RÉSULTATS OBTENUS
Il est très difficile de juger un médicament. PINEL exprimait une idée paradoxale mais profonde, lorsqu'il disait dans sa clinique : « Cette année, nous observerons les maladies sans les traiter, et l’année prochaine nous les traiterons. » En vérité, pour apprécier la valeur thérapeutique des sels d’or, il n’est pas nécessaire de recourir à des expériences comparatives aussi longues. Encore faut-il éliminer toutes les circonstances accessoires qui pourraient devenir des causes d’erreur, en nous faisant prendre de pures coïncidences pour des relations de cause à effet. Nous devons nous méfier des accalmies si fréquentes, à l’époque où le malade quitte la vie active pour entrer dans son premier repos. Nous devons éviter également d’être trompés par les améliorations naturelles qu’on observe au déclin de ces poussées évolutives si 0scillantes, et si caractéristiques de la tuberculose pulmonaire. Au surplus le malade, dont la longue immobilité se
charge d’impatience, est à l'affût des médicaments nouveaux. Un produit chimique, surtout lorsqu'il est injecté par la voie sanguine, frappe son imagination, qu'elle nourrit des bienfaits passagers de l'espérance. Quand nous avons choisi nos observations, nous nous sommes efforcés constamment d'éviter ces écueils. Il y a longtemps que Claude BERNARD écrivait dans l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale : « Un médecin qui essaye un traitement, et qui guérit ses malades, est porté à croire que la guérison est due à son traitement. Souvent les médecins se vantent d’avoir guéri tous leurs malades, par un remède qu'ils ont essayé. Mais la première chose qu'il faudrait leur demander, ce serait s'ils ont essayé de ne rien faire, c’est-à-dire de ne pas traiter d’autres malades, car autrement comment savoir si c’est le remède ou la nature qui a guéri ? GALL a écrit un livre assez peu connu sur cette question de savoir quelle est la part de la nature et de la médecine dans la guérison des maladies, et il conclut tout naturellement que cette part est fort difficile à faire. » (1). Nous nous sommes rappelé ces critiques anciennes, mais toujours actuelles, et la meilleure façon de leur échapper était de ne pas incorporer dans nos tableaux tous les malades d'Hauteville traités par les sels d’or.
Nous avons rejeté les cas douteux. Nous avons éliminé par exemple les malades dont l'amélioration avait débuté avant le traitement. Dans l'appréciation des résultats, nous n'avons non plus tenu compte de ceux qui avaient été soumis à des agents thérapeutiques simul-
(1) Introduction. Troisième partie. Chapitre III. De la critique expérimentale physiologique et thérapeutique.
tanés, lorsqu'il était impossible de dissocier l’action particulière de chacun. C’est ainsi que parmi les porteurs de pneumothorax, nous n’avons gardé que les malades dont celte méthode n’avait pas effacé complètement les symptômes, et chez lesquels une compression inefficace (32 cas) ou bien une poussée évolutive sur le poumon opposé (34 cas) avaient posé d’une façon précise l'indication des sels d’or. Nous avons également filtré les observations de phrénicectomie (8 cas retenus) et de thoracoplastie (4 cas).
En définitive, les malades dont nous avons interprété l’histoire appartenaient à l’un des trois groupes suivants:
Les uns étaient au point mort : après plusieurs mois de cure sanatoriale, ils ne bénéficiaient plus de la-transplantation climatique, ni de la cure hygiénique habituelle. Les méthodes simples avaient cessé de les améliorer.
D'autres, dont la maladie était plus récente, présentaient des lésions que la cure simple est généralement impuissante à guérir. Néanmoins, pour éviter toute erreur, on avait attendu 3 ou 4 semaines avant d’injecter l'or. D'autre part le pneumothorax était impossible: tantôt les lésions étaient vastes et bilatérales, tantôt le décollement ne s'était pas réalisé.
D'autres enfin étaient de très grands malades pour qui les sels d’or étaient la dernière espérance. Consolation morale ? Ce fut toujours le point de départ. Ce ne fut pas toujours le point d’arrivée.
