ASS
50=183) nous voyons que les gains se répartissent de la façon suivante :
Malades ayant augmenté de 100 à 1000 grammes . 21
2 SR 2e — 1000 à 2000 — AE) Malades ayant augmenté de 2 à 3 kilogs ...... 48 Pæ a Re 0e 17 “Ans er — NASA RDS RE CE 14 Le Be = Sy N DE MONNIER EC 9 ri Lis sa = OA T ES MORE 12 = Ex 1 SATA ES = LE 2 na Le Re UE OP Re 1 Fa me Le LOT AO TAN RCE 5 Es 2 = A D ARTE 1 “et AR = = AA AA RS LRO 2 wa = = = A2 DAS NOR EL 1
Le gain habituel est done de 1 à 3 kilogs par série. SAYÉ a rapporté que tous ses malades fibreux perdirent du poids. Notre statistique est moins pessimiste. Nous devons cependant reconnaître que les gains furent moins nombreux parmi nos malades fibreux que parmi les fibro-caséeux. En échange, contrairement à SAYÉ, nous n'avons pas noté que la proportion la plus forte existât parmi les formes jeunes, pneumoniques ou caséifiantes. Charles MAYER avait de même observé que les tuberculeux nettement fébriles étaient ceux qui bénéficiaient le plus nettement de cette augmentation pondérale. Elle nous à paru surtout fréquente, au contraire, chez les fibro-caséeux évolutifs à température subfébrile.
Cette augmentation nous a semblé d'autant plus frappante que tous nos malades voyaient leur poids stationnaire depuis de longs mois. Chez plusieurs, la cour-
be était même très nettement descendante: et chez ceuxlà la chute de poids a été enrayée dès le début de la série.
Les auteurs danois ont insisté sur une évolution en deux phases : les sels d’or produiraient au début un amaigrissement marqué, suivi, dans les dernières semaines, d’un réengraissement net. Cette notion est devenue classique. Plusieurs ont observé un poids stationnaire pendant toute la durée du traitement. Ce n’est qu'après coup qu'il augmenterait. En ce qui nous concerne, nous n'avons remarqué aucune règle fixe. La courbe s’est élevée souvent dès le début du traitement. Le malade 131, qui pesait 71 kilogs le soir de la première injection, pesait 80 kilogs deux mois plus tard après la huitième (1 gr 15 de thiocrysine). L'ascension avait été progressive, sans plateau ni fléchissement. Sur l’observation 117 nous lisons qu'après 0 gr. 80 de sanocrysine, avant que le traitement ne fut terminé, le malade avait pris 6 kilogs à la neuvième injection (0 gr 88). Un autre avait déjà engraissé de 4 k. 200 (n° 204). Nous constatons un gain presque analogue (5 kilogs) à la huitième piqûre sur l'observation 227 (0 gr. 90). Ces améliorations se sont donc réalisées pendant la série.
Sur d’autres nous voyons le poids, qui avait augmenté, fléchir dès qu’on interrompt les sels d’or (262, etc.). Au contraire nous avons observé très souvent non seulement le maintien mais l’accentuation du bénéfice après la série. Et ce n’est que dans un très petit nombre de cas que nous avons vu l'augmentation précédée par une chute (90) où un poids demeuré stationnaire attendre pour s'élever la fin des injections.
Nous devons enfin signaler que quelques malades ont
vu leur poids baisser pendant le traitement, alors même que le résultat général de celui-ci était nettement favorable (obs. 357, 138, 154, 378, 341, 348, 272, 254, 187, 173, etc.). Nous citerons une observation (317) où nous avons noté la disparition de la fièvre, la suppression presque totale de l’expectoration, une amélioration nette de l'état général, une diminution très marquée des signes physiques et des bacilles, et l’absence absolue de complications. Nous sommes forcés de conclure à une action favorable, et cependant la malade perdit 5 kilogs.
Il est donc impossible de tirer une leçon des modifications pondérales. On ne peut surtout les prévoir ni décrire d’une façon absolue leurs modalités. Nous noterons simplement que là encore l'amélioration est très progressive et souvent prolongée.
Tandis que le poids suit une courbe ascendante, le teint se recolore. Nous avons fait plusieurs fois les mêmes constatations que Léon BERNARD : « Au visage altéré, aux couleurs plus ou moins pâles ou livides, avec l’acroasphyxie des pommettes, comme des extrémités digitales d’ailleurs, se substituent une coloration rosée, plus ou moins normale de la face et une physionomie sereine et souriante. » Ces changements nous conduisent à l'étude de la cinquième influence des sels d’or : leur action sur l’état général.
