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Cette conception explique l’indigence des données fournies par ce tableau. Nous pouvons cependant recueillir cinq renseignements :
a) Les sels d’or échouent contre les tuberculoses aiguës, pneumoniques ou broncho-pneumoniques. Nous avons traité six cas. Six cas furent négatifs.
b) Ils sont impuissants contre les septicémies bacillaires. Deux cas furent traités : deux échecs, et des réactions thermiques très prolongées.
c) Ils eurent par contre une influence très heureuse sur les lésions qui frappèrent le poumon apparemment sain d'un malade porteur de pneumothorax : 84 cas furent traités, 29 furent améliorés, et même le nouveau foyer s’éteignit complètement dans 15 cas.
d) Ils eurent la même influence nette sur les pleurésies : 4 cas traités : 3 améliorations symptomatiques. Cependant, s’ils ont arrêté la progression du liquide, ils n’ont pas résorbé l’épanchement.
e) Ils furent très efficaces contre les granulies interslitielles ou les formes nodulaires, disséminées. Nous avons traité sept malades de ce type. Quatre présentèrent une amélioration lésionnelle; deux, une amélioration symptomatique.
4° Données fournies par l'état évolutif. — Nous voyons sur ce quatrième tableau que les plus beaux succès s’observèrent chez des malades faiblement évolutifs (76 %). Les sels d’or réussirent assez souvent aussi contre les formes fibro-caséeuses stabilisées (65 %). Contre les tuberculoses fibreuses inactives ils agirent dans la moitié des cas (50 %). Ils furent moins heureux contre les lésions pneumoniques ou caséeuses évolutives (48 %).
Donc il semble qu'ils s'appliquent principalement aur processus évolutifs d'intensité faible ainsi qu'aux formes mal stabilisées. Les deux autres groupes méritent cependant quelques commentaires.
a) Il est presque classique, désormais, de dire que la sanocrysine échoue contre les tuberculoses fibreuses. Et, sans doute, il est très difficile de juger son action sur des malades privés d’expectoration, des sujets dont la symptomatologie est réduite à sa plus minime expression. Mais là encore quand l'élément « exsudatif » existe, il est très nettement influencé par les sels d’or. Le médicament peut effacer aussi les troubles toxiques, et « remonter » l’état général. Nous ne partageons donc pas l'opinion courante.
b) Les formes nettement évolutives sont résistantes, beaucoup plus souvent que les autres. Mais nous devons établir une distinction entre les tuberculoses aiguës débutantes et les poussées aiguës chez les vieux tuberculeux. Les sels d’or échouent contre les premières (qui sont pourtant le type des « lésions récentes ») absolument comme ils échouent contre les granulies généralisées. Au contraire, ils maîtrisent assez souvent les épisodes aigus des vieilles tuberculoses. Nous devons également noter que dans les formes très évolutives, ils déclenchent, avec assez de constance, des réactions thermiques vives, prolongées, même si l’on n’emploie que de très faibles doses. Plus l'infection est toxique, massive, et la résistance affaiblie, plus leur rôle est illusoire. Il semble donc qu'ils exigent du malade un appoint personnel, une « possibilité » de réagir.
5° Données fournies par les malades soumis à des thé-
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rapeutiques simultanées. — Les deux autres tableaux ont une portée beaucoup moins générale. C’est ainsi que le
V. — Malades soumis à des thérapeutiques simultanées è C C no Msn ee PA See ASSOCIE améliorés | améliorés | négatifs aggravés
Pneumothorax.... 16 30 16 1 63 Phénicectomie.. . 5) 2 4] SM Thoracoplastie.... 5 il 4 Oothorases 1) 3 Total des malades. 50 195 133 29 400
VI. — Malades atteints d’une complication ou d’une maladie intercurente
Cas très Cas Cas Ces 1 améliorés | améliorés | négatits | aggravés | *°TAL Larynoite.e. 72% 7 d 8 4 26 Troubles digestifs. 11 15 6 32 Une Une SE maladie Une RXRRUR de cœur maladie Deus (rétré- | £ de cœur ee cisse- DIVér RENE A LL ne 7 sance Un mitral mitrale) lupus Une | du nez syphilis | | Total des malades. 50 195 133 29 400
cinquième groupe des malades soumis à des thérapeutiques simultanées. Nous remarquerons que les sels d’or n'eurent aucune action chez trois sujets qui présentaient un oléothorax. Hâtons-nous d'ajouter que nous ne voyons dans ce fait qu’une coïncidence : en effet,
l’oléothorax et les sels d’or représentaient chez ces malades des tentatives suprêmes, essayées sans grand espoir : les sujets étaient profondément altérés. Quatre malades avaient une thoracoplastie qui n'avait pas effacé complètement les signes pathologiques : cette insuffisance fut supprimée trois fois par la sanocrysine. Huit sujets avaient subi une phrénicectomie partiellement efficace. Les sels d’or complétèrent cinq fois son action. Entin, nous avons dit, à maintes reprises, que l’association de la méthode de ForLANINI et de la découverte de MÔLLGAARD avait souvent donné d'excellents résultats.