Dans ces trois groupes figuraient des formes analomo-
cliniques bien diverses :
Tuberculoses aiguës (pneumonies ou bronchopneu-
monies CASÉGUSES) MERS ER ER EN EAERE 6 Septicémies haefllaires ne sn CEE 2 Tuberculoses fibreuses simples .................. 48 TuberculosestulCéro=-fibreuses NE Eee. 94 Tuberculoses fibro-caséeuses simples ............. 115 Tuberculoses ulcéro-caséeuses ....:.............. 86 PIEUTÉSIESL RM A RC ner ee 4 Tuberculoses granuliques interstitielles .......... # Pneumothorax avec évolution sur le poumon opposé 34 FhOrTACODIASTIES RE ER CRE EE e 4
L'âge des malades était également très variable. Le plus jeune avait 15 ans, le plus âgé 62 :
MaladesMentre=151ett 20 anse Re er Re 86 — EM LA ROCASOPANS ANNE ET ER Re 209 == ISA ES ADLANS RES RE RE Er ee 81 — == AA CLS OL LAS PE IT EEE SES 24
L'ancienneté des lésions était elle-même très variable:
Formes ayant débuté moins d’un an auparavant... 57 —— — — de 2 ans — Cr Lis — — — de 3 ans — et 0 — ee — de 4 ans — M EN —- — — de 5 ans — Le 25 — — — de:10 ans — SAND
Fôrmes:remontant.à plus de 10/ans. et 19
Un malade était tuberculeux depuis deux mois. Deux malades étaient tuberculeux depuis vingt ans.
Quand on commença le traitement, plusieurs avaient des complications ou des maladies intercurrentes :
Laryngites Troubles digestifs Paludisme
Pense ee rare is telholotelene oeil ele ele, » see. ,.e
Éhnns ele dlaelolefe ee, else eee ee
See 2
DYDILIIS ANSE A ETES PET RS TT ee 2 — Péritonite tuberculeuse 1 Tuberculose cutanée 1 Blennorragie 1
eee + ee es ee eee v'oilele » see RTe es de ce eee ae sue hoe
cheteholele lotte els ele irle es (otre slelele eo .t.e ef e7e.s.ie
Une malade avait une grossesse.
Enfin les sels injectés se répartirent de la façon suivante
BANOCLYSINESTANOI OMR NT PMR EL 274 malades Thiocrysine des Usines du Rhône ....... 104 : — AITOCHEYSITE M EUMIÈTER RE TER 20 —
Chrysalbine Poulenc
MM. LUMIÈRE, GÉLIBERT et Boissez ont bien voulu ajouter à nos observations les dossiers de 63 malades traités par l’allochrysine et soumis à leur expérience. Nous les publions à part, à la suite des nôtres. Deux présentèrent des affections intercurrentes (grippe, coqueluche), deux étaient diabétiques, un autre avait un goitre exophtalmique. |
Si les malades, retenus pour cette étude, étaient par certains côtés fort disparates, tous convergeaient sur un point : la conduite de la. cure. Et d’abord aucun ne modifia sa façon de vivre habituelle. Les auteurs danois et la plupart des cliniciens étrangers conseillent aux leurs de garder rigoureusement la chambre pendant les dix ou douze semaines le long desquelles s’échelonnent les injections. Nous avons pensé que ce repos forcé risquerait d'infirmer nos expériences. On ne peut en effet apprécier la valeur thérapeutique d’un médicament en lui-même qu’à la condition de ne pas transplanter les
malades dans une existence à laquelle ils sont inaccoutumés. Les nôtres ne sont restés couchés que dans la mesure exigée par leur état. Telle fut évidemment la règle des fébriles, des grands évolutifs. Les autres ont continué de vivre exactement leur vie habituelle.
