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CHAPITRE VI

La gouttière Bonnet ne suffit que clans les formes bénignes;

elle n'empêche pas les déviations clans les cas sérieux. Seul un grand appareil embrassant toute la circonférence du tronc et le membre inférieur malade assure cette immobilisation absolue.

L'appareil devra remplir trois conditions :

1° Il scia construit avec une matière immédiatement soli-

difiable, c'est-à-dire avec du plâtre.

2" Il doit être très grand.

3° Il doit se mouler très exactement sur les parties qu'il embrasse;

Manière de construire un bon appareil plâtré. Avantages et inconvénients du grand appareil.

II est difficile d'arriver à immobiliser bien complètement la hanche. El c'est parce que cette immobilisation a été souvent mal faite et a par suite donné des résultats médiocres, que la méthode a été condamnée par plusieurs auteurs, lui ont attribué des échecs dont ceux qui l'appliquaient étaient seuls responsables.

Bonnet poursuivait, il y a quarante-cinq ans

déjà, le moyen de bien faire celle immobilisalion; il crut avoir atteint le but, lorsqu'il nous donna sa gouttière. Cet appareil, malgré ses défauts, a rendu d'immenses services et son emploi a été un grand progrès clans le traitement de la coxalgie. Ces défauts on peut les atténuer : j'ai vu des parents intelligents et attentifs qui savaient de mille façons diverses supprimer, dans une grande mesure, les ennuis et les lacunes de la gouttière de Bonnet, complétant la contention du bassin par de petits coussins placés ici et là, et garnissant de toiles imperméables, faciles à remplacer, toutes les parties qui peuvent être souillées.

Mais assurer le bon entretien de l'appareil est, chez certains enfants, chose presque impossible; en second lieu il est d'un prix élevé et de ce fait inaccessible aux coxalgiques des hôpitaux; mais surtout, et c'est le reproche le plus grave qu'on puisse lui faire, la moitié postérieure du tronc et du membre inférieur étant seule embrassée par les parties rigides de la gouttière, la contention du corps et de la hanche n'est jamais parfaite dans cet appareil. Le bassin so dévie et se contourne; l'enscllure se reproduit et Ton relire assez souvent de la gouttière commé le remarque Lannelongue, an enfant

difforme-...

jG ferai le même reproche à tous les succé-

danés de la gouttière de Bonnet. Ne pouvanl assurer qu'une immobilisation relative, ils suffiront, à la vérité, à amener la guérison de certaines coxalgics bénignes, mais ils seront impuissants à guérir les formes quelque peu sérieuses de la maladie et à prévenir dans ces eas les attitudes vicieuses.

•le ne connais pas d'autre moyen d'assurer celle immobilisation absolue de la hanche que d'embrasser la circonférence entière du tronc et du membre inférieur malade dans un grand appareil.

Mais l'appareil, pour atteindre vraiment le but, doit remplir les trois conditions suivantes :

1° 11 doit être très grand ;

2" Il doit se mouler très exactement sur les parties qu'il est chargé d'immobiliser;

3° Il doit être construit avec une matière immédiatement solidifiablc.

Celle matière lie peut être que le plâtre.

L'appareil plâtré devient solide dans cinq à di.\ minutes, il permet de surprendre le corps et 'a jambe dans une position parfaitement correcte; il sera solidilié cl aura pris sa l'orme délindive avant que n'ail pu se produire le plus Pctil changement dans la bonne attiLudc du malade. Ces changements d'attitude se produi- 8t5nl ;m contraire sous l'appareil silicate qui

met au moins vingt-quatre heures a se solidifier.

L'appareil doit être très grand et bien étroitement appliqué sur le corps.

Nos appareils montent jusqu'au voisinage de la ligne axillairc. L'on peut se dispenser dès lors de serrer le bandage d'une façon par trop étroite, au niveau de l'abdomen ou de la poitrine; il ne pourra doue gêner en aucun cas le bon fonctionnement des viscères abdominaux et thoraciques, tout en assurant l'immobilisation parfaite de la hanche.

L'appareil qui ne dépasse pas supérieurement le rebord costal, n'immobilisera l'articulation coxo-fémoralc que s'il exerce une construction très forte sur la région abdominale, constriction qui devient gênante pour l'estomac; et s. 1 appareil est un peu lâche, il devient incapable d'empêcher la flexion du bassin sur le fémur je ne dis pas la flexion du fémur sur le bassin — ce que l'on n'a pas assez remarque.