9° Action sur l'état général. — Sur 400 malades, l’état général fut amélioré 210 fois. Il resta stationnaire 132 fois. Il s'aggrava 58 fois. Soit une action favorable des sels d’or dans 52,5 % des cas. Sur 63 malades, l’état général fut très nettement influencé 9 fois, heureusement modifié 32 fois, stationnaire 21 fois, aggravé 1 fois.
Cette amélioration consiste d'abord — et presque immédiatement — dans une sensation subjective de bienêtre. L’euphorie, qui suit l'injection, nous a paru très constante. Nous l'avons même observée chez des malades à qui les sels d’or ne procurèrent aucun autre avantage. Il est impossible de l’analyser. Elle est du reste très variable. Certains nous déclarent qu'ils sont délivrés d'une impression de pesanteur. D'autres se disent « plus dispos ». D’autres encore se sentent envahis par des ondes de bien-être, assez comparables à celles que procure une injection de morphine. En outre, pendant toute la durée de la cure, et souvent plus tard, les malades ont une sensation de vigueur qu'il faut également renoncer à décrire avec précision. Si l'on autorise une expression qui n’a rien de clinique, mais qui est de mise ici, parce qu'elle fut presque constamment la leur, et parce qu'il s'agit de données toutes personnelles, ils « se sentent mieux » ou «se sentent plus en forme ».
Si l’on fait abstraction de ces modifications purement subjectives,on doit constater une renaissance de l'appétit. Notons cependant que celui-ci diminua quelquefois pendant la durée des injections, pour devenir du reste très fort après la cure (obs. 290, 346), mais beaucoup plus constamment l’anorexie, dont se plaignaient un grand nombre de malades, cessa dès le début du traitement.
Nous avons encore constaté le retour du sommeil. Une malade vit, à la seconde série de sanocrysine, disparaître une insomnie qui l’affligeait depuis trois ans (obs. 257). Il est encore plus important de noter, chez trois sujets, la suppression de phénomènes toxiques (367, 399, 113). La céphalée disparaît. Les troubles digestifs, les
pesanteurs hépatiques peuvent s’effacer. La tension artérielle s'élève, en même temps que diminue l'écart entre la pression systolique et la pression diastolique. On voit quelquefois une tachycardie devenir moindre. Le pouls est perçu plus fortement.
Un phénomène encore plus constant est la disparition de l’asthénie. Plusieurs malades, longtemps condamnés au lit, purent se lever dès les premières injections (77, 182, 56, 236, 253). L'un d'eux, tuberculeux depuis 15 ans, avait, après une longue résistance, évolué vers une cachexie progressive (obs. 193). Une première série de sanocrysine diminua son expectoration d’une quantité de deux crachoirs quotidiens à celle de 7 crachats par jour. Les bacilles tombèrent de 50 à 10. Mais ce qui nous intéresse en ce moment, c’est que ce malade, qui ne quittait plus guère sa chambre, put, dès le milieu de la série, entreprendre de courtes promenades qui s’allongèrent très rapidement. Six mois plus tard, pendant un troisième traitement, il faisait à pied 12 kilomètres par jour. Nous pourrions relater une histoire à peu près semblable (obs. 194) à propos d’un malade très asthénique qui vivait également dans sa chambre. Après une série, non seulement les signes fonctionnels diminuèrent, mais il pouvait faire trois heures de marche par jour. Le fait que l’amélioration coïncida avec un tarissement progressif des sécrétions, et un effacement de la fièvre, indique que nous ne pouvons pas attribuer à l'illusion ces forces renaissantes.
