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toutefois que les atouts du médicament sont bien faibles contre les fièvres élevées persistantes.
2° Au contraire, 23 malades avaient un état général excellent, et leur température ne dépassait jamais 37°. Leur poids restait invariable. Les lésions étaient souvent: importantes, mais elles étaient stabilisées. On ne percevait aucun signe humide. La tuberculose était devenue fibreuse. Les malades présentaient seulement une expectoration légère, plus ou moins riche en bacilles. Il était certain que le champ d'action des sels d’or serait d'avance très limité. |
3° 15 malades avaient une grande fragilité digestive. Leurs syndromes étaient du reste très variés. Un sujet présentait une lithiase vésiculaire (obs. 284) ; un second souffrait d’un ulcère du duodénum (obs. 205). Deux avaient un état dyspeptique très ancien (obs. 79 et 283), mais la plupart avaient des troubles intestinaux. Il s’agissait chez l’un d’une appendicite chronique (obs. 97). Les autres présentaient un syndrome de cause incertaine : ballonnement adbominal, gargouillements, alternatives de constipation et de diarrhée, coliques ou douleurs sourdes dans les fosses iliaques. C'était surtout la diarrhée qui dominait la scène, sans qu'il fut possible d'affirmer une diarrhée spécifique. Tous avaient un état saburral et une inappétence très difficile à vaincre.
4° 4 présentèrent un balancement dans les résultats. Les sels d'or améliorèrent par exemple leur température, mais dans le même temps l’expectoration augmentait. Gain d’un côté, perte de l’autre, il ne fut pas possible de voir dans ces résultats autre chose qu'un état sta-
HUDRE
tionnaire. Du reste, dans l’ensemble, les malades gardèrent le stalu quo.
5° 26 traitements furent interrompus avant l'heure, par suite de circonstances indépendantes (départ, maladie intercurrente) ou par suite d’un accident passager (réaction thermique, albuminurie bénigne, hémoptysie) qui effraya des malades peu courageux. Jusqu'à la cessation du traitement, les sels d’or n'avaient déclenché aucune amélioration.
6° 2 malades avaient une lithiase rénale. Un autre avait une syphilis qui datait de 4 ans. Par contre, nous aurions pu noter, parmi les malades améliorés, un syphilitique, peut-être un peu plus ancien. Un autre avait une péritonite tuberculeuse.
7° 3 malades étaient des tuberculeux anciens, dont le poumon comprimé par un pneumothorax temporaire, puis symphysé sur une assez grande surface, était partiellement bloqué par un oléothorax.
8° Enfin 10 malades furent indifférents, sans qu'on put noter la moindre coïncidence. Nous noterons que trois d’entre eux furent améliorés plus tard par un pneumothorax bilatéral. Les autres opposèrent à notre curiosité le mystère complet qu'il est commode de baptiser du nom de « coefficient personnel » et qui rend un peu chimérique la critique médicale.
III) MALADES AGGRAVÉS | 22 malades (5,5 %) furent aggravés pendant le traitement. On pourrait résumer ces aggravations dans une formule schématique : le médicament était trop puissant ou le malade était trop faible.
1° Le médicament était trop puissant. — Nous entendons que le médicament fut administré à des doses excessives. On se rappelle l’histoire du premier malade traité à Hauteville par les sels d'or. Nous avons dit que trois grammes de sanocrysine, injectés en vingt-cinq jours, déclenchèrent une longue poussée évolutive. Cette observation établit, aussi rigoureusement qu'une expérience de laboratoire, le rôle néfaste du médicament. Les trois chefs d’accusation sont indiscutables : d'abord le malade présentait, auparavant et depuis plus d'une année, un état général excellent que ni l'hiver, ni une vie relativement active n'avaient compromis. En second lieu, l'aggravation ne débuta que lorsqu'il eut emmagasiné, dans un temps trop court pour éviter une accumulation excessive, 1 gr. 75 de sanocrysine, et les derniers symptômes, les plus tragiques, éclatèrent le soir de la quatrième injection. Enfin ce malade, stabilisé à nouveau, mais toujours sujet à des troubles fonctionnels, demanda lui-même, deux ans plus tard, une nouvelle expérience. Or cette fois le même médicament, administré à des doses minimes, espacées de semaine en semaine, non seulement ne provoqua aucun trouble, mais améliora le malade au point de le rendre à une vie presque normale. Voici la seconde partie de son observation :
M. X.. 34 ans, présente depuis quatre ans une tuberculose fibro-caséeuse bilatérale hémoptoïque. En mars 1928, ce malade a tous les soirs 37°6. Il expectore 6 à 8 ce. par jour. Les crachats contiennent deux bacilles par champ microscopique. Le poids est de 67 kilogs. L'état général est bon.
Du 22 mars au 15 mai, le malade reçoit 8 injections de sa-
nocrysine danoise : 0,05, 0,05, 0,10, 0,10, 0,140, 0,15, 0,15, 0,15, soit 0 gr. 85 en 8 semaines (au lieu de 3 grammes en 3 semaines).
A la fin de cette seconde série, la température se fixe à 37°2, l'expectoration ne dépasse pas 2 cc. quotidiens. La recherche des bacilles est négative. Le poids est de 69 kilogs. L'état général est excellent.
Nous avons eu l’occasion de revoir ce malade tout récemment. Il ne présentait aucun trouble. Une nouvelle recherche de bacilles avait été négative.
