TECHNIQUE
Le traitement de la tuberculose humaine par les sels . d’or exigeait à l’origine des conditions un peu délicates. Il leur dut d’être immédiatement repoussé par un grand nombre de médecins.
C'était l’époque où l’on croyait nécessaire d'employer de fortes doses et, sous leur face thérapeutique, elles présentaient un revers périlleux. La sanocrysine améliorait souvent le malade. Il arrivait aussi qu'elle l’aggravât. Les statistiques, établies avec une probité parfaite, enregistraient toutes des cas de mort. De là des règles prudentes, qui étaient des règles complexes. En premier lieu, il fallait ajouter à l'injection du sel l'administration d’un sérum antituberculeux, dont le but était de prévenir les dangers du traitement, ou tout au moins de barrer la route au choc. Mais il ne remplissait pas son rôle avec une fidélité constante. En outre, il n’était pas inoffensif. Il superposait à l'infection bacillaire une intoxication sérique, et, si l'aventure n’est pas habituellement très grave chez un sujet normal, elle prenait ici les proportions d’un drame. Sans compter les réactions fébriles intenses, les éruptions, les douleurs articulaires, il y avait dans ce prétendu palliatif une nouvelle source de choc,
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quelquefois même un agent de mort. Pour éviter ces troubles anaphylactiques, quelques auteurs substituaient aux sérums d'espèce étrangère un sérum humain de convalescents. Pratiquement il était difficile de l’obtenir. D’autres préconisaient les toni-cardiaques et les stimulants habituels. Certains conseillaient l’opothérapie hépatique. Les dangers des sels d’or n'étaient pas moins éclatants. Atténuées ou fortes, les réactions étaient presque constantes. Le meilleur moyen de les prévenir était, croyait-on, de limiter la méthode à un certain nombre de malades. Lesquels ? MüLLGAARD reconnaissait le premier que « le choix des sujets capables de supporter la sanocrysine était très délicat et constituait dans la pratique une sérieuse difficulté ». En tout cas, le traitement devait rester le privilège des spécialistes. Il était impossible de l’administrer hors d’un service d'hôpital ou d’un sanatorium. Le malade était étendu dans le repos le plus complet. Il était suivi d'heure en heure. Le pouls, la pression artérielle étaient longuement étudiés. Il fallait renoncer aux injections, dès qu'apparaissait la moindre défaillance. Ces particularités restreignaient singulièrement la méthode. De là à l’abandonner, il n’y avait qu'un pas.
En tout cas, ces exigences entravèrent beaucoup la diffusion de la sanocrysine. Nous avons déjà vu par exemple que PoINDECKER, chargé par le Comité Autrichien d'établir un rapport, interdisait à la chrysothérapie d'entrer dans un usage courant. Méthode intéressante, en principe, mais d’un emploi à peu près nul: telle fut la conclusion inscrite au bas d'un grand nombre de mémoires.
Ce fut précisément un des mérites des petites doses de l’infirmer complètement. Elles ont fait d’un traitement limité une méthode accessible non pas à tous les malades, mais à tous les médecins. Si l’on se conforme à la posologie qu'a recommandée M. DUMAREST, l'usage des sels d’or est d’une facilité qui le rend applicable aussi bien dans la clientèle privée qu'à l'hôpital, à la campagne qu’au sanatorium. Beaucoup de malades d'Hauteville venaient recevoir les injections dans le cabinet du médeein, et repartaient, tout de suite après, sans le moindre danger.
Comme MôLLGAARD l’avait cherché dès la première heure, la technique est calquée sur celle des métaux antisyphilitiques.
1° Instruments. — I] suffit à la rigueur d’une seringue ordinaire de 5 ec. et d’une aiguille fine ou forte, selon la voie d'injection. En pratique, il est préférable d’utiliser deux aiguilles et deux seringues, les unes pour la préparation de la solution, les autres pour l'injection. Nous n’insistons pas sur le matériel d’asepsie : coton, éther, teinture d'iode, etc.
