BUT DE LA THÉRAPEUTIQUE ET HISTORIQUE DES MOYENS
La Fièvre de Malte, septicémie avec colonisation viscérale, tire son caractère particulier du fait qu'elle constitue essentiellement une maladie à rechute.
Le but de la thérapeutique sera donc double : a) Stopper la septicémie ; b) Empêcher les rechutes.
Le premier but ‘est, ainsi que nous le verrons plus loin, relativement aisé avec les méthodes et les agents thérapeutiques dont nous disposons actuellement.
Le deuxième but est plus difficile à résoudre. La cause de cette difficulté réside dans le fait que les Brucelloses sont des septicémies à point de départ lymphatique.
En effet, une fois la phase septicémique passée, les Brucella se réfugient dans le vaste système réticulo-endothélial dont les différents chaînons constituent autant de gîtes microbiens et autant de réservoirs à l'infection.
C'est alors souvent une période de latence clinique plus ou moins longue qui succède à la phase septicémique, jusqu'au moment où sous une influence quelconque, les germes réfugiés dans les mailles du tissu reticulo endothelial seront à nouveau lancés dans le torrent circulatoire pour s'y multiplier et constituer la rechute. (ro
On conçoit donc toute la difficulté qu'accuse la thérapeutique pour atteindre le germe dans ces gîtes microbiens dont les plus accessibles au clinicien sont les ganglions, la rate, le foie. Il faudra donc utiliser une thérapeutique puissamment bactéricide et bactériostatique en même temps que susceptible d'une diffusion telle que l'imprégnation du système réticulo endothélial soit totalement réalisée.
Mais cette thérapeutique ne devra être réalisée que dans la mesure où son efficacité ne sera pas liée à l'obtention de troubles organiques susceptibles d'apparaître avec une dose thérapeutique suffisante pour atteindre le germe dans son gîte.
Et c'est là que réside la difficulté avec les thérapeutiques anciennes et nouvelles.
En effet, la nécessité d'une concentration et d'une diffusion suffisamment efficace non seulement dans le sang, mais dans les humeurs des tissus de l'organisme, critère suffisant pour l'obtention de la stérilisation, entraînerait souvent l'emploi de doses thérapeutiques nuisibles à la bonne marche des fonctions organiques. On est donc pris dans la thérapeutique des Brucelloses entre l'emploi de doses insuffisantes et la menace d'accidents toxiques. C'est pour cela qu'à peu près tout l'arsenal thérapeutique fut employé contre les Brucelloses..
Si nous parcourons la littérature ayant trait au traitement de la Fièvre de Malte, nous trouvons parmi les anciennes thérapeutiques employées que nous ne citerons que pour mémoire et dont beaucoup ne furent que des essais sans lendemain, les éléments suivants :
1) Des agents physiques : parmi eux :
— La radiothérapie essayée il y a longtemps déjà, par Tunckner, Rudner et Kumberg et encore employée parfois de nos jours pour compléter les thérapeutiques par les antibiotiques (Tapie).
. — La téléroentgenthérapie totale employée isolément n'aurait. donné à M. Denier que des succès (33 cas traités par cet auteur par deux irradiations de 30 à 40 r chacune, à 8 jours d'intervalle).
-— Les infra-rouges, dont Janbon avait incidemment parlé.
2) Des agents chimiques. Les essais furent très nombreux. Au, hasard de la littérature, on note :
— Le salicylate de soude ; — Les sels mercuriels ;
— L'éthylhydrocupréine ;
— Le cacodylate de soude :
— Le nucléinate de soude ; — Le chloroforme;
— L'hectine :
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— L'uroformine et sa forme spécialisée appelée septicémine; — La quinine à haute dose ; — L'urotropine intra-veineuse ; — La fouadine ; — La detoxine ; — Le marrubinate de soude intra-veineux ; — La nivaquine ; — Le sulfate d'éphédrine.
