‹ Le traitement de la tuberculose pulmonaire: par les sels d'orChapitre 38 sur 91 · NÉE · texte numérisé non relu

NÉE

par une élévation thermique à 39°, de l’anorexie, des courbatures, des frissons violents. Puis sur le thorax, ou bien sur le pli du coude, où l’on avait injecté la dernière dose, on voyait naître un placard « d'alarme » rouge et douloureux qui constituait le premier stade. Si l’on négligeait cet avertissement, l’érythème envahissait bien vite le tronc, l'abdomen et les membres inférieurs. I] s’accompagnait d’un exanthème bucco-pharyngé et d’une poussée ganglionnaire cervicale. Il était formé par des éléments maculeux rosés, groupés suivant le type rubéolique, ou confluents suivant le type scarlatiniforme. Il durait une semaine, souvent beaucoup plus. C'était le second stade. Alors, tantôt il disparaissait progressivement, et les zones atteintes les premières étaient les premières guéries : on notait une desquamation furfuracée. puis tout rentrait dans l’ordre, sans laisser de traces. Tantôt, au contraire, il était le prélude d’un troisième stade, beaucoup. plus grave, l’érythrodermie, dont BE- ZANÇON, BRAUN et AZOULAY rapportaient deux observations sur 14 malades. Ils décrivaient ainsi cette complication redoutable : « C’est une manifestation toxique grave. Le début se fait par un exanthème pharyngé avec retentissement ganglionnaire du cou, et suit en général de trois jours l'injection déclenchante, qui elle-même est la cinquième ou la sixième de la cure. Elle atteint son acmé en cinq ou six jours, procède en « tache d'huile » s'étendant du tronc à la face, et les jours suivants aux membres supérieurs, puis aux inférieurs, sans respecter ni la paume de la main, ni la plante des pieds. Elle est formée de plaques ortiées, plus évoluées au centre qu’à la périphérie, d'où l'aspect marginé particulier, Les élé-

ments sont grands comme des pièces de deux francs, reposant sur un fond d'œdème et de congestion intense. La face est bouffie, les yeux mi-clos, les conjonctives injectées avec larmoiement, les membres sont oedématiés. Le prurit est intense, ne laissant au malade aucun repos. La fièvre s'élève à 88° ou 39°. La prostration est intense, l'oligurie marquée avec albuminurie. La durée est de cinq à six semaines, et la terminaison est annoncée par une crise urinaire et sudorale, avec desquamation en larges et épaisses squames. Par la suite, on observe une infection staphylococcique secondaire de la peau avec orgelets, folliculite, furoncle et aussi de l’alopécie. » WüRTZEN notait dans deux cas la chute des ongles. ZADEK et SONNEN- FELD signalaient une observation de dermatite généralisée qui s’accompagna d'oedème des extrémités. Dans d’autres cas, l’exanthème revêtait le type urticarien, le type eczématiforme à tendance vésiculeuse, le type hémorragique (SÉCHER-NOGUER-MORE). À Buenos-Aires, RAIMONDI et SANGIOVANNI observaient un syndrome de purpura caractérisé par une éruption rouge-vineuse, un retard de la coagulation sanguine, un gros foie, et ce syndrome, survenu après l'injection totale de 2 gr. 10 de sanocrysine, mettait plusieurs semaines à disparaître. On signalait aussi des cas de parakératose psoriasiforme, des toxituberculides. SAYÉ citait des zonas. RAMEL et Mr- CHAUD décrivaient un pseudo-pityriasis rosé et un lichen scrofulosorum. KLEMPERER, puis CUMMINS voyaient des dermites érysipélateuses exfoliantes. HELMS enregistrait un cas de mort à la suite d'une dermatose bulleuse diffuse avec hyperthermie. Mais l'accident le plus curieux était peut-être l'exanthème récidivant, la dermatose à

