II. — Les médicaments évacuants
Huile de ricin . — C'est encore Morax qui s'est occupé de résoudre cette question scientifiquement (2).
(1) Baumann, Zeit. phys. f. Cli., III, p. 45.
(2) Morax, Zeits. f. phys. Ch>, X* p. 318.
Sulfo-éthers.
1" jour. Avant 0,200
2e i5&r,o huile do ricin 0,380
3e I5arr,0 huile de ricin 0,340
Bartoschewitsch (1) :
Sulfo-éthers. Sulfo-éthers.
Avant 0,243 Avant 0,258
Avant 0,235 15 gr. huile. ... 0,452
15*r huile de ricin. 0,258 huile 0,120
Purgatifs salins. — Rovighi (2).
Sulfo-éthers. Sulfo-éthers.
Avant 0,264 Avant 0,193
Eau de Marienbad. 0,272 Eau de Carlsbad 0,286
Nous pouvons donc conclure de ces faits qu'il est facile de vérifier que les purgatifs (huile ou sels) augmentent considérablement l'auto-intoxication pendant quelques heures, en remuant la vase intestinale, en décollant les matières adhérentes à l'intestin, en mettant les microbes en mouvement.
Si, cependant, on continue le lendemain l'examen des sulfo-éthers, on les voit diminuer
(1) Bartoschewitsch, Zeits. f. pays. Ch., XVII, p t 46*
(2) Rovighi, Zeits. f.phfjs. €h., XVII, p. 33.
considérablement pendant quelques jours pour remonter peu à peu.
On s'explique fort bien l'état de malaise, les vertiges, les nausées, l'inappétence et même les vomissements dont se plaignent si souvent les malades le jour de la purgation et le bien-être des jours suivants.
Ce fait devrait attirer l'attention des chirurgiens qui opèrent souvent le lendemain d'une purgation alors que les malades se trouvent dans de mauvaises conditions de résistance.
Aussi mon excellent ami Roux a-t-il pris l'habitude de désinfecter ses malades plusieurs jours avant l'opération, ou pas du tout si le cas est trop pressant.
Gilbert et Dominici sont arrivés, par la numération des microbes, à des constatations analogues.
Microbes par milligr.
de mat. fécale.
I e ' jour. Avant 67 000
2 e — 15 gr. sulfate de soude 272 000
15 gr. sulfate de magnésie. . . .
La purgation amène donc une augmentation considérable des germes ; le lendemain, leur nombre diminue, mais ce n'est guère que le surlendemain que l'action du purgatif se manifeste et réalise une diminution très notable des microbes au moips pour quelques jours.
Voilà ce que nous montre la théorie. Examinons maintenant au point de vue prati que la désinfection intestinale.
2° La Désinfection intestinale.
Nous distinguons les désinfections humides et les désinfections sèches.
A. Désinfection humide, — Elle comprend une médication antiseptique, donnée le soir, et une médication évacuante, administrée le lendemain matin.
Médication antiseptique. — Le médicament de choix est :
Le calumet, donné en deux prises à deux heures de distance Tune de l'autre.
l rc enfance 0ff r ,02 pour une prise.
2 e — 0sr,02 à 0& r ,05 —
Adolescence 0& p ,05 à 0s r ,10 —
Adultes 0^,10 à 08 r ,15 —
La première prise est donnée à jeun quatre heures au moins après le dernier repas liquide et de préférence à huit heures du soir.
La deuxième prise, deux heures au moins après, à dix heures du soir.
Comme excipient et boisson, de l'eau cuite ou une infusion.
Lorsque le calomel n'est pas supporté par le malade (malaises, sueurs froides, vomissements) ou contre-indiqué (dilatation stomacale ou ptôse gastrique), nous le remplaçons par le salace toi ou par Yichthyoforme (1 gramme).
Le salacétol e&tdoimé pur sur la langue ou dans une cuiller à soupe de potage, ou dans un cachet,
La première prise sera absorbée pendant le dîner, qui sera maigre (pâtes, pudding sans viande), car la diète hydrique n'est pas indispeiisahle comme avec le calomel.
La deuxième, deux heures après, avec une infusion aromatique.
Par prise.
Dans la l re enfance, la dose est de Os». 40
— 2« ^lf — Q* r ,25
Dans l'adolescenceT — 0& r ,25 à 0& r ,50
Chez l'adulte, — 0wr,75 à 1 gr.
Coibr. — Entérite, 3* édit, 18
Uichthyo forme sera donné aux mêmes doses et de la même manière que le salacétol.
Médication évacuante. — Le lendemain matin, à la première heure, on donne l'huile de ricin, à la dose de 5 à 15 grammes suivant l'âge, mélangée moitié avec du sirop de gomme ou du sirop de cassis.
Ce mélange donne une émulsion blanche ou rouge, de goût et d aspect agréables et que même les enfants avalent sans sourciller avec une tasse de thé léger. Deux heures après, on donnera du bouillon maigre d'avoine.
Cette désinfection humide sera répétée en général après dix jours, puis à intervalles croissants de quinze, vingt, vingt-cinq jours, etc., afin de déshabituer peu à peu l'intestin de ce secours.
Suivant le degré d'intoxication (indiqué par la courbe des substances aromatiques), la constante à ajouter à chaque intewalle sera autre.
Si ï auto-intoxication est grande, la constante à ajouter sera plus petite ; au lieu de cinq jours, ce sera deux ou trois ou' -quatre jours; les désinfections auraient lieu, dans le premier
TRAITEMENT DE l/ENTÉRITE PRIMAIRE 275
cas, aux intervalles de 12, 14, 16 jours, etc., ou de 10, 14, 18 jours, etc., dans le dernier.
Si f auto-intoxication est faible, la constante ajoutée sera plus grande{§, 8, 10 jours, au lieu de cinq jours).
