‹ Le traitement de la tuberculose pulmonaire: par les sels d'orChapitre 54 sur 91 · III. — HYPOTHÈSE D’UNE ACTION CATALYTIQUE · texte numérisé non relu

III. — HYPOTHÈSE D’UNE ACTION CATALYTIQUE

La conception de la catalyse, proposée par OsrwaLDp fut introduite en médecine par SCHADE. FELDT fut le premier expérimentateur qui l’appliqua aux sels d’or. « L'hypothèse qui nous a servi de point de départ, écritil, est que l’action des composés auriques dépend en grande partie d’une accélération catalytique de certains processus curatifs qui demanderaient spontanément beaucoup plus de lenteur. »

Appliquée d'abord à l’aurocanthan et au krysolgan, cette hypothèse expliqua aussi, dans l'esprit de FELD?, le mode d’action des sels d’or ultérieurs.

Sans doute, il est difficile d'expliquer avec clarté des phénomènes biologiques très complexes.

Il existe dans toute Cvolution pathologique deux tendances opposées, l'une constructive, l’autre destructive.

La substitution de noyaux caséeux aux alvéoles saines d'un poumon sera un exemple de l’un des phénomènes. Le second sera l’autolyse, mécanisme de défense spontané, qui consistera dans la destruction des néoformations anormales. Le creusement d’une caverne dans ces noyaux caséeux en sera une des manifestations.

Si nous analysons plus intimement ces deux forces parallèles, mais contraires, nous voyons que l’une consiste dans l’envahissement des tissus par des subslances chimiques anormales, des albumines atypiques, et l’autre dans la désintégration de ces substances. L’attaque et la défense se ramènent ainsi à deux réactions biochimiques dont l’une est l'inverse de l’autre. Suivant que l'une ou l’autre l'emporte, les lésions s’accentuent ou la guérison commence.

L'autolyse plus ou moins nette qui frappe tout tissu tuberculeux est spontanément assez lente. Or, d’une façon générale, nous savons que dans l’organisme la désagrégation de matériaux complexes endogènes et exogènes (protides, glucides.) en acide carbonique, eau et urée, se produit en un temps très court grâce à l’intervention d'agents qui n’ont presque jamais été isolés à l'état de pureté, sans que ceux-ci jouent d'autre rôle que celui d’activateurs, de « catalyseurs » des réactions biochimiques. Ces agents sont des diastases. Le principe actif de la salive, la pepsine gastrique, la trypsine du pancréas sont par exemple des diastases. Le broiement progressif des albuminoïdes le long du tube digestif, l’hydrolyse du glycogène dans le foie, l’accélération de la

protéolyse par ce même glycogène (HUGOUNENQ et LoIsE- LEUR), la désagrégation des protides avec production finale d’urée, voilà des exemples d'actions diastasiques.

Or les progrès de la physico-chimie ont montré que ce rôle de ferments n'était pas la propriété exclusive des substances organiques. C’est ainsi que les colloïdes métalliques exercent par exemple une catalyse analogue à celle des diastases. Est-ce que l’or ne serait pas la diastase métallique qui accélérerait la désintégration des albumines pathologiques ?

Cette question est toute l'hypothèse de FELDT, qui formule la théorie suivante : grâce au rôle fermentatif des sels d’or, le poumon détruit avec rapidité les substances chimiques anormales. L'atome métallique précipite l’autolyse. Subitement mis en liberté sous l'influence de l'or, les produits actifs de cette désintégration, et les débris cellulaires — parmi lesquels se rencontreraient aussi des lysines antibactériennes — attaqueraient et dissoudraient à leur tour les agents pathogènes. « Il est possible — ajoute FELDT — que quelques antigènes tuberculiniques, libérés durant cette bactériolyse secondaire, contribuent à renforcer cette action, mais ils ne jouent pas le rôle fondamental que leur attribue MüLLGAARD. » Ainsi les produits pathologiques spécifiques seraient dilués, absorbés, et la guérison en serait la conséquence. En même temps se produirait une « augmentation de la capacité de la cellule saine de l'organisme —— Weichardt — sur laquelle repose la défense naturelle ». Action parallèle, nullement superposable à l’action chrysothérapique.

En partant de cette conception, FELDT prétend expliquer non seulement le mécanisme thérapeutique des sels

d'or, mais aussi leurs accidents. Il écrit : « La violence exagérée que prend à l’occasion cette autolyse médicamenteuse peut déterminer sur un organisme débilité des phénomènes de choc qui rentrent dans le cadre exact du choc anaphylactique et qui sont dus évidemment à la désintégration atypique des albumines homologues, et non à la libération des toxines tuberculeuses. » La réaction focale s’expliquerait par une mise en liberté de certains produits de la désintégration cellulaire qui posséderaient des effets vaso-constricteurs ou vaso-dilatateurs et qui commanderaient les phénomènes de congestion ou d’anémie. Les troubles digestifs viendraient d’une réaction focale de la paroi de l'intestin, et parfois aussi d’une désintégration toxique des cellules de la muqueuse (Van NooRDEN). L’albuminurie traduirait également soit une réaction focale du rein tuberculeux, soit une altération de l’épithélium rénal irrité par les produits de désintégration cellulaire.

Jusqu'à maintenant, cette théorie ne « sent » elle pas un peu trop l’abstraction ? Les auteurs qui l’adoptèrent essayèrent de l’étayer par des arguments anatomiques ou cliniques.