répétition, dont SAYÉ rapportait huit observations. Cet accident « n'apparaissait pas à la suite des premières injections et n'était pas accompagné de signes généraux aussi nets et aussi constants que l’exanthème scarlatiniforme. Pour qu'il fut intense, ou pour qu'il atteignit son maximum, il ne suffisait pas d’une seule injection. Les régions les plus affectées étaient les coudes, les bras, les cuisses, la région sacro-lombaire. Chez deux malades, l'intensité des poussées nouvelles, consécutives à des injections ultérieures à celle qui avait fait apparaître un léger érythème, fut telle que nous nous vimes obligés de suspendre le traitement. Chez le premier malade, un examen direct, par le moyen d’une biopsie prélevée sur un fragment de peau exanthémateuse, permit au professeur PEYRI de reconnaître la structure caractéristique du lichen-plan. Ce syndrome cutané persista quatre mois après la suspension du traitement. Dans une observation analogue, il dura huit mois. »

Albuminurie, fièvre, exanthème : « Ces trois chaînons d’une chaîne » cette triade réactionnelle escortaient presque constamment les injections de sels d’or. Il y avait d’autres accidents.

On constatait parfois un « choc buccal » qui se renouvelait à chaque injection (ViLLARET, Rosser..). La saveur métallique demeurait plusieurs jours. Les orifices des canaux salivaires étaient rouges et présentaient un léger æœdème (Risr), comme lorsqu'on administre du bismuth. Comme l’on administre du mercure, on constatait souvent des lésions plus marquées. L'or déterminait l’apparition d’un érythème bulleux à type d'hydroa buccal (Garé, puis Garé et Philippe BarRaL). Il y avait aussi des

stomatites véritables, et WürTzEN expliquait leur fréquence en disant qu’il existait dans la cavité buccale des conditions particulièrement favorables à la décomposition de la molécule. Cette affection s’observait soit pendant la série, soit plus tard, trois ou quatre semaines après la dernière injection. Un jour les malades se plaignaient d’une sensation d’excoriation. Ou bien ils souffraient d'une dysphagie gênante. A l'examen de la bouche, on notait une légère rougeur des amygdales et du voile du palais. C'était la forme érythémateuse, la stomatite d'alarme. La maladie pouvait connaître un stade plus avancé : on voyait alors apparaître des points blanchâtres qui rappelaient ceux d'une angine lacunaire. On constatait sur les gencives, et à la face interne de la joue, tout contre les molaires postérieures, un empâtement recouvert d'un voile blanc « comme quand on a bu du lait ». Puis les points se détergeaient et faisaient place à des ulcérations superficielles qui se cicatrisaient une semaine ou quinze jours plus tard. C'était la stomatite d'état, la forme ordinaire. Mais quelquefois la maladie était plus grave, et creusait en bloc gencives, amygdales, voile du palais, joue, langue. Les dents pouvaient s’ébranler et tomber. L'infection de la bouche pouvait devenir intense. Léon BERNARD citait un malade qui avait présenté des ulcérations palatines très profondes. Il publiait aussi dans son rapport un cas de stomatite « érythémato-pultarée avec glossite marginale ulcéreuse très douloureuse ».

L’injection de sanocrysine provoquait habituellement des nausées, des vomissements, une diarrhée séreuse. Mais les troubles digestifs pouvaient être tardifs ou du-

rables. Les malades se plaignaient d’anorexie, d'inappétence, de douleurs post-prandiales, de digestions très lourdes. Certains auteurs n’hésitaient pas à grouper ces symptômes dans des tableaux de gastrite. Mais les signes d’entérite étaient beaucoup plus fréquents. Toutes les formes pouvaient s’observer. Quelques sujets avaient une constipation opiniâtre. Chez d’autres, les selles perdaient simplement leur consistance normale. La diarrhée était le trouble le plus ordinaire. Elle était paroxystique ou persistante, légère ou profuse. Elle était parfois rebelle à toute thérapeutique. On notait aussi des hémorragies intestinales (FABER, WüRTZEN.) ou des crises d’entéro-colite caractérisées par des douleurs abdominales, du tenesme, des épreintes, des évacuations muqueuses. Tel fut le cas de trois malades de Say. Tel fut aussi le cas d’un tuberculeux observé par SÉCHER deux mois plus tard, lorsqu'il mourut d'accidents pneumoniques, on vit sur le côlon des ulcérations cicatrisées « qui s'étaient probablement produites dans le cours du traitement ». Des troubles digestifs d'un accent si prononcé amenaient quelquefois un état cachectique. Ils provoquaient presque toujours une dépression générale et une grande perte de poids.

