‹ Le traitement de la tuberculose pulmonaire: par les sels d'orChapitre 17 sur 91 · Ne · texte numérisé non relu

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Le fait que la Sanocrysine, dans ces formes hautement virulentes, produisit une guérison clinique de l'organisme entier, prouve qu’elle agit non seulement sur la tuberculose pulmonaire, mais sur les autres localisations, puisque, dans le même temps, les témoins, infectés dans, des conditions identiques, mouraient non seulement de phtisie pulmonaire, mais de lésions intestinales, hépatiques, rénales, spléniques, etc... Néanmoins, il semble que la tuberculose des poumons subit, plus facilement que celle des autres organes, l'influence favorable de la Sanocrysine et qu’une tuberculose pulmonaire est donc le meilleur objectif du sel d’or : cette observation est appuyée sur les expériences avec bacilles de basse virulence, où il s'agissait essentiellement de phtisie pulmonaire, et où un bon résultat thérapeutique fut atteint avec des doses beaucoup plus petites que les doses nécessaires dans les expériences sur des tuberculoses généralisées. De plus, lorsque les animaux de ce second groupe ne furent traités qu'avec des quantités de sanocrysine trop faibles pour enrayer sûrement l’évolution de la maladie, on constata que les lésions étaient souvent moins marquées dans les poumons que dans les autres organes (spécialement l'intestin), et que, tandis qu'il n'y avait aucune différence d'aspect entre les autres viscères et les viscères des animaux de contrôle, il y avait par contre une tuberculose pulmonaire beaucoup moins étendue chez les premiers que chez les seconds.

Quelques circonstances extérieures peuvent s’opposer à l’action thérapeutique de la Sanocrysine. Ainsi,

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dans les expériences de Madsen et Môrch, les animaux qui présentaient une infection associée — la pasteurella, par exemple —— moururent tous, bien qu'ils aient été placés dans des conditions de cure parfaites (2 centigrammes au bout de cinq jours). D'un autre côté, la grossesse ne prédispose pas l’organisme aux accidents d'intolérance. Il semble, par contre, qu’elle Je rende moins sensible à l’action curative du sel d’or. En effet, la majorité des animaux que l’autopsie révéla enceintes, avaient de la tuberculose malgré le traitement. Cette observation concerne en particulier les animaux traités à la dose d’un centigramme et demi, où quatre sur cinq enceintes étaient restés malades, tandis que, sur le nombre total des sujets traités par cette dose, 50 pour 100 seulement conservaient leurs lésions. De même encore, sur les quarante-quatre animaux traités quatre jours après l'infection à la dose de 2 centigrammes, deux seulement avaient encore de la tuberculose. Or, ces deux sujets avaient une grossesse (1).

(1) À ce sujet, M. Auguste LUMIÈRE nous a transmis cette note :

« J’intolérance pour les sels d’or ne semble pas se manifester chez les femelles en gestation, qui, d’ailleurs, ne bénéficient pas du traitement aurothérapique.

« Ces deux faits s'expliquent :

& a) Nous avons démontré (A. LUMIÈRE et H. COoUTURIER. Résistance des femelles en gestation aux chocs anaphylactiques et anaphylactoïdes. C. R. Acad. des Sciences, 1922) que les femelles en état de grossesse sont particulièrement résistantes aux chocs anaphylactiques et anaphylactoïdes ; il est donc rationnel de supposer qu’elles sont aussi réfractaires au choc aurique. Nous avons d’ailleurs donné le mécanisme de cette sorte d’immunité.

« Cependant, cette protection réalisée par la grossesse ne porte que sur les phénomènes de choc. Il est probable que, chez la femme, si cette même résistance se produisait, le sujet ne serait pas pour cela à l'abri des phénomènes toxiques tardifs, tels que les erythèmes ;

« b) L’inefficacité du traitement ne serait-elle pas, dans ces cas, inhérente à l'absence de choc ? Le choc jouerait alors un rôle dans la

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I est évident que les résultats négatifs, obtenus dans des cond'tions différentes, que nous avons rapportés tout à l’heure, ne sauraient infirmer en aucune façon la valeur de ces expériences. Ici, la sanocrysine fut réellement curative. Peut-on aller plus loin et soutenir qu’elle l’eût été pareillement si les autres expérimentateurs s'étaient placés dans les mêmes conditions ? Madsen et Môrch le pensent. D'après eux, quelquesuns de leurs devanciers échouèrent pour avoir utilisé des doses trop faibles dans des tuberculoses trop virulentes. Les autres, tout en usant d’une posologie rigoureuse, auraient commencé le traitement trop tôt : au moment même de l'infection.