7 D'un peu plus d'intérêt furent :
— L'Iodobismuthate de quinine appliqué pour la première fois dans-la Fièvre de Malte, par J. Mouren, de Marseille, et avec lequel J. Pieri signala des guérisons. Employé à la dose d'une ampoule de 3 cc. en injection intra musculaire tous les deux jours, l'iodobismuthate de quinine provoquait un choc thermique temporaire suivi d'apyrexie.
Si le Quinby tombe peu à peu dans l'oubli, ce ne fut pas cependant une médication inefficace.
— Les arseno-benzènes et parmi eux le novarsénobenzol avec lequel Gourgas aurait eu 81 % de succès.
Le novarsénobenzol se faisait en injections intra-veineuses lentes au rythme d'une injection par semaine en commençant par
0,15, puis 0,30, 0,45, 0,60 gr. Les mêmes phénomènes de choc ther-
mique qu'avec l'emploi du Quinby sont notés lors de l'utilisation de cette thérapeutique.
— Les colorants qui furent employés surtout à l'étranger furent utilisés avec plus ou moins de succès : -
— Le mercurochrome ;
— Le trypan bleu, le trypan rouge ;
e La fuschine et son dérivé, le bleu de méthylène ; — Les dérivés de l’acridine dont :
— le jaune d’acridine en injections intra-veineuses aux doses de 0,10 le premier jour, 0,20 deux jours après, 0,30 trois jours après, 0.40 quatre jours plus tard.
— La gonacrine ; — Le rivanol ; — Les métaux colloïdaux dont :
Le collargol ; L'électrargol ; Le rhodium colloïdal ; L'or colloïdal.
Sur le vu des observations cliniques relatives à l'emploi de tous ces agents thérapeutiques, il semble-que, dans la mesure où ils auraient eu une action curatrice quelconque, ces agents thérapeutiques doivent leurs succès au choc provoqué par l'injection, en général intra veineuse, du médicament. Vignoli expliquait ainsi. à propos du Quinby, les résultats favorables obtenus dans l'évo- lution de la maladie : « Certainement les réactions biologiques du milieu dues aux Phénomènes de choc répétés ont favorisé cette, évolution ».
3): Des agents biologiques.
Dans cette catégorie nous pouvons classiquement distinguer =
1) Les médications biologiques non spécifiques.
Parmi elles : — Les thérapeutiques leucogènes : telles sont l'abcès de fixation (Rozier) et l'injection . de pus aseptique que Ranque et Senez employaient sous le nom de prophylactine mélitococcique en injections sous-cutanées ou intra-veineuses à la dose de là2cc.
— Les médications de choc : toute méthode susceptible de provoquer un choc fut essayée.
On note ainsi :
— Le sérum glucosé ;
— La protinéothérapie sous forme de peptothérapie ou de lactothérapie réalisée par l'injection de lait de chèvre infectée.
— L'hémothérapie qu'on peut diviser en autothémothérapie, hétérohémothérapie réalisée par l'injection de sang de convalescent ou de malade guéri, autosérothérapie et même autolymphothérapie.
— La vaccinothérapie non spécifique : ainsi furent essayés le vaccin T AB en injections intra-veineuses (Miss Evans, Manson-Bhar) et le vaccin antigrippal. ji
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I) Les médications biologiques spécifiques ou antigénothérapie qu'on pratique en employant :
à — Soit des filtrats de Brucella Mélitensis ou de Brucella Abortus appelés Mélitine ou Abortine ou encore Formo-mélitine, Formo-abortine.
— Soit l’Endoprotéine microbienne de Reilly : formée de protéines extraites de cultures de Brucella Mélitensis où Abortus, ella s'utilise en injections intra-musculaires tous les trois où huit jours à des doses croissantes allant de 1/10° cc. à 1 cc. Le choc curatif produit par ces injections est fonction de l'allergie.
— Soit la vaccinothérapie sous-cutanée pratiquée avec :
— des auto-vaccins : Lisbonne a signalé avec eux 60 % de succès. Employés à des doses croissantes allant de 1/4 de cc. à 2 cc. au rythme d'une injection tous les 4 jours, les auto-vaccins éviteraient les localisations viscérales.