SCHRÔDER, qui croit par exemple à la catalyse, ajoute que les sels d’or produiraient dans le tissu sain qui entoure le foyer pathologique une réaction traduite par une néoformation conjonctive très forte, très riche en vaisseaux, qui limiterait les lésions et provoquerait graduellement leur guérison cicatricielle. Wirz aurait d’ailleurs remarqué que — contrairement à d’autres métaux — l'or stimulerait cette réaction du tissu sain de voisinage. En étudiant cette « cataphorèse » ou « iontopho-

rèse » sur des :tuberculoses cutanées, il aurait vu, dans quelques cas, cette activité du tissu normal aboutir à la « restlitutio ad integrum » du tissu malade (4 lupus sur 12):

GuTx construit le raisonnement suivant : ASCHOFF à montré le rôle important du système réticulo-endothélial dans le mécanisme curatif de la tuberculose pulmo- naire. Or les sels d’or provoquent une chute brusque du temps de la sédimentation, ils produisent aussi de l’éosinophilie et de la lymphopénie. Ces faits traduisent une fatigue circulatoire intense, celle qui suit un gros surmenage vasculaire. Donc le médicament agiraït directement sur l'appareil réticulo-endothélial des tissus. C'est par cet intermédiaire qu’il amènerait, dans les poumons, les remaniements importants et rapides que la clinique constate et que confirme la radiologie. L'action profonde serait celle qu'a invoquée FELDT.

JESSEN, de Davos, croit lui aussi à une action fermentative. DARGALLO et EspiNosa pensent trouver dans l’analyse des réactions thermiques la preuve de cette action de l'or sur les tissus. Il faut remarquer, écrivent-ils, que ces accidents fébriles s’observent au début du traitement et ne se rencontrent plus, dans la suite, même quand on augmente les doses de sanocrysine. Ils apparaissent en outre dans les cas où « les lésions en fusion caséeuse, plus ou moins manifeste, paraissent se déterger ». Ils coïncident avec une élimination massive de bacilles de Koch par l’expectoration, avec l’apparition de la réaction du naocrome dans les urines, avec des réactions focales lorsqu'on dépasse les doses thérapeutiques. Tous ces faits prouveraient que les sels d’or, en mettant en cir-

culalion des substances provenant de la désintégration alvéolaire, remanieraient profondément les lésions tuberculeuses des poumons. Uné autre preuve de cette action de l’or sur les tissus résiderait dans le fait que l’action thérapeutique serait calquée sur la tendance évolutive de chaque poumon. C’est ainsi que DARGALLO et Es- PINOSA signalent l'observation, sur un même poumon, de deux lésions suivies à l'écran radioscopique et qui ne furent pas améliorées parallèlement sous l’influence du traitement. Une cavité se résorba, et l’autre s'accentua, suivant que l’une état déjà constituée, et l’autre en voie de formation.

L'Ecole argentine soutient également la théorie de FELDT. ALFARO et VACCAREZA écrivent qu'elle permet d'expliquer non seulement l’origine des phénomènes réactionnels, mais aussi les différences constatées dans les résultats cliniques. Résultats mauvais ou nuls chez les porteurs de foyers primitivement peu actifs ou chez les tuberculeux torpides. Résultats positifs dans les formes « à prédominance exsudative dont la grande activité focale et périfocale, encore exagérée par le traitement, et les phénomènes généraux qui les accompagnent et les suivent, révèlent l'intervention des moyens de défense tissulaires et humoraux en lutte contre l'attaque des bacilles »,

ROBELLOS chercha des arguments plus expérimentaux. Il crut les trouver dans l'épreuve de « l’hémo-réaction homologue » et dans une observation anatomo-clinique.

1° Hémo-réaction homologue. — L'expérience nous enseigne que la sensibilité des organismes tuberculeux à l'égard de la tuberculine se manifeste aussi vis-à-vis

d’autres corps de nature albuminoïde, bacillaires ou non : toxines diphtériques et dysentériques (SORGoO), corps protéiniques et lipoïdes, sérum homologue ayant subi une modification physique quelconque (KOPAGZENS- KI), etc...

Or si l’on injecte dans un organisme tuberculeux une petite quantité de sang homologue (du même sujet) hémolysé, on introduit du même coup des albumines atypiques. En effet l’hémolyse met en liberté les protéines des globules rouges, dissout leur hémoglobine dans le plasma et détermine, de ce fait, des altérations de l’état physico-chimique du sang, selon le principe de Kopac- ZENSKI.

Sous le nom « d’hémG-réaction homologue » ROBELLOS désigne donc « l’ensemble des phénomènes réactionnels qui se produisent dans l'organisme humain et principalement dans l'organisme tuberculeux, quand on injecte, par voie intra-musculaire, une petite quantité de sang hémolysé ».

En général! aucune réaction ne s’observe chez le sujet sain. On en voit une, peu marquée, chez le tuberculeux torpide, mais très intense chez le malade évolutif.

Outre une réaction locale (douleur, tuméfaction passagère, incapacité fonctionnelle brève), elle consiste dans des phénomènes généraux très nets : nausées, vomissements, diarrhée, exanthème généralisé, poussées thermiques. Or ces phénomènes réactionnels ressemblent, symptôme par symptôme, à ceux que provoque un traitement chrysothérapique. Et ils suivent une marche identique. Cette analogie montre qu'il s’agit dans les deux cas de la désintégration d’une albumine homologue atypique par

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