LES BASES DU TRAITEMENT
Un bref rappel de nos connaissances actuelles nous semble indispensable pour fixer, dans la mesure du possible, les indications thérapeutiques de l’Amibiase hépatique :
Arrivées au foie par voie portale, les amibes histolytiques, littéralement bloquées dans les veines interlobulaires, vont y exercer leur action nécrosante : réaction congestive d’abord, cytolyse de la paroi vasculaire ensuite, et enfin nécrose du parenchyme noble, entraînant la formation de Pilot nécrotique primaire, c’est-à-dire un micro-abcès renfermant, outre des amibes, des débris de cellules hépatiques, des globules rouges et des leucocytes en cytolyse.
Ces lésions élémentaires sont plus ou moins nombreuses, plus ou moins rapprochées ; elles peuvent devenir confluentes et former le classique abcès amibien du foie. L’unicité de l'hépatite amibienne est donc réelle : il ne s’agit jamais que d’une même nécrose cellulaire : confluente en cas d’abcès, en îlots disséminés en cas d’hépatite.
« … Les grandes lois de la Pathologie générale expliquent dans une certaine mesure l’évolution et les modalités anatomiques des atteintes amibiennes du foie. Les malades dont les défenses générales sont bonnes, limitent plus volontiers l’agression hépatique à la phase de nécrose parcellaire ; la nécrose confluente se voit plus généralement chez les malades dont les défenses sont amoindries : fatigue physique, dénutrition, paludisme viscéral évolutif, etc. ies îlots seront d’autant plus nombreux, ils auront d’autant plus de chance de confluer, que ces causes secondes seront elles-mêmes plus importantes ; et il faut noter ici que la gravité de l’amibiase intestinale n’intervient pas : certaines hépatites extrêmement graves sont cliniquement primitives, c’est-à-dire surviennent au cours d’amibiases coliques à symptomatologie fonctionnelle et physique très estompée, voire inapparente.. » (BLANC).
Du stade anatomique va dépendre la thérapeutique : à la mort de l’amibe, les minimes points nécrotiques primaires sont aisément éliminés par les réactions tissulaires de régénération et de cicatrisation : la nécrose parcellaire est donc médicalement réversible. L’abcès, lui, peut être stérilisé par le traitement amoæbicide, il ne saurait être guéri par lui : il implique, comme toute collection purulente, l’incision, la ponction, le drainage, en un mot l’élimination à l’issue de la stérilisation.
L’hépatite amibienne, quelque soit son stade anatomique, est une lésion strictement et uniquement due à l’amibe : c’est à elle qu’il faut surtout s’adresser pour juger de la valeur amæbicide d’un médicament ; dans l’amibiase colique, en effet, il y a trop d’éléments associés en cause.
Dans le domaine de la recherche de laboratoire, aucun animal d'utilisation habituelle ne présente de lésions uniquement amibiennes. Il n’existe pas, d’autre part, des cultures amibiennes pures et l’étude de la valeur « in vitro » d’un amæbicide ne permet pas de juger à coup sûr de son action « in vivo » (MATHIS).
Et, en dernière analyse, c’est le critère clinique qui semble le meilleur juge : la disparition de l’élément douloureux, la régression du tableau infectieux, le retour à la normale de la leucocytose et de la V.S., la restauration cinétique intégrale de l’hémicoupole diaphragmatique droite seront nos tests les plus fidèles.