Le traitement pouvait déclencher aussi des accidents hépatiques. Certains malades accusaient des douleurs assez nettes dans l'hypocondre droit, et le foie augmentait de volume (GariN). Mais le trouble le plus fréquent était l’ictère que décrivaient CUMMINS, KLEMPERER, BEG- TRUP-HANSEN, CHIEVITZ, BOGASON, SAYÉ, BEZANÇON, BRAUN et AZouLAy et plus récemment ROUBIER et SavoyE. Mortel dans un cas de HANSEN, il était ordinaire-

sise

ment bénin. C'était, dans tous les cas, un ictère franc, avec prurit intense. Il colorait non seulement les téguments, mais les muqueuses. Les urines contenaient des pigments et des sels biliaires, mais les matières fécales n'étaient pas toujours décolorées (BEZANGON, ROUBIER et Savoye). Le foie était un peu gros. On notait également de l’anorexie, des vomissements, de la diarrhée, un amaigrissement plus ou moins marqué. Chez leur malade, RouUBIER et SAVOYE observèrent une diminution nette de la résistance globulaire « apparente surtout pour l’hémolyvse initiale » et d’après eux « cette constatation était susceptible, si d’autres faits venaient la confirmer, de faire rentrer l’ictère sanocrysien dans le groupe des ictères hémolytiques ». Quoiqu'il en fut, cet accident, qui apparaissait généralement après la quatrième ou la cinquième injection, durait de quatre à six semaines. Il s’effaçait progressivement, mais on pouvait reconnaître son passage à une pigmentation brunâtre et persistante de la peau.

Arme à deux tranchants, la sanocrysine pouvait aggraver les lésions pulmonaires. La complication la plus bénigne était la réaction focale. Sans doute, il arrivait qu'elle fut heureuse. Sous le nom « d'état de sécheresse » WürTZEN décrivait un phénomène à la fois rare et mystérieux : « Au temps où nous usions de doses d’un gramme, nous avions vu, même dans le cas de processus étendus, les râles disparaître subitement pendant 24 heures ou davantage, pour reprendre ensuite, la même quantité et avec la même extension qu'auparavant. Il n'est pas facile de dire ce qui se passait alors dans les poumons, et nous n'avons jamais eu l’occasion de faire une au-

topsie à ce moment précis. » Ce phénomène était également signalé par SCHNAUDIGEL qui l’appelait « réaction de blémissement » et par SAyYÉ qui écrivait : « Dans quelques cas, on put observer une réduction considérable des phénomènes pulmonaires exsudatifs qui se réalisait en 6, 8 ou 10 heures.» Mais beaucoup plus souvent, la réaction focale était du type exsudatif. Elle apparaissait surtout dans les formes avancées de tuberculose pulmonaire. WürTZEN insistait avant tout sur l’accroissement de l’expectoration. Mais d’après lui « il était rare de voir la zone des râles changer de telle sorte à la suite des injections qu’on ait l'impression convaincante d’un rapport de cause à effet. » KNuD FABER était moins réservé : « Pendant la période fébrile de la réaction primitive on observe parfois, du côté des poumons, des signes de réaction locale. L'expectoration devient un peu plus abondante et, dans les parties atteintes, on perçoit de nombreux râles. Toutefois cette réaction locale peul faire entièrement défaut, et, d’une manière générale, elle est peu marquée. Il y a ici une opposition entre la sanocrysine et la tuberculine qui amène une réaction locale souvent si prononcée. » BEzANGoN écrivait : « Dans les formes à prédominance fibreuse, il nous a semblé qu'il y avait, les jours qui suivaient l'injection, une véritable réaction de foyer, caractérisée par la douleur thoracique légère, l'augmentation des râles, et même l’hémoptysie dans deux cas. Ces signes de réaction focale sont passagers. » SERGENT notait aussi trois fois des crachements sanguins. Sayk affirmait, qu’à la suite d’une injection de sanocrysine, l’expectoration pouvait augmenter du double ou du triple. « Cette expectoration,

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