Tant qu'on n'aura pas repris les expériences négatives en appliquant les principes qu'ils recommandent, nous laisserons à Madsen et à Môrch la responsabilité de cette hypothèse. Faute de laboratoire, nous n'avons pu, nous-mêmes, entreprendre de nouvelles recherches, Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est donc que, dans un certain nombre d'expériences (Môllgaard, Madsen et Môrch, Cummins...) les sels d’or ont eu une action favorable certaine sur la tuberculose expérimentale.

propriété curative. Mais cette explication ne nous satisfait pas, parce que si les femelles en gestation résistent aux chocs, ce n'est par parce que la modification humorale et la floculation manquent, mais seulement parce que l'augmentation du volume de la masse sanguine (1/8 à 1/10) empêche la chute de pression sanguine qui résulte de la vasodilatation viscérale considérable provoquée par le floculat.

« Cette inefficacité du traitement aurique dans le cas de grossesse, qui semble avoir été remarquée chez le cobaye, dans l'infection expérimentale, n’est peut-être pas suffisante pour faire condamner la méthode en thérapeutique humaine dans ces cas. Pn ce qui me concerne, j'ai eu l’occasion d'appliquer le traitement dans un seul cas de ce genre, et

la malade a été très améliorée ; elle a accouché à terme dans de bonnes

conditions et son accouchement n’a pas déterminé de nouvelle poussée bronchitique. »

Tout en poursuivant ces recherches, on avait l’occasion d'étudier quelques problèmes d’un vif intérêt : Comment les sels circulent-ils à travers l'organisme ? Se déposent-ils sur les viscères ? Par quelle voie sontils éliminés ?

D. LE MÉTABOLISME DES SELS D'or. — Ebauchées par Môligaard, entreprises par Lomnorr, Mc. CLuskey et ÉICHELRERGER, TAGLIABÜE, vérifiées par SARvONAT pour la thiocrisine, ces recherches furent également confirmées chez l’homme par FRANDSEN et HaxsBorG :

1° L'or introduit directement dans le sang ne tarde pas à le quitter, Dix minutes après l'injection, plus du tiers a déjà disparu (40 pour 100). Au bout de vingt-quatre heures, les vaisseaux ne ‘transportent plus qu’un cinquième de la dose primitive (1). Le reste (80 pour 100) s’est diffusé à travers la paroi des capillaires. Que va-t-il devenir ? Une partie s’éliminera, une partie se fixera dans l'organisme ;

2° L'’élimination a lieu principalement par l'urine, qui soustrait à l'organisme environ 75 à 85 pour 100 de la quantité totale excrétée. Elle se produit ensuite par les selles (15 à 25 pour 100). L'or arrive d’abord à l'intestin en traversant directement la muqueuse. Plus tard, il y est conduit par la bile, qui l'extrait du foie. Enfin, on peut trouver des traces infinitésimales d’or dans l’expectoralion.

Cette élimination commence dès les premières heures (Mc. CLruskeyx) ; elle débute souvent trente

(1) Calculs d'HANSBORG: 1 gramme de sanocrysine=374 mg. d'or. Au bout de dix minutes, 164 mg. ont disparu (40 %). Au bout de 24 heures on ne trouve plus que 80 mg.

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minutes après l'injection. L’horaire est un peu différent suivant la voie. L’excrétion par l'urine est intense dans les premières vingt-quatre heures, et principalement dans les toutes premières heures. Puis il diminue fortement dans la journée suivante. Il est encore très notable pendant une semaine, puis il devient presque nul, mais continue cependant plusieurs mois. L'’élimination par les selles n’a aucun maximum net dans les premières vingt-quatre heures, elle augmente plutôt un peu dans les premiers jours et ne commence qu'’ensuite à baisser sensiblement. Dans les deux cas, l'élimination est extrêmement lente et prolongée. On peut retrouver de l’or, aussi bien dans les fèces que dans les urines, huit mois et demi après la fin d'un traitement complet. Un malade de HaxsBorG, qui n'avait reçu qu'une injection de un gramme, éliminait encore de l’or au bout de quarante-cinq jours. Cette élimination est plus importante chez le sujet sain que chez le malade. Chez le premier, elle représente 65 pour 100 de la quantité totale d’or injecté ; chez le second, elle ne représente que 40 pour 100 ; 3° Une partie de l'or injecté est donc retenue par l'organisme (60 pour 100 chez le sujet malade). On a recherché sa répartition (1). On a vu qu'il se déposait sur tous les organes : poumons, foie, reins, rate,