Très souvent sans doute il faut faire sa part au psychisme. À leur insu beaucoup de malades sont suggestionnés par leur confiance dans les thérapeutiques nou-
velles. Mais nous ne les jugeons pas d’après leurs propres confidences. Nous éviterons même de eiter des amé- liorations douteuses, trop purement liées à leur enthousiasme. Au contraire les modifications de l’état général prennent une importance assez significative chez les sujets qui supportent mal le repos ou chez ceux qui; pour des raisons sociales, n'ont pu renoncer à une vie plus ou moins affairée. Elles ont surtout une valeur de premier ordre chez ceux qui, fixés depuis de longs mois sur une chaise longue, n'avaient cessé d’empirer malgré tout effort. Sur ce point l’observation 358 nous paraît assez émouvante (malade du Docteur DUMAREST) : il s'agissait d’un malade de 48 ans dont les premiers symptômes étaient apparus vingt ans auparavant. Après deux années de cure, il avait repris une vie normale jusqu’en 1919 où la toux, l’expectoration renaissante et surtout plusieurs hémoptysies le conduisirent à Hauteville. On découvrit à cette époque une tuberculose fibro-caséeuse assez nette, mais localisée au sommet droit. Le séjour au sanatorium de Belligneux l’améliora pendant quelques mois. Puis son état commença à baisser : dans le bloc purement fibro-caséeux apparut une caverne qui augmenta rapidement de volume. Le repos sérieux, méthodique, alternativement pratiqué à Hauteville et à Grasse n’était plus désormais que du temps perdu. En juillet 1927, le malade présentait un état cachectique lamentable. Confiné au lit, sans force, il toussait abondamment. Son expectoration augmentait de jour en jour. Malgré des cachets quotidiens de pyramidon, sa température dépassait chaque soir 38°. Plus tard, quand il évoquait cette période, il nous disait avec son éloquence pit-
toresque : « J'étais à l’agonie. J'aurais été incapable d'écrire trois lignes de testament. » On entreprit contre tout espoir des injections de sanocrysine. Par prudence on injecta d’abord une très faible dose : 0.025 cg. Mais dès le lendemain, la température baissait, et subjectivement le malade était plus fort. Deux jours plus tard, sans pyramidon, la fièvre ne dépassait pas 37°6. Après deux semaines, elle avait complètement disparu, et M. X.. prenait ses repas hors de sa chambre. Effet psychique ? en tout cas, la sanocrysine continua d’être injectée toutes les semaines à la dose de 0,05 centigrammes pendant six mois. Au début de l'été, après 34 injections, dont les doses additionnées formaient un total de 1 gr. 675, le malade revenait de Grasse à Hauteville, complètement transformé. Sa tension artérielle avait passé de 100/65 à 125/80. Il nous disait que les sels d’or « lui avaient injecté de la vie ». L'état physique et l'état fonctionnel étaient sans doute peu modifiés, l’expectoration demeurait stationnaire, mais la température n'avait eu depuis un an aucune irrégularité, et le malade, redevenu très actif, reprenait au sanatorium le souci de nombreuses entreprises. Un voyage à Paris fut supporté sans fatigue. A noter qu'à part des réactions vaso-motrices insignifiantes, la sanocrysine n'avait déclenché aucun accident. Comment nier qu'une telle métamorphose générale ne fut l’œuvre des sels d'or ? (1).
(1) Quelques auteurs ont étudié l'influence des sels d’or sur les fonctions rénales (spécialement les modifications de la constante d'A MBARD). Les variations constatées furent toujours insignifiantes (Léon BER- NARD). Mais au point de vue clinique, nous avons noté très fréquemment une augmentation de la diurèse le jour des injections. Les urines deviennent non seulement plus abondantes, mais elles sont d’abord plus € chargées », ensuite plus claires. Cette polyurie persiste quelquefois pendant toute la série. I1 n’est donc pas douteux que le médicament
6° Action sur la dyspnée. — En même temps qu'ils accusent une sensation de bien-être, beaucoup de malades voient leur essoufflement diminuer. Nous n’attacherions pas une grande importance à cette amélioration, si nous ne l’avions constatée chez des sujets, généralement fibreux, dont la dyspnée était le principal symptôme (obs. 113, 348, 287, 340, 374, etc). Nous citerons un malade (obs. 805) qui eut en 1926, après un séjour dans l'aviation, une hémoptysie abondante qui le laissa très essoufflé. Un été à Hauteville, puis un hiver à Davos ne l’améliorèrent en aucune façon. Quand il revint en mai 1928, on notait sur sa fiche : « Tuberculose nodulaire fibreuse bilatérale. Température subfébrile persistante. Pas d’expectoration, mais dyspnée très vive. Râles diffus. » On pratiqua 8 injections de sanocrysine (0 gr. 825). A la fin du traitement le malade n'avait plus d'impression asthmatiforme. Lui, qui mettait le mois précédent vingt minutes pour monter un escalier de trente marches, n'avait plus aucune dyspnée d'effort. A noter l’abaissement de la température et la diminution des signes pulmonaires. En outre chez les grands malades, plus ou moins asphyxiques, nous avons quelquefois noté pendant le traitement, et surtout le jour des injections, un ralentissement de la respiration qui s’exerçait plus librement. Mais aucune influence heureuse chez les sujets qu’un pneumothorax avait laissés essoufflés.
7° Action sur les signes physiques cliniques. — Sur
agisse sur les reins. Du reste, nous l'avons déjà noté au point de vue expérimental, et nous le rappellerons plus tard, au chapitre des complications. Mais ce qu’il convient de noter ici, c’est qu'il paraît favoriser l'élimination des produits toxiques. Et c'est peut-être par ce mécanisme qu’il faut expliquer son action sur l’état général.