6° Données fournies par les malades porteurs de complications ou de maladies intercurrentes. — 26 malades avaient une laryngite tuberculeuse : 4 s’aggravèrent pendant le traitement, mais leur état pulmonaire était déjà très grave, et celui-ci, beaucoup plus que celle-là, fut responsable de cette évolution. Aussi bien, nous n'avons jamais remarqué que les injections de sanocrysine aient déclenché une poussé congestive au niveau des cartilages ou des cordes vocales. Nous ne croyons donc pas, contrairement à CAPUANI, qu’une laryngite soit un noli me tangere. Au contraire, 14 malades sur 26 furent améliorés au point de vue général. 7 rentrèrent même dans la catégorie des très beaux résultats. Sans doute, l’action des sels d’or est beaucoup plus inconstante sur les localisations laryngées, que sur les localisations pulmonaires, et nous pensons que si les formes catarrhales sont parfois améliorées par le thiosulfate, les lésions ulcéreuses ne le sont que très exceptionnellement. Cependant cellesei ne sont une contre-indication que lorsqu'elles témoigent d'une tuberculose pulmonaire très grave, aux ré-
sistances supprimées. Et nous pouvons répéter ici que nous avons vu disparaître deux fois, pendant le traitement, des ulcérations des cordes ou de la muqueuse laryngée.
82 malades avaient des troubles digestifs. Onze furent améliorés par les sels d’or, mais sauf un, dans le passé duquel on notait une entérite mal éteinte, ils ne souffraient que de malaises bénins, d'origine gastrique. Au contraire, nous savons déjà que chez six malades, porteurs d’une affection intestinale, bacillaire ou autre, les sels d’or « décrochèrent » des symptômes nouveaux et intenses. Enfin 15 sujets restèrent rebelles au traitement: nous avons analysé leurs observations dans un autre chapitre. Contre l’association « tuberculose-troubles digestifs » le pourcentage de nos échecs est de 68 %. Nous rappellerons ici qu’un sel, injecté par la voie musculaire, paraît mieux toléré, retentit moins sur la muqueuse intestinale lésée, et, de ce fait, est quelquefois moins inactif qu'un sel administré par la voie sanguine.
Deux malades avaient une maladie de cœur (insuffisance mitrale, rétrécissement mitral). Les sels d’or améliorèrent la tuberculose de l’un, et n'eurent aucune influence sur celle de l’autre.
Deux étaient paludéens. Leurs lésions pulmonaires furent influencées favorablement, et la sanocrysine ne réveilla par les hématozoaires.
ZADEK et SONNENFELD ont prétendu que la syphilis était une contre-indication formelle. Cependant, sur onze malades qui présentaient les deux infections, SayÉé n'observa jamais la moindre intolérance. Sept furent très améliorés. Quant aux autres : « leurs résultats négatifs
correspondaient à des cas semblables chez des sujets non tuberculeux. » Il nous est difficile de prendre parti : sur 400 malades, deux seulement avaient une syphilis avouée. Or l’un d’eux, dont le chancre était vieux de 20 ans, fut très favorablement influencé per les sels d’or. L'autre, syphilitique depuis trois ans, fut complètement rebelle à la sanocrysine. Il s'agissait, il est vrai, d’un tuberculeux très grave, qui ne devait pas tarder à mourir. En tout cas on pratiqua sur lui des séries alternées de thiosulfate et de novarsénobenzol. Or, contrairement à l'opinion de ZADEK et de SONNENFELD, les deux traitements métalliques n’additionnèrent aucun effet toxique. Nous rappellerons, d'autre part, que FOURNIER et Moz- LARET ont utilisé, sans intolérance particulière, la chrysalbine Poulenc contre des lésions « spécifiques ». Nous ne croyons done pas à une contre-indication.