Les sels étaient injectés une fois par semaine. Pendant toute la durée du traitement les malades prenaient leur température trois fois par jour. Tous les huit jours, ils montaient sur la bascule et faisaient analyser leurs urines. La recherche de l’albumine précédait immédiatement l'injection. Ils étaient auscultés environ tous les quinze jours. Ils étaient radioscopés tous les mois. Très souvent lorsqu'il s'agissait d’un tuberculeux très fragile, on pratiquait au préalable une exploration fonctionnelle des reins, du foie et du système artériel. Les bacilles étaient périodiquement recherchés.
Les réactions mêmes les plus légères étaient notées sur les feuilles de température. Etaient-elles graves ? elles faisaient cesser le traitement. Etaient-elles légères ? les ‘injections étaient suspendues provisoirement jusqu'au jour de leur disparition.
Les doses administrées furent toujours minimes. On commençait par une série d'injections de quantités croissantes, jusqu'à concurrence de 1 gr. 50 à 2 grammes, suivant la corpulence du sujet et sa résistance. On donnait ainsi 0,05, 0,10, 0,15, 0,20, 0,25. Cette dernière dose était un maximum qui n’était jamais dépassé et qui souvent n'était pas atteint chez les malades dont le poids était peu élevé. On laissait ensuite le malade au repos pendant six semaines à deux mois, puis on reprenait le traitement suivant la même méthode, si le besoin s'en
faisait sentir. On recommençait une deuxième, une troisième fois, et même quelques sujets reçurent cinq séries. En cours de route on eut du reste souvent l’occasion de modifier ce schéma. Nous reviendrons dans un chapitre spécial sur les règles posologiques qui se dégagent de cet enseignement.
Mais si nous envisageons uniquement nos malades, nous voyons que les doses totales de sels d'or employées varièrent de 0 gr. 05 ou 0 gr. 10, lorsque le traitement par suite d'incident ou de contre-indication ne put être poursuivi, à 6 gr. 35 (obs. 77) et 6 gr. 50 (obs. 139). Ces dernières quantités ne furent jamais dépassées, et elles furent administrées en 26 et 28 injections.
Les autres agents thérapeutiques furent réduits au minimum. On se contenta de formuler une médication symptomatique, lorsque survint une complication antidiarrhéiques, analgésiques, hypnotiques, urotropine, etc. On n’employa jamais le sérum antituberculeux que quelques cliniciens prescrivent encore pour prévenir ou combattre certains accidents (albuminurie, choc, etc.). Lorsqu'on fut contraint d’administrer un traitement antisyphilitique, on abandonna provisoirement les injections d’or. GARIN a conseillé d'ajouter à la chrysothérapie une médication arsénicale (arrhénal, stovarsol, etc.). Nous n'avons pas eu l’occasion de conjuguer ces thérapeutiques.
On trouvera plus loin les tableaux justificatifs où sont résumées nos observations. Suivant les conseils de notre Maître, M. DUMAREST, nous avons classé les malades d’après leur état évolutif. Il s'agissait essentiellement de physiologie thérapeutique. Les vieux cadres anatomo-
cliniques nous paraissaient donc insuffisants ou inexpressifs. Nous avons établi les quatre groupes suivants :
1° Tuberculoses pneumoniques ou caséifiantes
franc hementévolUNES APE PP PRET EEE NEO 156 cas 2° Tuberculoses fibro - caséeuses faiblement
ÉVO LIVES PER NA 1e 164 — 3° Tuberculoses fibro-caséeuses stabilisées .. 43 — 4° Tuberculoses fibreuses inactives ......... 40 —
Les tableaux distincts, où sont inscrits les malades traités à Lyon par l’allochrysine, comprennent 21 cas du premier groupe, 17 du second, 7 du troisième, 18 du quatrième.
Nous étudierons plus loin les résultats particuliers à chacun de ces grands cadres. Ils nous seront d’un grand secours, quand nous chercherons à préciser les indications de la méthode. Dans le tableau suivant, nous n’envisagerons que la statistique globale :
Cas très améliorés ...... 00425 9%
O, COSRAMNELONES PRE 1952048751 ai COS REQUIS ARE ER ES RRS 25 :
CASA IPADESE EE DS DCE Re
Ces chiffres demandent quelques commentaires.