Il doit descendre très bas : nos appareils ombrassentgénéralementlajambeeile.Heddu

malade. Si l'appareil est arrêté au-dessus ^ genou, tous les déplacements de la jambe retentissent sur le fémur et par conséquent sm l'articulation coxo-fémoralc, 1. devient m , me nécessaire, pour assurer une »mi^«U0B mathématiquement absolue de la hanche,

comprendre le pied dans l'appareil, car le pied laissé en liberté pourrait butter contre les obstacles environnants et ses déplacements se transmettre, dans une certaine mesure, à la jointure malade.

Et c'est pour celle raison, il n'est pas mauvais de le redire ici, qu'on ne peut pas installer à la Ibis un bon appareil immobilisateur de la hanche et un appareil à extension continue, agissant sur cette même hanche.

En troisième lieu, l'appareil sera assez vigoureusement serré, sans causer toutefois de douleur ou de gène pénible : on se garde facilement de cet écueil lorsqu'on a l'habitude du grand appareil. Nous avons vu des appareils plâtrés faits par d'autres chirurgiens, dans lesquels le petit coxalgique pouvait se déplacer tout à son aise, non seulement après quelques semaines on quelques mois, la ouate s'étant tassée ou ayant été enlevée par le malade, mais dès la première heure qui suivait l'application du bandage. Ces appareils sont, sinon désastreux, du moins très insuffisants. C'est sans doute des appareils ainsi construits (pie Monod a vus lôrsqu il dil « que trop souvent la main aise altitude 'le la hanche se reproduil sous le bandage ».

Mais si l'appareil remplit les trois conditions ci-dessus mentionnées, il immobilisera vraimenl la hanche el je déclare à M. Monod qu'il

préviendra tout retour de la déviation. C'est sur plus de cinq cents observations personnelles que je puis appuyer aujourd'hui cette déclaration; et tout le monde peut s'édifier à cet égard, en visitant les salles de coxalgiques de mes hôpitaux de Berck.

Il me semble qu'il suffit de jeter les yeux sur

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ces figures pour se rendre compte qu'un appareil ainsi construit immobilise absolument la hanche.

Mais les indications que nous avons données et ces ligures elles-mêmes ne suffisent pas à qui voudrait construire un grand appareil plâtré. Or l'efficacité de ce bandage csl intime-

mont subordonnée à son mode do construction : l'omission de tel détail pouvant l'empêcher de rendre 1rs services que nous en attendons ou môme le transformer en un instrument de torture pour le malade. Et bien que tes meilleurs préceptes ne puissent jamais remplacer une certaine expérience personnelle, nous croyons être utile en exposant d'une manière explicite et claire la manière de procéder qui nous a paru la meilleure.

Il faut se procurer :

l° De la ouate ordinaire en rouleaux, de vingt à vingt-cinq centimètres de largeur, devant servir à protéger la peau contre le contact du plâtre.

La ouate remplace donc le maillot et est plus pratique et plus économique epic lui.

2° Des bandes de tarlatane imprégnées de plâtre à modeler, très lin, très pur, non éventé, qui constituent la partie rigide de l'appareil.

3° De minces attelles de zinc qu'on place entre les bandes pour augmenter la solidité, sans augmenter le poids de l'appareil; mais on peut s'en passer.

Les bandes sont taillées dans une pièce de mousseline ou de tarlatane du commerce; elles mesurent sept à huit mètres de long et quinze à vingt centimètres de large. Grâce à celte largeurellcs possèdent, surtout lorsqu'on les plisse

pour les rouler en corde, une résistance très grande qui permet d'exercer à tel moment et sur telle région une compression énergique. Elles sont ensuite imprégnées, par pression, de poussière de plâtre lin; mais il suffit également de les développer dans une grandi; cuvette renfermant cette poussière, puis de les rouler, la bande se charge ainsi d'elle-même de la quantité de plâtre nécessaire. Les bandes saupoudrées de plâtre sont conservées dans une boîte hermétiquement close; il est encore préférable de ne les préparer que quelques minutes avant la fabrication de l'appareil.