En se fondant sur les observations de TôRRING, qui découvrit parfois une glycosurie occasionnelle chez des tuberculeux traités par les sels d’or, quelques auteurs ont conclu que le diabète était une autre contre-indication. On ne tenait pas compte que ce symptôme était purement d’origine rénale. Au contraire, SAYÉ déclare encore avoir traité 9 malades diabétiques. « Nous avons, dit-il, acquis la conviction que le processus diabétique ne déterminait pas une intolérance spéciale vis-à-vis de la sanocrysine. » Nous partagerons cette opinion, car on trouvera, dans notre seconde série de tableaux, deux malades diabétiques qui furent traités avec succès par l’allochrysine.
Ces données nous permettent de synthétiser les indications et les contre indications.
A) INDICATIONS lo Les Sels d’or employés seuls
Ainsi les sels d’or ont une action plus physiologique qu'anatomique. Ils exigent du malade une résistance personnelle. Si l’on veut nous permettre une. comparaison d'ordre mécanique, la marche de la tuberculose peut être rapide, à grande accélération. Elle peut comporter des ralentis et aussi des reprises. Les sels d’or provoquent essentiellement un maximum de ralenti. Parfois ils freinent les reprises. Enfin dans des cas plus rares — assez rares — ils diminuent « l’emballement ». Ils agissent en tout comme modérateurs.
1° Ils provoquent un maximum de ralenti. Nous les conseillerons surtout chez les sujets dont la tuberculose, sans être soumise à des poussées, demeure légèrement évolutive. Tel sera le cas des malades subfébriles qui présenteront de bonnes conditions générale, lorsque la cure hygiénique, appliquée depuis un certain temps, n'aura pas donné de résultats suffisants. C'est contre ces formes qu'ils auront le plus de succès. C’est là qu'on verra le plus souvent la température baisser, diminuer ses écarts entre le chiffre du soir et le chiffre du matin, et même se régulariser. C’est là surtout qu'on verra les sécrétions perdre leur purulence et se tarir. On assistera — ce sera la corollaire — à la disparition des signes humides perçus à l’auscultation. L'état général sera amélioré. Bref le médicament tendra à transformer l'allure de la maladie. |
8° Ils mettront également au ralenti les {uberculose: fibro-caséeuses stabilisées, dont la température sera à peu près normale, mais qui, malgré plusieurs mois de cure, continueront d’avoir un état général médiocre et surtout des signes sécrétoires, physiques et fonctionnels.
3° Toujours en vertu du même pouvoir, nous les conseillerons contre les {uberculoses fibreuses inactives. Ici leur action sera moins constante. Cependant on pourra les employer avec succès contre les troubles toxiques généraux, persistants sans évolution appréciable.
4° Ils seront indiqués dans les granulies froides chroniques et les formes ganglionnaires, dont ils supprimeront parfois l'instabilité générale.
5° On pourra les utiliser contre les pleurésies traînantes, surtout si l'examen attentif du malade permet de rapporter la persistance de la fièvre à l’évolution de lésions parenchymateuses sous-jacentes.
6° Ils freinent les reprises : mais ce pouvoir est encore moins constant. Cependant on pourra les injecter lors des poussées évolutives présentées par les tuberculeux chroniques. Ils permettront quelquefois de diminuer — beaucoup plus rapidement que les moyens naturels — la durée de ces poussées.
7° Ils diminuent l’emballement. Mais ici leur succès n’est qu'une chance. On pourra cependant recourir aux sels d’or devant une fuberculose fébrile prolongée, lorsque la fièvre ne sera pas trop haute, et lorsque l’état du malade sera suffisamment résistant. En tout cas, s’il est logique de tenter l'expérience, on devra la suspendre à la moindre alerte, surtout si les injections provoquent de longues réactions thermiques.
