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CHAPITRE XIV

TRAITEMENT DES DEVIATIONS ET DES RACCOURCISSEMENTS CAUSÉS PAR LA COXALGIE

Ces raccourcissements et ces déviations ne peuvent exister, quelles qu'aient été la forme, la durée, la gravité de la coxalgie, que si le traitement orthopédique a été mal dirigé ou a été abandonné trop tôt.

Lorsqu'on rencontre ces difformités avant que la coxalgie soit guérie, les corriger immédiatement si l'on ne court pas de risques à le faire, mais, s'il s'agit de déviations anciennes et rebelles compliquant des coxalgies suppurées. attendre avant d'intervenir que la cicatrisation et la guérison de la maladie soient complètes.

A toutes ces difformités nous appliquons un traitement uniforme : le redressement forcé. C'est le traitement idéal lorsqu'il est applicable. Or nous avons pu l'appliquer à tous les malades qui se sont présentés à nous avec le diagnostic « d'ankylose vicieuse de la hanche ». C'est que l'ankylose vraie, la soudure complète des os de la hanche n'existe peutêtre jamais à la suite de la coxalgie tuberculeuse.

Cette méthode est, de toutes, la pins inoffensive et la plus eflicace. Nos résultats, dans des raccourcissements de 15 à "20 et 30 centimètres, existent depuis cinq, six, sept ans.

L'on accorde que le chirurgien est responsable des difformités et des attitudes vicieuses qui

succèdent à la tumeur blanche du genou. Nous ne craignons pas de dire qu'il en est de même pour celles que l'on observe à la suite de la coxalgie.

La coxalgie mène naturellement à l'attitude vicieuse. Si, pour la prévenir, on n'a rien fait, la maladie laissera une difformité grave dans la presque totalité des cas; c'est ce que l'on observait autrefois constamment, si bien que les ternies coxalgie et luxation spontanée du fémur s'employaient alors indifféremment pour désigner la maladie qui nous occupe.

Mais ces déviations ne se voient pas seulement chez les malades, encore trop nombreux, dans la classe pauvre, qui n'ont jamais suivi de traitement, mais encore, quoique atténuées, chez lous ceux qui ont suivi un traitement défectueux ou insuffisant; sur ceux qui ont été autorisés à marcher avec un appareil, suivant la méthode américaine ; sur ceux qui ont été soumis au seul repos au lit, sans contention de l'articulation coxo-fémorale, et encore, mais moins fréquemment à la vérité, chez ceux qui n'ont été soumis qu'à une immobilisation relative de la hanche : c'est-à-dire qui ont été traités par la gouttière de Bonnet ou un trop petit appareil ou un appareil défectueux, ou par la méthode de l'extension continue....

Et nous avons montré que seule l'immobilisation absolue des deux leviers articulaires

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pouvait prévenir, à la hanche comme au genou, les attitudes vicieuses et les raccourcissements fâcheux.

Mais, à côté de ces déviations qui existent déjà au moment où la maladie se termine, il faut signaler celles qui surviennent chez les coxalgiques que Ton avait laissés, guéris, avec un memhre droit et utile.... Nous avons dit « laissés ». mais « abandonnés » serait plus exact. Ces malades ont été perdus de vue. Peu à. peu s'est produite une rupture de l'équilibre musculaire sans que soit survenu cependant un retour offensif de la maladie. Que s'est-il passé ? Les muscles fessiers et les pelvi-trochantériens, qui ont subi toujours plus profondément l'atteinte de la coxalgie, ne peuvent pas lutter contre les fléchisseurs et les adducteurs de la cuisse demeurés relativement indemnes ; ceuxci deviennent prépondérants et attirent le membre dans le sens de leur action.

Et ces coxalgiques, que le chirurgien avait renvoyés avec un membre droit, lui reviennent, deux, trois ou quatre ans plus tard, avec un raccourcissement énorme et une difformité très pénible.