Au moment de s'en servir, on les plonge entièrement dans une grande cuvette pleine d'eau, de manière qu'elles puissent s'imprégner par toutes leurs faces. Il se produit immédiatement par les extrémités de la bande un dégagement de bulles d'air. Lorsque ce dégagement cesse — il dure à peine quelques minutes — les bandes sont prêtes à être employées.

Nous nous servons d'eau à la température ordinaire; le plâtre demandera pour se solidifier quelques minutes de plus que si 1 on employait de l'eau chaude ou salée, mais par contre il sera beaucoup moins susceptible de se fissurer et de se briser dans les jours qui suivent son application.

Nous préférons nous servir d'eau stérilisée;

MOYENS DE FAINE L'IMMOBILISATION ABSOLUE. 115 relie simple précaution, unie à celle île n'employer que ilt* la ouate 1res propre et du plaire très pur et non éventé (l'on sait combien il est difficile el cependant capital d'avoir du bon plaire) nous mot à l'abri de toute moisissure de l'appareil, cruel que soil le temps — quatre, six. huit mois — pcndanl lequel il reste en place.

Pendant que se font les préparatifs que je viens d'indiquer, le malade est placé sur un grand pelvi-support, qui est en réalité un pelvicervico-support.

En voici deux modèles (fig. 3 et 4).

Fig. il.

Le premier peut se transporter facilement en ville el s'adapter à nue table quelconque.

Le deuxième, peu mobilisable étant soudé à une table spéciale, est employé par nous à l'hôpital Rothschild.

Mais les pièces de ce deuxième modèle, destinées à recevoir les pieds du malade, servent peu.

Presque toujours nous les enlevons, parée qu'il est nécessaire qu'une main expérimentée maintienne pendant toute la durée de l'application du plâtre, la bonne position du membre en déployant un léger effort, le membre abandonné ayant une tendance très marquée à reprendre sa mauvaise attitude.

En ville, lorsque nous n'avons aucun de ces

Fisr. 4.

supports à notre disposition, nous en improvisons un avec les objets que nous trouvons autour de nous : boites métalliques, piles de livres recouvertes d'une serviette, etc., que nous plaçons sous le siège, sous les épaules el la tête.

Dès que l'cnfanl pose sur un plan bien Horizontal, nous plaçons la jambe malade dans l'extension complète el dans une abduction

MOYENS DE FAI HE L'IMMOBILISATION ABSOLUE. 117 légère (-20-25") : c'est la position qui sauvegarde le mieux l'avenir fonctionnel du membre; et un aide attentif et intelligent esl chargé de maintenir exactement celle position jusqu'à ce que l'appareil soit solide.

Alors commence la petite opération. Sur la peao préalablement enduite de vaseline ou d'alcool, l'on dispose la ouate en la roulant comme une bande, du pied malade à la ligne axillaire. La couche d'ouate appliquée doit être assez ('paisse pour garantir la peau contre toute blessure; et assez mince pour ne pas laisser trop de jeu à l'articulation qu'on doit immobiliser. Lorsqu'on a une certaine habitude de l'appareil, on arrive instinctivement à répartir très régulièrement la ouate sur les divers points.

L'on peut dire approximativement que cette enveloppe présente partout une épaisseur d'au moins 2 à 3 centimètres, cl une épaisseur un peu plus grande au niveau des deux épines diaques, de la région gastrique et des seins, el i'iissi du talon; dans le cas où l'on doit comprimer fortement Ici point de la hanche malade, il faul préparer celle compression, Ion | en la rendant inoffensive, par l'application en ce point quelques bandelettes d'ouate entre-croisées. Avanl de se servir des bandes plâtrées, on les exprime fortement. La première bande esl roulée sur la hanche malade en forme de spica

de l'aine; et est solidement serrée. En plissant la bande pour la transformer en corde l'on peut exercer une compression aussi énergique et aussi précise qu'on le désire.

L'on passe ensuite au pied, à la jambe et l'on passe de nouveau sur la région de la hanche où l'appareil doit avoir une solidité plus grande parce que c'est là qu'il supporte le plus grand effort; et l'on remonte en spirale jusqu'à la région mamelonnairc ou axillaire suivant les cas. Entre les diverses couches de bandes plâtrées, l'on peut placer des petites attelles de zinc qui augmentent la solidité de l'appareil sans augmenter sensiblement son poids; mais l'on peut s'en passer, avons-nous dit, ou tout au moins n'en appliquer que deux, l'une sur la ré-ion externe, l'autre sur la région antérieure de la hanche; car c'est là que l'appareil se brise généralement. L'on peut arriver au même résultat en appliquant entre les bandes une couche de 1 à 2 millimètres de « bouillie plâtrée »; cette bouillie étant préparée, séance tenante, avec du plâtre et de l'eau mélangés en proportions sensiblement égales.