2e) Les Sels d’or adjuvants d’une autre thérapeutique
Nous croyons que GRAVESEN fut le premier auteur qui associa la chimiothérapie à la collapsothérapie. Ce traitement mixte peut combiner les sels d’or et le pneumothorax, les sels d’or et la thoracoplastie, les sels d’or et la phrénicectomie.
I. — Sels d’or et pneumothorax artificiel. — CAPUANI affirme que la sanocrysine a « doublé » le champ d’action du pneumothorax. Quoiqu'il en soit, trois cas peuvent se présenter :
a) Les sels d’or avant le pneumothorax. — On pourra recourir aux sels d’or devant une tuberculose à prédominance unilatérale, mais également manifestée par des signes contro-latéraux qui déconseilleront le pneumothorax, tout en étant eux-mêmes assez légers et circonscrits. On demandera à la chimiothérapie de « nettoyer » ce second poumon, d'effacer les lésions discrètes, et de permettre ensuite de pratiquer avec confiance la collapsothérapie. C’est ainsi qu’un malade, âgé de 28 ans, présentait, quand il arriva à Hauteville. une tuberculose subfébrile et bilatérale. Un traitement par la sanocrysine (1 gr. 05) améliora l’état général, diminua le nombre des bacilles, et lui fit prendre deux kilogs. Une seconde série (0 gr. 90) fit disparaître les signes évolutifs du côté droit et permit de pratiquer à gauche un pneumothorax dont le sujet tira le plus heureux bénéfice (obs. 282). À titre de curiosité, nous raconterons l’histoire d’un malade qui présentait, à son arrivée au Sanatorium Belligneux, des lésions bilatérales, ulcéreuse à droite et fi-
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breuse à gauche. Tuberculeux depuis cinq ans, il avait un état général précaire, soumis à des poussées fébriles hémoptoïques. On pensa, tout de suite, lui faire un pneumothorax du côté droit, mais, aussitôt, la température devint subfébrile, et tandis que le poumon droit demeurait stationnaire, le poumon gauche présenta nettement des signes d'évolution. On fit alors en cinq injections un traitement par la sanocrysine (0 gr. 90). Les bacilles disparurent, l’expectoration diminua, la température devint normale. En somme les sels d’or enrayèrent le processus évolutif. De plus ils « nettoyèrent » suffisamment le poumon droit, et, contrairement à l’idée initiale, on put pratiquer à gauche un pneumothorax qui eut les plus heureux effets : six mois plus tard, le malade quittait le sanatorium dans un excellent état général. Il avait repris dix kilogs (obs. 275). |
b) Les sels d’or au cours d'un traitement par le pneumothorax. — GRAVESEN avait conseillé de pratiquer systématiquement une injection de sanocrysine à chaque insufflation. Nous ne saisissons pas nettement l'intérêt de celte méthode. CAPUANI avait rapporté trois cas de traitement simultané : la première insufflation et la première injection avaient été pratiquées le même jour. Mais, disait-il, « cette association n'avait pas été bien tolérée en raison des grandes perturbations fonctionnelles et humorales qu’elle avait entraînées. » Nous croyons en fait, qu'au cours d’un traitement par le pneumothorax, les sels d'or peuvent être indiqués dans trois circonstances.
