‹ Le traitement de la coxalgieChapitre 7 sur 51 · Comptes rendus du Congrès international de Bouloprne · texte numérisé non relu

Comptes rendus du Congrès international de Bouloprne

dépassé en taille, l à 2 centimètres, et en poids, 2 à 3 livres. Peu après le moment où la coxalgie de Pierre s'est déclarée, il y a quatre ans, la différence s'est encore accentuée légèrement en faveur de Jean resté indemne.

Les deux frères sont arrivés à Berck, il y a deux ans. Jean a conservé l'avantage sur Pierre pendant toute la durée de son séjour à Berck (un an). Puis il est rentré non pas à Paris d'où il est originaire, mais dans une petite ville de province, Pierre (le coxalgique) demeurant toujours à Berck.

Eh bien! dans cette année, Pierre a non seulement atteint mais encore dépassé Jean éloigné de Berck. Pierre, malgré sa coxalgie, mesure actuellement 2 centimètres de plus et pèse 10 livres de plus que Jean....

Par ses qualités chimiques, l'air marin l'emporte sur l'air de la montagne. Par les qualités physiques de leur atmosphère, les stations maritimes l'emportent sur les villes d'eaux salines, celles-ci présentant, par contre, l'avantage d'une halnéation peut-être plus efficace. Et je conviens que le séjour de Salies et de Salins est, d'une manière générale, favorable aux malades atteints de tuberculoses externes, mais non pas certainement aux coxalgiqucs pour qui, à toutes les périodes d'activité de la maladie, les bains doivent être proscrits aussi bien à Salies qu'à

Berck ou à Arcachon; les inconvénients résultant des secousses que la balnéation occasionne étant indiscutablement supérieurs dans ce cas à ses avantages.

Salies et Salins ne peuvent donc être pour les coxalgiques que des stations de la convalescence.

A la mer, au contraire, si la balnéothérapie devient impossible, l 'aérothérapie agit.

Quelle est la station maritime qu'il faut choisir?

Lorsqu'il s'agit de tuberculose interne, on choisit sans hésiter Arcachon ou la Méditerranée.

Mais les tuberculoses externes en général et la coxalgie en particulier sont plus heureusement modifiées par les plages du Nord. Ici, l'air fouette et stimule mieux qu'à Arcachon et surtout qu'à Nice ou Cannes, je l'ai observé maintes fois, ces organismes à nutrition languissante, et il est bien des familles qui, après avoir essayé des stations méditerranéennes ou d' Arcachon pour la saison d'hiver, se sont décidées à passer l'année entière à Berck.

C'est une erreur qui a cours un peu partout, que Berck agit d'une manière incomparablement plus active pendant la saison d'été que pendant la saison d'hiver.

Cazin avait déjà protesté contre celte opinion trop généralement acceptée, en disant que la

proportion des guérisons dans les hôpitaux de Berck était sensiblement la même dans les deux saisons.

Je serais tenté, d'après mon expérience personnelle, d'aller encore plus loin; il est bon nombre d'enfants dont la nutrition est restée languissante pendant la saison chaude, et qui, dès que l'hiver est arrivé, se sont mis à manger beaucoup mieux; cela se conçoit. Parallèlement à ce retour de l'appétit, on constatait naturellement une amélioration de l'état général qui retentissait de la façon la plus heureuse sur l'évolution de la coxalgie.

En résumé, il est un bon nombre de coxalgiques que j'ai vus bénéficier bien davantage de la saison d'hiver que de la saison d'été.

Mais ce bénélicc plus grand ne peut être obtenu qu'autant que les enfants seront promenés pendant les grands froids comme pendant la saison chaude.

A Berck. j'ai des coxalgiques qui sont sortis tous les jours pendant toute la durée de l'hiver; la capote de leur petite voiture les met à l'abri de la pluie et de la neige, et des gros vêtements les mettent à l'abri du froid.

Le visage reste découvert ou est à demi-prolégé par une voilette.