Et l'on applique de nouvelles bandes jusqu a ce que l'appareil paraisse suffisamment solide : il faut six, huit, dix bandes suivant la taille du sujet. Mais le chirurgien arrive, avec une certaine habitude, à seniir véritablement à quel

MOYENS DE FAIRE L'IMMOBILISATION ABSOLUE. 119 moment le plâtre possède l'épaisseur voulue pour résister aux efforts que fera fatalement l'enfant pour le briser. Cela dépend de 1 âge, de la force et du caractère plus ou moins turbulent de l'enfant; eela dépend aussi de la période de la maladie; lorsqu'on se rapproche de la période de guérison, le petit coxalgique peut déployer davantage de force et devient beaucoup plus remuant, il devra donc être maintenu par des appareils plus solides.

Si le plâtre esL de bonne qualité, le bandage est rigide 5 à 10 minutes après l'application de la dernière bande. A ce moment, on le recouvre d'un fin vernis de bouillie plâtrée qu'on lisse avec le plat de la main, ce qui donne à l'appareil un poli et un luisant qui ajoutent à son élégance.

Avec un bistouri ou un couteau, l'on dégage, si c'est nécessaire, les régions axillaircs, les parlies génitales el les orteils. Le revêtement ouaté df' passan I de quelques centimètres les circulaires des bandes esl ramené sur celles-ci cl l'orme un bourrelet protégeant la peau.

La durée de la petite opération ne déliasse pas 15 à 20 minutes. Le plâtre étant solide après quelques minutes d'attente, il est certain que si la position du membre a été maintenue correcte pendanl ce petit quart d'heure, nous n'avons plus d'inquiétude h avoir sur l'attitude du

membre. Un appareil bien fait ne peut nous

rendre qu'un enfant bien droit.

A. Inconvénients du grand appareil.

1° Il empêche la surveillance de la hanche malade, a-t-on dit, et s'il se produit une complication sous le bandage, elle pourra nous échapper....

Les complications sont extrêmement rares avec l'usage de ces appareils; il nous est arrivé seulement 4 fois de voir un abcès se produire malgré le bandage plâtré, et dans 3 cas l'enfant présentait déjà, au moment de l'application de l'appareil, un gros empâtement fongueux. Cependant nous acceptons cette critique, d'autant que la formation de l'abcès de la coxalgie ne se traduit pas toujours, quoi qu'on ait dit, par de -la lièvre ou une altération manifeste de létal général.

Aussi avons-nous cherché à supprimer cel inconvénient : pour cela nous pratiquons dans l'appareil une petite fenêtre au niveau des points suspects de la hanche; le couvercle plâtré enlevé presque à l'emporte-pièce avec un couteau ge réapplique très exactement cl esl maintenu a l'aide dune bande de mousseline.

Ou l'enlève aussi souvent (pion lèvent pour l'examen de la région. Le volel peul être

(aire

assez large sans qu'on nuise ù la solidité d'un appareil bien construit. Ces diverses figures

Fi.?. 5. — Le point suspect se trouvait dans ce cas à la région externe. On voit à droite le volet enlevé.

donncnl une idée des services (pièce procédé peul rendre.

Mais il faut convenir qu'on ne pourra faire à

Fio-. 8. — La même; le volet réappliqué.

Fjo. 10. La même; le volet réappliqué.

l'aide de ce procédé qu'un examen incomplet

la région de la hanche. Si donc l'on conserve quelque doute ou quelque crainte, ou que la famille le demande, on peut remplacer l'appareil tous les mois • cela suffit, car un ahcès ne vient pas du jour au lendemain. 11 n'y a à ce renouvellement mensuel du bandage plâtré qu'un inconvénient d'ordre pécuniaire.

A l'hôpital nous divisons l'appareil plâtré, construit comme d'ordinaire, en deux valves antérieure et postérieure ; on peut enlever l'une ou l'autre ou toutes les deux, une ou deux fois par mois pour faire un examen complet de ta hanche. On les réapplique ensuile, ce qui peut se faire très exactement si l'appareil a été bien construit et nettement sectionné.