B. Désinfection sèche. — Lorsque, malgré les désinfections humides répétées, les courbes d'indol et de phénol se maintiennent élevées, nous donnons, pendant des périodes plus ou moins grandes :
Dans les formes constipées, des poudres de salace toi, gr ,25 à 0* r ,50. Une à quatre doses par jour aux repas, ou d'ichthyoforme gr ,25 à ffr ,75 une à trois doses par jour.
Nous agissons de même, lorsque les désinfections humides sont contre-indiquées (gastroentéroptoses).
Dans les formes diarrhéiques, je remplace quelquefois le salacétol par le salicylate de bismuth aux mêmes doses ou par l'huile de foie de morue créosotée (1 p. 100), qui donne des résultats remarquables à la dose d'une cuiller à café deux ou trois fois par jour.
III. — Enlever par l'eotéroclyse les produits putréfiés qui se trouvent dans le côlon.
Le régime antiputride et les désinfections intestinales empêchent, dans une mesure très appréciable, la formation et l'accumulation des produits de' la putréfaction azotée qui apparaissent dans le gros intestin sous l'influence des microbes.
Mais ces deux moyens, malgré leur efficacité incontestable, ne sont pas suffisants pour empêcher complètement la formation de ces poisons intestinaux, et surtout ils ne protègent en rien l'organisme contre la pénétration de ces poisons dans le sang (auto-intoxication intestinale).
L'évacuation de ces produits remplira seule cette indication.
L entéroclyse ou irrigation intestinale est particulièrement indiquée pour obtenir ce résultat. Car, comme nous l'avons vu, la putréfaction azotée qui accompagne l'entérite membraneuse ne se produit que dans le gros intestin.
Si nous parvenons par l'entéroclyse à laver
d une manière convenable cette partie de l'intestin, nous aurons rempli, d'une manière fort satisfaisante, l'indication que nous avons posée.
Bien plus, l'eau de l'entéroclyse n'est pas complètement rendue, il en reste une partie plus ou moins grande dans l'intestin, quelquefois même 1/2 litre et plus. Cette eau sera absorbée, produira un lavage du foie, du sang et du rein qui entraînera dans une diurèse rapide et abondante toutes les scories de la nutrition et toutes les toxines qui avaient déjà pénétré dans l'organisme.
Enfin, l'entéroclyse sert d'eau de boisson et calme la soif inévitable des premiers jours de régime. r
L'entéroclyse évacue donc à la fo is par le lavage\ les produits de la putréfaction azotée qui se trouvent dans le côlon et, par la diurèse, ceux qui ont déjà pénétré dans la circulation générale, c'est là la première et principale indication de l'irrigation intestinale.
En second lieu, l'entérite membraneuse se caractérise par la formation de glaires et de membranesde mucine, glaireset membranes gorgées
de microbes. Elles sont, elles aussi, le siège de putréfactions considérables, car elles peuvent quelquefois séjourner longtemps dans les replis de l'intestin avant de tomber et de sortir avec les selles.
Un nettoyage, un décapage de l'intestin qui le débarrasserait à la fois des mucosités, des membranes etdes microbesqu'elles contiennent serait donc des plus utile à la guérison de la maladie.
En troisième lieu, l'entérite membraneuse s'accompagne, dans la grande majorité des cas, d'une constipation spasmodique avec accumulation de matières fécales qui peuvent être sèches et sans grandes fermentations, mais qui peuvent aussi se trouver en amont des spasmes dans les dilatations localisées du côlon où les phénomènes de putréfaction sont extrêmement accentués.
Là encore l'évacuation régulière de ces matières évitera au malade des complications souvent sérieuses.
Ainsi f évacuation des matières, F évacuation des membranes, f évacuation des produits toxi-
queSj telle est la triple indication de Ventéroclyse évacuante.
On peut en établir une quatrième : l'entérite chronique et une inflammation infectieuse du côlon : L'entéroclyse qui peut faire pénétrer jusqu'à la valvule de Bauhin les liquides évacuateurs, peut aussi porter des agents médicamenteux et microbicides, mais sans danger pour le malade.
C'est là l'indication de l entèroclyse antiseptique.
1° Entéroclyse évacuante.
Le lavage se fait avec le sérum physiologique (eau salée à 7 grammes pour un litre d'eau soigneusement bouillie) et à la température de 38° à 42° C, suivant les cas.
C'est la solution qui irrite le moins l'intestin et celle qui provoque la plus forte diurèse. C'est pour cela que nous lui donnons la préférence sur toutes les autres. On peut y ajouter avec avantage des infusions de graines de lin ou de racines de guimauve.
Méthode. — Pour faire un bon lavage d'intes-
tin, il faut faire pénétrer le liquide jusqu'au caecum, mais sans distendre l'intestin et sans l'irriter.
Or, ce n'est pas ce que Ton obtient avec la douche rectale, la sonde courte et la forte pression.
Le gros intestin, et surtout le gros intestin malade, est très contractile, il s'y produit des spasmes prolongés pour la moindre irritation, aussi n'est-il pas étonnant de voir une irrigation violente avec forte pression, déterminer des spasmes qui empêchent non seulement la sonde qui se recourbe, mais même l'eau, de pénétrer jusqu'au fond.
Je me sers de sondes anglaises de petit ca* libre, 0,005 à 0,008 millimètres de diamètre, mais longues de 0,50 centimètres, pour les enfants, de 1 mètre et plus, pour les adolescents et les adultes» Elles sont percées d'une ouverture à l'extrémité et d'une autre sur le côté (1).
La sonde est en communication par un court
(1) On peut se procurer ces sondes chez Microch-Goley à Lausanne et chez Delamotte à Paris.
tuyau avec un bock de deux litres, placé au plus à 10 centimètres au-dessus du siège du malade qui est couché sur le côté droit, les jambes repliées sur le ventre et le siège surélevé. Le robinet étant ouvert^ on introduit alors la sonde de 1 à 2 centimètres dans le rectum, l'eau coule et ouvre l'intestin devant la sonde ; il est alors facile, après une minute, de pousser la sonde de 2 centimètres et ainsi de suite.
