
= Ty =
(Bruhl et Van Bokstaël), la scarlatine (Klemperer, Borde, Lenzman), l'infection puerpérale, le charbon (Bettman et Becker), la diphtérie, la staphylococcie, le paludisme et l’amibiase (Ravaut) : l’urétrite blennorragique (Janet et Lévy-Bing), le rhumatisme gonococcique, les abcès: du poumon.
Jusqu'ici nous avons vu des cas où un traitement. anti-syphilitique réussissait dans des affections où le diagnostic ne pouvait être celui de syphilis. Ces cas prouvent clairement la non-spévificité de tous ces traitements mais ils ne démontrent pas que le traitement d’épréuve puisse faire prendre pour syphilitiques des affections qui ne le sont pas. Les cas d’arséno-résistance, de bismutho-résistance, et ceux d’hydrargyrorésistance suffisent déjà à montrer le danger d’une confiance trop absolue dans la valeur du traitement d'épreuve, puisqu'ils peuvent faire éliminer le diagnostic de syphilis là justement où elle est le plus rebelle et partant le plus dangereuse. L'erreur inverse est possible et une fois aveugle dans le traitement d'épreuve peut faire voir la syphilis là où elle n’est pas.
Ainsi cette erreur aurait été possible au sujet d’un enfant de 7 ans que présentèrent MM. Lévy- Valensi, Bourdier et Moscovici. Il offrait un syndrome d’hypertension cranienne, il fut amélioré par un traitement arsenical. L'opération permit d’extirper un volumineux kyste hydatique sous duremérien comprimant le lobe frontal.
M. Sézary a rapporté deux cas de tumeur ponto-
D ut
cérébelleuse où l'amélioration par le traitement d’épreuve aurait pu faire croire à la nature syphilitique de l'affection. Nous citerons l'observation du premier de ces deux cas où il y eût vérification anatomique. Le second ne fait que renforcer la
démonstration apportée par le premier.