Voici des ligures prises à l'hôpital Cazin- Perrochaud d'un de ces appareils.

l'ig. II.

Ln figuré il représente reniant couché sur

la valve postérieure; la valve antérieure est

posée à côté: Sur la' figure 12 on voit les deux

Fig. 12. .

valves réappliquées; une simple bande circulaire suffira à rendre ces deux valves solidaires.

L'inconvénient signalé plus haut peut donc être évité ; et l'on peut surveiller la hanche malade malgré l'usage de l'appareil plâtré.

2° Les appareils amènent une atrophie du membre inférieur; cela est un peu vrai, mais cette atrophie est beaucoup moins marquée qu'on ne pense généralement; et puis cette méthode en guérissant, plus rapidement que toute autre, la coxalgie, avance la date où Les exercices de marche et les massages seront possibles, et ce sont bien là les moyens les plus sûrs de faire disparaître cette atrophie qui accompagne toute coxalgie.

3° Ils sont mal supportés. — Ce reproche nVsl pas mérité. Non seulement tous les enfants le tolèrent, mais encore sont enchantés et heureux d avoir un tuteur qui dès son application sup-

MOYENS DE FAIRE L'IMMOBILISATION ABSOLUE. L2n

prime toutes leurs douleurs cl qui leur donne une sécurité el une tranquillité absolues. Sur plus de 500 appareils appliqués, nous n'avons dû en enlever qu'un, el cel appareil n'a amené une gêne pénible que parce que nous l'avions construit d'une manière très défectueuse : nous en parlerons plus loin.

L'appareil plâtré esl donc toujours bien supporté par les coxàlgiques : il suffit de visiter les salles de nos hôpitaux pour s'en convaincre. Peut-on en dire autant de l'appareil à extension continue?

Je connais bon nombre d'enfants chez qui celle extension installée par de grands chirurgiens de Paris, n'a pas pu être conservée à cause de l'insomnie et des douleurs très vives qu'elle amenait. Chez l'un d'eux, Michel A... de Passy, l'indolence étail complète lorsqu'à été appliqué l'appareil à traction par un des maîtres les plus habiles : cet appareil a causé des souffrances si violentes qu'on a été obligé de l'enlever la nuil suivante, après avoir vainement insisté pour le faire accepter par le petit malade. Le chirurgien qui l'avait appliqué est rappelé dès la première heure et l'a réinstallé : les douleurs ont reparu, el l'on a été obligé de renoncer à l'extension Continue. Ollicr cite des laits semblables, el .i en ai obsen é pour mon compte un certain """dire, l'n élève rl'Ollier prétend même que si

ces faits no sont pas plusnombreux, c'est parce que, clans les hôpitaux ou môme en ville, à cause de la supercherie des petits malades et de la complicité des parents ou des infirmières, le poids s'embarrasse dans le pied du lit ou autour de la poulie, et l'extension ne se fait plus en réalité, tout au moins pendant la nuit. Cette remarque n'est pas fantaisiste, comme essayeron I de le soutenir les partisans de l'extension continue. J'en appelle aux infirmières des hôpitaux d'enfants de Paris, et aux mères de coxalgïques qui ont soigné leur enfant par la méthode de l'extension continue.

k° Les appareils plâtres sont d'un entretien difficile et se souillent fréquemment. Cela n'est vrai que pour les tout petits enfants et il est possible d'arriver, même chez eux, à préserver le bandage pendant assez longtemps à l'aide de petits moyens, en le recouvrant de toiles imperméables au niveau du bassin, en avant et en arrière; mais il faut chez eux se résigner cependant à remplacer l'appareil de temps à autre.

5" La peau salière sous l'appareil. En aucune façon; elle se recouvre simplement de débris épidermiques; et si l'on fait avant l'application du bandage la toilette complète du corps, et si l'appareil esfconsln.il axer de l'eau stérilisée, de la ouate bien pure et du plâtre non évente.

Ton n'a pas à craindre les troubles de nutrition de la peau.