— Des stocks-vaccins qui sont nombreux. On peut citer notamment :
— le vaccin du Centre G. Doumergue ;
— le vaccin de l’Institut Bouisson-Bertrand, à Montpellier ;
— le vaccin de Duran ; — le vaccin de Cottes ; ieoete
— le vaccin de Ranque et Senez.
Ces stocks-vaccins qui sont obtenus à partir de Brucella Melitensis, de Brucella Aborius ou de mélange des deux germes sont des vaccins chauffés, stérilisés par l'iode, l'éther ou le fluor, sensibilisés par le sérum de malades ou de convalecents, ou lysés. Leur mode d'emploi est le-même que celui des auto-vaccins.
— À cette méthode d'injections sous-cutanées des vaccins antimélitococciques qui, tout en étant parfois efficace, n'est jamais dangereuse, s'oppose la vaccinothérapie intra-veineuse. Après les essais initiaux de Burnet, cette thérapeutique ne fut employée en France qu'en 1935, par Vignoli qui utilisant le vaccin de Pringault aurait eu un gros pourcentage de succès. De même en 1940, Mostepha Kara l'essaya à Oran, en utilisant le vaccin iodé de Ranque et Senez. Enfin, la méthode fut reprise par Janbon et Ber-
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trand en 1941, qui utilisèrent le vaccin antimélitococcique de Lisbonne, sans dilution : c'est la vaccin du Centre de Recherches sur la Fièvre Ondulante, de Montpellier, préparé à partir de plusieurs souches de Brucella (Mélitensis, Abortus, Abortus suis) tués par la chaleur. Ce vaccin titre environ 3 milliards de germes par cc.
Les accidents de la thérapeutique sont essentiellement représentés par des manifestations d'allergie viscérale (néphrite hématurique surtout) qui guérissent avec linterruption du traitement.
Les résultat ? ? « Notre expérience nous permet d'escompter la guérison clinique dans 80 à 90 % des cas, lorsque le traitement a été institué dans les premiers mois de la maladie, après l'installation de l'allergie, laquelle apparaît entre le 8e et le 15e jour ». Ainsi s'exprimaient Janbon et Bertrand.
Mais ces résultats sont incertains et imprévisibles. De plus, si le tracé thermique, le syndrome douloureux articulaire ou névralgique répondent très heureusement à la méthode, l'action sur les déterminations glandulaires ou viscérales est moins évidentes et cette thérapeutique ne donne rien dans les déterminations tardives intéressant notamment le système osseux et l'appareil neuroméningé. En un mot, seule la température est influencée. Mais l'inté:êt de ce traitement «est de stopper l'évolution septicémique et ses conséquences » (Janbon et Bertrand).
Toute cette biothérapie qu'elle soit spécifique ou non, a pour but de provoquer un choc et relève de la thérapeutique de choc au même titre que les médications chimiques précédentes.
En ce qui concerne l'antigénothérapie qui reste la seule à être, encore parfois employée parmi toutes celles énumérées ci-dessus, l'obtention du choc est nécessaire à l'effet thérapeutique de l'antigène. Or, ce choc étant réglé par le degré d'allergie du malade, on conçoit le rôle primordial que remplit l'intra dermo-réaction de Burnet dans une telle thérapeutique. Il en résultera donc que cette médication, lorsqu'elle sera employée, ne le sera du moins qu'à la période d'allergie et cela pour avoir ses pleins effts thérapeutiques.
Enfin, pour terminer cet historique succinct des divers moyens thérapeutiques employés, nous citerons deux thérapeutiques suggérées par les Folklores locaux que nous rapportent les docteurs A. Raybaud et J. Guerin. Le premier nous parle d'un œnolé à base de
capitules desséchées de chardon bénit et le deuxième d'une décoction Piloselle.
Ces deux méthodes phytothérapiques illustrent bien par la variété qu'elles apportent, les difficultés thérapeutiques que connut la Fièvre de Malte avant la découverte et l'utilisation des agents mycrothérapiques actuels.
ISIÈME