ETUDE CLINIQUE
Le plus grave était le shock qui reproduisait symptôme par symptôme le drame expérimental que nous avons décrit. Nous citerons encore KNUD FABER : « Le patient accuse une sensation de malaise général. Il devient pâle. l'est pris de sueurs. En même {emps, la courbe thermique s’abaisse brusquement, tombe à 37° ou plus bas
(1) Voir l’article de VILLARET, IMBERT et Justin BESANCON.
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encore. Le pouls se fait rapide et mou. Les bruits du cœur sont sourds, mal frappés et, du côté de l’état général, on observe tous les symptômes du collapsus cardiaque. » Dans la plupart des cas, le shock était vaincu. On pratiquait des injections intraveineuses de sérum. On administrait des toni-cardiaques énergiques
alors la température remontait, l’état général s’améliorait et les troubles cardiaques finissaient par céder. Mais il arrivait aussi que le shock allat jusqu’à la mort : « Une fillette malade depuis trois mois ne présentait que des lésions modérées des deux sommets. Par contre, la radiographie montrait, à gauche, un espace vide, du volume d’une mandarine, tout auprès de l'ombre du médiastin. En dehors de cet espace, on voyait une série d'infiltrations sous forme de mouchetures. Dès avant l’injection, cette jeune patiente était fébrile, et, après la première injection de sanocrysine, la température s’éleva encore davantage; pendant neuf jours elle se maintint entre 39 et 40°. En même temps on percevait de nombreux râles dans la partie la plus inférieure du poumon gauche. Craignant alors que la sanocrysine n'entraînât une généralisation aiguë, nous crûmes malheureusement qu'une nouvelle injection de sel d’or (1 gr.) était indiquée. Il s’ensuivit un état de choc extrêmement violent. La température tomba de 40°3 à 37°2 le premier jour, à 36°2 le lendemain. Il existait un collapsus cardiaque des plus intenses, et en dépit d’injections intraveineuses de sérum antitoxique, la malade succomba cinq jours plus tard avec tous les symptômes d’une paralysie du cœur. » Il y avait les shocks du soir de l'injection. Il y avait les shocks des jours suivants.
Cet accident n’épargnait pas plus les malades légers que les malades graves. Le tuberculeux dont ELLIS rapportait l’histoire, avait des lésions fibro-caséeuses du poumon gauche qui dataient de trois ans, mais sa température était normale, son état général était excellent. Deux injections d’un gramme furent pratiquées à vingt-quatre heures d'intervalle. Peu après la dernière, il devint dyspnéique, cyanosé et à l’œdème aigu succéda la mort. Une malade de Risr, tuberculeuse depuis 4 ans, présentait, malgré des lésions cavitaires bilatérales, une température peu élevée et un état général simplement médiocre. Elle toléra très bien deux injections de chrysalbine. Mais immédiatement après la troisième, elle eut « un état de shock excessivement violent, elle devint très pâle, elle fut couverte de sueurs, elle se plaignit d’une diarrhée profuse; le pouls à 124 était petit et mal frappé, sa température montait à 39°9; la malade fut cyanosée, les bruits cardiaques devinrent assourdis. Le lendemain le pouls battit à 130, la respiration à 60, la température à 36°6, les poumons furent encombrés de râles d'œdème. En 48 heures, elle succomba au collapsus cardiaque, malgré les toni-cardiaques et l'oxygène à haute dose. » Hâtons-nous d'ajouter que cet accident tragique était rare. Sur 88 malades publiés dans les statistiques françaises et anglaises. RoLIN ne le releva que trois fois, et toujours après des doses élevées de médicament. Sur les 210 sujets qu’il suivit personnellement, SAYÉ ne vit que deux shocks, du reste très passagers et assez peu intenses. Sur 61 tuberculeux, traités par la méthode « adoucie ». WürTZzEN n’en observa jamais.
Un autre accident, presque constant au contraire, était
la réaction thermique des premières semaines. SÉCHER en décrivait quatre types. Les deux premiers étaient contemporains des injections : la température montait le soir ou la nuit suivante; elle s'élevait quelquefois jusqu'à 40° ou 41°, et tantôt elle redescendait brusquement le lendemain, tantôt elle dessinait une chute progressive, un «lysis » qui n’atteignait le niveauenormal qu’au bout de plusieurs jours. Le troisième type apparaissait seulement quelques jours après l'administration de la sanocrysine, et traçait sur les feuilles une courbe. parfois « amphibolique » qui indiquait l’imminence d'un exanthème ou d’une albuminurie. Enfin, le quatrième — heureusement le plus rare — était caractérisé par une ascension thermique irrémédiable, une « hyperpyrexie » qui aboutissait à la mort. On l’observait surtout quand les injections n’avaient pas été suffisamment espacées. Un malade de KNuD FABER était un tuberculeux de fraîche date. Il présentait des lésions fibro-caséeuses de la moitié supérieure du poumon gauche. Il avait une très forte constitution : « Nous crûmes qu'il était indiqué de recourir à la méthode énergique du traitement, méthode qui, d’après SÉCHER, donne quelquefois de bons résultats. Comme le patient ne réagit que fort peu aux deux premières injections, nous lui en donnâmes une troisième. Il reçut ainsi trois injections à un jour d'intervalle seulement les unes des autres. Après la troisième, la température se mit à monter, et le lendemain s'éleva brusquement à 40°; en même temps apparaissait un exanthème fort intense. Le jour suivant, la température poursuivit son ascension, atteignit 41°, et même, pour finir, 42°. On observait une tachycardie violente à 130-
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450 pulsations à la minute, de la dyspnée et de la cyanose. Ce fut le dernier jour seulement que se montra l’albuminurie. La phase ultime de la maladie s’accompagna de violents meloenas, survenant Coup sur Coup, et deux jours après la troisième injection de sanocrysine, le patient mourut avec une température de 42°. » Si ce quatrième type était exceptionnel, il n'en demeurait pas moins que le traitement déclenchait presque à coup sûr de fortes perturbations thermiques.