6° Les appareils plâtrés sont difficilement acceptés par les parents. Oui, parfois par ceux qui n'en oui jamais vu, mais non par ceux qui ont pu se rendre compte du bien-être de l'cnfanl ainsi maintenu, et de l'impossibilité absolue dans laquelle il se trouve de se déplacer. Celle constatation que les mères font sur leur enfant dès les premières 24 heures qui suivent l'application de l'appareil, dissipe immédiatement leur répugnance, qui se change bien vite en une satisfaction et une sécurité complètes.

L'appareil plâtré ne nous a jamais donné de mécomptes; il a été une seule fois la cause d'un petit accident ou plutôt d'un incident : c'était chez une fillette de la maison de santé de la villa Notre-Dame à Berck, à la suite d'un redressement très difficile et très pénible. La jambe et le bassin ayant une grande tendance à reprendre leur mauvaise position, nous avons fait exercer par nos internes, pendant toute la durée de l'application de l'appareil, des pressions et des manœuvres 1res vigoureuses sur les deux épines iliaques.

L'enfant avant ressenti quelques malaises douloureux dans les semaines qui ont suivi, le bandage a élé enlevé par un de mes aides qui a

trouvé deux petites ulcérations au niveau des

épines iliaques.

C'est le seul incident que nous ayons observé sur plus de cinq cents appareils plâtrés construits par nous. Il comporte deux enseignements : le premier, c'est qu'il faut se garder, pendant l'application du bandage, de toute manœuvre trop vigoureuse pouvant dépouiller de leur enveloppe ouatée les deux épines iliaques, qui sont les points les plus saillants et partant les plus menacés par la pression du plâtre; et secondement, c'est que si l'enfant souffre encore dans son appareil, c'est que celui-ci est défectueux, il faut le remplacer.

B. Avantages de l'appareil plâtre.

Les avantages principaux de la méthode de l'immobilisation absolue, assurée par ce bandage, nos statistiques les diront mieux que nous ne pourrions faire, en montrant :

La constance à peu près absolue de la guérxson de la coxalgie lorsqu'elle est traitée par cette méthode;

Les membres parfaitement droits que Ion relire de ces appareils plâtrés, résultat dont témoignent les figures prises sur nos malades; .

Et aussi la rapidité plus grande de laguerrson.

MOYENS DE FAME L'IMMOBILISATION ABSOLUE. 129 Gomme avantages secondaires, signalons : la surveillance facile de ces enfants et la sécurité complète que ce bandage donne au médecin cl aux familles. Il est des coxalgiques que je soigne de celle façon 1res loin de Bcrck; je les vois toutes les quatre à six semaines; dans l'intervalle des visites, l'appareil plâtré donne aux parents comme au chirurgien une tranquillité parfaite.

Les religieuses que j'ai actuellement à l'hôpital Cazin-Pcrrochaud sont celles qui se trouvaient autrefois à l'hôpital administratif de Bcrck, avant sa laïcisation.

Elles me disent journellement : « Les coxalgiques étaient bien autrefois, du temps de l'extension continue, les enfants qui nous donnaienl le plus de mal : parce que l'appareil de traction se déplaçait dix Ibis par jour, quoi qu'on fil. parce que les enfants souffraient encore au moindre déplacement, parce que les complications étaient très fréquentes.

« Depuis l'usage de l'appareil plâtré, les coxalgiques son! an contraire ceux qui nous donnent lo moins d'ennuis cl le plus de satisfactions. Les enfants mis dans l'appareil ne souffrenl plus, ils retrouvenl la galté, l'appétit, le sommeil: on les remue sans craindre de leur causer I" moindre douleur, et nous avons la joie de les voir guérir. »

Celle facilité de les déplacer sans douleur permet, en ville, de les poser sur la petite voiture dans laquelle on les promène soit clans les rues, soit à la plage : ces déplacements ne sont ni douloureux, ni nuisibles pour le bon état de la jointure.

Est-il étonnant, après cela, que toutes les mères dont les enfants ont été une fois « plâtrés » soient ravies de ce traitement et n en veuillent point d'autre?

Il me sera permis, j'espère, de conclure en disant que l'usage de ï appareil plâtré est le traitement qui remplit le mieux les deux indications capitales de la thérapeutique de la coxalgie : éteindre le foyer tuberculeux de là hanche ; conserver un membre utile... et qu'il réalise un grand progrès.

Mais il est temps de faire l'application de ces principes et de ces méthodes aux divers cas qui peuvent se présenter dans l'histoire clinique de la coxalgie.

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