400 malades, les signes d’auscultation ont été modifiés favorablement 175 fois. Ils furent stationnaires 203 fois (50,7 %) et ils s’aggravèrent 22 fois (5,5 %). Soit une amélioration globale de 43,75 pour 100.
Sur 63 malades, les signes d’auscultation ont été influencés très favorablement 10 fois, plus légèrement 22 fois. Ils sont restés stationnaires 20 fois. Ils se sont aggravés une fois.
Sans doute il est très délicat d'apprécier les modifications des bruits respiratoires. C’est qu'il est d’abord très difficile d'établir le bilan exact de la richesse en râles d’un foyer. Il s’agit trop souvent de nuances qui peuvent être jugées assez différemment le même jour par plusieurs observations. C’est dire le point de départ subjectif de constatations théoriquement objectives. Nous avons donc éliminé tous les cas litigieux. D’autre part un schéma sthétacoustique se modifie spontanément d’une auscultation à l’autre. Tantôt les râles sont très nombreux, tantôt il faut une longue patience pour les découvrir. Il en sera de même, à plus forte raison, des foyers traités par les sels d’or. Nous n'avons donc retenu que les modifications nettes, impossibles à contester, et surtout vérifiées, retrouvées à plusieurs examens successifs. Ces réserves nous permettent d'établir quelques données qui n’ont du reste aucun caractère définitif.
Si l'on excepte les tuberculoses pneumoniques ou bronchopneumoniques rapidement caséifiantes, il nous a semblé que les poussées nouvelles sur une tuberculose ancienne étaient beaucoup plus faiblement influencées que les scléroses définitivement constituées. Nous citerons, par exemple, le cas très net de la poussée évolu-
tive qui surgit sur le poumon sain d’un porteur de pneumothorax ? 30 fois sur 50, nous l'avons vu disparaître ou s’atténuer lors d’une série d’injections. Au contraire, un grand nombre de cas stationnaires à l’auscultation concernait des formes fibreuses ou fibro-caséeuses stabilisées, chez qui du reste les signes physiques étaient souvent très discrets. Nous avons observé au sanatorium de Belligneux une malade qui était tuberculeuse depuis quatre ans (abs. 270). Son histoire se résumait dans une évolution fibreuse, entrecoupée d’hémoptysies, et quelquefois de très légères poussées évolutives. Tandis que le sommet droit restait purement fibrosé, une caverne se creusa au niveau du hile gauche. On fit avec succès un pneumothorax. De ce côté, l’auscultation devint négative. Or, dix mois plus tard, un foyer de râles secs très fins apparut à la base droite. On commença immédiatement une série de 0 gr. 60 de sanocrysine, dont le but était uniquement d’agir sur ce poumon droit. Au bout de trois semaines, le foyer de la base s'était éteint complètement tandis que le sommet, fibreux depuis longtemps, présentait les mêmes signes sourds qu'avant les injections. La sanocrysine avait tué la lésion jeune. Elle avait laissé vivre la lésion ancienne. Nous pourrions citer beaucoup d'histoires parallèles.
En second lieu, Les foyers diffus, dont le type est donné par les granulies interstitielles (obs. 26) sont beaucoup plus nettement influençcables que les masses compactes d'infiltration localisée. SAyé a fait du reste la même observation.
En troisième lieu, les modifications portent avant tout sur les adventices. Il y a d'ailleurs tous les degrés dans
leur évolution sous l'influence du traitement. Tantôt l’action thérapeutique se borne à limiter les foyers de râles qui deviennent. moins nombreux, plus discrets. Tantôt ils changent de caractère, prennent un timbre moins gros, moins humide, quittent la tonalité éclatante pour ne donner à l'oreille que le mince éclat d’un crépitement très fin. Tantôt ils ne se laissent plus entendre qu'après la toux, tantôt enfin ils disparaissent totalement. Il ne reste plus alors qu’un foyer soufflant qui parait s’être fibrosé (227, 1388, 3866, 217, 269, 280, 273, etc.). On a nettement l'impression que la lésion a passé du mode dynamique au mode statique, ou, comme l'écrit GARIN, « qu’elle s’est refroidie ». 11 semble en outre, à l'examen de ces cas, que les sels d’or produisent une regression des foyers nouveaux, ou plutôt, leur donnent très vite une organisation fibreuse. Ces constatations sont très nettes par exemple sur des lésions cavitaires. On a d’abord la sensation d’un assèchement : les gargouillements sont moins nombreux ou disparaissent. On assiste en même temps à un renforcement du souffle cavitaire. Mais, parvenus à ce stade, les signes physiques deviennent beaucoup plus rebelles. Il ne nous est arrivé que très rarement d'observer la disparition d’un souffle, ou de ne plus trouver qu'une région silencieuse, où s’entendait d'abord un foyer éclatant. Néanmoins onze fois, l’auscultation devint complèlement négative.