2° Les sels. — Les sels sont livrés dans des ampoules de 5 à 29 centigrammes. Ils se présentent sous la forme d’une poudre blanche (sanocrysine) ou blanc-jaunâtre (allochrysine) (1). On doit les conserver dans l'obscurité, car beaucoup d’entre eux s’altèrent facilement à la lumière. Avant d’être utilisés, il faut en tout cas les examiner soigneusement. S'ils ont perdu leur couleur éclatante, on doit les rejeter, car ils se sont probablement décomposés.
(1) L’allochrysine, qui ne s’altère pas à la lumière, est livrée maintenant en ampoules scellées contenant à l'avance la solution, qu'il suffit de diluer avec une certaine quantité de sérum artificiel.
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3°. Le solvant. — Les premiers auteurs conseillaient l’eau de source filtrée et stérilisée. Pratiquement les ampoules d’eau distillée ou de sérum artificiel stérilisé, de 5 à 10 centimètres cube, plus maniables, et surtout rendues aseptiques à l'avance, sont d’un emploi beaucoup plus commode.
4°, La solution. — La solution ne doit être préparée qu'au moment de l'injection, toujours pour-éviter la décomposition rapide du sel sous l'influence de la lumière et sa transformation en sulfure d’or très toxique. On peut toutefois, lorsqu'on doit pratiquer le traitement « en série », combiner à l’avance — et nous entendons par avance immédiatement avant la première injection — une solution globale calculée d’après le total des doses à administrer.
En second lieu la solution doit être isotonique avec le milieu sanguin. Cette condition est réalisée quand la concentration est environ de 5 pour 100. Donc la quantité de solvant variera suivant la quantité de sel injecté. Elle sera de :
1 centimètre cube pour 5 centigrammes de sel.
2 — — 10 — — 3 — — 15 = LE 4 — — 20 = 22 5 — 25 — = etc.
Quand ils n’utilisaient que de petites doses — quelques auteurs ont proposé d'adopter une quantité fixe, plus simple, de 2 cc. d’eau. Il est certain qu’à ces taux inférieurs une solution parfaitement isotonique n'est pas strictement nécessaire. Cette solution fixe sera, par exemple, utile quand on ne disposera que d’une seringue très
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petite. Cependant, il sera préférable, autant qu’on le pourra, de calculer exactement la concentration.
On brisera l’extrémité effilée de l’ampoule d’eau distillée, puis avec la première seringue on aspirera la quantité de solvant correspondant à chaque cas. On brisera ensuite le col de l’ampoule contenant le sel, et l’on injectera dans celle-ci le liquide aspiré. On aura soin de faire glisser l’eau contre les parois de l’ampoule et de ne pousser l'injection que très lentement. La dissolution du sel exigera 1 à 2 minutes. On pourra l’accélérer en agitant légèrement l’ampoule, et surtout en plaçant un instant celle-ci dans de l’eau à 60° ou 80°. Le mélange se présentera sous l’aspect d’un liquide clair comme de l’eau de roche. On n’aura plus qu’à l’aspirer dans la seconde seringue qui servira à l'injection.
9° Quelle voie d'injection faudra-t-il choisir ?
a) La voie intraveineuse. — La voie intraveineuse sera la voie qu’on utilisera de préférence quand on emploiera la sanocrysine ou la thiocrysine. On choisira en pralique une des veines du pli du coude. Après une ligature légère du bras à l’aide du lien élastique habituel, et une stérilisation soigneuse de la région, l’aiguille, très fine, per forera la peau et ira à la rencontre de la veine. Il faudra attendre que le sang parvienne dans la seringue. À ce moment on détachera le lien élastique. On pratiquera l'injection toujours très lentement. On vérifiera plusieurs fois si l'aiguille se trouve toujours dans la lumière du vaisseau en aspirant, par un retrait léger du piston, une certaine quantité de sang mélangé à la solution. On retirera ensuite l’aiguille : une goutte d'alcool sur un tam-