Ce qui démontre encore la nécessité impérieuse qui s'impose de continuer à surveiller les coxalgiques pendant les années qui suivent l'extinction du fover morbide.

Nous venons de signaler les déviations qu'on voit chez les coxalgiques « guéris »; mais on reçoit parfois ces enfants difformes avant que la maladie ne soit terminée.

Nous avons déjà indiqué, en faisant l'examen des divers cas qui peuvent se présenter, la conduite qu'impose l'existence de ces attitudes vicieuses au cours de la coxalgie. S'il s'agit de coxalgies non suppurées, le chirurgien doit les corriger sans retard. Mais, dans le cas de coxalgies suppurées, il ne redressera que celles qui ne nécessitent pas des manœuvres longues ou violentes; il se résignera à laisser persister les autres jusqu'à ce qu'on puisse les corriger sans danger..., c'est-à-dire jusqu'à ce que la guérison de la maladie soit hien acquise.

Que pouvons-nous contre ces difformités consécutives à la coxalgie?

Je commence par constater que très peu de chirurgiens cherchent à y remédier. Cette hanche guérie avec une difformité est un noli me tangere, et l'on aime cent fois mieux considérer cette lésion comme définitive que de proposer une intervention qui remettrait tout en question ; pour la plupart tonte tentative faite pour redresser cette hanche guérie à grand'peine serait folie. Ce serait rallumer de gaieté de cœur un foyer mal éteint et rouvrir la porte aux pins

terribles complications dont on n'est jamais sûr de triompher....

J'ai discuté et démontré à la tribune du Congrès de chirurgie (1892) la légitimité de l'intervention chirurgicale en présence de ces difformités; nous avons établi son innocuité et partant la nécessité impérieuse qui s'impose de ne pas se réfugier dans un non possumus commode pour nous, mais désespérant pour le malade atteint d'une de ces infirmités lamentables qui sont pour lui une source de tristesse infinie....

Il faut reconnaître que l'abstention est actuellement moins générale que jadis. Et l'on peut lire de temps à autre dans nos Revues la relation d'une ostéotomie faite pour corriger une ankylose vicieuse de la hanche consécutive à la coxalgie.

La section de l'os affecte diverses formes et se fait à des niveaux différents suivant les cas.

L'ostéotomie a supplanté la rupture du col fémoral pratiquée autrefois par Nélaton père, et la résection de la hanche proposée également pour remédier à ces difformités.

Il est également des chirurgiens qui opposent à ces raccourcissements anciens des tractions soit continues, soit même seulement nocturnes, de plusieurs livres, pendant des années!... sans avoir jamais pu, du reste,

amener par ce moyen un allongement d'un millimètre....

Pour nous, que l'étude de cette question des difformités et des raccourcissements consécutifs à la coxalgie a beaucoup occupé depuis plusieurs années1, nous corrigeons toutes ces déviations, quels que soient leur forme, leur ancienneté, leur degré, par la méthode du redressement forcé.

L'on nous accordera, j'espère, que c'est là le traitement véritablement idéal, lorsqu'il est applicable. Il est en effet beaucoup plus inoffensif que l'intervention sanglante et donne un bénéfice sensiblement plus considérable.

J'ai longuement exposé ailleurs2 les arguments et les faits qui doivent appuyer ces assertions.

Mais la raison de la préférence donnée à l'ostéotomie sur ce traitement élémentaire et, si je puis ainsi dire, banal, le redressement simple, ne se trouve pas, ce me semble, dans la gravité ou l'inefficacité de celui-ci. Ce qui le prouve, c'est que, dans toutes ou presque toutes

1. Du traitement des luxations spontanées du fémur survenues dans le cours d'une coxalgie (6e Congrès français de chirurgie, 1892. — 23 observations in thèse du Dr Quettier, Lille, 1895. — Sur la correction des grands raccourcissements consécutifs à la coxalgie, in Revue d'orthopédie, mars et mai 1895.

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