Nous noterons aussi, qu'au lieu d'aboutir à cette regression, les signes physiques ne présentèrent souvent qu'une diminution transitoire. Il est vrai que dans d'autres cas l’atténuation obtenue se maintint au delà du traitement. 7! faut bien observer du reste que ces modifica-
lions stéthacoustiques se réduisirent en définitive à la raréfaction des sécrétions.
Nous étudierons plus loin quelques malades chez qui des cavernes disparurent totalement. D'autre part, nous pouvons relater ici que trois fois sur quatre nous avons vu, dans le cours d’une pleurésie, l'arrêt de la progression liquidienne. Mais contrairement à SAYÉ, à ROBELLOS, à WÜRTZEN, nous n'avons pas remarqué que les sels d’or aient déclenché ou accéléré la résorption de l’épanchement.
On peut placer à côté des signes pleuro-pulmonaires les signes physiques laryngés : 26 malades avaient une laryngite. 14 s’améliorèrent (52 %). Il s'agissait le plus souvent de laryngites catarrhales. Cependant nous avons vu deux fois disparaître des ulcérations des cordes vocales. Coïncidence ? Dans l’observation 109 une laryngite apparut pendant le cours du traitement.
8° Action sur les images radiologiques. — Au sujet des signes radiologiques, les auteurs se sont divisés en deux camps. Les uns, à la suite de l’école danoise, onf affirmé que les sels d’or transformaient rapidement les images. Ils ont dit avec WürTZEN que « l'existence d'améliorations rôntgénologiques était une découverte indiscutable, dont la valeur ne saurait être révoquée en doute, même par le critique le plus scrupuleux ». Ils ont insisté sur la rapidité avec laquelle se produisaient ces modifications qui consisteraient en un « éclaircissement d'infiltrations confluentes fermes, et un contour plus précis d'infiltrations plus discrètes ». Les cavernes pourraient « ou prendre des parois plus épaisses et devenir plus grandes par rétraction du tissu, ou diminuer de
Pr
grandeur, prendre la forme d'une fente ». Ils ont noté avec KNUD FABER la transformation des foyers caséeux en un réticulum fibreux « dont les stries prédomineraient tout à fait sur les radiogrammes ». Tout récemment Charles GAILLARD a publié l’intéressante histoire d’une malade ulcéro-caséeuse gauche, chez qui le pneumothorax commencé s'accompagna bientôt d'une poussée évolutive droite. Il pratiqua une série d’injections de thiocrysine. Au bout de dix mois, les signes fonctionnels avaient disparu, une inoculation fut négative, la caverne fut remplacée « par une tache noire à peine plus large qu'une tête d’épingle en verre ». Même effacement des lésions droites. Charles GAILLARD concluait que ce beau résultat ne pouvait être attribué qu'aux sels d’or (cure imparfaite, pneumothorax insuffisant).
Les autres, à la suite de SERGENT, ont rappelé les « nettoyages radiologiques » spontanés. Ils ont nié que les modifications constatées à la suite d'un traitement par l'or aient été aussi importants que certaines améliorations naturelles. Sur 66 observations, MAYER n’a cru retenir qu’un cas favorable, constaté lors d'une première poussée évolutive : « Le cliché d'entrée était normal. Les lésions s'étaient développées au cours du séjour de la malade. Six mois après sa sortie, un nouveau cliché ne montrait aucune lésion pulmonaire ». Et l'auteur conclut : « Nous serions heureux, mais cela nous paraît difficile, d'affirmer que ce nettoyage radiologique complet doit être attribué au traitement. » D'autres ont exposé leur méfiance vis-à-vis d’un procédé diagnostique soumis à tant de facteurs incertains : « Quand on croit observer des variations dans les examens pratiqués
à quelques semaines d'intervalle, il faut encore se défier des perturbations que peuvent apporter les variables de l'opération. Pour peu que l’étincelle équivalente, l’intensité du courant, l’état de l'écran ou de l’œil de l’observateur ne soient pas identiques, on pourra enregistrer des différences d'aspect dans lesquelles les lésions pulmonaires ne seront pour rien. Les radiographies comparatives elles-mêmes peuvent être trompeuses, s'il n’y a pas identité complète de toutes les conditions expérimentales. Aux causes d'erreur provenant des contacts électriques ou physiques (pouvoir pénétrant des rayons...) viennent s'ajouter les facteurs photographiques (nature . des émulsions, temps d’exposition, composition des bains, durée du développement, température, etc.). Il serait facile, en combinant les éléments favorables ou défavorables de faire le même jour deux radiographies d’un même malade, dont l’une ferait ressortir des lésions beaucoup plus importantes que l’autre. » (A. LUMIÈRE). On sait en outre que l’angle d'incidence de l’ampoule varie naturellement suivant l'attitude du malade.