Mais nous croyons que le danger réside moins dans
l'exagération des doses que dans l'administration de ces doses à des intervalles trop rapprochées. Il faut que l’organisme s’habitue aux sels d’or. Il faut surtout qu'il évite l'emmagasinement, ou qu'il ait le temps soit d’éliminer, soit de décomposer une partie de la molécule, avant de recevoir une nouvelle injection. Un quantité de : trois grammes n'est pas dangereuse lorsqu'elle est morcelée, divisée en fractions réparties sur de longues semaines. Elle devient fatale, quand on se hâte de l’injecter. L'espace est la soupape de sûreté. De même une dose de 0 gr. 25, administrée au début d'un traitement, risque de jeter le désarroi dans la cure. Mais si l’on suit une méthode progressive, les accidents des sels d’or ne seront bientôt plus qu’un souvenir de leur âge héroïque.
L'observation suivante peut s’interpréter de la façon suivante : la dose injectée fut relativement faible (1 gr. 20 de sanocrysine), mais elle fut administrée dans un temps qui fut trop court :
(Sanatorium Mangini)
M'° L.., 20 ans, reçoit en six injections 4 gr. 20 de sano-
crysine (soit une moyenne de 0 gr. 20 par piqûre). On n’observe aucune amélioration : la fièvre et l’expectoration s’accroissent, l’état général s'aggrave, les signes physiques s’étendent. Et surtout la sixième injection coïncide avec l’apparitian d’une albuminurie considérable. Les urines deviennent rares. Elles ont un aspect bouillon sale. On assiste au développement d'accidents urémiques selon la forme gastro-intestinale. Puis surviennent des crises de pseudo-asthme, et des signes d'œdème pulmonaire. Après huit jours de régime lacté, le dosage de l’urée sanguine donne le chiffre de 97 centigrammes d’urée par litre de sérum. Après un mois, ces accidents, qu'escorta une poussée fébrile à 39°, persistent avec une importante amélioration de la diurèse, une diminution de l’albuminurie, et un retour de la température au voisinage de la normale.
Mais dans nos tableaux, ces deux observations sont isolées. Nous les rapprochons des dossiers pessimistes apportés par nos prédécesseurs. Nous croyons que la responsabilité incombait presque toujours à une posologie excessive, qu'expliquent du reste les tâtonnements légitimes à l’origine d’une découverte.
20 Le malade était trop faible :
a) 6 avaient des troubles intestinaux graves. Le premier avait rapporté de l'Orient une amibiase tenace (obs. 207). Le second souffrait de crises appendiculaires sourdes mais récidivantes {obs. 149). Le troisième avait hérité d’un abcès iliaque une fistule et un gros empâtement douloureux (obs. 229). Les trois autres se plaignaient de phénomènes entéritiques, probablement bacillaires (obs. 62, etc). A tous, les sels d’or apportèrent de nouveaux troubles digestifs. Chez tous, ils déclenchèrent une nouvelle poussée intestinale qui évolua pendant plusieurs mois. Et même l’un d'eux pré-
senta, dix jours après la seconde injection de thiocrysine (0 gr. 10), une crise abdominale atrocement douloureuse que la morphine ne calma pas. Le lendemain, on le trouva mort, la figure à la fois crispée et cyanosée. I] était un très grand malade. On ne peut accuser les sels d'or d’un meurtre, mais ils avaient peut-être hâté l'heure de la fin.
b) 8 malades étaient de grands évolutifs, dont la température était déjà très haute. Deux avaient une septicémie bacillaire. Les autres étaient cachectiques. Malgré l’insignifiance des doses, les sels d'or provoquèrent des réactions thermiques qui durèrent plus d'une semaine et se reproduisirent après chaque injection. Ce fut du reste beaucoup plus une circonstance accidentelle qu'une circonstance aggravante. Les signes d’auscultation ne furent pas modifiés, et si l’état général fléchit, il ne fit que continuer à descendre une pente sur laquelle il glissait avant le traitement. L'un d'eux présenta le soir d’une injection de sanocrysine (c'était la quatrième, et les doses avaient été très progressives) un délire aigu, lors duquel il tenta de se suicider; mais il avait depuis six mois quelques troubles psychiques (obs. 211). Il montrait du reste les signes d’une évolution aiguë qui l’'emporta bientôt. Un autre mourut cinq jours après la troisième injection (o gr. 15 de thiocrysine). Il mourut en étouffant, et atteint d’une albuminurie massive. Mais voilà trois mois qu'il recourait aux ballons d'oxygène, trois mois que sa cachexie n’était qu'une lente amylose (obs. 64).
c) Enfin six jeunes filles ou jeunes femmes, dont la tuberculose avait une forme congestive, présentèrent
Rofore
après les premières injections des poussées fébriles accompagnées d’hémoptysie. Le traitement fut arrêté immédiatement. Il n’y eut donc pas une aggravation proprement dite, il y eut simplement une menace.
En somme, 22 malades s'aggravèrent pendant le traitement. Mais furent-ils aggravés par le traitement ? Nous l’affirmerons pour huit : deux, parce qu'ils reçurent une dose trop forte; six, parce que le médicament réveilla des lésions intestinales plus ou moins latentes. Les autres empirèrent malgré les sels d’or, ou, si les sels d’or jouèrent un rôle, ils ne firent que projeter sur un tableau déjà sombre la silhouette impressionnante, mais nullement dangereuse, des complications que nous allons étudier.
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