En introduisant la sonde lentement, centimètre par centimètre* en attendant chaque fois que l'eau ait ouvert le passage ou redressé la courbure, on arrive facilement, sans que le malade sente là moindre douleur et le moindre malaise, à introduire toute la sonde dans l'intestin et l'eau jusque dans le caecum.
La quantité d'eau à introduire varie considérablement suivant les individus et, chez la même personne, suivant les jours. Tantôt elle sera de 500 ce, tantôt de 1500 ce.
S'il y a des reflux dans le bock, signe certain de spasme intestinal, s'il survient des malaises ou des douleurs quelconques, le lavage sera
interrompu et renvoyé, môme si la quantité d'eau est insuffisante.
L'eau du lavage sera rendue au premier besoin impérieux. Dans la plupart des cas, un bon tiers reste dans l'intestin.
Il est toujours bon de faire précéder le lavage d'un petit lavement évacuant.
Indications. — Nous avons vu que l'indication des lavages était d'évacuer les selles, les membranes et les produits toxiques. C'est dire que tous les entéritiques n'en ont pas besoin et que l'entéroclyse ne rentre nullement dans le traitement spécifique de cette maladie.
Nous avons l'habitude de ne les employer que dans les trois cas suivants :
1° Lorsqu'il y a à la fois constipation, beaucoup de membranes et auto-intoxication intestinale, caractérisée par des courbes élevées de substances aromatiques, les lavages sont tout à fait indiqués et ils amènent une détente rapide ;
2° Lorsqu'il y a auto-intoxication considérable seulement, les lavages sont aussi tout à fait indiqués, même s'il y a peu de membranes
et des selles régulières, car il en résulte une modification heureuse de l'état général et la disparition de la plupart des malaises ;
3° Lorsqu'il y a beaucoup de membranes ou beaucoup de glaires, nous les employons avec grand avantage, car ils amènent une sédation rapide des douleurs.
Mais lorsque la constipation est la seule indication, les lavements d'huile sont beaucoup plus actifs et présentent moins d'inconvénients.
Lorsque l'entérite est bénigne, lorsque les membranes sont en quantité faible, nous ne conseillons pas les lavages, car le régime et les désinfections seront suffisants pour amener la guérison.
L'entéroclyse n'est pas en effet un remède indifférent.
Mal faite, elle distend l'intestin et augmente son atonie ; faite avec une pression exagérée, elle augmente le spasme; trop souvent répétée, elle irrite l'intestin et exagère l'hypersécrétion glaireuse; trop chaude ou trop irritante, elle provoque une entérite membraneuse artificielle.
Ces divers reproches sont tous fondés, mais, comme le fait remarquer avec raison Langenhagen, il faut surtout incriminer la façon dont sont faits les lavages plutôt que le procédé luimême.
Sil'entéroclyseest faite avec les précautions indiquées, la plupart de ces inconvénients tombent ; il n'en est pas moins vrai qu'il ne faut pas en abuser.
Ilfaut savoir ordonner les entéroclyses quand cela est nécessaire, mais il faut savoir aussi les espacer et en déshabituer l'intestin dès que l'indication cesse d'être prédominante, car l'usage trop prolongé de la sonde entretient l'irritation de l'intestin. On les donnera alors seulement tous les deux jours, puis tous les trois jours, etc., jusqu'à ce que l'on puisse les cesser sans inconvénient.
Contre-indications. — Dans l'entéroptose grave, dans l'atonie intestinale, l'eau pénètre facilement mais ne ressort pas : les lavages sont contre-indiqués.
Lorsque l'intestin est irritable, il se produit, sous l'influence du lavage, des spasmesdu côlon
avec reflux du liquide dans le bock ; ces spasmes sont souvent douloureux et contre-indiquent l'emploi de l'entéroclyse.
Enfin certains malades impressionnables, à réflexes intestinaux exagérés, éprouvent, sous l'influence du lavage, des douleurs telles qu'elles s'accompagnent de sueurs froides, de nausées, de menaces de syncopes.
Là encore il faudra renoncer aux lavages qui font plus de mal que de bien.
2° Entéroclyse antiseptique.
1° Le lavage au tanin (1 à 5 gr. pour \ litre) peut être employé dans les formes diarrhéiques et dans les poussées aiguës. Cette substance, sans être extrêmement désinfectante, est antitoxique, précipite les toxines intestinales en composés insolubles et constipe légèrement.
Il est inoffensif et son seul inconvénient est la légère irritation de la muqueuse qu'il cause et qui s'accompagne souvent de spasmes.
2° Le lavage au colombo (10 gr. pour un litre) offre les mêmes avantages et présente le
même inconvénient, mais moins accentué que le tanin.
3° Le lavage à l'eau oxygénée au 1/12 (à la dose de 30 à 50 gr. pour un litre) est utile dans les poussées aiguës avec fétidité extrême des selles.
4° Le lavage à lichtyol{\ à S gr. pour 1 litre) donne de bons résultats au point de vue de la désinfection intestinale, mais il est souvent irritant chez l'enfant.
5° Le lavage à l'eau boriquée (30 à 40 gr. pour un litre), étudié et préconisé par Rovighi, est utile, mais dangereux, car plusieurs auteurs ont observé des phénomènes d'intoxication.
IV. — Combattre les symptômes prédominants qui accompagnent l'entérite membraneuse.
La constipation.
Combattre la constipation est, pour beaucoup de malades atteints d'entérite et souvent pour leur médecin, le but principal à atteindre
La constipation est, nous l'avons vu, très fréquente dans l'entérite membraneuse, mais elle
TRAITEMENT DE l'eNTÉRITE PRIMAIRE 287
n'est pas de nature atonique, mais bien dénature spasmodique.