Nous savons déjà que le troisième danger se cachait dans les reins. L'albuminurie banale était très fréquente. KNup FABEr l’observait dans la moitié des cas, SER- GENT, 9 fois sur 13, BEGTRUP-HANSEN considérait son absence comme exceptionnelle, et même SÉCHER et SAYÉ la découvraient chez tous leurs malades à un moment donné du traitement. Elle était précoce ou tardive. Elle pouvait être intense mais brève, légère et continuelle, légère et intermittente. Sa quantité était variable : tantôt de légères traces, et tantôt plusieurs grammes (1). Elle pouvait être acétosoluble, et donner dans le tube d'Esbach un trouble colloïdal qui ne précipitait pas. Dans d’autres cas, elle ne réagissait pas à l’ébullition, et était précipitée au contraire par le liquide d'Esbach (Würrt- ZEN remarquait alors qu’elle contenait, outre de la nucléo-albumine, de l’acide sulfurique chondroïtineux en quantité relativement grande). Elle s’accompagnait souvent d’une cylindrurie granuleuse très marquée. Il arrivait qu'on vit également des globules rouges ou même des hématuries franches. GRAVESEN rapportait des observalions de pyurie chronique, BERGSTRAND, puis Tôr-
(1) Exceptionnellement SCHRÜDER avait observé dans 2 cas 48 gr. et 32 gr. pour 1.000. — SÉomERr, 22 et 10 gr. pour 1.000.
UNG insistaient sur une glycosurie du reste modérée (1) (0,1-0,5 % de sucre). Enfin ces symptômes pouvaient devenir plus intenses, se grouper dans une néphrite. La polyurie que nous avons signalée plus haut pouvait prendre des proportions pathologiques : 4 litres dans 2 observations de ScHeeL. On observait plus souvent la diminution de volumes des urines : « Il est clair », écrivait WüRTZEN, « que même en dehors des cas de choc proprement dits, il peut se produire une affection rénale réelle. On peut voir chez certains sujets une oligurie ou une suspension totale de miction allant de 8 à 24 heures. La portion restreinte d'urine évacuée ensuite se montre remarquablement riche en albumine. Nous avons observé que c’est surtout chez ces malades qu’apparaît un symptôme connu dès le debut, le hoquet, que nous avons considéré comme un memento très sérieux...» Le memento de l’urémie que cet auteur observa une fois, et qui tua un malade de RorIN. Le memento de « cette néphrite véritable avec azotémie transitoire » que décrivirent SEr- GENT et ses collaborateurs. Le rapport de Léon BERNARD contenait aussi la curieuse histoire d’un malade mort d’une néphrite «sèche » accompagnée de Kernig, de phénomènes paralytiques, de deshydratation, malgré l'absence d’albumine et de réactions pathologiques dans le
(1) Cette glycosurie était d'origine purement rénale. Elle ne s’accompagnait en effet d'aucun autre signe de diabète. De plus la glycémie ne dépassait pas le taux habituel. In outre une injection intraveineuse de vingt grammes de glucose ne montrait aucune modification du métabolisme habituel des hydrates de carbone. Comme chez les individus normaux, ou comme chez.les malades porteurs d'une glycosurie rénale, le sucre du sang retrouvait en $0 minutes sa valeur ferme, tandis que chez les diabétiques « cette valeur n’est atteinte qu’en deux heures environ ou davantage. »
Il n'y avait aucun rapport constant entre cette glycosurie et l'albumimurie.
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liquide céphalo-rachidien. « Après huit jours de ce tableau clinique aussi singulier qu'impressionnant, le malade mourut : à l’autopsie, on trouva de gros reins blancs, d'aspect amyloïde. Il semble bien qu’il s’agissait ici d’une néphrite toxique, d’un type particulier, car il y avait un réel contraste entre l'aspect anatomique des lésions et l’absence d’albuminurie. » Au contraire, l’albumine était massive dans ce cas de SCHEEL : un malade de 27 ans présenta pendant le traitement des accident graves anorexie, diarrhée, vomissements. Après la dernière injection (4 gr.) apparut une grosse quantité d'albumine, l'anurie complète, et la mort. L’autopsie révéla une dégénérescence des tubes contournés. Mêmes lésions, accompagnées d’une infiltration leucocytaire de la substance interstitielle, chez le malade de JANSEN qui avait reçu, en quatre jours, l'énorme quantité de 3 grammes d'hyposulfite d’or, et qui était mort rapidement en présentant une albuminurie énorme, une cylindrurie considérable, une augmentation nette de l’urée sanguine. Là encore nous devons ajouter que ces accidents étaient rares. Mais la banale albuminurie, si bénigne d’allure, était en fait un trouble grave, puisqu'elle obstruait la principale voie d'élimination du sel, et que souvent, lorsqu’elle était passagère, elle récidivait après chaque injection.
Les accidents cutanés étaient très fréquents, eux aussi : BEGTRUP-HANSEN les observait une fois sur trois, ZINN 7 fois sur 16, FRIEDEMANN 8 fois sur 35, Copixa-Cas- TELLVI 14 fois sur 34... Le type le plus habituel était un exanthème avec prurit intense. Il apparaissait dès la quatrième ou la cinquième injection. Il était annoncé