(1) On a proposé plusieurs méthodes pour déceler et doser l’or contenu dans les substances organiques (HALSBERG, COQUOIN, GALLINAL). Une des plus simples paraît être celle de E. et J. KEIDING. C’est une méthode colorimétrique. Après incinération de la substance organique, purification et dissolution du résidu, alcalinisation du milieu et addition de sulfate de magnésie, il se produit, en présence d'eau oxygénée, une coloration qui varie suivant la teneur en or de la substance examinée. La méthode serait très sensible. Elle permettrait de déceler l'or à la dose de 0 mmg. 001.

intestin, os, muscles, peau, liquide pleural... Mais il paraît se fixer électivement sur certains viscères, en particulier le foie, la rate et les reins... D’après Hansborg, si la mort survient précocement, ce sont les reins qui en contiennent la plus grande partie. Si elle survient après la dernière injection, on en trouve surtout dans le foie et la rate. Il y aurait donc une fixation chronologique. Ce fait est encore prouvé par l’existence très tardive de l’or dans ia bile. En tout cas, la plus grande partie se fixe sur le rein (Sar- VONAT).

Si nous examinons l'or fixé sur les poumons, nous le trouvons plus abondant chez le tuberculeux que chez l’individu sain. Dans les expériences de Madsen et de Môrch, les animaux qui moururent. malgré le traitement, avaient des poumons beaucoup plus riches en or que les animaux dont les poumons étaient guéris, même si l’on avait traité ces derniers avec de: doses plus fortes de médicament. Certains auteurs ont prétendu que le type anatomique des lésions commanderait le taux de cette rétention : pour Franpsex elle serait plus marquée dans les formes caséeuses que dans les formes fibreuses. En réalité, ce pouvoir fixateur semble appartenir moins au tissu tuberculeux qu’au tissu pathologique en général. On trouve en effet une grande quantité d’or — plus grande que la quantité normale — dans des poumons qui présentent d’autres affections. Un malade de HansBorG, qui mourut d’un carcinome pleuropulmonaire, et qui fut traité expérimentalement par la sanocrysine. avait

gardé, au centre de la tumeur, une très importante réserve métallique.

Quel est le dernier état de l'or ? Il est probable que le complexe, dans lequel il est introduit, ne subsiste pas longtemps sous sa forme première. Sa répartition, aussi bien que ses conditions d'élimination, ressemblent en effet d’une façon frappante à celle des autres préparations métalliques (bismuth..., plomb..., etc.). Le fait qu'il s’élimine pendant plusieurs mois montre notamment qu'il perd très vite les caractères de diffusion qu'il possédait en pénétrant dans l’organisme. Il est donc très vraisemblable qu'en se posant sur les viscères, le sel primitif se décompose (1). Mais par quel mécanisme... et quand ? Il faudrait, pour le savoir, étudier le métabolisme de l’autre partie de la molécule. Que devient le soufre ? Uniquement soucieux de dépister les traces de l'or, il ne semble pas que ce problème ait tenté jusqu’à maintenant les expérimentateurs. En ce qui concerne par exemple la sanocrysine, comment évolue l’hyposulfite de soude ? HumserTt et Fixck nous ont appris, dans une ‘étude récente, consacrée à une nouvelle épreuve de la perméabilité rénale, que ce sel s’élimine facilement par les urines. Mais est-il rejeté tout entier par cette voie ? Une partie ne s’évaporerait-elle pas, par le poumon, sous la forme d'hydrogène sulfuré ? Une partie ne se fixerait-elle pas, avec un élément stable, dans l’intérieur de l'organisme ? Nous posons ces problèmes. Nous souhaitons que les physiologistes y répondent.

(1) Aïnsi l'atome or peut retrouver une forme toxique.

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