Ce fait est d'une haute importance au point de vue thérapeutique ; il nous montreque tous les médicaments et moyens physiques que l'on emploie dans la constipation atonique doivent être ici soigneusement évités, car après avoir exonéré l'intestin, ils le laissent irrité et augmentent, par conséquent, la constipation.
Les aliments irritants, contenant beaucoup de cellulose (les légumes et les fruits), seront interdits.
Les graines irritantes de lin et de psyllium, que l'on conseille quelquefois et avec succès dans l'atonie intestinale, seront évitées. Les purgatifs drastiques : eau-de-vie allemande, jalap, etc., les purgatifs salins seront défendus.
Il en est de même de l'hydrothérapie froide et violente, du massage intestinal, du faradisme de la paroi abdominale ou du rectum.
Il faut éviter enfin dans la constipation spasmodique les cures thermales violentes avec les eaux de Carlsbad, Marienbad, Tarasp, Brides, etc.
Tous ces moyens, qui donnent des résultats remarquables dans la constipation atonique, ont un effet final déplorable dans l'entérite membraneuse.
Le seul purgatif que Ton puisse employer en cas d'urgence, le seul qui ne soit pas irritant et par conséquent pas nuisible, à la condition d'être employé à dose modérée et pas trop fréquemment, estrhuilede ricin. Pour lesenfants, on peut le remplacer quelquefois par le sirop de manne ou la manne en larmes (lSà 30 gr.).
Mais ces deux médicaments sont des médicaments d'urgence et ne sauraient être employés dans le traitement curatif de la constipation spasmodique de l'entérite membraneuse.
Voici comment nous procédons.
1° Lavages de V intestin. — Un des premiers moyens conseillés par les auteurs est le lavage intestinal, fait avec la solution physiologique.
Nous avons vu qu'il n'est ni indiqué, ni indispensable dans tous les cas d'entérite et que son but principal n'est pas l'exonération de l'intestin. Mais il esteertain qu'il y contribuera
sans que Ton puisse le regarder comme un moyen curatif de la constipation spasmodique. En tout cas, plus le spasme est intense, contrairement à l'opinion de Lyon, plus on augmentera la température du lavage (40° et audessus), plus on diminuera et la pression et la quantitédeliquide introduite(500c.c.,etmême moins), et plus le malade aura de bénéfices à garder longtemps le liquide dans l'intestin.
2° Lavements d'huile. — Mais le meilleur remède contre la constipation de l'entérite membraneuse est le traitement systématique par les lavements d'huile.
Introduits dans la thérapeutique par Kussmaul et Fleiner, ils remplissent toutes les indications ; ils ramollissent les fèces; ils les décollent de la paroi qu'ils lubrifient; ils sont calmants et diminuent le spasme de l'intestin, enfin ils diminuent la résorption des substances toxiques produites par les selles.
On peut les employer sous forme de lavages ou sous forme de lavements.
Les lavages ((huile sont surtout à conseiller,
Combk. — Entérite, 3« édit. 19
lorsque le siège de la constipation est très élevé. Chez l'adulte, 400 à 500 cent, cubes d'huile pure (olive, pavots, sésame) et fraîche, chauffée à 40°. Chez les enfants, 50 à 150 cent, cubes seront introduits dans l'intestin avec le bock, le malade étant étendu sur le lit avec le siège élevé.
L'huile doit pénétrer lentement avec une pression aussi faible que possible (10 àl5 cm.). Aussifaut-il employer une longue sonde à large ouverture, et 15 à 20 minutes seront-elles nécessaires pour introduire l'huile.
On peut se servir avec avantage, pour ces lavages, du petit appareil dit Yoléoclysme de Bourget et d'eau légèrement ichtyolée pour faire monter l'huile. Cet appareil rend l'introduction de l'huile beaucoup plus rapide et évite que le bock et les tuyaux de caoutchouc soient souillés par l'huile, car ils sont d'un nettoyage difficile, surtout les tuyaux rouges. On emploiera pour cela l'alcool.
Si la selle ne se produit pas dans les quatre heures qui suivent le lavage, on donnera un lavement chaud.
Ces lavages d'huile seront continués chaque
jour jusqu'à ce qu'ils soient suivis d'une selle molle, spontanée et suffisante. On diminue alors leur fréquence et les quantités d'huile introduites.
Les lavements d'huile, suffisants lorsque le siège de la constipation est bas (S iliaque), sont beaucoup plus simples, plus faciles et moins coûteux.
Le soir, au lit, on introduit dans le rectum, avec une seringue en verre munie d'un petit embout recourbé en caoutchouc durci, 30 à 60 cent, cubes d'huile chauffée à 40° ou 45°. Le malade garde ce lavement jusqu'au matin, si possible.
Les lavages et les lavements d'huile peuvent donc être envisagés, grâce à leur action antispasmodique, comme un traitement spécifique et pathogénique de la constipation spasmodique qui caractérise l'entérite chronique.
Mais ils ne sont pas toujours supportés, et, lors môme que l'on emploie une huile absolument pure et fraîche, on voit survenir quelquefois du ténesme rectal, fort douloureux, qui oblige à en suspendre l'emploi.
Enfin ils ne suffisent pas toujours.
Dans ces deux cas, nous devons recourir au traitement médicamenteux ou thermal.
3° Traitement médicamenteux. — Nous employons dans ce cas deux laxatifs légers et non irritants :
Les extraits fluides de Cascara sagrada et de Rhamnus frangula (Pharm. américaine). — On prend ces deux médicaments sous forme de gouttes et dans un peu d'eau, immédiatement avant le dîner.