En ce qui concerne les malades d'Hauteville, il fut impossible, pour de multiples raisons, de faire tirer, pour tous, des radiographies successives qui, malgré ces réserves, apportent seul un argument sérieux. Mais tous passèrent derrière un écran radioscopique, et il faut reconnaître qu’on aperçut seulement 47 fois une modification nette. On vit alors des zones infiltrées devenir, sinon plus claires, du moins plus réduites. Tel fut, par exemple le cas d’une masse interlobaire qui fondit presque complètement dans l'intervalle de deux films (six mois). Ce qu'on constata le plus souvent, ce fut la dimi-
nution de volume des images cavitaires, et quelquefois — beaucoup plus rarement — leur effacement complet. Il arriva que deux cavernes confluèrent en une seule, dont le diamètre était du reste très diminé. D'une façon générale, on observa beaucoup plus souvent un épaississement des ombres qu'un retour à la clarté. Cela signifiait simplement, comme l'avait déjà indiqué KNuD FABER, un acheminement des lésions vers une forme fibreuse.
Il faut du reste remarquer — et l'observation en fut déjà faite (1) qu'un grand nombre d'images stationnaires concernaient précisément des tuberculoses parvenues à ce stade fibreux. Il est tout naturel que les lésions de cette nature présentent une opacité fixe. Ainsi un grand nombre de malades peuvent montrer de six mois en sir mois des radiographies invariables, alors que les autres signes physiques s’effacent, et que la scène fonctionnelle et générale est complètement transformée.
Nous reviendrons bientôt sur les quelques modifications radiologiques qui furent constatées. Les films que nous reproduisons ont été tirées dans des conditions expérimentales rigoureuses. Nous pensons, avec M. Duma- REST, que « sans attribuer à ces modifications considérées isolément, une valeur décisive et absolue, et tout en tenant largement compte des remarques de SERGENT sur le mécanisme des nettoyages radiologiques, leur consta-
(1) « Quant à la suite d'un traitement ou d'une cure sanatoriale ou, encore, spontanément, l'état pulmonaire d’un bacillaire s'améliore, les signes radiologiques ne montrent pas aussitôt les heureux changements qui se manifestent, et cela se conçoit : les lésions de cicatrisation présentent une certaine opacité aux rayons. De sorte qu'il est bien difficile de pouvoir constater des changements rapides dans les images radiologiques, même dans les cas où, sans conteste, tous les autres signes se trouvent amendés. » (LUMIÈRE et GÉLIBERT. Avenir Médicat, 1928. Les sels d’or dans le traitement de la tuberculose et l’aurothioglycérine sulfonate de sodium.)
tation chez des malades qui, par ailleurs, présentent tous les signes cliniques de l'amélioration générale et locale, garde une valeur incontestable. »
Mais nous répétons qu'elles sont rares et nous coricluons que la radiographie, sur qui les auteurs danois fondaient tant d'espoir, n’a pas répondu aux désirs de ceux qui lui demandaient de mettre en pleine lumière la rôle thérapeutique des sels d’or. Excellent procédé pour constater un point de départ, elle n’est qu’une méthode incertaine pour constater un point d'arrivée. Inconstante, et surtout déroutante sur le point de la coloration des images, il ne faut lui demander qu'un contrôle. Et lorsque ce contrôle manque, il ne faut pas conclure que manque aussi l'amélioration.
9° Action sur le sang. — Sous l'influence des sels d’or, plusieurs malades ont vu diminuer une anémie marquée. Les auteurs étrangers ont étudié longuement l’action de la sanocrysine sur les caractères morphologiques et sérologiques du sang. Dans les conditions d'étude qui nous étaient offertes, il nous fut impossible de nous livrer à des expériences minutieuses. Nous avons simplement constaté chez quelques sujets une diminution de la rapidité de la sédimentation globulaire. Celle-ci tomba de 40 % à 12 % dans l'observation 315, de 35 % à 7 % dans l'observation 156, de 45 % à 9 % dans l'observation 77. Ces résultats concordent avec ceux que MM. CORDIER et GAILLARD ont obtenus sur leurs malades. Il faut noter du reste que cette chute semble moins un effet direct des sels d’or qu'une conséquence de l’amélioration générale et fonctionelle. Peut-elle avoir une valeur pronostique ?