Il s'établit du reste promptement, et pour tous les enfants, une accoutumance complète à cette

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température assez froide de l'hiver, qui, dès qu'elle est bien supportée, a pour avantage d'augmenter l'appétit et de stimuler la nutrition de tous les tissus de l'organisme.

Cette température ne devient presque jamais assez pénible pour empêcher les sorties, parce qu'il est très rare que le vent du nord ou du nord-est souffle àBerck; le vent dominant est le sud-ouest et Bcrck est abrité, dans une certaine mesure, par les collines de l'Artois; on peut s'en rendre compte en se transportant à 15 ou 20 kilomètres dans l'intérieur des terres à la période des grands froids.

Cependant, pour certains coxalgiques à poitrine susceptible, on peut choisir la Méditerranée ou mieux encore Arcachon pour la saison d'hiver.

Mais surtout, qu'on ne ramène pas les petits coxalgiques à Paris ! Combien n'est-il pas de ces enfants qui, partis en bon état de Bcrck en octobre et rentrés à Paris, ont des rechutes multiples et doivent être renvoyés en toute hâte à Bcrck, où ils reviennent presque méconnaissables.

Il faudrait donc que le séjour de ces enfants à la mer fût continué jusqu'à leur complète guérison, c'est-à-dire une ou plusieurs années. On éviterait ainsi certainement bien des récidives qui sont souvent beaucoup plus difficiles à bien guérir que la première atteinte, et prolongent

indéfiniment quelquefois le traitement de la coxalgie.

Nous ne voyons d'autre contre-indication au séjour de l'une des plages du nord que la suivante : l'existence d'une complication viscérale : albuminurie ou tuberculose pulmonaire avancée. Mais nous ne pouvons accepter, malgré l'avis de plusieurs médecins, comme des contre-indications, l'existence d'une coxalgie douloureuse, ou une poussée aiguë survenue dans l'évolution de la coxalgie, ou encore une nécrose étendue. Ces formes de la maladie bénéficient grandement du séjour de Berck. Mais pour les malades porteurs de lésions viscérales avancées, tandis que la coxalgie s'améliore, la complication viscérale peut subir ici un coup de fouet, surtout lorsque ces malades sont trop directement et trop longuement exposés à l'air de la plage.

Pour tous les coxalgiques, du reste, il faut surveiller le traitement marin. Comme tous les autres traitements celui-ci doit être rationnellement institué et dosé avec soin, suivant la susceptibilité et l'état général du malade, ou encore suivant la période de la coxalgie. Et cependant avec quelle étourderie, avec quelle ignorance ou quel oubli des précautions les plus élémentaires, les parents soumettent leurs enfants au traitement marin!...

J'ai dit que la balnéation devait être absolu-

jnent proscrite jusqu'à la fin de la période active de la maladie, et encore pendant plusieurs mois après la disparition de toutes les manifestations morbides et qu'il faut tout demander aux bains d'air marin. Mais ces bains d'air eux-mêmes doivent être méthodiquement dosés pour chaque coxalgique, suivant son tempérament spécial, son degré de nervosisme, c'est-à-dire que suivant les cas l'exposition des coxalgiques à l'atmosphère si excitante de la plage doit être plus ou moins immédiate, plus ou moins prolongée : de là découlent des indications hygiéniques que l'on devine, le choix d'une habitation plus ou moins rapprochée de la plage....

Ce dernier détail a une très grande importance pour tous, mais une plus grande importance encore pour les petits malades qu'on ne peut pas déplacer facilement et par conséquent pour tous les coxalgiques des hôpitaux. En veuton la preuve? L'hôpital Gazin-Perrochaud de Berck, qui ne compte pas encore trois années d'existence, avait été installé provisoirement à cinq cents mètres de la mer pendant la première année, puis a été transféré sur la plage. Eh bien, j'ai remarqué, et tous mes aides avec moi, que depuis ce changement, depuis que l'exposition des coxalgiques à l'action de l'air marin est devenue plus immédiate et plus intime, les guérisons des cas les plus graves sont cleve-

nues beaucoup plus nombreuses, plus rapides et plus complètes.