1° On peut leur demander de compléter l'action d’un pneumothorax incomplet qui n’a pas supprimé définitivement la fièvre, ni l’expectoration. L'observation 122,
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que nous devons à l’obligeance du Docteur Rey, met en pleine Jumière cette première indication. Il s'agissait d'une malade de 45 ans, tuberculeuse depuis dix-huit mois. A la date du 17 novembre 1927, on notait une très grosse caverne du hile droit, avec, à la partie déclive, un niveau horizontal très net. Le poumon gauche était clair. La température oscillait entre 38° et 38°5, malgré le repos complet au lit. On créa un pneumothorax droit : le décollement fut assez facile, mais on obtint « plus un refoulement qu’une compression vraie ». La cavité resta béante, l’expectoration demeura stationnaire, et l’état général continua de péricliter. Aux Rayons X, la caverne se détachait très nettement, et l’on voyait, autour d'elle, une zone obscure de 2 à 3 centimètres d'épaisseur. On pratiqua six injections de sanocrysine, sans dépasser la dose maxima de 0,20 eg. À ce moment — et nous citerons le Docteur REY — « nous assistâmes à un fait particulièrement curieux : en outre d’une amélioration considérable (chute complète de la température, tarissement de l’expectoration) nous vimes la zone sombre qui entourait la cavité s’estomper, disparaître, et la spélonque, incompressible jusque là, s’affaisser totalement. Actuellement, sous la double influence des sels d'or et d’un pneumothorax devenu très efficace, la malade va bien. Peutêtre n'est-il pas invraisemblable de penser que les phénomènes de congestion péricavitaire qui s’opposaient au collapsus de la zone malade ont été heureusement influencés par la sanocrysine, se sont résolus, et ont ainsi permis au pneumothorax d'agir. »
2° Les sels d’or sont indiqués dans un second cas. Nous savons déjà quelle influence heureuse ils ont très sou-
vent sur les phénomènes évolutifs, qui surviennent dans le poumon opposé, soit qu'il s'agisse d'une évolution franche, soit qu'il s'agisse d'une évolution insidieuse, chez un malade qui s’est remis à cracher ou qui présente à nouveau de la fièvre. Nous avons insisté trop souvent sur cette forme, pour y revenir. Il y a là, pour les sels d'or, l’occasion d’un de leurs plus beaux succès.
3° Enfin on pourra conseiller les sels d'or devant les pleurésies consécutives au pneumothorax. Mais ici leur action sera beaucoup moins constante. Nous rappellerons qu'ils n’ont pas une action sur les symptômes mécaniques. Tout au plus, leur demandera-t-on d’atténuer quelques-uns des phénomènes infectieux (1).
c) Les sels d'or après le pneumothorax. — Lorsque l’évolution d’un pneumothorax sera compromise par des adhérences, lorsqu'une pleurésie aura symphysé le poumon, la chimiothérapie pourra succéder aux sels d’or. Grâce à elle, la partie ne sera pas toujours perdue.
IT. — Sels d’or et traitement chirurgical :
a) Si l’on en croit Kurt HÉNIUSs, les sels d’or seraient indiqués systématiquement, au point de vue prophylactique, avant toute thoracoplastie. Ils permettraient d'éviter l’éclosion de foyers nouveaux. Nous n'avons pas eu l'occasion d'essayer les sels d’or dans ce but.
b) Nous les conseillerons, par contre, après les thoracoplasties qui n'auront pas effacé complètement les symptômes, lorsque, par exemple, les malades continueront à cracher des bacilles. Il s’agit d’une indication comparable à celle que nous avons formulée à propos
(1) Il convient de noter que tout récemment VILLARET et EVEN, ainsi
que KINDBERG, ont traité avec succès es pyothorax par des injections intra-pleurales de sanocrysine.
du pneumothorax incomplet. Contre ces formes, nous rappellerons que trois fois sur quatre, les sels d’or donnèrent à Hauteville d'excellents résultats. Nous citerons par exemple l'observation 376 (malade du Docteur Far- Jo). Il s'agissait d'un malade de 38 ans, porteur d’une tuberculose ulcéreuse gauche, traitée deux ans plus tôt par une thoracoplastie. Malgré cette intervention chirurgicale, l’état général était assez précaire, et, bien que la température fut constamment normale, l’expectoration demeurait abondante, et contenait quelques bacilles par champ microscopique. Après l'injection en six doses de 1 gr. 20 de sanocrysine, elle disparut totalement, les bacilles furent supprimés, et, du même coup, les signes d'auscultation devinrent beaucoup plus secs. Il n’y eut aucun incident. |
c) Nous conseillerons de même les sels d’or après une phrénicectomie qui n’aura pas maîtrisé suffisamment le processus évolutif. Nous rappellerons que ce traitement mixte, essayé huit fois, donna cinq fois d'assez bons résultats.