Nous n'avons pas les éléments suffisants pour donner à cette question une réponse personnelle (1).
11 nous est également impossible d'indiquer les modifications de la cuti-réaction. Charles MAYER a vu onze fois la cuti-réaction, positive avant le traitement, devenir négative au cours des injections qui, par ailleurs, amélioraient les malades. D’autres auteurs ont insisté sur une augmentation de la sensibilité à la tuberculose dans les premières semaines — qui serait suivie d’une diminution et de la disparition de cette sensibilité dans les phases avancées.
Cette analyse des modifications symptomatiques, essentiellement progressives et presque toujours concor-
(1) Cette étude du sang fut entreprise principalement par HANSEN, KATZ, PITTALUGA et BÉRENGUÉ, CODINA-COSTELLVI, MOURIZ, MONZALVE et Ramos, SAYÉ, ROBELLOS, etc. Dans l’ensemble les travaux aboutissent aux conclusions suivantes :
1° Sédimentation globulaire. — Son étude serait pour certains du plus utile intérêt. Les variations dans le cours du traitement signaleraient les diverses phases de l’évolution de la maladie avec une grande fidélité. On observerait la rapidité accrue de la sédimentation dans les cas défavorables et dans les périodes de réaction intense. Une fois la réaction terminée, la courbe de sédimentation retournerait à son niveau primitif. Les variations de la sédimentation pourraient se manifester dès les premières injections. Fréquemment on observerait une diminution de 16 à 18 millimètres en 4 à 5 semaines. On cite une observation où la chute fut de 50 %.
2° Augmentation du taux de l'hémoglobine de 10, 20 et 30 pour 100 dans les cas favorables — parfois de 110 % (SArLI).
3° Augmentation du nombre des globules rouges jusqu’à l’'hyperglobuhe dans quelques cas.
4°Diminution de l'hyperleucocytose jusqu'à la limite normale — éosinophibie légère avec diminution du nombre des neutrophiles.
5° Déviation à droite de la formule d'Arneth, et cela d'une manière presque constante dès les premières injections, et même dans les cas négatifs ou d'amélioration tardive.
6° Fixation du complément. — Celle-ci aurait des variations très irrégulières. Quelques malades qui présentent une réaction positive la conserveraient dans les phases avancées de la cure. Chez les malades les plus favorablement influencés, on constaterait des réactions négatives à une phase très avancée du traitement. D’autres, négatifs au début, deviendraient positifs plus tard, malgré le traitement, etc...
T° Dosage de la cholestérine (Charles MAYER). — Cette réaction ne donne aucun résultat démonstratif. |
dantes, nous permet actuellement de présenter la synthèse des améliorations. Nous savons déjà que celles-ci peuvent se diviser en deux groupes : les unes sont lésionnelles, les autres sont symptomatiques.
A) Améliorations lésionnelles
Nous entendons sous ce titre une modification nette du processus tuberculeux. Sur une première catégorie de malades, l’action des sels d’or se révèle par une fransformation anatomique, constatable à des auscultations répétées, séparées par de longs intervalles — et quel- Œquefois par des « nettoyages radiologiques ». Nous répétons que l’absence de ceux-ci n'indique pas forcément le statu quo. Nous rappellerons encore qu’une vieille lésion fibreuse reste une tache noire sur l’écran. Elle reste une tache noire parce que la sclérose est définitive, sans pour cela être immuablement fixée: les lésions fibreuses ont une tendance spontanée à la rétraction quelle que soit l’évolution de la masse caséeuse qu’elles entourent. En d’autres termes — anatomiquement — une lésion peut guérir, sans que la coque superficielle qui l’enserre, et qui, souvent, est seule visible sur les films soit elle-même modifiée dans son image. Quoiqu'il en soit, lorsqu'on assiste à la transformation silencieuse d’un foyer de râles éclatants, lorsque les signes physiques restent désormais négatifs, lorsqu'une expectoration, riche en bacilles, se tarit définitivement et perd ses éléments microbiens — autrement dit, lorsqu'une lésion se ferme, on a le droit de parler d'une amélioration lésionnelle de nature ana-
tomique, et si — au lieu de réclamer plusieurs années, comme les processus naturels dont JAQUEROD parle dans son livre, il suffit d'une ou deux séries de sels d’or pour les obtenir, on peut, malgré le scepticisme foncier qui est de rigueur en phtisiologie, déclarer que le traitement fut responsable de ces transformations.