Gazin n'avait-il pas déjà noté que ses résultats étaient moins bons dans ses infirmeries de l'hôpital administratif où les enfants sont à 200 mètres de la plage et dont ils sont malheureusement séparés parles bâtiments très élevés des bureaux de l'administration, qu'à l'hôpital Rothschild où les infirmeries sont en façade de mer. C'est donc sur la plage même, pour le dire en passant, que devraient se trouver, dans nos hôpitaux marins, les infirmeries où vont séjourner les coxalgiques.

Grâce à cette exposition, ils n'auraient rien à envier aux enfants des riches, surtout si, comme à l'hôpital Gazin-Perrochaud de Berck, de larges portes faisaient communiquer leur infirmerie avec une grande terrasse donnant immédiatement sur la plage, ce qui permet de les y pousser chaque jour, et de les y laisser, avec ou sans l'abri d'une tente, pendant la journée entière....

Mais je veux soulever ici une question fréquemment posée : Telle plage excellente en elle-même ne devient-elle pas mauvaise, précisément par le trop grand nombre de malades qui s'y donnent rendez-vous?

Oui, sans doute, lorsque ces malades sont capables d'infester l'atmosphère ou les habitations.

J'estime que c'est le cas pour toutes les plages qui reçoivent de nombreux phthisiques dont les produits d'expectoration viennent en effet contaminer l'air et les maisons d'une façon manifestement nuisible.

Mais ce danger n'existe pas à Berck, où l'on compte cependant, soit dans les hôpitaux, soit dans la ville, plus de 2 000 petits malades.

Ceci a l'air d'un paradoxe, mais qu'on songe qu'il n'y a là que des enfants atteints de tuberculoses externes presque toutes fermées.

Pour celles qui sont ouvertes, les produits de la suppuration sont, dans les services très antiseptiques, entièrement renfermés dans des pansements imperméables, détruits ensuite avec le plus grand soin.

Et là se trouve l'explication de ce fait d'observation que nous avons rapporté au chapitre de la Prophylaxie de la coxalgie : à savoir que nous n'avions jamais vu dans la ville, parmi tous les enfants délicats ou chétifs, véritables candidats à la tuberculose, qui viennent en si grand nombre à Berck, se développer ici un seul cas de coxalgie.

Et si dans les hôpitaux nous avons assisté à l'apparition de deux cas de coxalgie, c'est chez des enfants déjà manifestement infectés de tuberculose, puisqu'ils avaient l'un et l'autre un mal de Pott.

Mais, pas plus clans les hôpitaux qu'au dehors, sur les enfants lymphatiques ou anémiques mêlés à ceux qui sont atteints de tuberculoses externes, nous n'avons jamais observé l'apparition d'une manifestation tuberculeuse quelconque.

Avant de terminer ce chapitre, je tiens à redire que si le traitement général est un auxiliaire très puissant du traitement local et contribue si grandement à la guérison de la coxalgie, la réciproque est vraie ; et un traitement local bien dirigé est la meilleure sauvegarde du bon état général du coxalgique.

En effet, si l'enfant souffre par suite d'une immobilisation mal faite ou insuffisante, s'il suppure abondamment, s'il a de la fièvre à la suite d'une intervention ou spontanément, par défaut d'antisepsie, le séjour de Berck et l'installation la plus luxueuse et la plus hygiénique n'empêcheront pas la diminution de l'appétit, l'amaigrissement, la pâleur du visage qui viendront traduire bientôt la résorption septique à laquelle ce coxalgique est en proie.

Et le seul moyen de rendre à cet enfant son faciès coloré et ses forces, sera de modifier l'état local de la hanche.

Ainsi donc, traitement général et traitement local doivent nécessairement se prêter, à toutes les périodes de la maladie, un mutuel appui.

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