B) CONTRE-INDICATIONS 4° Contre-indications relatives :
a) Nous rappellerons que, malgré l'opinion de la plupart des auteurs, une laryngite ulcéreuse ne contre-indiquera les sels d’or que lorsqu'elle témoignera d’une atteinte extrêmement grave de l'état général.
b) Avec M. DUMAREST, nous rangerons parmi les contre-indications relatives « la trop grande diffusion des lésions locales, l'usure générale et la fragilité qui sont
l’apanage des très vieilles lésions bacillaires, l'existence de troubles digestifs légers, mais tenaces, pouvant faire suspecter l'intégrité de l'intestin, la sensibilité réactionnelle thermique aux doses faibles initiales. »
2° Contre-indications absolues. — ïes sels d'or demandent l'intégrité des voies d'élimination, une résistance pulmonaire suffisante, un organisme qui n’est pas encore intoxiqué. Les contre-indications absolues seront donc tirées d’une insuffisance fonctionnelle des viscères chargés du métabolisme — en second lieu d'une atteinte trop grave de l’état pulmonaire — en troisième lieu de l’anergie.
a) Lésions intestinales. — Parmi les contre-indications tirées du premier groupe, nous placerons en tête une lésion intestinale avérée, quelle que soit son étiologie. Nous connaissons déjà les désastres que provoquent les sels d'or, dans ces formes. Devant tout sujet porteur d’une entérite bacillaire, d’une dysenterie, d’une appendicite chronique, d’une entéro-colite quelconque, on ne pourra, sans danger de mort, recourir à la chimiothérapie.
b) Lésions rénales. — L’albuminurie constatée avant le traitement sera une contre-indication formelle, même lorsque les traces seront infinitésimales. Le danger d’une néphrite ou d’une évolution urémique est ici beaucoup trop menaçant. Au contraire, une albuminurie notée dans les antécédents, mais actuellement disparue, ne devra pas priver les malades du bénéfice d’un traitement chimiothérapique. Un sujet, dont l’état général était grave, présentait, à son arrivée à Hauteville, une albuminurie légère qui fit différer les injections. Trois mois plus tard, ce symptôme disparut. On essaya très prudemment un
traitement par la sanocrysine, et non seulement l'albumine ne revint pas, mais l’état pulmonaire fut très amélioré (obs. 148). L'essentiel est alors de n'employer que de très faibles doses (on ne dépassera jamais 0,05 cg. par injection). Il faut aussi pratiquer, de façon répétée, une exploration minutieuse de l’état fonctionnel du rein. La recherche de la constante d’Ambard est ici de rigueur. Nous pouvons noter en passant qu'une lésion vésicale ne contre-indique nullement le traitement métallique. Les auteurs danois ont pratiqué avec succès, contre les cystites tuberculeuses, des lavages de la vessie avec une solution à 3 % de sanocrysine (1).
c) Lésions hépatiques. — Bien que nous n’ayons pas eu l’occasion d'étudier personnellement des cas de ce genre, nous croyons qu'une lésion hépatique contre-indique formellement les sels d'or. Nous rappellerons leur élimination tardive par la bile, et la possibilité d’ictère. En outre, il est très probable que la molécule est remaniée dans l’intérieur de la cellule hépatique. Il faut donc l'intégrité du viscère.
d) Tuberculoses congestives. — Nous faisons allusion aux formes congestives des jeunes femmes, caractérisées par la fréquence des hémoptysies. Le traitement risque de réactiver leurs lésions. Il sera donc contre-indiqué formellement.
e) Tuberculoses aiguës. —Tl faut éliminer les formes aiguës pneumoniques ou caséifiantes, chez lesquelles l’em-
(1) SAYÉ rapporte avoir traité, sans péril, deux malades atteints d'albuminurie. On en trouvera également deux cas dans notre seconde série de tableaux. I’albumine s'effaça, à mesure que l'état général se
releva. Cependant nous manquons d’audace pour encourager cette pratique.
ploi des sels d’or est inefficace et risque de provoquer de longues réactions thermiques. Nous rangeons dans ce groupe les tuberculoses granuliques aiguës et les septicémies bacillaires.
f) Cachexie. — Enfin, malgré tout désir psychothérapique, nous refuserons l’inutile espoir d'une amélioration par les sels d'or aux tuberculeux à bout, aux cachectiques qui vont mourir. Chez ces malades épuisés, ce que le médicament peut faire de mieux, c’est de ne rien faire. Et très souvent il rend l'équilibre encore plus fragile. Le but de la thérapeutique est d'aider la nature, et quand la nature succombe, les efforts de la thérapeutique ne sont plus que des tentatives scabreuses ou inutilement téméraires.
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