Sur une seconde série de malades, l'amélioration lésionnelle se traduit par une transformation physiologique. Nous désignons par ce terme un arrêt rapide, net et définitif d'une poussée évolutive. Un type très fréquent nous est fourni par le malade porteur d’un pneumothorax qui présente un jour un foyer actif dans l’autre poumon. Si les sels d’or enraient cette complication, nous aurons également le droit de déclarer qu'ils ont produit une amélioration lésionnelle.
Anatomiques ou physiologiques, nous avons constaté ces heureuses modifications sur 50 malades, soit une proportion de 12,5 pour 100.
Nous donnerons d’abord des exemples de transformation anatomique :
{malade du Docteur DUMAREST)
M. X.., 23 ans, était malade depuis 13 mois. Un premier séjour à la montagne pendant l'hiver 1926-1927 avait eu des résultats heureux, mais éphémères. Et quand le malade vint à Hauteville, il présentait une poussée évolutive que le repos ni la cure d'air ne purent enrayer.
La radiographie montrait des lésions fibro-caséeuses du sommet droit, où s'étaient creusées deux cavernes, et une infiltration très nette du sommet gauche.
La température oscillait autour de 37°6. Le malade expec+
Re
torait 25 à 30 fois par jour, et présentait 110 bacilles par champ microscopique.
Une première série de sanocrysine (0 g. 60 du 10 août au 17 septembre 1927) abaissa à 37°2 sa température, à 7 le nombre des crachats quotidiens, à 6 celui des bacilles. Mais le malade toussait encore abondamment, et l’auseultation ne montrait aucun changement. A part la fièvre qui ne revint pas, on voyait, la série terminée, réapparaître tous les symptômes.
On fit une seconde série 2 mois plus tard. Elle rendit l’état général excellent, et le malade, qui ne crachait plus que 3 fois par jour, n’eut plus qu’un bacille tous les champs.
On pratiqua ultérieurement 2 autres séries (doses identiques). L’expectoration cessa entièrement, les bacilles furent supprimés. L’auscultation devint négative.
Une radiographie, faite le 23 février 1927, montrait un voile du sommet droit, le tiers supérieur du poumon droit contenait des images lacunaires, limitées en bas par un plancher d'interlobite, le hile était volumineux, le cœur et le médiastin attirés vers l’interlobite. Une seconde radiographie, le 7 octobre 1927, montre un sommet plus clair, les images lacunaires ont disparu, quelques nodules de sclérose dans le poumon droit.
{malade du Docteur DUMAREST, Sanatorium Belligneux)
M. X..., 25 ans, malade depuis 8 ans, et atteint d’une « tuberculose fibro-caséeuse étendue bilatérale avec ulcérations multiples à droite » présentait des poussées successives hémoptoïques, et s'aggravait progressivement, malgré 4 ans de cure sanatoriale.
Au moment où fut commencé le traitement (juin 1926) la température était normale, l'expectoration assez réduite, mais bacillifère.
Le malade reçut 2 gr.30 de sanocrysine, en 2 séries, à 6 semaines d'intervalle.
Progressivement l'appétit augmenta, l’état général s'améliora remarquablement, la bascule accusa un gain de 4 kilogs, l’expectoration se tarit, et parallèlement le nombre des bacilles
diminua. L'auscultation témoigna des mêmes progrès. Aucun incident ne survint pendant le traitement.
A la radiographie, alors que le 19 janvier, de nombreuses pommelures occupaient toute la moitié supérieure du poumon droit — qu'on voyait dans la région parahilaire droite une caverne de la grosseur d’un œuf de pigeon, et deux cavernules voisines, et que le poumon gauche était le siège d’une sclérose diffuse avec marbrures du sommet — le 18 novembre, la transparence du champ pulmonaire droit était meilleure, les dimensions des cavités étaient si réduites, qu'on ne retrouvait qu’un aspect en nid d’abeilles de la grosseur d’une pièce de 2 francs, exactement à la même place. A gauche, on ne notait aucun changement.
Après cette seconde série, le malade prit encore 3 kilogs, mais, deux mois plus tard, une très légère poussée congestive fut calmée par un troisième traitement (0 gr. 95) qui améliora encore l’état anatomique. On nota alors la « disparition des râles entendus depuis trois ans ». Plus tard, une quatrième et une cinquième séries (novembre-décembre 1927 et mars-avril 1928), lors desquelles on injecta 1 gr. 40 de sanocrysine, effaçèrent complètement les phénomènes fonctionnels. Actuellement, l’état général est excellent, et le malade peut se livrer à un petit travail. A signaler une stomatite à la troisième série et, à la dernière, deux réactions thermiques à 40°, qui posent le problème de l’anaphylaxie. Ces complications n’entravèrent en rien la marche ascendante.