On commence chez les enfants par 5gouites, chez les adultes par 10, et on peut aller, si c'est nécessaire, peu à peu et progressivement, chez les enfants jusqu'à 50, chez les adultes jusqu'à 100 gouttes. Dès que la dose suffisante pour amener une selle spontanée est atteinte, on la continue jusqu'au moment où la selle devient molle ; on diminue alors lentement et progressivement d'une goutte chaque fois, jusqu'à ce qu'on puisse se passer du médicament.
La régitline. — Depuis une année, nous employons dans la constipation spasmodique et
avec grand avantage un nouveau médicament proposé par le professeur Schmid (de Dresde) : la réguline.
Ce médicament, d'origine végétale, n'est pas un laxatif; mais, sous l'influence de l'humidité et de la chaleur qu'elle trouve dans l'intestin, la réguline gonfle et devient visqueuse.
La selle avec laquelle elle est intimement mélangée augmente de volume, devient plus molle et progresse mécaniquement. C'est donc le médicament spécifique de la constipation spasmodique.
Ce médicament se donne à la dose de une cuiller à café une à trois fois par jour, aux repas, délayée dans de la purée de pommes de terre.
On diminue, ou augmente la dose suivant l'effet produit, tout en continuant les petits lavements d'huile.
4° Traitement thermal. — Les cures thermales violentes sont absolument contre indiquées. Toutes les cures devront être des cures très faibles et les quantités d'eau ingérées très minimes (50 à 150 gr.).
Carlsbadest très employé en Allemagne pour combattre la constipation de l'entéiitique chronique. On emploie de petites doses de Sprudel à l'intérieur et des infusions rectales de 200 à 500 centimètres cubes à 40° de la môme source.
Marienbad) Hombourg sont employés dans les mêmes conditions.
Tarasp- Vulpera, en Suisse, qui a l'avantage de joindre l'action thermale à un climat alpin de 1 400 mètres, donne souvent de bons résultats, mais, je le répète, à la condition de n'employer que de petites doses d'eau. On y joint l'action tonique des bains d'acide carbonique.
Gomme dans les autres stations thermales, les résultats favorables se manifestent surtout après la cure, car pendant la cure il n'est pas rare de voir la constipation augmenter.
En France, on conseille, pour combattre la constipation de l'entérite membraneuse, les eaux de Chàtel-Guyon, source Gubler, ou mieux Marguerite.
Ce sont des eaux excitantes qui nous paraissent beaucoup plus indiquées dans la constipation atonique que dans l'entérite chronique.
Lorsque cependant le spasme n'est pas trop intense, on voit les malades retirer un grand bénéfice de leur séjour à Châtel-Guyon.
C'est donc fentérite membraneuse refroidie au stade « chiffon » qui, seule, bénéficiera de Chdtel-Guijon.
Ces eaux sont, par contre, très indiquées dans les complications hépatiques de l'entérite membraneuse.
Le spasme intestinal.
Alors que le spasme peut être produit par des causes multiples, il estentretenu, dans l'entérite non encore refroidie, par l'inflammation du côlon.
Au début, dans la période de chaleur, le fuseau de caoutchouc est formé à la fois par le spasme et par la congestion inflammatoire de la paroi du côlon.
A mesure que l'entérite se refroidit, cette congestion diminue, et le spasme seul reste, le fuseau disparaît et fait place au tuyau de caoutchouc, qui persiste pendant de longues semaines, en se relâchant de plus en plus,
à mesure que l'inflammation se refroidit.
Mais, jusqu'à sa disparition complète, un rien le fait revenir; un massage intempestif, une irritation par une diète imprudente suffisent à le reproduire, lui et ses conséquences.
La première de ses conséquences est la constipation spasmodique dont nous venons de parler.
A côté de cette première conséquence, il s'en produit deux autres : d'une part, des douleurs plus ou moins vives, plus ou moins sourdes {coliques sèches) ; d'autre part, la dilatation intestinale en amont du spasme, avec des phénomènes de putréfaction azotée considérable dans la poche intestinale ainsi formée.
Le spasme est donc, grâce à ces conséquences, un symptôme d'une importance considérable et qui doit attirer toute l'attention du médecin traitant, mais ce n'estqu'unsymptôme, qui est bien loin de constituer à lui seul toute la maladie, comme Lyon paraît l'admettre.
Le spasme, suivant son intensité, sera combattu par des moyens hygiéniques, par des moyens physiques et par des moyens médicamenteux.
TRAITEMENT DE l'eNTÉRITE PRIMAIRE 297
1° Moyens hygiéniques. — Repos moral. — Conseiller une vie calme, tranquille, à la campagne, loin des émotions, loin des occupations et des soucis inhérents à la profession ou au ménage.
Repos intellectuel. — Exiger au début un repos complet lorsque la chose est possible.
Éviter les veilles et le travail du soir, lorsque le travail professionnel peut être repris.
Repos physique. — Le repos physique est indispensable.
Dans les cas sérieux, prescrire le repos au lit pendant quelque temps, sur la chaise longue ensuite. Dans les cas moins graves, éviter toutes les veillées, tous les exercices violents. Se coucher tôt, se lever tard si possible.
Pour tous, on défendra les secousses de la course, des escaliers, de la voiture, du cheval, de la bicyclette, de l'automobile, car elles augmentent considérablement l'état spasmodique de l'intestin.
Le repos sera surtout exigé pour les femmes au moment des époques, car on sait combien
à ce moment les poussées intestinales sont fréquentes.
Psychothérapie. — On connaît toute l'influence qu'exerce le moral sur l'état physique. Les malades souvent déprimés, désespérés, seront remontés.
On leur expliquera la nature de leur maladie, l'auto-intoxication qui en résulte, les symptômes physiques et nerveux qui en découlent, les phobies qui les accompagnent.
Lorsque le malade aura compris qu'il n'est pas une exception, que les symptômes pénibles qui le tourmentent se retrouvent aussi chez d'autres, il se rassurera.
Alors on pourra lui montrer que la maladie dont il souffre est longue, sujette à des hauts et à des bas, à des périodes bonnes et mauvaises, mais qu'elle est guérissable et qu'avec sa guérison disparaîtront tous les symptômes qui l'ont accompagnée.
11 est indispensable, en effet, que le malade ait la plus grande confiance dans son traitement pour accepter de suivre un régime long et ennuyeux, pour y consacrer le temps nécessaire,
pour supporter sans désespérance les mauvais joursqui sont inévitables, même avec un traitement bien compris, bien appliqué et bien suivi.
Climatothérapie. — On peut guérir une entérite dans tous les climats. Il n'en est pas moins vrai qu'il existe des climats défavorables et des climats favorables au traitement de l'entérite.
L'air de la mer, les bains de mer surtout sont excessivement défavorables aux entérites chroniques. Le séjour au bord de la mer sera donc interdit aux entéritiques membraneux, et on les en éloignera s'ils y demeurent.
Un climat humide et très chaud augmente considérablement la putréfaction intestinale; il en est de même du séjour dans les grandes villes, où les causes d'infection, de réinfection et de contagion sont toujours beaucoup plus fréquentes.
Le séjour à la campagne, lorsqu'il est possible, sera donc toujours à conseiller.
Mais le climat le meilleur et le plus favorable est le climat de mi-montagne, comme dans toutes les maladies infectieuses. Ce climat est
de plus sec et tonique ; il augmente l'appétit, stimule les forces de défense de l'organisme. Nous conseillons au printemps et en automne un séjour dans le climat subalpin, 400 à 800 mètres; en été, un climat alpin moyen de 800 à 1 SOO mètres.
Le séjour dans les hautes Alpes ne convient pas en général aux malades atteints d'entérite, car ils dorment mal, ils sont très nerveux et excitables, et les spasmes intestinaux et la constipation qui en résulte augmentent considérablement.
Vêtement. — Les malades atteints d'entérite chronique sont des sujets affaiblis et anémiés par Fauto-intoxication intestinale et par la nutrition insuffisante. Leur circulation est mauvaise ; ils ont toujours froid ou ils transpirent aux mains, aux pieds, au front, sous forme de moiteurs froides subites.
Aussi est-il indispensable que les malades soient chaudement habillés, qu'ils portent des chaussures chaudes et, sur le ventre, une ceinture de flanelle, carie froid extérieur, le froid aux pieds et le refroidissement général exercent
une action fâcheuse sur le spasme intestinal. Lorsqu'il pleut ou qu'il neige, on conseillera les snow-boots.
2° Moyens physiques, — Destinés à combattre le spasme intestinal, ils consistent dans l'application de la chaleur humide, de l'électrothérapie, de la photothérapie et du massage vibratoire.
Frictions sèches. — Les frictions sèches ou au gant de crin, en faisant mieux travailler la peau, le massage général, Yabdomen excepté, en ranimant la circulation périphérique, ne sont que des adjuvants du traitement dans la deuxième période.
Chaleur humide. — L'hydrothérapie est très mal supportée par les malades atteints de spasmes, car ils sont faibles et n'ont pas de réaction ou une réaction incomplète. Seuls quelques malades plus vigoureux bénéficieront du drap mouillé rapide avec friction et d'une douche écossaise faible sur le ventre.
Chez les autres, les applications tièdes, générales ou locales, seront seules indiquées.
Les applications générales chaudes ou tièdes se font soit sous forme de lavages de tout le corps, soit sous forme de douches en pluie ou en collier sur la colonne vertébrale, soit sous forme de demi-bains^ avec aspersion sur le .
rachis, soit enfin sous forme de bains complets chauds h 35°, de 30 minutes à 1 heure et demie.
Ces moyens, surtout lorsqu'on les pratique le soir au moment du coucher, sont calmants ; ils diminuent Tentérospasme et sont très utiles pour combattre l'insomnie.
Les bains de boue (Franzensbad, Marienbad, Carlsbad, Bormio, Aqui, Dax, etc.) agissent dans le môme sens, mais ont un effet plus immédiat sur le spasme intestinal.
Les applications locales se font sous forme de compresses de thé, de camomille, de tilleul ou môme d'eau chaude, appliquées sur le ventre avec de la mousseline recouverte d'une flanelle, pendant une ou deux heures.
Si le spasme est douloureux, on aura recours aux cataplasmes Langlebert ou, mieux encore, aux cataplasmes de farine de lin, qui sont beaucoup plus actifs.
Les compresses Priessnitz s'emploieront dans les cas de plus longue durée. On les fait avec une compresse froide ou chaude, une toile imperméable et une flanelle, et elles restent sur le ventre pendant toute la nuit.
Nous leur préférons les cataplasmes de boite quand la chose peut se faire, car ils ont une action beaucoup plus puissante et une durée plus grande, et ils nous ont donné, dans presque tous les cas où nous les avons employés, d'excellents résultats.
Nous avons expérimenté plus spécialement le Fango de Battaglia, boue fortement radioactive ; mais les cataplasmes de boue peuvent être faits tout aussi bien avec les boues de Dax et de Franzensbad.
Traitement thermal. — Ceci nous conduit à examiner l'influence du traitement thermal sur l'entérite membraneuse.
Le séjour dans une des stations plus spécialement indiquées dans cette maladie : Plombières et Châtel-Gnyon, offre un grand nombre d'avantages sur le traitement à domicile.
11 procure en effet aux malades le repos phy-
sique, moral et intellectuel dont ils ont besoin ; ils y trouvent un bon air, et cela déjà exerce sur leur santé une influence excellente.
Ils y trouvent ensuite les applications chaudes locales ou générales, qui leur sont utiles.
Enfin on leur fait et on leur apprend à faire les lavages intestinaux avec toute la prudence nécessaire.
Mais, — et c'est là la contre-partie, — presque tous les malades se plaignent de ne trouver dans les hôtels et pensions de ces stations qu'une cuisine médiocre et nullement adaptée à la maladie dont ils souffrent.
Or, nous l'avons vu, le régime est dans l'entérite de toute première importance; aussi, tant que les stations thermales ne l'auront pas compris, tant qu'elles n'auront pas mis à portée des malades le régime adapté à leur maladie, nous ne pourrons pas conseiller aux malades d'y aller.
Alors qu'en Allemagne, dans presque toutes les villes thermales, le malade trouve dans chaque restaurant une table Kurgemœss, lui offrant et lui indiquant sur la carte les mets
autorisés dans sa maladie ; en France, au moins à ma connaissance, seuls un hôtel de Plombières et un hôtel de Châtel-Guyon offrent aux malades une table adaptée à la maladie dont ils souffrent et un régime capable de les guérir.
Les eaux de Plombières offrent en outre deux autres avantages qui les rendent pré* cieuses dans le traitement de la phase spasmodique de l'entérite chronique.
Leur minéralisation n'entre guère ici en ligne de compte, car elle est très faible; mais, par contre, elles sont hyperthermales (70°) et extrêmement radio-actives.
Leur haute température leur permet d'agir par les bains prolongés sur le système nerveux et par les applications locales sur l'entérospasme.
Leur radio-activité a été mise en lumière par Curie (1); elle est considérable et dépasse celle de toutes les autres stations thermales de la France. Elle est nulle à Châtel-Guyon, de 4,2 à Néris, de S, 7 à Luxeuil et de 28 à 47 à Plombières, suivant les sources.
(1) Hamaide, Presse méd., 1904, p. 339.
Coude. — Entérite, :i«' rdit. 20
Cette radio-activité n'est pas due à un sel de radium dissous dans l'eau, mais bien seulement à des émanations radio-actives transmises, car elles se perdent assez rapidement. Ce qui explique pourquoi les eaux ont une action beaucoup plus puissante à la source que quand elles sont transportées.
Or, les émanations radio-actives exercent avant tout une action sédative pouvant même aller, suivant la quantité de radium, jusqu'à la paralysie, ce qui explique Faction calmante des eaux de Plombières sur le système nerveux et sur l'entérospasme.
En outre, le radium parait activer les phénomènes vitaux des glandes, des tissus et des organes. Si cette propriété des corps radioactifs se vérifie, ce serait une indication de plus pour employer les eaux de Plombières dans l'entérite. Plombières est donc tout indiqué dans C entérite membraneuse, lorsque l'entérospasme est marqué et que l'état nerveux du malade est particulièrement développé.
Néris et Luxeuil ont des indications semblables.
TRAITEMENT DE l/ ENTÉRITE PRIMAIRE 307
Chàtel-Guyon, nous l'avons vu, est fortement minéralisé, de thermalité faible, et ne présente aucune émanation radio-active. 11 n'est donc pas indiqué dans le traitement ni de l'entérospasme, ni de la phase spasmodique de l'entérite, ni des troubles nerveux quii'accompagnent généralement. ^-^ \
L'indication précise de Clmtel-Guyon serait, d'une part, comme nous f avons vu, la constipation atonique ; d'autre part, [la phase atonique refroidie et les complications hépatiques de l'entérite membraneuse.
Électrothérapie. — Nous avons déjà vu que les procédés électriques énergiques, employés dans l'atonie intestinale, sont excessivement nuisibles dans l'entérospasme, car, comme les purgatifs drastiques, après avoir exonéré l'intestin, ils augmentent l'entérospasme et la constipation, qui en est la conséquence.
La faradisation générale, les bains électriques, la faradisation de l'abdomen et du rectum ne paraissent avoir donné que de mauvais résultats.
Par contre, le courant constant galvanique
certains médicaments sont indispensables.
A moins d'indication absolue, on évitera les opiacés et la morphine, qui ont le grave inconvénient de calmer un peu la douleur sans faire disparaître le spasme, et on prescrira larga manu la belladone.
On ordonnera la belladone soit en extrait (0,015 à 0,02 par pilule), une à trois par jour ; soit en teinture (IV à VI et VIII gouttes), une à trois par jour.
Ce médicament diminue la douleur en diminuant le spasme: il diminue la constipation en ouvrant l'intestin spasmodiquement contracté; il empêche la stagnation des matières en facilitant l'exonération intestinale.
Lorsque la douleur est très vive, on peut lui associer le phosphate de codéine, à la dose gr ,02 à gr ,05 deux ou trois fois par jour, ou Y héroïne à la dose de 0* r ,005.
Les selles molles.
La forme diarrhéique de l'entérite membraneuse est, nous l'avons vu, produite ou bien par une participation de l'intestin grêle à l'in-
TRAITEMENT DE l'eNTÉR^TE PRIMAIRE 311
fection intestinale, ou bien, plus rarement, par des ulcérations intestinales qui accompagnent quelquefois l'entérite chronique.
Dans le premier cas, les selles dépassent rarement le nombre de trois; dans le deuxième, elles sont nombreuses et contiennent souvent avec les glaires du pus et un peu de sang.
1° Régime.
Lorsqu'il s'agit d'une entérite mixte (jéjunum et côlon), le régime farineux intensif doit être remplacé par un régime farineux mitigé.
Dans ce régime, les pâtes doivent être remplacées par les purées de légumineuses et par la semoule, le tapioca, le sagou, le riz, le tout en quantité modérée. Le sucre sera diminué, ainsi que le beurre frais, qui ne sera autorisé qu'en petite quantité.
Tous les aliments solides ou liquides qui contiennent des acides végétaux seront interdits : les fruits, les légumes verts et aqueux, les choux, les haricots verts, les salades.
On proscrira de même le vin blanc, le cidre, le jus de fruits, les sirops de fruits, car les
acides et les gaz qui s'en dégagent dans l'intestin grêle l'irritent et augmentent la diarrhée.
Les boissons gazeuses (bières, ch&mpagnes, eaux gazeuses) seront aussi défendues.
Le jus de myrtilles, la gelée et le vin de myrtilles, le thé, les infusions, le cacao dégraissé seront par contre recommandés.
Enfin le cigare et la cigarette seront interdits ou diminués.
2° Médicaments.
Coliques molles.
Si les selles molles s accompagnent de coliques [coliques molles), on donnera de X opium avec ou sans ipéca.
On prescrira l'opium en pilule (extrait d'opium gr ,02 ou en poudre (poudre deDower, gr ,20), une à trois fois par jour.
Pour les enfants, les doses seront proportionnées à l'âge.
Selles molles.
Si les selles sont molles et non accompagnées de douleurs, on s'adressera :
l°Auxlavages astringents (tanin, 10 grammes pour 1 litre; colombo, 10 grammes pour 1 litre);
2° Aux poudres astringentes. — Elles sont soit à base de tanin, soit à base de bismuth.
Lès médicaments a base de tanin, grâce à leur astringence, grâce au fait qu'ils se combinent avec les toxines intestinales en composés insolubles, exercent une action des plus favorables sur réléinent diarrhéique de l'en térite.
Mais ils présentent un grand inconvénient :
le tanin, par son action astringente sur la muqueuse stomacale, amène facilement des troubles dyspeptiques ; aussi s'est-on efforcé de trouver des nouveaux sels de tanin insolubles dans le milieu acide de l'estomac et seulement décomposables dans le milieu alcalin.
C'est pourquoi le tanin pur est abandonné pour les composés suivants :
Le tannigène (acide acétique et tanin), dose : gr ,50, 3 à 4 fois par jour ;
La tannalbine (albumine et tanin), dose :
gr ,50, 3 à 4 fois par jour;
31 l TRAITEMENT
Le tanno forme (formaldéhyde et tanin), dose : gr ,50, 3 à 4 fois par jour ;
Le glutannol, appelé depuis peu turicine (glutinène et tanin), dose :0 gr ,50,3 à4 fois par jour.
Nous avons abandonné le tannoforme, que nous trouvons trop irritant, et nous employons indistinctement, dans le cas de selles molles, le tannigène, la tannalbine et la turicine.
Certains malades réagissent mieux à l'un qu'à l'autre de ces médicaments, sans que nous ayons pu encore trouver des indications précises.
Les médicaments a base de bismuth ont les mêmes avantages au point de vue de l'estomac que les médicaments à base de tanin et doivent être préférés au bismuth et à ses sels :
La bismuthose (albumine et bismuth), 0* r ,30 à 0* r ,50, 3 à 4 fois par jour ;
Le dermatol (sous-gallate de bismuth), gr ,30 à gr ,50, 3 à 4 fois par jour;
Le xéro forme (acide phénique et bismuth), 0* r ,30 à 0* r ,50, 3 à 4 fois par jour;
Ueudoxine (nosophène et bismuth), 0* r ,30 à 0& r ,50, 3 à 4 fois par jour.
TRAITEMENT DE l/ ENTÉRITE PRIMAIRE 31 S
Nous ne nous servons plus actuellement que de la bismuthose et du dermatol, qui donnent tous deux de bons résultats. Là encore nous voyons souvent un de ces médicaments échouer et l'autre réussir dans des cas en apparence semblables. 11 faut essayer et changer souvent.
V héroïne enfin dans les cas rebelles, soit en injections sous-cutanées, gr ,005 à 0s r ,01, soit à l'intérieur, donne de bons résultats ; mais il faut surveiller avec soin les malades qui ont une grande tendance à exagérer la dose jusqu'à l'héroïnomanie.
La faiblesse nerveuse.
L'auto-intoxication d'une part, le manque de nutrition de l'autre amènent quelquefois chez les malades atteints d'entérite chronique une faiblesse physique, morale et intellectuelle, si considérable qu'elle demande à être combattue énergiquement.
Il peut donc être utile d'employer quelques médicaments destinés à stimuler le système nerveux et à diminuer la dénutrition.
Augmenter la pression sanguine. — Outre le régime et les lavages d'intestin déjà décrits, il peut être utile, pour augmenter la pression sanguine, favoriser la diurèse et désintoxiquer ainsi l'organisme, d'employer les hypodermoclyses (eau stérilisée, chlorure de sodium, 7 grammes pour 1 litre), 50 à 200 grammes injectés sous la peau.
Stimuler le système nerveux. — Dans le but de stimuler le système nerveux, nous avons employé d'abord en injections sous-cutanées, puis sous forme de pilules, la lécithine^ àla dose de gr ,05 trois à cinq fois par jour, et cela avec succès dans une proportion notable des cas.
Le rhomnol (acide nucléinique), qui avait bien réussi dans les débuts, ne nous donne plus maintenant la môme satisfaction.
Dans ces derniers temps, nous avons essayé la phytine (une capsule de gr ,25) trois à quatre fois par jour.
Les résultats sont encourageants.
Stimuler l'appétit. — Dans le désir de stimuler l'appétit, nous avons employé avec
TRAITEMENT DES CRISES DE l'eNTÉRITE CHRONIQUE 317
succès le cacodylate de soude (0* r ,05) trois jours de suite, puis interruption de quinze jours en recommençant le cycle trois fois de suite.
En poursuivant plus longtemps, comme on le fait d'habitude pour d'autres maladies, on risque d'amener, grâce à l'élimination de l'arsenic par l'intestin, une forte poussée d'entérite.
Le tannate d'orexine (0* r ,10 à gr ,25, deux à trois fois par jour) ; Y extrait fluide de condurango (XX gouttes, deux à trois fois par jour) ; le vanadate de soude (0 gr ,005 deux fois par jour) se donnent avant le repas et sont très utiles pour stimuler l'appétit.